ARTS D'ORNEMENT ET BEAUX-ARTS
Ce que l’on appelle goût en matière d’arts se borne à peu près à bien comprendre et à saisir convenablement la distinction qui existe entre l’art d'ornement ou décoratif et les beaux-arts, et, c'est parce qu’on ne sait point faire cette distinction ou parce qu'on juge les deux genres en se plaçant à un faux point de vue, que l’on produit ou que l’on accepte quelques fois comme bonnes des œuvres qui sont un outrage au bon goût ct à la raison.
Voyons en quoi cette distinction consiste et recherchons l’origine et le but de ces deux branches de l’art.
L'art d'ornement est celui qui s'applique aux objets d'utilité pour en accroître la beauté et le prix, sans égard à l’usage auquel on les destine. En bon dessin et en bon goût, la décoration ou l’ornement ne doivent jamais porter la moindre atteinte à l'utilité que l’on a en vue en créant ces objets ni affecter le moins du monde leur caractère d’àpropos ct de permunence: sortir de cette règle, c'est ne point savoir tirer du dessin un parti avantageux et faire preuve de mauvais goût. Il faut que l’objet soit adapté au but que l’on se propose, qu’il soit fait avec de bons matériaux cet qu'il soit aussi durable que possible: telles sont les conditions requises pour le rendre utile, et, alors, on ne saurait lui donner un cachet de beauté trop élevé. Au point de vue de l'importance, il faut donc que l’art appliqué à l’industrie présente les caractères suivants, savoir: 10. emploi de bons matériaux comme indices de l'honnêteté; 20. main-d'œuvre irréprochable, signe d’habileté, et 30. excellence du dessin, preuve de goût. L'expression la plus élevée de l'art industriel résulte do la réunion de ces crois qualités, l'honnêteté, l’habileté et le goût. Pour répondre à son origine et
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à son but, il faut avant tout qu'il soit vrai et fidèle, aussi gracieux et élé-
gant que la nature de ses fonctions puisse le permettre, mais qu'il satisfasse à des besoins pratiques et non à des caprices de l'esprit.
Los beaux-arts, tels que la peinture et la sculpture, ont une mission toute différente. Ils ne viennent nullement en aide à nos besoins physiques : ils ne s’adressent qu’à notre intelligence, nous rappellent peut-être quelque grand fait historique, un personnage fameux, ou servent encore à reproduire d’une manière poétique les scènes les plus belles de la nature. Ils remplissent à notre égard une fonction toute intellectuelle et nullement domestique.