EFFETS DE LA COMPRESSION ET DE LA DÉCOMPRESSION BRUSQUE DANS L’AIR
SOMMAIRE : À. Expériences dans Pair ordinaire. Effets de la compression et de la décompression sur les mammifères et les oiseaux. — B. Substitution du protoxyde d'azote à l'azote de l'air, ses effets mécaniques et toxiques sur les animaux à sang chaud et sur les animaux à sang froid.
A. — Expériences dans l’air ordinaire.
S 1. Premières expériences. — J'ai d’abord exécuté une série d'expériences assez nombreuses avec le récipient, alors qu’il n’était pas encore pourvu de sa soupape. Je les passerai sous silence. Elles représentent une période de tâtonnements où j'arrivais à mal démèêler les différentes actions de l’air ordinaire, de l’air suroxygéné et de l'oxygène qui, acheté tout préparé, n’était pas pur.
Les différents phénomènes dus à chacun de ces gaz se sont dégagés plus clairement quand, pour l'étude de l’air comprimé, je pus faire fonctionner la soupape à détente brusque et quand, pour les besoins des recherches dont je parle dans le chapitre V, j'employai l'oxygène préparé au laboratoire.
Dans le présent chapitre je rends compte des résultats que j’ai obtenus en comprimant, à diverses pressions, des animaux de différentes espèces, maintenus à des pressions assez faibles et assez peu durables pour que l'oxygène de l'air n’agisse pas par sa tension. Je ne rends comple que d’un certain nombre d'expériences types choisies parmi d’autres similaires, ne m'étant jamais contenté de vérifier un fait, ni de donner un nombre, après une seule observation, ni une seule mesure.
J'ai cru bon également de ne pas suivre exactement l’ordre chro-
nologique dans lequel j'avais accompli les expériences, mais au
contraire, de les classer méthodiquement. C'est ainsi qu’autant que
cela m'a été possible j'ai, dans ce travail, disposé les expériences
semblables suivant l’ordre zoologique naturel des animaux expérimentés.
Expériences sur les mammifères.
$ 2. — Exp. IL. — Un lapin est placé dans le récipient, pendant une heure, à la pression de 5 atmosphères 1/2. Décompression instantanée par le soulèvement de la soupape.
Mort de l'animal en moins d’une minute.
Autopsie. — Les vaisseaux sont remplis de gaz libre.
Exp. I. — Lapin porté à 7 atmosphères 5, pendant quarante-cinq minutes. Décompression instantanée. L'animal est vivant, mais très malade il est tué par section du bulbe.
Autopsie. — Les vaisseaux contiennent du gaz libre.
Exp. IV. — Lapin porté à 4 atmosphères.
Décompression instantanée, après une heure de compression. Mort de l’animal, une minute après la décompression.
Autopsie. — Gaz libre dans tout le système vasculaire.
Je rends compte de ces trois expériences, les premières que j'ai pratiquées sur des mammifères, quoique les ayant déjà publiées. J'ai fait alors remarquer que je déterminais ainsi, par des séries semblables, le degré de résistance des espèces différentes, à la décompression brusque.
C'est à 5 atmosphères, après une compression que des expériences ultérieures m'ont prouvé devoir durer quarante-cinq minutes environ, que les lapins meurent de la décompression instantanée.
Dans l'expérience suivante, le lapin est mort dans l'appareil, de la décompression instantanée, au lieu de périr après qu'il avait été retiré du récipient, comme dans les expériences I, III et IV.
Exp. V. — A 10 h. 30, j'enferme un lapin dans le grand récipient. Après y avoir fait passer un courant d'air, pendant cinq minutes, afin d'y renouveler l'air, on y fait monter la pression, en se servant de la pompe Golaz. À 40 h. 40, l'air intérieur est à la pression de 5 atmosphères. À 10 h. 47, la pression est 6 atmosphères. Je maintiens cette dernière jus-
Lt
qu’à 41 h.30. Agitation de l'animal, à 11 h. 25, qui cesse après une minute et demie. À 11 h. 30, j'effectué la décompression brusque. L'animal s’agite fortement, pendant quelques secondes, puis tout bruit ayant cessé, j'ouvre l'appareil à 11 h. 35. L'animal est mort. Les membres sont flasques. Météorisme abdominal assez prononcé.
Autopsie. — Les intestins sont très gonflés ainsi que l’estomac. Les pou-
Fig. 17. — Gaz libres dans vaisseaux mésentériques d’un lapin, après une décompression brusque. (Photogravure d'après une préparation naturelle.)
mons sont piquetés de tâches rouges. Les vaisseaux mésentériques sont remplis de bulles de gaz. Le sang du cœur est spumeux.
Je fais une préparation d’une anse intestinale et du mésentère de la même région. Je l’étends sur une plaque de liège ajourée au-dessous du mésentère, afin que cette membrane se voie bien par transparence. Le réseau vasculaire apparaît très bien avec sa nappe sanguine coupée de distance en distance par des bulles de gaz, plus ou moins longues, variant depuis moins d'un millimètre jusqu’à près d’un centimètre.