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Mais grâce à la rapidité de la détente obtenue avec la soupape du grand récipient, à Paction violente qui s'en suit, j'ai provoqué souvent un accident dont je donne la description ci-après.
À l'ouverture des cadavres de mammifères morts de décompres-
Fig. 18. — EFFETS DE LA DÉCOMPRESSION BRUSQUE. Poumons d’un lapin présentant des ecchymoses el plusieurs ruptures causées par la décompression brusque de l'air à 7 atmosphères (photographie prise sur une préparation naturelle),
sion brusque, je constatais souvent que le diaphragme présentait une forte saillie dans la cavité abdominale, il était distendu par la pression du gaz au point d’être transparent dans sa région centrale.
Au moment où je le coupais, une forte poussée gazeuse faisait irruption du thorax dans l'abdomen et le diaphragme redevénait flasque, comme dans le cas où ce muscle est coupé, chez les animaux normaux.
En explorant la cavité thoracique, je trouvais le plus souvent des caillots sanguins et, dans ce cas, toujours une et souvent plusieurs plaies sanguinolentes à la surface des poumons.
Les poumons avaient éclaté et dans les lèvres de leurs déchirures
à arêtes vives et radiées des caillots sanguins prouvaient que c’élaient les vaisseaux pulmonaires qui s'étaient rompus, laissant échapper dans le thorax le sang et le gaz qui, en s’en dégageant en masse, avait rempli les cavités pleurales, pressant sur le diaphragme et renversant sa courbure normale pour le faire saillir du thorax dans l’abdomen.
J'ai fait des préparations de poumons ainsi déchirés, par le fait de la décompression brusque, j'en ai pris des photographies et je donne à la figure 18 la reproduction de l’une de ces photographies prises sur les poumons d’un lapin.
L'animal a été comprimé dans Pair pendant une heure (Expérience XXIV), puis décomprimé brusquement.
Ces résultats se sont manifestés souvent fortuitement au cours d’expériences où je cherchais à déterminer tout autre accident, je les ai également souvent provoqués.
Ne permettent-ils pas de croire que bien souvent, quand les animaux meurent des suites de la décompression brusque, c'est que des hémorragies internes échappant à l’autopsie se sont produites ?
Les hémorragies dans l’encéphale, en particulier, moins importantes que celle dont je parle à l'expérience XXIV, sont pourtant mortelles.
Dans bien des cas, alors, et mon opinion est fondée sur l’expérience, ce n’est pas seulement par embolie due au dégagement subit de l’azote dans le sang que périraient les animaux soumis à la décompression brusque de l’air, mais bien par suite de ruptures vasculaires.
Le traumatisme et le froid subit accompagnant la décompression ne sont pas non plus évidemment sans effet.
$ 6. Décompression dans les sacs aériens des oiseaux. — Je me suis demandé si les ruptures vasculaires ne devaient pas se produire aussi dans les sacs aériens des oiseaux, qui sont si vascu-
laires.
Voici l’expérience que j'ai faite à ce sujet :
Exp. XXV. — Je mets à nu les sacs aériens abdominaux d’un canard, sur une longueur de 3 centimètres. Je referme ensuite imparfaitement l'abdomen en pratiquant des points de suture avec du fil à ligature. Je place le canard ainsi préparé dans le grand récipient, à côté d’un second canard normal. À 2 heures, les animaux sont soumis à la pression de
7 atmosphères, jusqu’à 2 h. 35, il avait fallu 25 minutes pour atteindre veus pression. J'effectue alors la décompression brusque, mais aussitôt J ouvre un robinet mettant l’intérieur du récipient en communication avec un cylindre contenant de l'air comprimé. La pression remonte à 4 1/2 en quelques secondes. J'ai entendu de l’agitation au moment où j'ai décomprimé, sans pouvoir reconnaître si les deux canards ou bien l’un des deux seulement en étaient auteurs. À 2 h. 55, la pression est remontée à 6 atmosphères 1/2. Décompression lente, durant 20 minutes. À 3 h. 15, l'appareil est ouvert. Le canard opéré est mort. Les sacs aériens abdominaux sont rompus, les points de suture également. L'autre canard est vivant.
Au moment où les gaz se sont épanchés dans les sacs abdominaux des deux canards, ces sacs se sont fortement distendus. Ils ont éclaté chez celui des deux animaux où ils n’ont pas rencontré la résistance de la paroi abdominale qui, chez l’autre, leur a opposé : son élasticité. Mais cette dernière force de réaction elle-même doit avoir ses limites et il se pourrait qu'à la suite de pressions beaucoup plus élevées, bien au-dessus de celles que je puis produire avec le récipient dont je me suis servi, la décompression instantanée déterminât la rupture des sacs aériens d’un oiseau non mutilé pour les besoins de la cause. À moins que, et les choses semblent se passer ainsi d’après l'expérience XXV, la paroi abdominale ne revienne sur elle-même, après avoir été dilatée, faisant sortir des sacs aériens une certaine quantité du gaz épanché, jusqu’à ce que l'équilibre s’établisse entre la pression de la paroi abdominale et le gaz des sacs.
B. — Substitution du protoxyde d’azote à l’azote de l'air.
S 7. Aperçu historique. — Ce n’est que comme auxiliaire et particulièrement pour me servir de son action mécanique plus énergique que celle de l’azote, dans la décompression, que j'ai songé à employer le protoxyde d'azote mêlé à l'oxygène.
Aussi, bien qu'ayant enregistré ses effets toxiques à haute pression, ne m'étant pas attaché tout spécialement à ces effets, n'en ai-je rien dit dans le chapitre I consacré à l'historique de mes recherches.
Sans parler longuement des travaux réalisés dans le passé sur les d
effets physiologiques de ce gaz, je ne puis me dispenser pourtant d’en dire quelques mots, ne fût-ce que pour écarter le soupçon qui pourrait peser sur moi, à la lecture de mon travail, d’avoir cru ce gaz sans histoire en physiologie, en n’en parlant qu'à propos des expériences où je l’ai employé.
Le protoxyde d’azote est irrespirable, comme le chleroforme et comme l'éther ‘, Ni le sang, ni les tissus ne l'utilisent ?. Ce gaz se dissout conformément aux lois de Dalton dans le sang mais sans exercer d'action chimique, il agit donc comme gaz asphyxiant, inerte. D'autre part son pouvoir anesthésiant ne s'exerce que s’il est pur.
« Le protoxyde pur anesthésie, mais il tue par asphyxie; le protoxzyde mélangé ne tue point, mais il n'anesthésie pas. » (Dastre *.)
On ne peut donc employer le gaz pur par inhalation, dans le cas d'opérations chirurgicales un peu longues, aussi ne fut-il longtemps en usage que dans l’art opératoire dentaire où l'insensibilisation peut ne durer que quelques secondes.
Grâce au principe qu'il avait établi : L'action des gaz sur l'être vivant est réglée par leur tension partielle, Paul Bert put rendre l'emploi du protoxyde d’azote inoffensif en le faisant administrer non pas pur, mais dans un mélange respirable où ce gaz a la même tension que s’il était pur, en même temps que l'oxygène libre a la tension que ce gaz possède dans l’air.
Ce mélange est constituë comme il suit :
Protoxyde d'azote : 5 volumes.
Oxygène mesuré à la pression atmosphérique : 1 volume.
Pression totale du mélänge 91 centimètres de mercure supérieure à la pression normale de 1/5.
Dans ces conditions le mélange devient en même temps respirable et anesthésiant :
Ce serait sortir de mon sujet que de parler ici de certaines critiques et de signaler, par exemple, la difficulté matérielle d’appliquer couramment le protoxyde d’azote dans la pratique chirurgicale. Je dois demeurer sur le domaine de la science physiologique pure où se pose la question : le protoxyde d’azote est-il réellement