‹ Effets Produits Sur Les Animaux, Par La Compression Et La DécompressionChapitre 24 sur 36 · Hermann · texte numérisé non relu

Hermann

< Les Anesthésiques, physiologie et applications chirurgicales, par A. Dastre, Paris,

ET un gaz inerte? avec le temps, son action demeure-t-elle absolument nulle sur l'organisme, à la tension qu'il a s’il est pur, à la condition de ne pouvoir pas jouer le rôle de gaz asphyxiant?

La note suivante, que M. le professeur Gréhant a communiquée à la Société de biologie, répond à cette question.

M. le professeur N. Gréhant a récemment ! étudié l’action du protoxyde d'azote à la pression ordinaire. Voici les résultats auxquels il est parvenu et que je donne en citant le texte littéral de l’auteur :

« Je fais respirer à un chien un mélange de 80 volumes d’hydrogène et de 20 volumes d’oxygène; cinq minutes après, 400 centimètres cubes de sang contenaient À centimètre cube d'hydrogène, et une trace d'azote, l'hydrogène avait déplacé l'azote du sang; l'animal respire dans l’air pendant cinq minutes, une seconde prise de sang donne 0 c. c. 2 ou 5 fois moins d'hydrogène et onze minutes après, une troisième prise de sang ne contenait que 0 c. c. ou 8 fois moins d'hydrogène; l'élimination de ce gaz se fait donc rapidement, il est remplacé par de l'azote qui vient de l'air.

J'ai composé dans le gazomètre un mélange de protoxyde d’azote et d'oxygène en opérant d’une manière très simple et très exacte : je me suis procuré un récipient de protoxyde d'azote liquéfié de Duflos que j'ai uni directement avec le tube central qui débouche au centre de la surface plane sur laquelle repose la cloche du gazomètre : j'ai introduit rapidement 126 litres de protoxyde d’azote et 33 litres d'oxygène provenant d’un autre gazomètre de 500 litres qui est rempli d'oxygène.

L'analyse du mélange sur le mercure par l’acide pyrogallique concentré et la potasse, et l'absorption du protoxyde d'azote, faite ensuite par Palcool amylique, m'a donné, sur 100 volumes, 21,5 d'oxygène, 74,5 de protoxyde d’azote et 4 d'azote.

On fait respirer à l’animal ce mélange pendant quinze minutes, on note de l'agitation, des périodes d’apnée, il y a défécation; on prend un premier échantillon de sang qui est noir, ce qui indique une période d’asphyxie, puis on laisse respirer l'animal dans l'air, il devient très calme et on fait successivement, de dix minutes en dix minutes, trois prises de sang dont on extrait les gaz aussi rapi-

1. Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 10 juin 1893. — Sur l'absorption par le sang de l'hydrogène el du protoxyde d’azole introduits dans les poumons; élimination de ces gaz, par M. N. Gréhant.

dr

dement que possible dans le même récipient chauffé à 60 degrés.

Voici les résultats obtenus rapportés à 100 centimètres cubes de sang :

1 2 3 4 Volumes de gaz......... 79.2 49.8 48.9 56.3 Acide carbonique ........ 42.8 23.4 21.6 28.1 OxVoenemE eee e Done 1.8 221 22.9 26.2 AZOI- mere recretece 2.1 2,1 24 1,9 Profoxyde d'azote..." 26.4 2.1 0.4 0

Il est bon de remarquer que la présence, dans 100 centimètres cubes de sang, de 26 c. c. 4 de protoxyde d'azote ne produit pas l’insensibilité cornéenne, ce qui est tout à fait d'accord avec les faits si bien établis par Paul Bert. Le protoxyde d’azote mélangé avec 1/5 d'oxygène ne devient anesthésique que sous une pression dépassant de 18 centimètres de mercure la pression atmosphérique.

J'ai démontré qu’au bout de trente minutes il ne reste plus dans le sang la moindre trace du protoxyde d'azote qui avait été absorbé. »

Il est d’autres travaux sur l’action physiologique du protoxyde d'azote et que je passe sous silence, parce que je le répète, ils n'offrent pas d'intérêt assez direct dans le cas très spécial où j'ai employé ce gaz.

$ 8. — J'ai pensé que le protoxyde d’azote ayant un coefficient de solubïäité cinquante-deux fois plus grand que celui de l'azote à 15° (M. Bunsen), il se dégagerait en plus grande masse et produirait des effets bien plus considérables que l'azote si, substitué artificiellement à celui-ci dans l'air, on faisait respirer sous haute pression à des animaux un mélange d'oxygène et de protoxyde d'azote et qu'on effectuât ensuite la décompression brusque.

Les résultats en ce sens ont été affirmatifs dès la première expérience.

Exp. XXVI. — Je forme d’abord dans un gazomètre un mélange titré de 79 parties de gaz protoxyde d’azote et de 21 parties d'oxygène.

Un chien est ensuite enfermé dans le grand récipient. A l’aide de la pompe je fais passer pendant cinq minutes un courant du mélange gazeux dans l'appareil. La pression monte à 5 atmosphères, elle est maintenue pendant vingt minutes. J'effectue alors la décompression brusque ; on ouvre l'appareil, le chien est mort. Météorisme énorme et généralisé. La percussion produit sur tous les points du tronc une résonance de tambourin.

pret

Autopsie. — Le tissu cellulaire sous-cutané est rempli de gaz. L'estomac et les intestins sont extrêmement distendus. Les vaisseaux mésentériques contiennent un nombre de bulles de gaz plus considérables et plus longues que dans les cas de l’azote.

Je signale en passant l'intérêt démonstratif tout particulier de cette expérience, si l’on veut montrer en public l'effet produit par le dégagement de gaz libre, au moment de la décompression.

Exp. XXVIL. — Afin de mieux suivre les différentes phases de cette expérience, je place une souris grise dans l’éprouvette à décompression. A 4 heures j’injecte dans l'appareil le mélange d'oxygène et de protoxyde d'azote, au même titre que dans l'expérience précédente. La pression monte à 5 atmosphères. En moins d'une demi-minute, l’animal s'endort après quelque agitation. Ses mouvements respiratoires se ralentissent, ils sont arrêtés à 4 h. 15. Je recueille un certain volume de gaz contenu dans le récipient, sans laisser tomber la pression. Décompression brusque à 4 h. 20 La souris est morte. Le météorisme se développe immédiatement, il atteint le maximum en une seconde environ. L'animal ressemble à un boudin, à peine si les extrémités font saillie.

À sa sortie de l’éprouvette, je jette la souris dans un cristallisoir contenant de l’eau, elle flotte. Je place l’animal sous un entonnoir à gaz s’ouvrant dans une éprouvette à mercure, pendant que je le maintiens au-dessous du niveau libre du liquide, je fends la peau de son ventre, quelques bulles de gaz se rendent en haut de l’éprouvette. Le gaz recueilli rallume une allumette ne présentant plus qu’un point en ignition. Il est donc composé d’une proportion notable de gaz comburant. Ce gaz est surtout du protoxyde d’azote, et c’est bien ce dernier qui cause l'énorme météorisme, remplaçant ici, avec plus d'énergie, l’azote des expériences antérieures.

Exp. XXVIIL. — 8 h. 30, un moineau est placé dans l'éprouvette, on y fait pénétrer le mélange gazeux, la pression monte à 10 atmosphères. Immédiatement se manifestent de très vives agitations, puis des convulsions très nettes. 8 h, 33, le moineau est en anesthésie. 8 h.36, arrêts des mouvements respiratoires. 8 h. 40, décompression lente durant 10 minutes. Au cours de la décompression, faibles convulsions, se manifestant par un frémissement général. Météorisme assez accentué après la décompression. Convulsions très fortes qui durent 5 minutes. À 8 h. 45, le moineau est mort.

Exe. XXIX. — Même expérience que la précédente sur un second moineau. Durée de la compression : 10 minutes (de 9 heures à 9 h. 10). Je fais monter la pression à 10 atmosphères et la décompression dure 20 minutes. L'oiseau est mort, il n’a eu de convulsions, ni au cours de la

compression, ni pendant la décompression.

US

Dans cette expérience, la mort de l'oiseau doit être due à l’action prolongée du protoxyde d'azote, agissant comme un anesthésique à haute tension, tout comme dans l’expérience XXXI.

pression dans un azote. — B, silhouette du même animal, après la

un lapin avant et pendant la com

MPRESSION BRUSQUE. — À, silhouette d’ oxygène pur et de 79 parties de protoxyde

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