PIERRES DARÊTE DES VOUTES
pour la première fois en 1151, lors de la sépulture du seisneur de Lèves, Goslein, fondateur; il serait donc postérieur à la nef ; enfin les sculptures achevées, l’édifice fut consacré en 1168.
Or, à première vue, l'aspect de la porte d'entrée est autrement archaïque que les piliers du grand chœur et les colonnes du transept et du déambulatoire. Là, les bases des colonnes d’un dessin plus primitif, aux lignes moins fermes et moins gracieuses, sont dépourvues de oriffes et d’une facture moins achevée ; ici au contraire
les moulures révèlent un art plus avancé, un travail plus artistique et plus soigné. La nef est donc de la première construction. La soudure du grand chœur et de la nef est d’ailleurs évidente au massif du pilier À, (PI XXXII,. notre photographie l’a prise sur le vif, et ne laisse aucun doute sur la différence de style de ces deux parties. L'architecte, gêné par le mur provisoire de clôture, a donc pu se tromper de quelques centimètres dans la fixation du nouvel axe. Le transept, le grand chœur avec son déambulatoire et les chapelles rayonnantes présentent un caractère absolument différent et n'ont été entrepris qu'après une interruption probable de quelques années. Ils ont dû être conçus par un autre architecte, qui a fait preuve d’une science achevée et du meilleur goût artistique. Il avait d’alleurs à vaincre des problèmes de construction autrement difficiles et qui peut-être jusqu'alors n'avaient pas recu de solution.
Les quatre piliers de la croisée du transept laissent supposer une voûte d’ogive à arête d'une portée con-
sidérable pour l'époque et d’une merveilleuse élégance, d'autant plus qu’au-dessus s'élevait une tour octogone que le chroniqueur du XIV° siècle appelle « une tres belle lanterne ». Les voûtes des chapelles et de la basse nef étaient appuyées sur des colonnes et par suite étaient à nervures apparentes, et à arcs doubleaux dont il nous reste plusieurs claveaux (PI. LX, page 179). Les embrasures des fenêtres étaient encadrées par des pierres à moulures gracieuses dont l’angle était ménagé par un boudin. Tous ces détails méritent une at-
tention spéciale.
29%, — Détails de construction
L'église, de la porte d'entrée au fond de la chapelle absidale, a 69", 50 de longueur; la nef a 12", 16 de largeur ; le transept de gauche, de la paroi intérieure, audessus du tombeau de Jean de Salisbury, à l’axe du chœur, a 18", 85 ; il a 9°,80 de largeur. Sile transept droit a les mêmes dimensions (1), le bras croix aurait une longueur totale de 37", 70. Le chœur, y compris le déambuiatoire, à la hauteur des piliers B et C, est large de 21 mètres, le déambulatoire seul a 4,70 de largeur.
Le gros pilier C, le mieux conservé, est épais de 2", 96 à la surface supérieure. Le massif intérieur est en maconnerie de moellons, dans laquelle les pierres taillées de la paroi extérieure et surtout les fûts des colonnes s’enfoncent et s'engagent les unes avec les autres pour empêcher toute déviation, comme le montre la coupe ci-jointe page 182.
L'appareil extérieur,que nous avons pu mettre à Jour en plusieurs endroits est en pierre taillée et dure. On remarque partout, au ras du sol, une base ou patte saillante d'environ 0”, 10, ménagée par une moulure concave. À l’intérieur, on a souvent employé la pierre si tendre et si friable des carrières de la Grappe, dite pierre de marne, surtout dans les parties n'ayant à supporter que des charges légères. Cette pierre, si gélive exposée à l’air et à l'humidité, devient plus consistante, à l’abri, surtout si quelques couches de bonne peinture viennent durcir encore les larges moulures et les sculptures peu profondes qu'elle peut recevoir sans
(1) Le plan de Archives lui donne un peu plus de longueur. JOSAPHAT 23
s'effriter. C'est ainsi que nous avons trouvé un chapiteau orné de quelques rinceaux et feuillages peu saillants sculptés dans cette pierre de marne.Mais les pieds-