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DEUXIÈME PARTIE

L'Eglise d’après Rauschenbusch CHAPITRE PREMIER

POURQUOI LE CHRISTIANISME N’A-T-IL JAMAIS ENTREPRIS L'ŒUVRE DE RÉNOVATION SOCIALE ? (1)

Impossibilité de propagande sociale dans les premiers sié-

cles. — A journement de la venue du Christ. — Hostilité contre l’Empire et sa civilisation. — Les limitations du Christianisme primitif. — Le rôle prépondérant de la croyance en l’au-delà. — La tendance ascétique. — Le monachisme. — L'influence des rites. — L'intérêt dogmatique. — La substitution de l'Eglise au Royaume de Dieu. — La dépendance de l'Eglise à l'égard de l'Etat. — La disparition de l'Eglise démocratique. — Le manque de compréhension scientifique de la vie sociale. — Ces causes historiques et la vie moderne.

Chaque époque doit être jugée en elle-mèême, dans ses moyens d'action et dans son enchaînement naturel. Il faut se demander d'époque en époque, de génération en génération, de quels moyens de vie, d'action, de culture disposaient les hommes, à quelles difficultés ils étaient en proie, quel était le péril ou la pesanteur de leur tâche, et rendre justice à chacun sous le fardeau.

: JAURES.

() Cf. W. RAUSCHENBUSCH. — Christianity and the social crisis, p. 143.

Strong, dans son livre The New-Era, nous a montré quelle devait être l’activité d’une Eglise moderne, voulant exercer le maximum d'influence sur ses membres et sur le milieu environnant par le moyen de l’évangélisation. L'auteur était encore pasteur lorsqu’il composa ce plaidoyer si vibrant en faveur d’un élargissement de la mission de l’Eglise. On s'aperçoit qu’il se trouve en pleine mêlée, aux prises avec des conceptions étroites et surannées ; aussi ses pages sont-elles d’un intérêt palpitant pour tous ceux qui rêvent d’une Eglise plus large, forte et conquérante. De plus, chacun de ses chapitres foisonné de suggestions éminemment pratiques.

Tout différent nous apparaît le livre de Rauschenbusch. L'auteur est professeur d'histoire ecclésiastique. IL ne se contente pas de montrer que l'Eglise moderne doit faire une large place à l’activité sociale, mais il approfondit le problème. Il remonte jusqu'aux origines du Christianisme, fait un tableau des difficultés qui ont assailli l'Eglise primilive et énumère les causes historiques qui l’ont empêchée d'accomplir sa tâche rénovatrice au sein de la société d'alors. Puis, revenant aux temps présents, il indique, en termes précis, quel est, au milieu de la crise sociale actuelle, l'enjeu de l'Eglise et quelle attitude doit être la sienne. Dans son livre « Christianity and the social crisis, » Rauschenbusch se montre plus audacieux dans sa pensée que Strong, plus avancé aussi que lui sur le terrain social. Il reprend, en somme la plupart des idées de l’auteur de The New-Era, mais en les développant, en leur donnant une ampleur et une profondeur nouvelles.

Il est facile d'attaquer une institution que l’on veut détruire et de l’accuser de tous les crimes. C’est ce que ne manquent pas de faire les adversaires du Christianisme de notre temps. Et la principale critique qu'ils lui adressent, c’est de n’avoir rien fait dans le passé pour les classes pau-

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