‹ Église & Temps PrésentChapitre 15 sur 37 · À, FT · texte numérisé non relu

À, FT

Sans compter, d’ailleurs, que l’Empire romain persécuteur, et la société paienne immorale et débauchée, étaient bien naturellement détestés des chrétiens qui ne devaient guère songer à les sauver de la ruine. Comment l'idéal de vie que les disciples du Christ portaient en eux pourrait-il être réalisé dans un monde qui était tellement incompatible avec lui ? Pouvait-on croire qu’une société si dépravée fût susceptible de se transformer ? Pouvait-on souhaiter autre chose que sa disparition ? Une pareille société n’était-elle pas maudite ?

Et en effet, cette attitude hostile des chrétiens à l’égard de la société contemporaine s’aggrava encore de la croyance dominante, dans les premiers siècles, que le monde était sous la puissance des démons, qui pouvaient être non seulement des puissances malfaisantes, mais aussi des puissances tutélaires ou simplement indifférentes. « Les hommes se croyaient entourés par eux, comme au Moyen-Age les chrétiens pensaient être protégés par les anges et les saints, ou tentés par les mauvais esprits. » Les chrétiens s’emparèrent de cette croyance aux démons, si répandue au 11° siècle, seulement ils considérèrent désormais ceux-ci

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uniquement comme des êtres malfaisants et maudits, faisant partie de ce Royaume de Satan qui s’opposait à celui de Dieu. Pour eux, ces êtres « n’étaient pas seulement des fictions, mais des esprits séducteurs, réels et terribles, qui, pendant des siècles, avaient asservi le monde et persuadé aux hommes qu’il était de leur devoir de leur offrir des dons et des sacrifices. Tout ce qui était bon dans la civilisation qui fleurit avant l’ère chrétienne, tout ce qui ressemblait dans le paganisme aux rites et aux institutions chrétiennes, tout cela ne constituait qu’une contrefaçon imaginée à l'avance par le démon pour contrecarrer le Christianisme. Ce dernier, en effet, ne menaçait-il pas de lui arracher tout son pouvoir ! »

Et cela nous explique pourquoi le chrétien ne pouvait en aucune manière se mêler à la vie païenne. Car toute vie constituée en dehors du Christianisme était, à ses yeux, sous la dépendance des démons ; et de plus, comme toute existence était alors mêlée d’actes et de cérémonies religieuses, de sacrifices, de libations, de prières, aucun chrétien n’aurait pu s’y associer sans se souiller du péché de l'idolâtrie.

D'ailleurs « ces premiers chrétiens étaient soumis aux mêmes limitations de la nature humaine que nous ». Ils se laissaient eux aussi dominer par la puissante influence de la coutume. C’est ainsi qu'avant l’abolition de l'esclavage en Amérique, des milliers de chrétiens trouvaient absurde que l’on estimât ce trafic honteux ou contraire à l'Evangile ; cette institution leur paraissait aussi indispensable que celie de la famille elle-même ! Il en sera, sans doute, de méme de toutes les iniquités révoltantes que notre régime économique actuel a conservées et qui, pour le moment, nous semblent un fondement aussi nécessaire qu’inévitable de la structure de la société.

Que pouvait, du reste, l'Eglise aux trois premiers siècles ?

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