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L’ENJEU DE L'ÉGLISE DANS LE MOUVEMENT SOCIAL

La situation de l'Eglise. — L'Eglise et ses revenus. — Les travailleurs volontaires de l'Eglise. — Vocation et esprit du ministère. — L'Eglise et la pauvreté. — L'Eglise et sa « matière humaine ». — L'Eglise et l'influence démoralisante du commerce. — L'Eglise et la classe ouvrière. — L'appel en avant adressé à l'Eglise.

Dans ce chapitre, Rauschenbusch montre que le prix élevé de la terre, le travail excessif de la classe ouvrière, le salaire accordé au labeur, l'influence néfaste exercée par le commerce sur ceux qui s’y livrent — tout cela a une répercussion de plus en plus fâcheuse sur le travail et l’activité de l'Eglise et que, par conséquent, ces questions sociales doivent l’intéresser au plus haut point.

Si nous demandons quelle est la situation réelle de l’Eglise actuellement, nous constatons qu’elle a besoin d’un point d’appui terrestre permanent et qu’elle tend, par conséquent, à devenir propriétaire foncier. La terre est, de plus, nécessaire à toute extension de son œuvre. Si le prix en est peu élevé, l'expansion de l'Eglise sera aisée, mais si la terre coûte cher, l’activité de la communauté peut être entravée. La spéculation des terrains qui nuit à une multitude d’entreprises et en empêche beaucoup, peut aussi rendre impossible tout travail paroissial. C’est surtout lors de la fondation de missions ou de jeunes Eglises que nous pouvons cons-

(1) W. RAUSCHENBUSCH. — Christianily and the social crisis, p. 287.

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tater cette influence de la valeur de la terre. Trop souvent « c’est une gelée qui brûle les jeunes bourgeons ».

Quoique le mètre carré de terrain n’atteigne pas, dans notre pays, le prix qu’il atteint à New-York ou à Boston, il nous est cependant facile de constater que la terre est d’un prix élevé dans les quartiers où la population est dense, dans les rues passantes, et c’est là précisément que le travail d’une Eglise est indispensable et peut être fécond en résultats. Remarquons, à ce propos, que ce sont, en général, dans des rues écartées, loin des endroits de circulation intense, que se trouvent à Paris et en province nos Temples et nos salles d’évangélisation. Les loyers constituent une lourde charge pour toutes nos sociétés d’évangélisation et forment presque le quart de leurs dépenses annuelles.

Le résultat de cet état social, c’est que « le travail de pionnier ne peut que difficilement être le produit du zèle spontané de quelques personnes, mais dépend de plus en plus de l’assistance de riches individus ou de missions organisées. Cette situation conduit à la prudence, mais aussi à une organisation officielle ».

Les Eglises sont, en outre, profondément affectées par les besoins de l’industrie moderne qui obligent la population à se déplacer. Les campagnes sont abandonnées et le peuple se rassemble dans les grandes villes autour des magasins, des usines, des entreprises. Aussi les vieilles Eglises rurales aux clochers élancés « ressemblent à Rachel pleurant ses enfants ». L'intérêt d’une paroisse est, done, dans la stabilité de la population.

De plus, il est nuisible à une communauté de changer irop souvent de local, car les fidèles tiennent plus à un vieil édifice qu’à un nouveau à cause des souvenirs et des traditions qui s’y rattachent. Il ne faut pas oublier, en effet, que « les Eglises sont des organismes qui vivent longtemps, semblables aux arbres, et qui enfoncent leurs racines plus profondément à mesure que passent les années ».

Il résulte de ces brèves suggestions qu’au fond de quelques-uns des plus graves problèmes qui tourmentent l’Egli-

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se et ses conducteurs se trouve la question de la terre dans ses rapports avec la vie moderne.

Dans les pays comme le nôtre, où l'Eglise ne vit que par les contributions de ses membres, il est d’une extrême importance, pour le bien-être financier de la communauté, que ceux-ci aient un revenu sûr et régulier. L'Eglise a donc le plus grand intérêt à une juste et égale distribution de la richesse. La communauté qui soutient le mieux son Eglise est celle dont la majorité des membres appartient à la classe moyenne. Voilà pourquoi un système social qui répartirait la richesse de façon que chacun ne soit ni très riche ni très pauvre, constituerait le terrain le plus fertile à l’éclosion d’Eglises vigoureuses. |

Il y a, par contre, un très grave danger à ce que les Eglises comptent quelques familles riches et une multitude de pauvres. Il est évident, par exemple, « qu’un homme gagnant 2.500 francs par an ne peut pas donner autant à son Eglise qu’un homme recevant 25.000 francs, mais nous pensons, en général, que l’on peut attendre de ces deux hommes une contribution exactement ‘proportionnée à leur revenu. Ne recommandons-nous pas souvent à nos paroissiens de mettre en pratique la loi de la dîime de l'Ancien Testament, supposant que les 10 0/0 d’un salaire de 2.500 francs se trouvent dans les mêmes proportions que les 10 0/0 d’un revenu de 25.000 francs ? » Cette appréciation n’est, cependant, pas juste. C’est ce que nous pourrons facilement constater par l’étude des dépenses moyennes faites par des familles recevant des salaires différents. Voici le tableau que nous pouvons dresser :

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