‹ Église & Temps PrésentChapitre 27 sur 37 · ENTRE · texte numérisé non relu

ENTRE

qu’en France nos Eglises protestantes ne sont pas complétement responsables de tous les reproches qu’on leur adresse. Notre peuple ne sait pas faire la différence entre le catholicisme et le protestantisme et celui-ci succombe sous les mêmes railleries, les mêmes attaques que celui-là. Cependant il est facile de constater que le peu d’influence que nos Eglises exerçaient sur le peuple, elles sont en train de la perdre. Ne serait-ce pas parce qu’elles sont trop fermées, n’entendant pas les aspirations, les besoins exprimés par tous ceux qui les entourent ? Et ne pourrait-on pas leur appliquer les lignes que G. Séailles écrivait naguère à propos de la morale chrétienne : « Par cela même qu’elle a durant des siècles présidé à la conduite des meilleurs d’entre les hommes, qu’elle a eu ses martyrs et ses saints, [la morale] l'Eglise chrétienne garde le charme et la séduction de toutes les belles vies qu’elle à inspirées ; mais en fait, dédaigneuse des choses de la terre et de la vie sociale, ce qu’elle néglige ou ce qu’elle ignore est ce qui de plus en plus nous intéresse, ce qui la laisse indifférente est ce qui de plus en plus nous passionne ; ses lacunes répondent à nos besoins les plus pressants. (1) »

Ainsi l'Eglise a un grand enjeu dans la crise actuelle. « Elle peut essayer de rester neutre, mais aucun parti ne le lui permettra. » Si elle reste inactive, elle donnera par cela même son appui à l’état de choses actuel. Si elle perd la confiance des masses, elle abandonne sa classe d’origine. Si elle devient la religion des classes élevées, elle se condamne à une mort lente.

De tout ce qui précède Rauschenbusch conclut qu’une même crise s'étend sur la société et sur l'Eglise. N’est-ce pas la constatation que nous pouvons aussi faire ? Le moment est donc solennel pour la religion. Que l'Eglise

(1) G. SÉAILLES., — Les Afjirmations de la conscience moderne, p. 53.

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