EGLISE D’ARROU
L’église d’Arrou, telle qu’elle se présente aujourd'hui aux regards du visiteur, est bien évidemment l’œuvre de trois époques différentes. L’église primitive, qui est devenue la grande nef, fut édifiée au XII0 siècle, ainsi que nous le prouvent la porte principale et l’abside. Les murailles qui reliaient ces deux parties extrêmes ont disparu au XVe siècle, pour faire place aux baies qui unissent la principale nef aux deux nefs latérales. Enfin au XVII* siècle on bâtit la tour qui supporte le clocher. Chaque époque a laissé des marques caractéristiques de son concours; et cependant, malgré la différence des styles architectoniques, l’église d’Arrou a un cachet qui ne manque point de charmes.
Partie romane. — La porte principale est formée par trois arcatures superposées, formant un tout continu avec les piedsdroits qui les supportent, sans colonnes, ni pilastres, sans moulures, ni ornements quelconques. Legrison en fait tous les frais, et c’est ce qui explique l’absence de toute ornementation, car cette pierre ne se prête point au travail du sculpteur. Il est juste de dire que cette porte a gagné en durée ce qu’elle a perdu en élégance ; c’est certainement grâce à la dure matière dont elle est faite qu’après bientôt huit siècles d’existence, elle est encore intacte, comme si elle sortait des mains de l’ouvrier. La sobriété du décor, jointe à la couleur ferrugineuse de la pierre, donne à cette entrée un aspect sévère qui ne messied point au lieu saint.
Une fenêtre à plein cintre s’ouvre presque immédiatement audessus de la porte ; elle n’appartient point à la construction primitive, car, à l’époque où fut construite cette partie de l’église, les fenêtres qu’on ouvrait à cette place étaient rondes et assez étroites ; c'était l’embryon de nos belles rosaces gothiques. Presque au sommet du pignon, on remarque une toute petite fenêtre bouchée, également faite après coup ; elle remplissait le rôle de lucarne pour les combles de l’église.
Deux contreforts en grison, comme de solides gardes du corps, flanquent la porte à droite et à gauche. Ils sont peu saillants, et
ÉGLISE d’aRROL
n’-ont ni retraite, ni larmier ; ce sont là autant de caractères qui attestent leur antique origine, Il y a d’ailleurs apparence que toute cette façade n’a subi d’autre retouche qu'un simple crépissage.
Pour retrouver d'autres traces du style roman, il faut se transporter à l’extrémité opposée de l’église, à l'abside de la grande nef. Quatre contreforts se dressent le long de la muraille, et la sacristie nous en cache un cinquième. Par leur matière et leur confection, on reconnaît qu'ils sont contemporains des deux premiers. Trois fenêtres à plein cintre s'ouvrent dans cette abside, qui est hémisphérique, comme le sont ordinairement les chevets d'églises romanes. Ces fenêtres semblent avoir été ouvertes après coup ; il est très probable qu’on s'est contenté d’agrandir les toutes petites fenêtres qui devaient exister tout d'abord. La muraille a été retouchée, au moins extérieurement; on y remarque plusieurs sortes de matériaux, mais il est presque certain que sous le revêtement on trouverait partout le grison, qui parait d’ailleurs en maints endroits. Le contrefort qui avoisine le chevet du latéral gauche présente plus de saillie que les autres, et il est pourvu d'une toiture avec couverture en tuiles. Il est difficile de donner la raison de cette anomalie, mais il est probable que primitivement la muraille avait, à cette place^ une charge plus forte à supporter.
Lorsqu'au siècle dernier on voulut donner à l’église d’Arrou un rétable dans le goût de l'époque, on mura les trois fenêtres romanes du rond-point, on en ouvrit deux nouvelles à la naissance deN l'hémicycle, ou plutôt on agrandit deux anciennes fenêtres qui devaient exister à cet endroit, car il dut y avoir à l’origine cinq fenêtres semblables. On donna la forme cintrée aces immenses baies, mais on n’obtint ainsi qu'un pastiche maladroit du style roman. Les vastes proportions de ces fenêtres et leur ébrasement sans profondeur ne permettent pas d’y voir du roman authentique.
Partie gothique. — Les deux bas côtés de l’église furent construits au X Ve siècle, comme il est facile de s’en convaincre par le caractère de leur architecture. Leur toiture est formée de pignons juxtaposés qui rappellent les pignons sur rue de nos anciennes cités. Ces pignons sont au nombre de six, '(trois de