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chaque côté), et ils sont séparés par des cheneaux que terminent des gargouilles sculptées. Une de ces gargouilles représente un •aigle ; dans une autre on reconnaît une chimère à carapace écaillée; ce qui reste des autres est trop fruste pour qu'on en distingue le sujet. Des crochets ornent les rampants des pignons, et une croix anté fixe en couronne le faîte ; mais on ne voit plus qu'une seule de ces croix, et un grand nombre de crochets n'ont pas résisté aux injures du temps.
Des six grandes fenêtres qui éclairent ces nefs latérales, cinq sont ogivales ; la sixième, celle qui avoisine l’autel de la sainte Vierge, est à plein cintre. Les arcades intérieures, qui donnent ouverture à ce bas côté sur la grande nef, sont aussi de forme cintrée, tandis que celles qui leur font face sont de forme ogivale. Il semble bien difficile de donner une raison de cette divergence ; on pourrait toutefois supposer qu'il existait primitivement, de ce côté, une nef latérale très basse avec des baies romanes, et qu’au XVe siècle, pour la rendre parallèle à celle qu’on élevait à droite, on se contenta d’agrandir et de surélever les baies en leur, conservant leur forme première.
Les fenêtres n’ont pas de meneaux, et rien n’indique qu’elles en aient jamais eu, malgré l’habitude contraire de cette époque. Les contreforts sont terminés par un toit à double égout, dont les rampants étaient garnis de crosses à peine visibles aujourd’hui.
Mais ce que le style flamboyant a exécuté de plus intéressant dans l'église d’Arrou, c’est la curieuse porte qui donne accès dans le latéral droit, et qu'on appelle porte Saint-Jacques. Cette porte, en effet, par ses pieds-droits profondément moulurés, par son arcature ogivale ornée de crochets, par ses pinacles élevés et les deux étoiles de facture originale qui les accompagnent, attire l’attention beaucoup plus que l’entrée principale. Une sorte de cartouche de forme rectangulaire coupe la pointe, dans le but sans doute d'en déguiser la nudité.
Malgré leur peu d'importance, signalons encore dans cette partie deux singularités : une porte et une pierre. Presque à la hauteur de la chapelle de la sainte Vierge, se voit extérieurement une petite porte murée ; elle faisait probablement communiquer avec l’église l’ancien vicariat qui se trouvait près de là. Ce qu’elle a de particulier, c’est qu’elle affecte la forme romane quoique toute cette aile ait été construite au temps où régnait
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l'architecture gothique ; on peut supposer qu'elle existait longtemps avant la construction de ce bas-côté, et qu’elle y fut simplement rapportée. *
La pierre que nous avons à signaler est auprès de cette porte. C'est une forte pierre de taille, encastrée dans la muraille, et
laissant une partie saillante de près de trente centimètres. Sa longueur est de plus d’un mètre et la partie supérieure est à un mètre au-dessus du sol. En l’examinant attentive ment, on croit remarquer , sculpté en relief, le bras
d'une croix dont le pied et l’autre bras seraient engagés dans l’épaisseur de la muraille1. Vers la moitié de son épaisseur, sur la face antérieure et assez près de la porte, une sorte de godet ou de cuvette sort de la pierre dans laquelle il a été taillé. Tous ceux qui remarquent cette singulière protubérance se demandent vainement à quoi elle a pu être destinée. La première pensée est que cette pierre servit à des sacrifices sanglants, et que le sang était recueilli dans ce godet. La réflexion ne permet pas de s’arrêter à cette hypothèse, car la pierre n'a rien
1 Le croisillon est terminé par une boule qui n’est point l’œuvre du sculpteur, car elle est formée par un silex rond que la nature avait incrusté dans la pierre. Le mérite de l’ouvrier est d’avoir tracé sa croix de manière à faire de ce silex un ornement très bien placé. — La pierre de taille employée au XV' siècle dans l’église d’Arrou renfermait beaucoup de ces silex. Parfois le tailleur de pierres les a enlevés sans se donner la peine de boucher leur alvéole ; le plus souvent il les a laissés en place, et on les voit encore formant des saillies qui n’ont rien d’architectural.
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de druidique. Il est possible que ce fût tout simplement un bénitier à l’usage de ceux qui entraient par cette porte ; ou, si cette pierre fut primitivement destinée à recouvrir une tombe, elle pouvait n’être pas enterrée, de manière qu’on pût déposer de l’eau bénite dans cet orseau d’un genre peu commun. Dans quelques cimetières des environs de Chartres, notamment dans celui de Berchères -l'Evêque, on voit sur certaines tombes des bénitiers en pierre qui prouvent qu'autrefois on aimait à avoir de l’eau bénite dans les cimetières.
On disserte aussi sur la destination probable de la pierre ellemême. Les pierres ainsi disposées auprès des portes se rencontrent ailleurs ; il est supposable qu’elles servaient de sièges à ceux qui attendaient les offices.
Partie renaissance. — Selon toutes les apparences, la nef de la sainte Vierge se termina, jusqu’au XVIIe siècle, par une porte semblable à celle de Saint-Jacques. Cette porte dut être sacrifiée au clocher qu’on édifia au milieu de ce siècle, si on en croit la date sculptée sur le linteau d’une autre porte dont nous aurons à parler.
Ce clocher est construit en pierres de taille de grand appareil jusqu’aux deux tiers de sa hauteur ; le reste, à l’exception des angles, est en maçonnerie de silex1. Les trois angles visibles (le quatrième est enfermé dans l'église) sont épaulés par de vigoureux contreforts, dont la force de résistance est encore augmentée par des massifs de pierres de taille, qui le buttent dans les angles jusqu’à la hauteur du premier étage. Le glacis de ces massifs est recouvert en dalles de pierre, disposées comme celles qui recouvrent l’église du Sacré-Cœur à Paris. Quatre moulure coupent la tour à distances égales et en font pour ainsi dire quatre étages. Une rosace très simple au premier étage, une fenêtre au troisième, et deux fenêtres accostées au quatrième sont chargées de distribuer la lumière aux différentes parties intérieures de la tour.
Celle-ci est surmontée d’une flèche, carrée à la base, puis octogonale jusqu'à la naissance de l’aiguille. Cette flèche n’est pas celle qui surmontait la tour à l’origine. L’architecte qui cons-
1 Ceci est vrai pour la façade antérieure seulement ; la façade septentrionale a des parties de grison entremêlées avec la pierre de taille.
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truisit cette tour avait donné à son œuvre une flèche svelte et fort haute, qui, selon la tradition, rivalisait d'élévation avec le clocher d'Yèvres, le modèle des clochers de la contrée. Au mois de février 1802, un incendie causé par le feu du ciel la détruisit complètement, et comme les ressources manquaient pour la rétablir dans les mêmes proportions quauparavant, on édifia à la hâte la flèche actuelle, qui, surtout vue d'un peu loin, parait manquer de hauteur; elle est trop accouflée, selon l'expression du pays1.
Dans cette construction, tout a été sacrifié à la force ; il ne faut donc pas s’étonner si la part de l’ornementation architecturale est aussi restreinte que possible. Pourtant/les contreforts de la façade sont décorés d’une niche, avec dais -et console peu saillants, sculptés en style de la Renaissance.- La niche de gauche abritait autrefois une statue de saint Roch, laquelle, étant simplement en bois, a disparu peu à peu sous l’effort du temps, aidé dans cette œuvre de destruction par les pierres des écoliers. Un débris de statue se voit encore dans l'autre niche’ Un reste de couronne, sur la tête de cette statue mutilée fait supposer qu'elle représentait une reine, sainte Radégoride sans doute qui est en honneur dans la contrée2. J'y ai vu une autre statue cjuon disait être celle de sainte Apolline.
Entre les deux massifs qui buttent les contreforts/s'élèvent deux jambages assez étroits et peu saillants, décorés seulement de deux cannelures. Sur ces jambages repose un fronton surbaissé ; le tympan qui est très étroit est orné d'une tête casquée. Sur le linteau se lit la date 1647, sculptée en chiffres arabes. C’était jadis une porte donnant ouverture dans l’église ; elle a été murée vers 1850,' pour couper court à des désordres que certains jeunes gens s'y permettaient, pendant les exercices du Carême. Cette porte, aux formes grêles et étriquées, forme'un singulier contraste avec ce qui l'entoure, où tout est massif, on
1 I.e dessin géométrique n’accuse point ce défaut : .sur, le .papier les proportions sont bien gardées et l'œil est satisfait. Cette différence de perspective entre le dessin et la réalité a été remarqué déjà pour d’autres clochers; je citerai notamment celui de Blandâinville. C’est une remarque dont -les constructeurs de clochers feraient bien dé tenir compte...
5 J’ai vu cette statue dans mon enfance, mais les pieds en étaient déjà endommagés'. De temps immémorial, quand il y avait quelque épidémië" sur les volailles, on offrait à saint Roch une poule que l’on vendait à la criée, soiis le chapiteau au profit de l’église. Cette pratique de dévotion a survécu à la statue qui y avait donné occasion.
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pourrait dire énorme. De loin elle donne l’illusion d’une applique de plâtre, ajoutée après coup assez maladroitement. Il est très probable qu'elle a été faite en même temps que la tour, et que c'est au peu d’espace libre entre les bases des contreforts qu’elle doit ses proportions exiguës.
Intérieur. — Mais une église n'est pas intéressante seulement par le dehors ; l’intérieur, ordinairement du moins, n’en est pas la partie la moins curieuse à étudier. Si nous ne voulons pas ressembler à ces personnages qui exercent leur industrie aux abords des monuments, dans lesquels ils ne pénètrent jamais, entrons dans l’enceinte du lieu sacré dont nous ne connaissons encore que l’extérieur. Notre foi de chrétien et notre goût pour les choses de l’art pourront y trouver une égale satisfaction.
L’église d’Arrou, avec ses trois nefs terminées par trois autels, se présente bien à l’œil du pieux visiteur ; et pourtant, après un examen sommaire, il se dit, même sans être compétent en architecture, que si cette église avait deux mètres de plus d'élévation et une travée de plus en longueur, ce serait un vaisseau parfait. Telle qu'elle est cependant, elle mérite d’arrêter un instant l’attention, ainsi qu'on pourra s'en convaincre en l’examinant en détail.
Trois piliers cylindriques du côté droit et deux du côté gauche1 , plus un énorme pilier prismatique supportant le clocher, séparent la nef principale des deux latérales, et forment ainsi de chaque côté quatre baies qui sont ogivales à droite, et romanes à gauche. Des bancs anciens, de forme vulgaire garnissent toute l’église, en ménageant les allées nécessaires à la circulation ; des carreaux de terre cuite usés, brisés, avec des absences par endroits, remplacent, depuis la Révolution, le carrelage autrefois composé en grande partie de dalles tumulaires2. Quand on aura donné à cette église des bancs et un pavage en harmonie avec
' Il est convenu aujourd'hui d’appeler côté droit d’un monument le côté qui se trouve à la droite du visiteur entrant dans ce monument. Autrefois il n'y avait pas de règle fixe, et c’étaient plus communément le côté droit et le côté gauche de l’autel qui servaient à désigner la droite et la gauche de toute l’église.
1 II n’est rien resté de ces pierres tombales ; mais elles devaient être nombreuses, car les familles du Plessis, d’Avaugour, de Lignerolles, Bordas de Lautrinière, d'Illiers, etc., y avaient des sépultures. Des prêtres, des bourgeois, d'honnêtes marchands y furent aussi inhumés.
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son mobilier, il lui manquera peu de choses pour être une église rurale parfaite. Examinons les parties dont la restauration est achevée à ce jour.
Les voûtes, trop longtemps défectueuses, ont été naguère refaites en bardeaux de chêne avec couvre-joints. Une peinture très simple sur ces bardeaux flatte mieux l’oeil que ne le ferait une couleur uniforme. Cette peinture représente des oiseaux symboliques, des têtes d’anges enveloppées d’ailes éployées verticalement, et quelques dessins de fantaisie^ Le nom de Jéhovah en hébreu, dans un soleil rayonnant, se détache sur la coquille du rond-point1.
Nous retrouvons des peintures sur tout le pourtour du sanctuaire. Je dirai un mot de ces peintures, non pas à cause de leur mérite, mais à cause de leur inspirateur qui n’est autre que le docteur Paul Durand, le savant archéologue et le célèbre orientaliste. Nous avons même ici, en quelque sorte, sa dernière pensée, car il laissa par sa mort cette oeuvre imparfaite, et ce fut de M. l'abbé Hénault qu’elle reçut la dernière main. Si quelqu'un voulait y étudier la manière de notre artiste chrétien, il la trouverait ici dans toute sa perfection.
Les amateurs de peinture byzantine n'y verront qu’à admirer, car tout est ordonnancé selon les règles de cet art que M. P. Durand possédait comme pas un, et qu'il a peut-être pratiqué plus que personne en France. Sur une draperie jetée le long de la muraille, se dressent des colonnes très rapprochées les unes des autres : des arcatures allongées, d’une forme toute orientale, reposent sur ces colonnes. Dans l'entre-deux des colonnes, à la hauteur des chapiteaux, sont suspendues des lampes assez semblables à des cassolettes ou à des brûle-parfums. Une frise, composée de tète d’anges qui émergent au milieu d'ailes éployées horizontalement, couronne le tout. La muraille a pour décoration une coupe de pierre formant caisson avec un fleuron de fantaisie au milieu. Tout en haut se trouve une autre frise où des colombes, sj'mboles de l’àme chrétienne, sont en contem plation devant des grappes de raisin alternant avec des épis de blé. symboles de l’Eucharistie.
• La partie de l'église qui est située sous le clocher est voûtée en pierre avec nervures saillantes retombant sur un ornement en style de l’epoque; un long pendentif forme clef de voûte.
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Dans l’embrasure des fenêtres, des médaillons de forme ronde renferment les noms des vertus, avec les emblèmes dont l’iconographie chrétienne se sert pour les caractériser1. Des paroles de l’Ecriture sainte viennent compléter la pensée de l’artiste, et aider à comprendre quel est l’enseignement que son pinceau a voulu inculquer aux pieux fidèles.
Les couleurs de toutes ces peintures sont vives, quelques-unes sont même un peu criardes ; l’ensemble néanmoins produit un effet assez agréable. On constate avec regret que ces peintures, quoique récentes, ont été déjà notablement endommagées par le salpêtre, ce redoutable ennemi des peintures murales dans nos églises.
En dehors du sanctuaire, les murailles ont reçu l’année dernière une couche de peinture uniforme, sur laquelle un double filet rouge simule la coupe de pierre.
Les noms de ceux qui ont contribué à la décoration du sanctuaire sont conservés par cette longue inscription, qu’on lit, partie à gauche, partie à droite de l'hémicycle, à la frise supérieure.
Curante hujus ecclesiæ pasiore et annuenlibus gagiariis S. Sanctuarii muros si/mbolicis lineis illustrârunl Paul Durand pius peritusque archeolog. | Et magister Ilenault presbgter, carnolenses ambo, Pinxit vero C. J. Hcat Simon Damoiseau , arrotinus , anno vertente MDCCCLXXXII, ineunte vero anno MDCCCLXXX11I.
1 Comme ces vertus se trouvent assez rarement représentées avec leurs emblèmes d’une manière aussi complète qu’elles le sont ici, je crois utile de dire comment elles ont été interprétées par un maître qui avait tant étudié la symbolique. Au sommet de la fenêtre droite on lit : Les 3 vertus théolologales , le* 4 vertus cardinales. Sur les jambages : Foi , ciboire surmonté d’une hostie ; Charité, cœur ailé, enflammé, surmonté d'une croix ; Espérance , ancre : Justice, balance ; Tempérance, urne renversée : Prudence, serpent : Force , lion. — Fenêtre du milieu : Envoyez-nous , Seigneur , les dons du Saint-Esprit : sept colombes avec les noms de chacun des dons du Saint- Esprit. Fenêtre gauche : Les 7 vertus opposées aux 7 péchés capitaux : Douceur , mouton ; Sobriété, chameau : Générosité, main qui laisse échapper de la monnaie ; Humilité, colombe ; Affection, deux colombes qui se regardent: Chasteté , lis à trois fleurs ; Diligence, abeilles voletant autour de leur nid.
Les inscriptions sont les suivantes. Au bas de la voûte : Quiconque invoquera le nom de Dieu sera sauvé. Sous la frise supérieure : Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle. Sous la frise inférieure : Cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cumque omni militia cœlestis exercitus hymnum gloriæ tuæ concinunt sine fine dicente Sanctus, Sanctus, Sanctus , Alléluia, Alléluia.
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Ceux qui ont connu l’extrême modestie de M. P. Durand devineront bien qu'il n’a eu aucune part dans la rédaction de cette légende.
Vitraux. — Les trois verrières du sanctuaire, qui représentent le Sauveur du monde, saint Pierre et saint Lubin, n'ont rien de remarquable : on en peut dire autant des grisailles qui garnissent les deux fenêtres voisines (1878). Dans la chapelle de la sainte Vierge, se voit une Assomption d'un dessin très correct, au milieu d'un cartouche renaissance sur un fond gris blanc de verre dépoli. L'effet n'en est pas heureux, et cette observation s'applique également au vitrail qui fait face à celui-ci, et qui représente saint Jacques le Majeur .La maison Lobin, de Tours, dont on lit le nom au bas de ces vitraux, a été ici au-dessous de sa réputation (1884).
Le deuxième vitrail de la nef de la sainte Vierge représente le martyr.de saint Simon, apôtre, patron du donateur (1888) ; le troisième représente saint Louis rendant la justice sous un chêne de Vincennes (1890). Dans la nef de saint Jacques, après le vitrail de ce saint, nous avons le martyre de sainte Agnès, une fenêtre en verre blanc, et une dernière verrière qui nous montre les patrons de la paroisse, saint Lubin, saint Benoît, saint Romain, saint Sébastien, et dans le lointain l’église d’Arrouen son état actuel; ces verrières sortent de la maison Lorin,de Chartres, et elles lui font honneur. La pureté du dessin et la richesse du coloris ne laissent rien à désirer; peut-être pourrait-on trouver un peu de réalisme dans le martyre de saint Simon, qui est représenté au moment où la scie vient d’entamer les chairs ; mais pour plusieurs ce défaut est une qualité.
La rosace qui éclaire les fonts baptismaux nous présente le baptême de Notre-Seigneur, scène évangélique qui est reproduite avec beaucoup de vérité. N’oublions pas une toute petite grisaille placée au-dessus de la porte principale ; je la signale seulement pour être complet, car elle n’est remarquable que par sa simplicité. Elle nous permet pourtant de suivre, dans une même église, les différentes phases par lesquelles a passé la maison Lorin, pour arriver à la perfection qu'elle a atteinte depuis longtemps déjà. Cette grisaille de l’entrée est l’œuvre de M. Lorin père, à ses débuts, lorsque, novice encore dans son art, il venait d'établir un modeste atelier à Châteaudun. Les trois personnages de l’abside ont été exécutés de 15 à 20 ans après ;
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ce n'est pas encore de l'art véritable, mais de goût ' commence déjà à s'y affirmer. Les quatre verrières artistiques sont de date récente, et le talent du peintre-verrier y atteint son plein épanouissement. La remarque que je fais ici est toute à l’honneur de la maison Lorin, qui, de progrès en progrès, est arrivée à marcher de pair avec les premières maisons de peinture sur verre.
Autels. — Les trois autels sont en bois, et n’ont rien qui appelle l'attention. Le maître-autel est surmonté d’un tabernacle en bois sculpté, entièrement doré, d'une bonne facture, avec ciborium à couronne royale et panneaux à sujets formant contre-table. C’est un remarquable morceau de sculpture Renaissance ; il mériterait d’être reproduit par le dessin et décrit en détail. L'autel et son tabernacle faisaient corps autrefois avec un immense rétable qu’on a enlevé en 1882, et qu’on peut voir encore sous le clocher auprès des fonts baptismaux. Le tabernacle n’a pas été fait pour l’autel ; du moins, il ne lui ressemble en aucune façon, et il n’est pas sorti de la même main.
Deux reliquaires modernes ornent les gradins de l'autel ; ils contiennent les reliques suivantes : voile de la sainte Vierge, S. Aventin, S. Savinien et S. Potentien, sainte Germaine, S. Vincent de Paul, S. Philippe de Néri, sainte Angèle, S. Théodore, S. Donat. Les reliques des deux derniers saints sont les plus considérables ; l’église d’Arrou les possède depuis l’année 1737, d’après le procès-verbal conservé aux archives de la fabrique. L’autel de la sainte Vierge est de style grec assez pur. Ceci ne doit pas s’entendre du tombeau et du tabernacle, qui n’occupent cette place que depuis peu de temps et sont d'un style hybride, à peu près indéfinissable, où il y a assurément plus de travail que de bon goût. Le tabernacle surtout est une de ces œuvres tourmentées , contournées , surchargées d’ornements, qui n’appartiennent à aucun genre d’architecture, sinon à un genre faux et bâtard. Ce sont sans doute les restes de quelque vaste autel à rétable, qu’on aura voulu sauver ainsi de la destruction. On ne peut blâmer cette intention conservatrice , mais il est permis de ne pas approuver le moyen qu’elle a suggéré. L'autel et le tabernacle qu’on a remplacés par ces morceaux de sculpture sur bois n’avaient rien de remarquable ; mais du moins ils ne faisaient pas disparate avêc le rétable dans lequel on les a enchâssés.
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Ce [rétable est de pur style corinthien, et lui seul mérite l’attention dans cette chapelle de la sainte Vierge. Quatre colonnes cannelées, ou plutôt légèrement moulurées, supportent une frise assez légère, au-dessus de laquelle s’élève, en guise de couronnement, un second rétable, c'est-à-dire une miniature de rétable qui est complet dans son exiguïté, car il a pilastres, consoles, panaches, fronton, etc. La facture en est beaucoup moins bonne que celle du grand rétable, et il produit un effet peu satisfaisant, entre les deux parties d’un fronton brisé qui lui tiennent lieu d’accompagnement.
Une guirlande de feuilles et de fleurs encadre la niche où se dresse une statue de Notre-Dame-des-Victoires : une autre guirlande de feuilles et de fruits descend le long des panneaux qui séparent cette niche des colonnes. Pour quiconque n’a pas l'architecture grecque en horreur, ce rétable n’est certainement pas sans mérite.
L'autel du bas-côté droit est aussi de style grec ainsi que son rétable ; mais le travail en est beaucoup moins soigné que dans le précédent, et la. restauration qu'il vient de subir n’a point ajouté à sa valeur. Une haute statue de saint Jacques, qui occupait de temps, immémorial la niche de cet. autel, avait donné son nom à la chapelle, à la nef de cette , aile, et même à la porte qui y donne accès. Une statue de saint Joseph. vient de remplacer celle de saint Jacques qui était endommagée ; il est permis de supposer qu’avant longtemps le même changement s'opérera entre les noms des deux saints, et qu'on dire; la chapelle. Saint- Joseph.
Citons pour mémoire deux autels sous le clocher, dans l’enceinte réservée aux fonts baptismaux, l'un qui. n'est qu'un tombeau d'autel au-dessous d’une grotte de Notre-Dame de Lourdes, l'autre qui est un autel improvisé pour permettre de faire figurer les parties durétablede l’autel majeur qu'on avait voulu conserver.
Statues. — Les églises de Beauce sont communément moins peuplées de statues que leurs sœurs du Perche ; or parmi celles-ci l'église d’Arrou n'est pas loin d'avoir le record , selon le langage distingué de nos contemporains. On me permettra donc, comme preuve de ce que j’avance ici, de donner la nomenclature de toutes les statues, grandes ou petites, qu'elle renferme. Nous y trouvons : cinq statues de la sainte Vierge (Notre-Dame-
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