ÉGLISE DE JANVILLE
« J’estime, dit François Le Maire dans son Histoire et vie des évêques d'Orléans (1628), que quand saint Altin, premier évêque d’Orléans, eut converty les Orléanois à la foy catholique, l’an 69, et faict bastir leur première église en l’honneur de saint Estienne, que, s’acheminant à Chartres, il passa par Yenville et annonça aux habitants de cette ville la saincte évangile en y faisant bastir l’église de Saint-Etienne. »
L’église de Janville est encore citée dans plusieurs chartes du XIIe siècle. En 1142, Hélie, évêque d’Orléans, en présence du roi Louis VII et de Geoffroy de Lèves, évêque de Chartres, partage les revenus de l'église entre les moines de Saint-Martin-des- Champs, établis dans le prieuré de Notre-Dame de J an ville, et le chapelain de l’église, et leur attribue la moitié de toutes les offrandes et dons annuels, des pains et du luminaire, comme ils en avaient joui du temps de l’évêque Jean, son prédécesseur. En 1148, Manasses, évêque d’Orléans, donne aux mêmes religieux plusieurs autres droits ecclésiastiques dans l’église de Saint- Etienne de Janville.
Il ne reste rien de cette église du XIe ou XIIe siècle, qui ellemême aurait été construite sur l’emplacement d’une plus ancienne encore.
Le prieuré Notre-Dame, desservi par les moines de Saint- Martin-des-Champs dès le VIIIe siècle, n’a rien conservé de ces époques reculées ; mais on lui attribue la tour ou le dôme de Sainte- Anne, qui est accolé au chevet de l’église.
Malheureusement cette tour est inachevée, et les plus anciennes gravures de Janville, comme celle de Chàstillon, nous la montrent dans l’état actuel. Elle est octogone, sur une base quadrangulaire. Trois côtés sont aveuglés par le pignon de l’église, les autres sont ajourés par cinq fenêtres à lancettes de la forme ogivale la plus pure, avec une moulure bien marquée. Les murs sont en pierres de taille appareillées, l’entablement est
soutenu par des corbeaux sans ornements. La toiture devait être un cône en pierres imbriquées et non en charpente.
A l’intérieur de l’église, quatre colonnes massives soutiennent les ogives qui livrent passage sur les nefs et sur la chapelle de la Vierge au fond. Celle-ci est demi-circulaire et voûtée en cul-defour.
Tout cet ensemble révèle le XIIIe siècle, c’est donc là la partie la plus ancienne et la plus curieuse au point de vue- monumental. Avant la voûte surbaissée construite au tiers de la hauteur et protégée à l’extérieur par une toiture dissimulée audedans de la tour, ce dôme surélevé, éclairé par cinq grandes fenêtres élancées, devait produire un jeu de lumière des plus pittoresques et des plus saisissants sur l’autel et les officiants. C’est le seul monument de ce genre que nous puissions citer dans le diocèse de Chartres. Nous le signalons à l’attention des architectes des beaux arts, et nous faisons des vœux pour le voir rétablir dans son état primitif.
Cette partie de l’église était réservée aux moines du prieuré Notre-Dame, dont le couvent était construit tout près, transformé aujourd’hui en ferme.
L’église, proprement dite, est tout entière du XVIe siècle.
Vue de côté, elle paraît grandiose, avec ses larges et hautes fenêtres, ses arcs-boutants rigides et ses contreforts à niches. Latour est plus ornée, ses contreforts d’angle se terminent par des pinacles à clochetons très ouvragés, les triples baies de l'étage supérieur, les gargouilles qui s’élancent dans le vide sont d’un gracieux effet.
La cage de l’escalier, hexagone, complète l’ensemble ; si la toiture qui remplace, dit on, la flèche projetée par l’architecte du XVIe siècle, était plus élancée, cette tour serait irréprochable. De tous les massifs clochers qui hérissent la surface de la Beauce, comme autant de forteresses, celui de Jan ville, haut de 100 pieds, l’emporte, sans conteste, sur tous ses rivaux. Aussi passe-t-il pour une des merveilles de cette vaste plaine si fertile en blé, si pauvre en œuvres d’art.
La façade est percée d’une grande fenêtre à deux meneaux qui ajoute encore à la légèreté et à la grâce de ce monument. Pourquoi faut-il qu’un porche informe, de style grec, vienne blesser le regard et soulever les plus justes protestations.
et façade ).
ÉGLISE DE JANVILLE ( clocher
A l’intérieur, l’église est divisée en trois nefs. La principale est large, spacieuse et surtout très élevée. Elle mesure 55 pieds de haut sous voûte. Les vastes fenêtres percées au-dessus de la toiture des nefs latérales augmente oncore par le jeu de la lumière, la sensation produite par ces arceaux si hardiment jetés dans les airs. On avait sans doute dépassé les mesures de la prudence ; les murs s’écartèrent bientôt et malgré la résistance des arcs-boutants « poussèrent au vide ». Ce travail est encore sensible au regard, le danger devint évident pour tous et, en 1735, le bailly de Janville fit une ordonnance « pour faire démolir la voûte en pierre de la grande nef de l'église Saint-Etienne-de- Janville. » Ces voûtes furent rétablies, il y a quelques années, en 1862, par les soins de M. Duthuillé, curé. L’exécution n’a pas répondu entièrement à ses désirs. Les nervures en charpente n’ont pas les contours gracieux des nervures en pierre, et leur raccord à leur retombée sur les gîtes est défectueux. Le bardeau est revêtu d’un enduit en plâtre avec coupe de pierre simulée ; l’illusion n’est pas complète pour l’observateur minutieux, mais il serait injuste de ne pas reconnaître que « M. Duthuilé a tiré tout le parti possible de la situation, eu égard à l’exiguité des ressources dont il disposait. »
La voûte primitive ne devait le céder en rien aux voûtes des basses-nefs dont les nervures et les bernes s’entrecroisent avec art et sobriété.
Les colonnes et les arcs sont du style ogival le plus pur, à arêtes vives et moulures profondes, sans chapiteaux.
Toute cette partie de l’église aurait été construite au commencement du XVIe siècle, en 1509. La première pierre aurait été posée le lendemain de la bataille d’Agnadel. gagnée par Louis XII sur les Vénitiens. Elle fut posée « sous le pilier qui est au principal autel du côté gauche, par messire Guillaume Girard, lieutenant du gouverneur de la ville. »
L’ornementation de l’église mérite une attention spéciale. L’autel du Rosaire n’a de remarquable que la statue de la Vierge, d’une assez bonne facture ; mais son rétable de marbre de diverses couleurs et les boiseries qui garnissent les parois disparaîtront sans soulever le moindre regret. Disons cependant, d’après la tradition, « que les habitants de Janville, l’avaient enfoui sur place, avec toutes les précautions nécessaires pour le sauver de la profanation, en 1793. »
Une chapelle latérale de droite a été transformée il y a bientôt vingt ans.
Voici la description de ce quelle était avant 1869 :
« La chapelle du côté de l’Epître est romane. On a eu le tort d’y déformer une fenêtre à plein cintre pour la transformer en ogive brisée. Rien de désagréable à l’œil comme ce bizarre fer de lame qui a l’air de menacer une voûte en berceau d’un effondrement. La chapelle opposée, aussi en contre-bas des nefs, comme la précédente, a les voûtes d’arête et les nervures du XIIIe siècle. »
Que dirait aujourd’hui l’irascible chroniqueur. Cette chapelle a subi des retouches malheureuses, avec une voûte en berceau, s’appuyant sur un rinceau à moulures copiées sur un journal de modes fantaisistes, le tout en plâtre.
Telle ne devait pas être la « chapelle bastie et fondée dans icelle église en l’honneur du roy sainct Louis par Jean d’Yenville, hérault d’armes du roi Philippe-le-Bel, en 1301, qui donna 14 livres parisis de rente pour le service ; ce qui fut confirmé par Bertrand, évêque d'Orléans (1301-1306). »
Dans le mobilier, nous avons admiré une sorte de bas-relief en bois sculpté. Il représente sainte Anne, instruisant la sainte Vierge. Au-dessous une femme, portant une couronne en tête, semble diriger une barque dans laquelle sont trois autres figures de femmes ; ce serait le symbole de la Vierge conduisant des âmes au ciel.
En face au-dessus des fonts baptismaux, est une pyramide triangulaire avec des figures sur chacune de ses faces : saint Jean-Baptiste, le Christ, la figure du Sauveur et celle de la Vierge.
Il nous reste à étudier les vitraux. Nous citerons pour mémoire les vitraux placés au fond des chapelles latérales ; dans la chapelle de droite, dédiée à saint Joseph (ancienne chapelle Saint- Louis), est représenté saint Joseph.
Dans la chapelle de gauche, dédiée à saint Eloi, est représenté saint Eloi.
Quelle différence avec les vitraux des deux basses nefs : à gauche, le martyre de saint Etienne ; à droite, saint Sébastien se montrant à l’empereur après son martyre, sortis des ateliers de M. Lorin en 1895.
IANVILLE, PETITES VILLE ET ANFTIOVE CHASTEAV EN LA BEAVSSE
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Plus remarquables encore les gracieuses scènes dans les grandes baies qui suivent, et consacrées aux sept sacrements. La vivacité et l’harmonie des couleurs font ressortir avec avantage les personnages du tableau, d’un dessin irréprochable. Ils furent posés de 1891 à 1894, par M. Lorin de Chartres, grâce à l’initiative de M. le curé actuel de Janville ainsi que les deux précédentes.
Il aurait été à souhaiter que les ressources eussent permis de rétablir partout les meneaux qui existaient autrefois, comme on le voit par une des fenêtres du côté gauche. Jusqu’à ce jour des difficultés de plus d’un genre ont empêché de réaliser cette restauration.
Nous ne ménagerons pas nos louanges à la splendide et merveilleuse verrière de la façade.
On y a représenté en quinze médaillons, de 1 mètre 20 de haut sur 90 de large, les mystères du Rosaire. Cettte œuvre a été exécutée en 1898 par M. Lorin, peintre verrier à Chartres, grâce au legs de M. Pierre Neveu et à l’offrande de Madame Eudoxie Faucheux, sa veuve. Puisse cet exemple trouver beaucoup d’imitateurs.
Les baies supérieures de ] a grande nef sont en simples grisailles . Dans l’une d’elles étaient autrefois peintes les armoiries de la ville, d’après le témoignage de M. Hubert, chanoine de Sainte Croix d’Orléans dans un manuscrit daté de 1684.
« L’église de Yenville, dit-il est un grand vaisseau qui a été enté sur une ancienne dont le rond-point subsiste encore avec ancienne tour, et qui a retenu le nom de prieuré occupé dans les premiers temps par des Bénédictins , dont le cloistre, l’enclos, j ardin , grange, existent encore en partie. Les armes de la ville sont dans une vitre à côté de la tour, à l’aile droite ; elles portent : D'azur à la tour crénelée d'argent, accompagnée de deux gerbes d'or ». Il y avait aussi des vitraux du XIIIe et XIV' siècles.
Parmi les ornements on en montre encore un blanc « qui provient du manteau que portait Marie- Antoinette lors de son sacre le 16 mai 1770. »
Quelques tableaux à remarquer : Baptême de Notre-Seigneur, peint en 1809, par Lair, né à Janville en 1781, mort en 1828, et le Martyre de saint Etienne , par Niquevert, ami du précédent. Au banc d’œuvre, une excellente copie de Lesueur ou Poussin : Saint Pierre , recevant les clefs , donné par Joseph Pasquier.
Il y eut autrefois, paraît-il, six cloches dans le beffroi, les deux qui existent actuellement datent de 1847. Fonderie d’Orléans. Bollée.
Voici les inscriptions qui y sont gravées.
Grosse cloche. — L’an 1847, bénite par M. Sureau, vicaire-général de Chartres, invité par M. T. Billette, curé actuel de Janville, et assisté par M. C. Dulhuillé, futur successeur, nommée Marie par parM. Ernest H. marquis de Prunelay (Prunelé),et par Madame A -L.-M. Bigot de Morogues, baronne de Foucault.
Petite cloche. — (Répétition de l’inscription précédente).
Nommée Louise par M. le Baron de Foucault et par
Madame de Clermont Mont-Saint-Jean, Marquise de Prunelay. »
Les deux premières gravures sont de M. l’abbé Belaue ; celle de Chastillon est curieuse sans doute, mais peu exacte.
CHAPELLE DE LA SAINTE TRINITE Ancien Hôtel-Dieu