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III - CHAPELLE DE SAINT-MATHIEU

Outre son Hôtel-Dieu, Gallardon possédait en dehors de ses murs du côté du nord sur la route de Gas, à deux ou trois portées de fusil au delà de l’enceinte du château et des faubourgs du Coin de Gas et de la Barre, tout près du cimetière, une léproserie ou maladrerie sous l'invocation de Saint-Mathieu qui a donné son nom à la plaine au milieu de laquelle elle était bâtie1.

On sait qu’à l’époque des croisades un grand nombre de ces établissements furent fondés en France pour y recueillir les malades atteints de la lèpre et qu’au cours du XIIIe siècle, le nombre des lépreux était devenu si considérable qu’il y eut peu de villes et même de bourgades un peu importantes qui ne fussent obligées de bâtir une léproserie pour les retirer. A cette époque, autour de Gallardon, pour ne citer que des villes de son importance, Rambouillet, Rochefort, Ablis, Gazeran, Saint- Arnoult, Auneau, Epernon, etc., possédaient également leur léproserie.

A Gallardon, l’administration temporelle et spirituelle de cet établissement était confiée à un prêtre dont le choix et la nomination appartenaient au grand archidiacre de Chartres et qui prenait en même temps les titres de Maître de la Léproserie et de Chapelain de la Chapelle qui y attenait sous le même vocable de Saint Mathieu. En 1404, Nicolas Cheron remplissait ces doubles fonctions qu’il résigna le 7 avril de cette année entre les mains de Jean Baudaille, récemment élu grand archidiacre, qui le même jour les remit en sa possession

Après la disparition de la lèpre, les biens des maladreries restés presque sans objet furent l’occasion de déprédations de la part de ceux qui étaient chargés de les administrer et le plus souvent leurs revenusne servirent plus qu à entretenir la maison d'un commendataire qui jamais même ne venait visiter son bénéfice.

1 Sur la vue de « la petite ville et antienne ruisne de Gallardon v par Chastillon que nous reproduisons (PI. XIX.) où le clocher de l’église paroissiale est représenté sous sa forme primitive en spirale, l’emplacement de la maladrerie de Saint-Mathieu se trouve indiqué, à gauche du donjon entré les lettres F. et G.

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Le pouvoir royal s’émut de cette situation et en 1612, dans le but d’améliorer le sort des classes souffrantes et d’apporter un remède à la mendicité et au vagabondage dont le développement menaçait la tranquillité de la société et du royaume, Louis XIII établit une commission de réforme des hôpitaux et maladreries, dont un des premiers actes fut de proposer la suppression des maladreries, et la réunion de leurs revenus à ceux des hôpitaux les plus voisins. Cette suppression, adoptée en principe, souleva de la part des commendataires de vives protestations qui firent traîner les choses en longueur.

Reprenant l’œuvre de son prédécesseur, Louis XIV, après avoir par son édit de juin 1662 ordonné d’établir dans chaque ville et gros bourg du royaume un hôpital pour les pauvres malades, invalides et orphelins « afin que chacun nourisse ses pauvres », persuadé par Louvois, grand protecteur de l’Ordre de Notre-Dame du Mont Carmel, incorporé en 1607 par Henri IV à celui de Saint-Lazare, qui de temps immémorial avait desservi les maladreries, confia à ces hospitaliers l’exécution de son édit, et par de nouveaux édits, en 1664 et 1672, portant suppression des maladreries, attribua aux ordres protégés par son ministre leurs biens qui furent divisés en cinq grands prieurés et cent quarante cinq commanderies.

La maladrerie de Gallardon fit, avec les maladreries de Saint- Arnoult, Ablis, Maisons et Auneau, partie de la commanderie de Dourdan. Mais à leur tour ces nouveaux commendataires appliquèrent les revenus des biens qui leurs étaient confiés à leurs besoins personnels, sans s'inquiéter des nécessités des populations souffrantes. A la suite de nouvelles et pressantes réclamations que souleva de toutes parts le retour de l’ancien état des choses, Louis XIV par un édit de 1692 enleva tout à coup à l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, les biens qu’il lui avait imprudemment confiés pour les attribuer aux hôpitaux les plus voisins.

Pour Gallardon, ce ne fut qu’en 1697 que Louis XIV réunit par lettres patentes enregistrées au Parlement le 2 août 1798 les biens de la maladrerie à l’Hôtel-Dieu de la ville « pour y servir à la nourriture et entretien des pauvres malades dudit Hostel- Dieu. »

Parmi les documents que nous avons pu recueillir sur l’admi-

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nistration de la maladrerie de Gallardon pendant cette période désastreuse, nous signalerons une déclaration de biens faite le 13 septembre 1554 par Jean Mesnard, fondé de procuration de messire Jean Demin, maistre et administrateur de la maladrerie de Gallardon, à la Chambre des Comptes devant les commissaires ordonnez par le Roi sur le fait des francs-fiefs et nouveaux acquêts ; une quittance de François de Turmenyes, sieur de Neuville, commis à la recepte générale des biens et revenus de l’ordre de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, donnée à Marie Michenet, veuve de Henry Guiblet, fermière de la maladrerie de Saint-Mathieu pour la dernière année de son bail escheue à la Saint-Martin 1676, portant mention d’un reçu de 15 livres payées au chapelain de Saint-Mathieu par la dite fermière et signé Pillier en date du 12 novembre 1675 ; et enfin une déclaration donnée au terrier du marquisat de Gallardon, le 22 mai 1684, par P. de la Croix, comme fondé de procuration de « Henri Barrière de Gaulgeard, sieur de Neuville, chevallier de N,-D. du Montcarmel et de Saint-Lazare de Hiérusalem, estant au service du Roi, pourveu par Sa Majesté de la maladrerie de Saint-Mathieu de Gallardon ».

A cette époque depuis longtemps déjà les bâtiments hospita liers avaient disparu et seule la chapelle dédiée à Saint-Mathieu, où du temps des lépreux étaient célébrés, outre la messe du dimanche, des offices solennels à Noël, à la Circoncision, à la Fête-Dieu, le jour de la saint Jean-Baptiste, ainsi qu’aux jours de fête de la sainte Vierge, et que nous avons vu en 1675 desservie par un chapelain nommé Pillier, et que furent chargés par la suite de desservir les vicaires de Gallardon, avait survécu à la maladrerie et continua d’être jusqu’à la Révolution pour les habitants de la ville et des environs un lieu de dévotion et surtout le but d’un pèlerinage, sur lequel Saunier dans ses Essais historiques sur la ville et le marquisat de Gallardon nous a conservé de piquants détails :

« Le tableau de l’autel de cette chapelle, nous dit-il, renouvelé de nos jours (l'ancien étant péri de vétusté) représente la Résurrection de Lazare. Cet homme représenté sortant du tombeau est le vrai portrait d’un homme en langueur, de là, sans doute, dans le cours des siècles, on aura dit saint Langueur. Or le saint Langueur de Gallardon par sa haute antiquité

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s’est accrédité fort loin à la ronde pour le saint le plus en vogue quand on a des enfants tombés en langueur. Des bonnes gens qui ont entendu dire à leur grand’mère que, pour des enfants en cet état, il faut aller au bon saint Langueur de Gallardon, viennent quelquefois de sept ou huit lieues, nu-pieds, leurs sabots sous le bras, un tronçon de pain dans le bissac et buvant au premier ruisseau, demander une messe et un évangile au bon saint Langueur. Jusque-là, rien qué de fort ordinaire, mais le plaisant est l’expression .dont ils se servent. U faut qu’elle soit consacrée par leur tradition, car elle est dans la bouche de tous tant qu’ils sont et quelque dispersés qu’ils soient. Après avoir dit que c’est pour un enfant en langueur : « Pour l’aller ou le revenir, Monsieur, » disent-ils au vicaire qui va satisfaire leur dévotion ; et tout autant de fois qu’on leur a demandé explication de cette singulière façon de parler, « Eh oui ! répondent-ils, pour qu’il en revenan ou qu'il en mouran bentôt, car je sommes ben éganés de le voir pâtir. »

En 1699, la chapelle de Saint-Mathieu, bâtie au milieu d’une friche, où dans son voisinage des restes de murailles indiquaient encore l’emplacement des anciens bâtiments hospitaliers, et où se tenait le jour de la fête de saint Mathieu une foire dont le produit était autrefois grevé au profit de la Maladrerie d’une rente annuelle de 6 livres 10 sous, consistait en une nef et un sanctuaire en rond-point séparés par une grille de bois et dont les gros murs, ainsi que la charpente et la couverture, étaient en bon état.

Des portes, qui autrefois y donnaient accès, une seule s’ouvrant à 1 intérieur de la nef du côté de lepître avait été conservée : toutes les autres avaient été murées.

A cette même époque la chapelle de Saint-Mathieu possédait une cloche pesant 50 livres environ, qui le 22 octobre 1689 avait été bénite par M. de Pomoilain alors curé de Gallardon sous l’invocation de Saint-Jean et de Saint-Claude choisie par Jean- Claude de Bullion, fils du marquis de Gallardon, et demoiselle Charlotte Le Vicomte de Villiers, de la paroisse de Prunay-sous- Ablis, ses parrain et marraine.

Malgré diverses dépenses qu’on y fit de 1722 à 1733, tant pour son entretien et celui de son mobilier que pour son ornementation, cette chapelle se trouvait en 1742 en assez mauvais état et fut

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l'objet dans les années qui suivirent d’importantes réparations.

Ce fut alors qu’on renouvela le tableau de l’autel dont nous avons, d’après Saunier, parlé plus haut à l’occasion du pèlerinage. Ce tableau fait en 1741 par un peintre de Chartres nommé du Mais, lui fut payé 90 livres, quoiqu’en réalité, dit une note des anciens registres de l’Hôtel-Dieu, il ne valut, même en le payant bien, guère plus de 20 livres

» La cloche de l'ancienne chapelle de l’Hôtel-Dieu qu’on avait en 1739 transportée dans la chapelle de Saint-Mathieu pour y remplacer celle que nous avons signalée plus haut, cassée en 1737 par le battant qui frappait trop*bas sur son bord, était suspendue à la pièce; de bois qui traversait près du pignon l’intérieur delà chapelle, et, sans servir au dehors, ne servait au dedans qu’à interrompre et troubler les offices. En 1746 elle fut placée dans une espèce de fenêtr'e en briques servant au sommet du pignon de clocher,' et plus tard en 1750 dans un clocher construit en bardeau au-dessus de là chapelle pour la recevoir.

De 1756 à 1758, le sanctuaire fut allongé et le chœur garni de bancs, l’autel réparé, décoré à neuf et orné de chandeliers en bois argenté achetés, à la vente des Ursulines de Chartres, la voûté de la chapelle fut lambrissée en entier et peinte et les murs de la nef et du sanctuaire furent blanchis. Enfin en 1767 un nouvel autel en bois avec retable remplaça l’ancien autel en pierre de taille et maçonnerie dont l’humidité permanente faisait pourrir les linges et les parements.

A la même époque d’importants travaux furent également entrepris à l’extérieur de la chapelle dont le pignon principal fut reconstruit et percé d’une porte. Le bord du grand chemin menant de Gailardon à Epernon fut planté d’ormes ainsi que la friche autour de la chapelle, les fossés qui entouraient cette friche furent refaits et garnis de barrières pour empêcher le passage des voitures qui traversaient sans droit ce terrain. En 1764, les pluies d’égoût pénétrant dans la chapelle et pourrissant les murs et le pavé, on établit autour des murailles un massif de trois pieds de large construit en chaux ; et enfin en J 767, lors de la démolition de l’autel en pierre de la chapelle, on utilisa les matériaux qui en provenaient pour faire des bancs qu’on plaça pour l’agrément et l'utilité du public dans la principale allée qui conduisait à la chapelle.

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Pendant la Révolution l’ancienne chapelle de la maladrerie de Gallardon dans laquelle à cette époque ne se célébraient plus par an que deux offices solennels, le vendredi saint et le 21 septembre, disparut comme celle de l'Hôtel-Dieu ; mais plus heureuse que celle-ci, son souvenir s’est maintenu dans la mémoire des habitants grâce à l’érection dans un jardin de son voisinage d’une petite statue de son patron à laquelle quelques pèlerins viennent encore faire leurs dévotions et l’établissement récent d’un calvaire sur le terrain même où elle s’élevait autrefois.

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