IV. - CHAPELLE DE NOTRE-DAME DE LA FONTAINE
Au milieu du faubourg dit autrefois du Bourget et aujourd’hui de Notre-Dame, situé à l'extrémité opposée de Gallardon, sur le chemin conduisant à Montlouet, s’élevait également en dehors des murs de la ville, au fond de la vallée, une chapelle dédiée à la sainte Vierge, dont il reste encore aujourd’hui quelques vestiges.
Bâtie au centre d’un faubourg qui nous paraît avoir été le berceau de Gallardon et dont le nom rappelle le souvenir d'une construction militaire de l’époque de l'occupation romaine et que domine une colline escarpée sur le sommet de laquelle un temple dédié à Jupiter contribua peut-être à donner à cette portion de territoire le nom de Clos-Jouin, la chapelle de Notre-Dame de la Fontaine, dont nous voyons actuellement les ruines, occupe l’emplacement d’un oratoire élevé par les premiers chrétiens audessus d’une source que le culte druidique avait honorée et dont le bassin fut le baptistère primitif des premiers néophytes que la parole des apôtres chartrains appela dans cette région à la lumière de la foi.
Forcés au cours des IXe et Xe siècles de quitter leurs demeures que ne protégeait plus le Burgum romain tombé en ruines pour venir demander asile et protection sous les murs du château-fort nouvellement construit pour arrêter les incursions des hordes normandes et autour duquel ils groupèrent leurs nouvelles habitations, les habitants du Bourget néanmoins n’abandonnèrent point le petit oratoire qu’avaient construit leurs pères
a Gallardon
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et conservèrent pour la source qu’avaient vénérée les Druides et dans laquelle ils avaient eux-mêmes reçu le baptême, la foi traditionnelle de leurs aïeux, et dans leur aveugle et crédule superstition pour les vertus miraculeuses qu’ils lui attribuaient, organisèrent autour d’elle un pèlerinage célèbre et accrédité dans la contrée.
Au mois de mai 1416, les habitants de Gallardon désirant faire construire sur l’emplacement de l’oratoire primitif qui de temps immémorial recouvrait leur fontaine miraculeuse, un édifice capable de recevoir les nombreux pèlerins qui s’y rendaient de paroisses même éloignées, présentèrent, nous apprend Souchet, à Messire Philippe de Boisgiloud, évêque de Chartres,
« une requête tendant qu’il leur fut permis d’édifier une chapelle en l’honneur de la Vierge au faubourg du Bourget, tout proche de leur ville, ce qui leur ayant été accordé, ils firent bâtir la Chapelle qui s’y veoid de présent, laquelle on appelle, à cause de la Source qui se trouve sous l’autel, Notre-Dame de la Fontaine ».
« L’antique dévotion de nos aïeux pour cette chapelle, écrivait en 1772 Saunier, s’est perpétuée jusqu’à nos jours et n’est pas encore refroidie par le laps de plusieurs siècles. On y vient demander de l’eau dans les années de sécheresse et j’y ai vu jusqu’à sept processions par matin et compté plus de cinquante paroisses dont plusieurs de trois lieues dans l’espace de quinze jours : mais ce qui décèle bien l’esprit du peuple c’est qu’on n’y vient jamais que pour demander de l’eau et qu’il est inouï qu’on y soit venu en temps pluvieux pour demander du beau temps, comme si ce n’était pas de son département et que la sainte Vierge n’eût le sien que comme les déesses du paganisme.
« Une idioterie encore plus plaisante que j’ai vue subsister, il y a tout au plus vingt-cinq ans, c’est celle des paroissiens de Sou laires à deux grandes lieues d’ici et à pareille distance de Chartres. Ces rustauds, venant en procession, étaient encore en usage d’inonder en pleine église leur vieux curé en cette manière : le maître-autel de cette chapelle est isolé et construit sur la source même. Après la messe dite, la procession, avant de sortir de la chapelle, tourne autour de l’autel et le curé, en passant devant le petit bassin qui s’étend sous l’autel et l’excède de peu en chantant quelques répons, plonge ses mains dedans et se'
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retourne pour en asperser les premiers qui le suivent de quelques gouttes, comme de l’eau bénite le dimanche.
« La plupart des curés qui y viennent le font encore, mais ce qu’aucun d eux ne veut plus souffrir et ce qu’endurait encore ce vieux curé qui l'avait vu pratiquer universellement de son jeune temps, c’est que tous ses paroissiens après cette aspersion de sa part, plongent leurs deux’ mains dans ce bassin et dévotieusement se piquent tous à l'envie d’en inonder le pauvre prêtre qui sortait de l’église son surplis et ses cheveux aussy dégouttans que s’il eût été trempé dans le bassin et plus il en avait, plus certains se comptaient-ils qu’ils allaient avoir de la pluie ».
La chapelle de Notre-Dame de-la Fontaine, dont nous regrettons de ne pouvoir donner ici une vue reproduite d’après celle que nous en avons récemment retrouvée dans un dessin de la fin du XVIIIe siècle, était, d’après Saunier, régulièrement et assez joliment bâtie.
Outre l’autel du chœur dédié à la Vierge et décoré en 1761 d’un retable en menuiserie orné de pilastres et de moulures, elle renfermait un second autel consacré à saint Antoine. Comme l’église paroissiale et la chapelle de Saint-Mathieu elle possédait de beaux ornements, provenant de la libéralité de la marquise de Fervacques qui y avait travaillé de ses mains et dont ils portaient les armoiries.
Le petit campanille qui la surmontait renfermait une cloche sur laquelle nous avons recueilli dans les registres paroissiaux de Gallardon quelques renseignements intéressants. Cette cloche bénite le 6 janvier 1648 par François Sagot, curé de la première portion de l’église de Gallardon, et nommée Marie , par Pierre Gravelle, bailli de Gallardon, eh Jeanne Dubois, femme de Claude Levassor, procureur fiscal de la baronnie de Gallardon fut de nouveau, après avoir été refondue, bénite le 22 octobre 1698 par M. de Pomollain sous l’invocation de Sainte Marie et de Sainte Anne : Charles Denis de Bullion, Marquis de Gallardon, et sa femme, Marie Anne Rouillé, prêtèrent comme parrain et marraine leur concours à cette cérémonie.
Cassée en 1733 par son battant qui frappait trop bas sur son bord, cette cloche qui pesait 154 livres fut de nouveau refondue le 10 mai 1739 à Ymeray, proche la grange des Champarts, par
PI. XXL — Plan de la Chapelle de la Fontaine, a Gallardon
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le nommé Petit-Four, fondeur du pays de Bassigny en Lorraine, moyennant 20 livres, et bénite par M. de Turmenyes le 23 du même mois.
Sur cette nouvelle cloche pesant 168 livres et dont les dimensions, fixées à 18 pouces et demi pour son diamètre et 16 pour sa hauteur jusqu’aux anses, avaient été soigneusement calculées pour lui permettre de passer au travers de la charpente, se lisait l’inscription suivante: Cette cloche a été faite l’an 1739 et a été bénie sous V invocation du saint nom de Marie par M** Jean de Turmenyes, D r de Sorbonne , prieur et curé de Gallardon , directeur de ladite chapelle, pour lors gager Pierre Jousse .
Pendant la Révolution, cette chapelle, à laquelle chaque année le clergé de la paroisse de Gallardon se rendait processionnellement le jour de PAnnonciation, fut en partie détruite. Le mur de droite de la nef, au pied duquel se voit en dehors un bassin carré surmonté d’une arcade ogivale en forme de niche, destiné à recevoir le trop plein de celui qui se trouvait sous l’autel du chœur, ainsi que le mur en rond-point de l’abside, construits en pierres meulières avec contreforts en grès, existent encore aujourd’hui jusqu’à une hauteur de trois mètres environ. Dans une maison du voisinage, où nous avons recueilli, il y a quelques années, un ancien bénitier ainsi qu’une statuette de Vierge en bois du XVIIIe siècle provenant de cette chapelle, on remarque, engagée dans la maçonnerie, une des colonnes qui soutenaient l’archivolte de la porte d’entrée de la chapelle de Notre-Dame.
Malgré ces vestiges qui ont maintenu à Gallardon le souvenir de cette ancienne chapelle, la dévotion dont elle était autrefois le centre s’est affaiblie depuis sa destruction et bientôt l’ancienne source miraculeuse du Bourget n’alimentera plus qu’un lavoir communal établi dans son voisinage.
Cependant si l’on ne vient plus dans les années de sécheresse demander à Notre-Dame-de-la-Fontaine le secours d’une pluie
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favorable aux biens de la terre, l’antique dévotion, qui jadis attirait les pèlerins à la chapelle de Saint- Mathieu, semble par une altération de la tradition s’être déplacée en sa faveur, et parfois l’on voit apporter à la fontaine de Notre-Dame pour des maladies de langueur, comme à celle de Saint- Odoir, près du moulin de la Roche à Saint-Prest, des enfants qu’on plongeait, avant l’établissement d’une pompe sur le bassin de la source, dans l’eau froide pour les faire, suivant l’expression consacrée qui s’est conservée dans le peuple, aller ou venir. Une pratique mieux entendue, qu'impose d’ailleurs aujourd’hui l'impossibilité de parvenir à la source même, mais qui peut-être pour cette raison semble devenir de plus en plus rare, consiste à faire le voyage, comme on l’appelle,, par l'intermédiaire d’une personne croyante pour puiser à la source de l’eau qu’on se contente de faire boire au malade pendant la durée d’une neuvaine.