‹ Églises & chapelles du diocèse de ChartresChapitre 6 sur 65 · TOMBEAU DE SAINT-PREST · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE SAINT-PREST

La notice sur l’église de Saint-Prest était livrée à l’impression lorsqu’une bonne inspiration détermina M. le curé à rechercher le tombeau du patron de la paroisse. On le trouva facilement. Il n’est pas sous l’autel, comme on Fa dit, mais dans l’angle sudest de la chapelle : à la place indiquée, du reste, par une inscription lapidaire scellée sous le confessional. On eût d'abord l’intention de le relever et de le monter au niveau actuel de la chapelle, mais après mure réflexion et sur l’avis de M. le curé, partagé par les archéologues les plus compétents, il fut décidé qu’on le laisserait en place et qu'on le dégagerait de tous les débris et gravois qui le recouvraient.

A cet effet on ouvrit une tranchée de 4 m. 50 su P i m. 65 ; on l’entoura d'une grille en fer forgé pour servir de balustrade, et l’on établit un mur de soutènement pour arrêter les terres.

C’est pour conserver le souvenir de ces travaux que nous écrivons ces lignes et pour féliciter les paroissiens de Saint-Prest de cette découverte, de cette « invention » dirons-nous, selon le style liturgique, du sépulcre de leur saint protecteur. Ce tombeau, qui diffère peu de celui de Saint-Calétric, du milieu du VIe siècle, actuellement déposé dans la crypte de la cathédrale, est fait d’une grosse pierre creusée en forme d'auge. Il mesure 2m. 16 de longueur, 0,75 de largeur et 0,59 de hauteur. Le vide est de 0,40 de profondeur sur 0,52 de largeur. Son couvercle le dépasse de quelques centimètres de tous côtés et a 0,44 d’épaisseur.

D’après la notice précédente les anciennes tombes des compagnons de saint Prest furent retirées ou enterrées sous le sol en 1664 et le terrain fut exhaussé d’environ 0,70.

Les dernières fouilles nous ont permis de constater la véracité de ce récit. Sous le sarcophage de saint Prest nous avons vu de grosses pierres qui sont les débris des anciens monuments. A la profondeur de 1 m. 88 se trouve un dallage en grands carreaux octogones blancs, c’est celui de 1664. En pratiquant une deu-

xième tranchée plus profonde, on a découverte 0 m.58 plus bas, le sol primitif sur lequel descendent les colonnes qui supportent la voûte. Le remblai de 1664 a donc été de 0,58 et non pas de 0,70 ; et celui de \ 841 a été de 1 m. 88 d’où il résulte que le niveau de cette chapelle était au XIIIe siècle de 2 m. 46 plus bas qu’il n’est maintenant ; à peu près au même niveau que la crypte qui est sous le sanctuaire.

Le déblaiement partiel qu’on vient de faire nous démontre que ce n’est pas l'humidité qui motiva les travaux de 1841. Nous avons constaté que ni les carreaux restés en place, ni les colonnes des angles, ni les murs n’en sont imprégnés. La terre elle-même apportée à cette époque est plus sèche qu’elle n'était alors. Si la chapelle fut comblée jusqu’aux terrains extérieurs c’était pour la rendre d’un accès plus facile et d’une communication pJus commode avec l’église.

D'où nous concluons de nouveau que la crypte n’a pas été construite pour recevoir les dix tombeaux, mais qu’elle fut l’église même sur laquelle on a jeté postérieurement une voûte1. La chapelle des Corps Saints a toujours été son annexe, bâtie « in dextera parte basilicæ » et reconstruite au XIIIe siècle2 3. Si à cétte époque* on l’a laissée en contre bas du sol de l’église surhaussée ce n'est pas pour rappeler le caractère funéraire de l’édifice, mais par respect pour les tombeaux placés là depuis l'origine et qu’on ne voulait ni déplacer ni recouvrir de terre. C’est dans la même présence de vénération qu'on vient de les rechercher pour les mettre à jour, dans leur état primitif.

M. l’abbé Gouju, toujours rempli d’un saint zèle pour la restauration de son église, se propose maintenant de couvrir le sol de grandes dalles en pierre. Il les estime plus dignes de nos temples que ces mosaïques en mille couleurs, comme on en voit bientôt partout.

L'abbé Haye, curé de Jouy.

1 On y voit encore l’empreinte de cintres en planches soutenant la voûte

pendant sa construction. Les aspérités des joints ne sont, même pas aplanies, ce qui démontre un travail imparfait et relativement récent.

3 La légende de Saint-Prest affirme comme un fait ancien, contemporain de l’évèque Ethère, la construction de cette chapelle au côté droit de la basilique. Si ce récit eût été fabriqué d’imagination au XIIIe siècle, en même temps que la chapelle même, le narrateur eut commis une erreur manifeste et soulevé des protestations nombreuses et triomphantes. La vérité est que le vénérable sanctuaire a été réédifié au XIIIe siècle, comme la basilique et que la légende, sauf des remaniements successifs dans" la forme, est dans sa substance d'une haute antiquité.

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