SAINT MAMES SAINT BLAISE
EGLISE DE V1EUVICQ
messire Simon Varier de Saint-Cernin, receveur au grenier à sel de Brou, représentant M. Armand Cugnot de Lépinaj, écuyer, fils des susdits de Lépinay et de Mlle Lemaire, et par M11* Marie- Madeleine Berland, épouse de Gabriel Forestier, représentant Mlle Catherine Françoise-Pauline Garrier du Breuil, fille de messire Nicolas Melchior Garrier du Breuil, écuyer, seigneur du Buisson, trésorier de France, et de Anne-Catherine-Françoise du Bouchet. »
Si l’église comme monument est d’une pauvreté désolante, elle a, au contraire, un mobilier d’une richesse peu ordinaire.
Signalons avant tout dans la sacristie un vieux meuble portant sur la plinte du couronnement cette inscription : « Jean Girout, gagé, Jean Fossart, curé, Pellerin Hubert, gagé, 1758 »
Dans l’église, deux petites statues curieuses que nous reproduisons ci-contre, l’une de saint Marnés, une mitre en tête, les entrailles sortant par une blessure au ventre , et saint Biaise, également mitre en tête, tous deux attachés à un tronc d’arbre.
Mais l’objet de l’admiration universelle est le maître-autel, provenant de l’église Saint-Saturnin de Chartres, acheté un vil prix, 150 livres, pendant la Révolution, par M. le curé Rocheron, ancien vicaire de Saint-Saturnin et chartrain d'origine. Nous empruntons les détails qui suivent à la notice très savante de notre confrère, M. l’abbé Sainsot, chanoine honoraire, doyen de Terminiers, vice président de la Société archéologique, publiée en juillet 1879 dans le tome VII des Mémoires de la Société archéologique de Chartres.
Il fut construit en 1694 par les soins pieux de M. Gilles Marie, curé de Saint- Saturnin de Chartres, par un artiste resté inconnu. C’est un chef-d'œuvre de sculpture dont M8' Godet des Marais dans une visite, proclamait hautement la magnificence, louant le saint prêtre d’avoir enrichi son église « d'un des plus beaux tabernacles de France. »
Ce rétable posé sur un autel modeste se compose du tabernacle proprement dit, au centre, des gradins et du rétable. Le tabernacle est à deux compartiments. Sur la partie inférieure « est sculptée une table qui recouvre une draperie bordée de franges ; cette draperie descend jusqu à terre et se relève aux angles pour laisser voir la griffe du lion qui sert de pied à la table. Cette table supporte le livre aux sept sceaux dont parle
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l'Apocalypse, et sur ce livre lui-même est étendu l'Agneau mystique enveloppé de flammes, symbole qui convient parfaitement à la porte d’un tabernacle, destiné à être le séjour de l’Agneau divin s’immolant dans la sainte eucharistie. La sculpture de cette partie est loin d’égaler la perfection que nous remarquons par tout ailleurs. »
Ce premier tabernacle, d’après une disposition qu’on retrouve fréquemment dans les autels de cette époque, en Italie et en France (signalons en particulier l’autel des Roches-l’Evêque, près Montoire), n’est autre chose qu'un tour qui tourne sur un pivot pour s’ouvrir et se fermer.
« Les deux gradins superposés qui s’étendent de chaque côté méritent un instant d’attention. A l’étage inférieur nous voyons onduler les gracieux contours d’une suite d’enroulements formés d’un feuillage de fantaisie et terminés par une fleur qui s’épanouit largement à une extrémité, tandis qu’à l’extrémité opposée elle ne présente que le dessous de son calice... Rien ne peut exprimer la grâce de ces arabesques si délicatement exécutées. Bien belle aussi la décoration du gradin supérieur. Ici ce sont deux petits anges aux formes potelées qui se balancent dans l’espace en soutenant d’une main une guirlande de fleurs et de fruits, tandis que leur bras est passé dans un ruban qui se festonne, se plisse, se noue dans la partie supérieure, où il est suspendu à une sorte de crochet qui a pour tête une fleur... l’artiste semble avoir pris à tâche de réunir dans cette partie de son œuvre tout ce que sa foi de chrétien et la science de la nature lui ont révélé de plus gracieux, les fleurs de la terre et les anges du ciel. »
« Sur ces gradins repose le monument lui-même. Le tabernacle : Repositorium corporis Domini, affecte presque toujours la forme d’une église, c'est la maison de Dieu, plus petite mais plus sainte que la grande qui la contient. De prime abord on reconnaît cette disposition dans le tabernacle de Yieuvicq. Avec son fronton triangulaire, ses chapiteaux corinthiens, ses gigantesques feuilles d’acanthe et son dôme à triple étage, il a toute l’apparence d’un petit temple grec.. . Ce petit temple affecte la forme demi-circulaire. La façade se divise en trois compartiments ; au milieu s’arrondit le tabernacle, de chaque côté se dresse le rétable. Ce qui frappe tout d’abord dans cet ensemble majestueux, ce sont les colonnes torses, si élégamment groupées par trois.
TABERNACLE DE V1EUVICQ
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Elles sont au nombre de 18 qui s’élancent de leur piédestal et portent jusqu’au sommet leur guirlande de raisins et de feuilles de vigne , si légèrement fouillée , si gracieusement contournée
Au-dessus du fronton triangulaire apparaît le Père-Eternel, drapé dans un manteau flottant, un pied dans le vide et l’autre reposant légèrement sur un groupe de nuages d’où émergent deux têtes d’anges ; son regard plongeant vers la terre et ses bras largement étendus semblent exprimer qu’il admire ce qui se passe dans ces régions inférieures. Cette statue a un cachet de grandeur et de majesté qui convient admirablement au Roi des rois, et la place que lui a donnée l’artiste en fait bien ressortir toute la beauté.
« Le dais ou dôme, qui est comme la tête de l’œuvre tout entière, se compose de trois étages. Le premier est à lui seul plus élevé que les deux autres ensemble ; il repose sur une base ornée de moulures, recouvert presque dans toute sa hauteur par de larges feuilles d’acanthe dont la pointe dirigée en haut se recourbe sur un plan symétrique ; dans la partie supérieure se trouvent des volutes apairées trois à trois, s’accostant aux angles, et auxquelles sont encore suspendues des débris de guirlandes. Le second étage n’est formé que par une gorge profonde sur laquelle se détache une draperie formant guirlande. Le troisième étage est un énorme bourrelet, ou si l’on veut un tore colossal ayant sur chaque face cinq cannelures garnies d’un petit ornement feuillagé que dans la langue technique on appelle godron. .. Ce couronnement était destiné à recevoir une statue. » On y voit actuellement une statue de Notre-Seigneur montant au ciel
Les parties latérales se composent de deux compartiments. Le cadre en est formé par deux groupes de trois colonnes chacun ; l’entrecolonnement est occupé par une statue d’évangéliste dressée sur un très beau piédestal, orné de feuilles d’acanthe. La facture hardie, l’air magistral de ces quatre personnages contribuent pour une large part à l’effet grandiose de cette œuvre incomparable.
Au dessus de la corniche se trouve une galerie et des urnes enflammées, et au-dessus un médaillon encadré d’enroulements ; dans celui de droite est représenté un ange, dans celui de gauche
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la sainte Vierge à genoux sur un prie-Dieu ; il est facile d’y reconnaître le mystère de l’Annonciation.
Tout ce travail fut doré dès l’origine, et la dorure quoique ternie par le temps est encore assez bien conservée. Le doreur a sans doute voulu faire assaut d’habileté avec le sculpteur, car là où le sculpteur laisse quelque surface unie, il a entrecroisé des lignes très légères, de manière à imiter un treillage serré ou une étoffe, comme s'il avait voulu tromper l’œil et faire croire que ces délicates moulures étaient autant de broderies appliquées à une étoffe d’or.
Merci à M. de Maupeou des photographies qu'il a bien voulu nous communiquer.
ÉGLISE DE CHARBONNIÈRES