SEINE-ET-OISE
Cette église, dont la construction remonte aux premières années du xii' siècle, nous est parvenue sans avoir subi de modifications importantes depuis son origine. C'est chose rare que de trouver, parmi les nombreux monuments de cette époque que possède l'Ile-de-France, un ensemble aussi complet; aussi avons-nous cru intéressant de publier celui-ci malgré les défauts qu'on peut lui reprocher et que nous allons d'ailleurs signaler.
Quoiqu'il présente un certain ensemble, il ne paraît pas avoir été élevé précisément d'un seul jet ; ce qui nous porte à le croire, c'est la différence de hauteur qui existe entre le chœur et la nef. Nous ne voulons pas dire que toujours ces deux parties d'une église doivent avoir la même élévation, loin de là ; mais alors la transition doit être indiquée franchement. Dans le cas qui nous occupe, la surélévation de la nef est trop insignifiante pour avoir une raison d'être , et, quoique assez adroitement dissimulée dans l'intérieur , elle ne produit pas un bon effet. Extérieurement, ce défaut est encore plus sensible. Nous n'avons pas, néanmoins, voulu dénaturer l'aspect de l'édifice et le représentons tel qu'il est ; nous avons seulement rétabli extérieurement le pignon qui sépare la nef des transsepts et qui existe encore dans l'intérieur des combles.
D'autre part, nous ferons remarquer que si le clocher est bien situé, eu égard à la position qu'il occupe en place , il se relie assez mal aux couvertures ; il y a dans le raccord des combles et des faces du clocher une complication fâcheuse pour l'écoulement des eaux. Dans une église de village , pour la construction et l'entretien de laquelle on ne dispose que de faibles ressources, on ne saurait trop chercher les moyens les plus simples et les plus francs. Nous n'hésitons donc pas à dire que si le clocher de la Ferté-Aleps est bien situé en plan , et que s'il offre, par le fait de sa situation un certain effet pittoresque en élévation, cette disposition est défectueuse en principe lorsqu'il s'agit d'une église possédant des transsepts. Pris en lui-même, ce clocher est parfaitement compris ; il est simple, mais d'une heureuse silhouette ; la chapelle circulaire qui l'accompagne et occupe les deux étages inférieurs, est d'un charmant effet. Quelle était sa destination? nous ne saurions le dire d'une manière positive. Peut-être était-elle destinée à renfermer le trésor dans la partie supérieure. Ce qui nous porterait à le croire, c'est la combinaison toute
particulière de l'escalier qui est soutenu par un cul-de-lampe et dont la première marche correspond au niveau du premier étage de la chapelle. Du sol de l'église, on ne pouvait arriver à cette chapelle haute qu'au moyen d'une échelle et par une ouverture pratiquée sur le mur commun au transsept et au clocher. Quoi qu'il en soit, cette disposition de l'escalier n'est pas le résultat d'une fantaisie, et dénote bien, au contraire, l'intention de rendre inaccessible le sol de la chapelle supérieure. Ce fait prouve une fois de plus que les constructeurs du moyen âge cherchaient avant tout à satisfaire le besoin, et que, ce but rempli, ils savaient en tirer partie au point de vue de la décoration. Combien ne serait-il pas à désirer qu'on procédât aujourd'hui de la même manière, au lieu de faire plier nos besoins à une décoration déterminée à l'avance, comme cela se voit trop souvent dans nos monuments modernes.
Examinons maintenant la combinaison des voûtes. Toutes sont construites sur plan barlong, suivant le système des arcs ogives. Nous ferons remarquer que le tracé de celles du chevet, dont le plan est circulaire, laisse à désirer; la clef à laquelle viennent se réunir les arcs ne correspond pas au centre de l'abside comme cela devrait être ; il en résulte un encombrement d'un mauvais effet entre l'arc doubleau et les deux arcs reposant sur la même pile que lui. Nous ferons la même observation pour les petites chapelles. Au point de vue des détails, les voûtes du chœur et celles des transsepts sont beaucoup mieux étudiées que celles de la nef. Les piles et les chapiteaux qui reçoivent les premières, sont bien combinés en raison de la section des arcs. Les secondes, au contraire, retombent sur des points d'appui dont la forme ne se prête pas à la combinaison de leurs arcs. Ces piles de la nef sont solidement construites, présentent une forte assiette destinée à résister à la charge et à la poussée des arcs doubleaux et diagonaux; les conditions de solidité sont parfaitement remplies, mais elles n'excluaient pas l'emploi d'une forme plus agréable et plus en harmonie avec les divers membres de l'ensemble. Il y a loin encore de ces tâtonnements au système complet, développé avec tant de perfection dans les monuments élevés vers la fin du xiie siècle. Quoi qu'il en soit, le monument qui nous occupe mérite d'être étudié ; si les détails ne sont pas parfaits, l'ensemble est largement compris, présente de bonnes proportions, et ne manque pas d'un certain caractère de grandeur. Avec un peu plus d'étude et d'unité, cet édifice pourrait offrir un des types les plus intéressants et les plus complets d'église à une nef accompagnée de transsepts.
Gomme donc toutes les constructions de cette époque, les points solides, les angles, etc., se composent de carreaux, de pierres enfermant des blocages; leurs intervalles sont construits en moellon piqué, excepté pour le clocher dont les parements extérieurs sont en pierre.
Nous donnons ci-après le cube des matériaux.
DEVIS (Résumé du Décompte général).
NEF, CHŒUR ET TRANSSEPT (maçonn erie).
Pierre de taille
Moellon piqué
Moellon ordinaire en élévation.
Moellon pour voûtes
CLOC HER (maçonnerie
Pierre de taille
(Dont 39™,944 pour la flèche..) Moellon
Dallage
Couverture.
Charpente .
Vitrerie —
o.r wtiteï
NOTA. — Dorénavant nous ne donnerons les prix en regard des quantités, que pour des églises modernes. — Les prix variant suivant les localités, il ne nous semble pas intéressant de fixer des chiffres ne pouvant pas venir de bases absolues.
1 HI'K I M El;lE !.. ToiNON ET 0e, A S,\INT (jKKMAIN.