AUX AMUSEMENTS DE L'ENFANCE
Bois. Une poupée ou mannequin, bras i mobiles; sur la tête existent encore des cheveux implantés. — Ivoire. Une très-petite poupée. — Idem. Un forgeron , à bras mobiles , d'un travail grossier. — Cuir. Paumes formées de sections de sphère en cuir, cousues et bourrelées de bâle d'une plante céréale. — Bois. Paume à compartiments peints en bleu et en rouge. — Un osselet en ivoire. — Bois. Sabots auxquels on im-
[irimait un mouvement de rotation par e moyen d'un fouet. — Latrunculi , ou petits cônes en terre émaillée bleue, ayant servi de pions et de pièces pour un jeu analogue à nos jeux de dames ou d'échecs ; très-petits modèles en bois de tous les instruments d'agriculture.
L'étude des monuments originaux
L'UNIVERS
nous apprend avec certitude à qualifier chacun de ces objets si nombreux et si variés , et nous en montre l'usage. On les reconnaît aussi dans les tableaux qu'un personnage distingué a fait peindre dans son tombeau, dès la plus naute antiquité égyptienne, «et où il s'est occupé à faire figurer tous les détails de la vie intérieure d'une famille nombreuse et puissante.
On y retrouve toutes les parties du service , tel qu'il était admis ou exigé par les usages de l'époque, soit pour l'ordre et la bonne tenue de la maison , soit pour la représentation nécessaire au rang de ce riche citoyen , ou en rapport avec sa fortune.
Sa famille se composait de sa femme légitime et de ses sept enfants , dont quatre sont des fils; d une autre femme et de son fils; enfin de la nourrice et de la fille de la nourrice : ces douze
Ï)ersonnages étaient tous également de a famille, et ils étaient rangés auprès de son chef dans l'ordre de préséance oîi nous venons de les désigner; ils sont présents dans les scènes qui représentent les usages de la maison de la ville et ceux de la maison des champs.
Au service de la première nous trouvons attachés trois prêtres et quatre jeunes clercs , chargés du service religieux intérieur, chaque particulier pouvant établir chez lui des chapelles pour les dieux du pays et de la contrée, à la condition de pourvoir aux dépenses du culte et des cérémonies.
Après eux viennent les grammates , ou secrétaires, soit pour les choses religieuses, soit pour les affaires civiles.
Le valet de chambre, domestique de confiance, est auprès du maître; venaient ensuite l'intendant de la maison , portant un bâton courbé pour marque de son autorité ; la ménagère, appelée la gardienne des vivres ou des ofirandes, et qui avait deux filles; l'homme charge du soin des sièges, et le porte-siége du maître; le vannier et sa femme, à qui était laissé le soin des nombreux ustensiles et meubles en vannerie; les jardiniers et leurs sous-ordres; l'intendant de
la maison rurale et sa femme; les conducteurs de boeufs, de veaux, de chèvres, et les porteurs de lièvres, de hérissons, etc.; le surveillant des chemins aboutissant à la maison du chef; les portiers ; les pécheurs et les chasseurs; les employés au sacrifice domestique des bœufs et autres animaux.
Ces emplois étaient très-subdi visés en fonctions spéciales ; toutes celles qui viennent d'être indiquées sont relatives à l'intérieur de l'habitation.
Dans ce qui est de l'extérieur, on peut classer le blanchissage du linge , qui employait sept personnes, y compris le chef de la lingerie ; viennent ensuite le scieur de bois, le menuisier, le potier de terre, les bûcherons, occupés à fendre le bois ; les charpentiers, les constructeurs de barques; les porteurs de la litière du maître, et ceux 'qui conduisent le traîneau ; le? mariniers et rameurs pour les voyages sur le Nil , sous les ordres d'un chef de tout le service du voyage; un officier de navigation , le directeur pour le mât et le timonier-chef du gouvernail; le maître, sa femme et ses enfants y étaient dans une large chambre qui occupait le pont, et qui était éclairée par des fenêtres garnies de verres de couleur; quelquefois le voyage exigeait plusieurs canges, à caiise des nombreux serviteurs : tel aujourd'hui un kiaja-bey voyage sur le Nil, suivi de son harem et dé la plupart des officiers de sa maison. Au nom- Lre des serviteurs nécessaires étaient aussi tous ceux qu'exigeait la boulangerie ; les femmes occupées à filer le lin , à démêler les écheveaux , à les dévider, à tordre le fil au fuseau et à ourdir la toile au métier, sous les ordres du chef du tissage. Une foule de serviteurs subalternes attachés à chaque partie du service intérieur et extérieur de la maison de ville se voient aussi dans les scènes où ces détails sont figurés.
La maison de campagne avait également un nombreux domestique; à la suite du jardinier étaient les garçons chargés de cueillir et de conserver les fruits, tels que les ananas, les figues.
et les approvisionnements en légumes rangés dans les serres pour l'hiver: le berger en chef et les pâtres s'occu-
[)aient d'une partie très-importante de a propriété rurale, l'éducation des bestiaux étant en grande vogue et trèsdéveloppée en Egypte; aussi voit-on dans la liste des serviteurs non seulement le médecin vétérinaire, mais les valets de ferme chargés spécialement du soin de certains animaux ; un pour les chèvres, un autre pour les oies et les canards, un troisième pour les moutons ; et sous les ordres du chef des bouviers, ceux qui dirigeaient la race bovine , mission trèsimportante, car il paraît que le combat des taureaux entrait dans leur éducation ou comme moyen d'améliorer la race, ou comme spectacle donné au maître de la maison ; c'est le chef des bouviers qui préparait les taureaux à cet exercice. Les chefs de chacun de ces services venaient prendre directement les ordres de leur maître , ayant leur main droite posée sur l'épaule gauciie , et leur aiitre bras pendant, en signe de respect ; il en était de même du gardien et du conducteur des ânes et de ceux des bouvillons. Des chiens d'espèces diverses appartenaient à la maison , et ils avaient aussi leurs gardiens, qui les soignaient en santé et en maladie.
Il vient d'être dit que l'éducation des bestiaux était une des grandes richesses agricoles de l'Égypte ; les capitaux de cette espèce étaient considérables dans ce ])ays : ce ne pouvait pas être pour une vaine ostentation; mais cette industrie dut être plus fructueuse dans la basse Egypte, vaste plaine entièrement arrosée par le is'il , que dans l'Égypte supérieure, vallée étroite où la terre féconde ne pouvait pas être en grande .partie destinée à des pâturages. Aussi est-ce dans un hypogée des environs des pyramides que se trouve un tableau qui est un témoignage authentique de nos assertions. On y voit un Égyptien faisant l'inspection de ses troupeaux; il est debout, couvert de sa cala.syris serrée par une ceinture ; une écharpe
est jetée de son épaule gauche sur le côte droit; il s'appuie sur une longue canne ; à ses pieds est un jeune chacal mâle, apprivoisé et portant un collier; un serviteur ombrage la tête du maître au moyen d'une double bannière de toile. Le troupeau défile en sa présence; un gardien ou berger pousse devant lui le troupeau de chaque espèce de bétail, et au-dessus de chaque troupeau , le nombre des têtes est soigneusement indiquépar des chiffres, qui sont en grande évidence. La marche est ouverte par les ânes et les ânesses ; un ânon est en tête , et leur nombre est de 860 ; le berger qui les surveille porte au bout d'un bâton appuyé sur son épaule la dépouille d'un de ces animaux mort aux pâturages. Viennent ensuite les brebis et les béliers, au nombre de 974; un berger de ce troupeau porte dans un panier la tête d'un animal sans cornes, et qui ressemblerait plutôt à un loup qu'à un bélier. La race bovine vient ensuite; on y compte 834 bœufs et 220 vaches ou veaux. Les chèvres mâles et femelles ferment la marche ; leur nombre est porté à 2234. Dans un autre tombeau on voit que le nombre des ânes appartenant à un riche habitant de la moyenne Egypte était de 1304, et celui des vaches de 830. Il paraîtrait aussi , d'après d'autres renseignements, que les bœufs des fermes royales étaient d'une espèce supérieure et des individus de choix. On a remarqué dans les peintures d'un autre tombeau, qui paraît avoir été celui d'une grande famille de Memphis, des serviteurs faisant l'offrande au défunt des principales productions de ses domaines , telles que des dattes, des figues, des ananas ; des veaux , des oies , des gazelles; des fruits et des fleurs : parmi ces serviteurs, il y en a plusieurs qui conduisent en laisse des bœufs de haute taille , blancs et rouges , blancs et noirs , ayant un collier terminé par un ornement en forme de fleur de lotus, et deux de ces bœufs portent sur leur cuisse gauche une grande marque, de forme carrée, de couleur noire,
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et on lit dans un : Maison royale, re°43; et dans l'autre, avec les mêmes indications, le n" 86, chiffres qui indiquent vraisemblablement le nombre des bœufs de chacune des deux couleurs combinées ; d'où résulte encore la preuve que les grandes maisons faisaient marquer de leur nom et d'un chiffre chaque tête de gros bétail qui leur appartenait.
Dans toutes ces représentations, le maître de la maison se reconnaît à la longue canne qu'il tient à la main, ou sur laquelle il s'appuie pour se reposer ; ce qui a fait dire à un novice interprète des symboles de l'antique Egypte, que le bâton y figurait comme le plus ingénieux emblème de l'autorité et du gouvernement, et il ne trouve pas tout-à-fait bon que les sociétés modernes aient adopté des signes et des moyens un peu moins signiflcatifs. Quoi qu'il en soit, nous pouvons ranger des cannes égyptiennes , plus ou moins élégantes , en bois étrangers pour la plupart , et portant des inscriptions où se trouvent des noms propres et des dates , parmi les objets antiques qui donnent à nos collections un intérêt si varié et si puissant.
D'autres scènes civiles, peintes dans les tombeaux, nous jwrtent à croire que le chef de famille était revêtu d'une grande autorité dans sa maison, et qu'il avait sur tous ses serviteurs le droit de haute et basse justice. i\ous avons mentionné déjà des employés inlidèles qui , au temps de la vendange [pl. 38), prosternés à terre sur leurs genoux et leurs mains, reçoivent en présence de leur maître dès remontrances et la bastonnade; ailleurs, le chef des bergers dénonce un des gardiens des vaches; il s'agit d'un veau; l'accusé se défend ; des membres épars d'un bouvillon sont exhibés comme pièces de conviction, et le gardien ref'oit encore la bastonnade en présence de son maître, qui a prononcé contre lui.
A ces détails si curieux de Tintérieur des maisons égyptiennes , pour une époque antérieure de dix jsiècles
aux poèmes d'Homère, nous aurions encore beaucoup à ajouter, si nous devions dire tout ce que les monuments nous apprennent à la fois et sur les occupations et sur les amusements des habitants des bords du Ml septentrional ; la chasse et la pêche étaient pour eux des distractions d'un usage général (pl. 37et43). On chassaitaux oiseaux et aux quadrupèdes; des lévriers couraient l'autruche et la gazelle, la flèche atteignait le quadrupède du désert, le filet enlaçc^it le volatile aquatique ; et les peintures de ces scènes si riches de détails inconnus {pl. 58) nous montrent en même temps les diverses espèces d'animaux recherchés ou pris par les chasseurs; les espèces, diverses aussi, de chiens employés à les poursuivre; ainsi que toutes les ressources de la pêche a la ligne , à la cordelle , au filet et au trident. La préparation de tous ces comestibles, résultats de l'industrieuse, activité de l'homme, est le sujet d'une partie de ces riches décorations (/>/. 38 et 43); et, comme pour assurer aux curieuses recherches des temps futurs une entière satisfaction, les Égyptiens n'oublièrent pas les scènes joyeuses qui animaient des délassements plus bruyants :
des musiciennes jouant de la harpe, montée de cordes nombreuses , de la lyre, du théorbe et de la double llilte, exécutent des chants acx;ompagnés de ces instruments; des danseuses, couronnées de fleurs et de guirlandes de verdure, figurent des scènes animées au bruit du tambour de basque; d'autres montrent leur habileté dans le jeu des balles, la saltation et les tours de force ou d'agilité; enfin, des hommes, accroupis devant des tables basses, jouent aux dames ou aux écliecs avec des pièces nombreuses , mobiles , et de couleurs différentes : et ceci fut peint long temps avant les célèbres inventions de P^lamède durant le siège de Troie (pl. 59).
Qu'aucun doute ne s'élève dans l'esprit du lecteur sur l'antiquité et l'avancement de la civilisation égyptienne, telle que la révèlent aux siècles modernes les ouvrages des siècles primitifs de l'histoire ! L'examen nous conseille
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la foi , et les dépositions de l'antiquité classique tout entière nous ont laissé un mémorable exemple d'une telle confiance. Il n'y a rien de monstrueux ni de chétif dans les créations successives du génie égyptien ; tout son secret, ce l'ut le temps. Ce secret est aussi à l'usage des sociétés modernes ; et à moins de supposer que la nature , par une dérogation qui seule serait une monstruosité, aurait jeté l'intelligence de la population égyptienne dans un moule plus exigu qu'efle ne l'a fait pour les populations européennes, il faut reconnaître que l'Égynteapu, par l'action constante et naturelle de la génération des siècles, arriver à la génération des idées qui l'avaient mise en possession de la connaissance rationnelle de l'univers , et l'avaient portée à diriger l'application de cette science vers la félicité publique. Que ne ferait pas une des nations modernes les plus avancées , qui serait pendant mille ans à l'abri de toute perturbation naturelle ou sociale! Et ces mille ans de paix ne manquèrent certainement pas à l'Egypte : on n'est embarrassé qu'à l'égard de la véritable place chronologique de cette périoae de bonheur pour cette portion de l'espèce humaine.
Si, de ces détails de mœurs, nous
fortons notre attention sur l'état de agriculture, de l'industrie et du commerce de l'ancienne Egypte, nous la trouverons également instruite , expérimentée, et le temps, si propice en bonnes observations, fut encore ici son véritable maître.
On l'a déjà dit, l'Égypte c'est la vallée du Nil, le lit même du fleuve, rien de plus, ni rien de moins que le terrain qu'il occupe chaque année à l'époque de sa plus grande élévation.
Là ou ses eaux n'arrivent pas, il n'y a plus de végétation; c'est le désert, sol inculte et incapable de fécondité, quand même les eaux du ciel viendraient suppléer à celles du fleuve.
Chaque année, après l'inondation périodique du Kil (inondation dont le maximum porte le volume du fleuve à vingt fois au-delà de ce qu'il est lors-
qu'il commence à croître), le sol reste couvert d'une couche plus ou moins épaisse de limon. La couleur de ce dépôt fécond , d'abord noire, se change en brun jaunâtre par l'effet de la dessiccation à l'air; déposé, comme l'argile, par couches horizontales , il en a tous les autres caractères. Ce limon a été soumis aux analyses chimiques; on y a reconnu que les quantités de silice et d'alumine diminuent en raison de sa plus grande distance du JNil; il perd en chemin tout le sable qui s'y trouve mêlé , et ce n'est plus, sur les points Jes plus éloignés, que de l'argile presque pure.
Ce limon renferme tous les principes qui servent à la végétation; les cultivateurs l'ont toujours regardé comme un engrais suffisant dans les terres; ils le transportent encore sur celles qui leur paraissent en avoir besoin, et les observations de la physique corroborent en ce point cette tres-ancienne pratique agricole.
Le tableau de la fécondité extraordinaire de l'Égypte a été exposé aux yeux de nos lecteurs (§ I et IV, pag. 3 à 11), tel qu'il a été composé par les observateurs les plus attentifs. Il nous reste à dire quelques mots des travaux périodiques par lesquels l'homme aidait au plus grand développement de ces germes inépuisables.
Les plus utiles , les plus considérables de ces travaux étaient, sans nul doute , ces canaux nombreux , et leurs dérivations plus nombreuses encore, qui sillonnaient les terres cultivables de l'Égypte. Les uns arrêtaient par leurs berges élevées les envahissements du désert , d'autres , par les épaisses végétations de roseaux qui croissent naturellement sur leurs bords. C'est à ces canaux que les dérivations si multipliées venaient se rattacher; et des lacs, existants sur les points les plus opposés , recevaient les eaux qui n'étaient point employées à l'irrigation , ou dissipées par l'évaporation. Lorsque le fleuve avait rempli ces canaux , et qu'il commençait à baisser , on élevait à leur tête un' barrage qui retenait les eaux ; on fermait également
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les ouvertures pratiquées pour l'écoulement sur le sol inférieur. On conservait ainsi les eaux nécessaires à l'arrosement des terres après l'inondation ; elles étaient réservées d'une année à l'autre dans l'intérieur du pays, et les bienfaits du Nil y répandaient perpétuellement l'abondance et la vie. La fécondité de l'Égypte dépendait de l'entretien et de la bonne disposition des canaux; l'administration publique en faisait l'objet essentiel d'une surveillance non interrompue. Des postes militaires gardaient les ouvrages construits à la prise d'eau de cbaqire canal, ainsi que les digues principales. L'inscription de Rosette, au nombre des actions de Ptolémée Ëpiphane qui servent de motif aux honneurs extraordinaires qui lui sont décernés par ce décret de l'ordre sacerdotal, rappelle que dans la huitième année du règne de ce roi, le Nil ayant fait une crueextraordinaire, il'a fortifié les bouches des canaux , en y employant des sommes très-considérables, et qu'il y a établi des postes d'infanterie et de cavalerie pour les garder : cela se passait en l'année 196 avant l'ère chrétienne, à l'époque même du siège de la ville de Ljxopolis, (jui s'était révoltée. Dans l'ancienne croyance égyptienne , tout ce qui se rapj)ortait a l'état périodique du Nil était sacré comme le fleuve lui-même.
La religion intervenait dans les principales circonstances, et consacrait, par l'assistance des dieux, les faits physiques les plus indépendants de la volonté des hommes. On a appelé la clef du Nil le symbole même de la vie divine. Enfin toute l'antiquité classique est remplie des souvenirs du culte du Nil, père nourricier de l'Egypte.
Les Égyptiens, en effet, considéraient le Nil comme une manifestation réelle d'Ammon-Chnouphis, leur divinité suprême, qui, sous une, forme visible, vivifiait et conservait l'Égypte. Homère disait que ce fleuve tirait son origine de Jupiter. Les Grecs, pénétrés des doctrines égyptiennes, ont appelé le Nil le Jupiter-égyptien, et les Égyptiens le nommaient le Très- Saint, le père et le conservateur du
pays. EnQn ce fleuve tut un dieu qui
eut ses prêtres et son culte, et du temps de Néron encore, les habitants de Busiris élevaient une statue en l'honneur du préfet romain Balbillus, parce que , par les grâces et les bienfaits de ce gouverneur, l'Égypte jouissait, plus que jamais, de l'inondation juste et exacte du fleuve-dieu. On sait aussi quelles fêtes , quelles réjouissances animent chaque année parmi la population actuelle de l'Égypte, la rupture des digues qui ferment les canaux : comme dans la plus haute antiquité, la crainte de la stérilité et l'espérance d'abondantes récoltes s'y renouvellent avec les commencements de l'inondation.
Lorsque le Nil était rentré dans son lit, le travail de la culture commençait. «Chacun, dit Hérodote, vient alors jeter les semences dans ses terres et y lâche ensuite des animaux; la semence est ainsi retournée et enterrée, et il n'y a plus qu'à attendre la moisson. Les Egyptiens, particulièrement ceux qui habitent au-aessous de Memphis, sont ceux qui recueillent avec le moins de travail les fruits les plus abondants : ils n'ont point à creuser inutilement les sillons avec la charrue, ils n'ont ni la fatigue de retourner la terre, ni celle de la bêcher. Ils ne sont assujettis à aucun des travaux auxquels jfis autres hommes sont condamnés pour récolter , le fleuve se répandant de lui-même dans les champs, et se retirant après les avoir arrosés. » Les tableaux des scènes agricoles, si multipliés dans les représentations égyptiennes , confirment généralement ces rapports d'Hérodote t^a/- 31); ony voit sans équivooue et selon ce qu'exigeait la nature d'un sol meuble et léger comme l'était le limon du Nil, qu'on lui donnait un premier labour à la charrue , à laquelle deux bœufs ou deux vaches étaient attelés au moyen d'un collier, et non pas d'un joùg, comme dans d'autres pays. Un laboureur dirigeait les bœuf^ avec un bâton , un autre tenait les bras de la charrue. Quelquefois on y employait des hommes , au nombre de trois ou quatre.
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tirant paisiblement à force de bras la corde à l'extrémité de laquelle était liée la charrue. Celle-ci est ordinairement en bois dur, le soi n'exigeant que rarement que le soc fdt armé de métal. Il en était de même de la houe et de la bêche, qu'on employait dans des travaux de mains d'iiomme moins considérables que le labourage des champs. On jetait ensuite la semence sur le sol ainsi préparé, et au lieu de la couvrir par un second labourage, on conduisait sur le sol ensemencé des troupeaux d'animaux domestiques, afin de faire fouler la terre et les grains ensemencés. Hérodote dit que cette opération se faisait à l'aide de pourceaux; mais n'auraient-ils pas dévoré les grains plutôt que de les enterrer ? Les monuments n'indiquent comme employés à cette portion de l'ensemencement des terres que les chèvres et les moutons : on voit des chèvres occupées à ce travail dans les peintures des tombeaux de Giseh et de Koumel-Hamar. Dans celles de Beni-Hassan, et au milieu des autres représentations des travaux agricoles, on remarque trois hommes armés de corbasch qui frappent un troupeau de béliers et de moutons , en les poussant devant eux ; de l'autre côté de ce même tableau , trois autres hommes frappent également les moutons et les poussent dans une direction opposée : il faut voir ici l'intention de mettre les moutons en mouvement, de les agiter sur le terrain circonscrit où les gardiens les contiennent, afin, soit de piétiner ce terrain frais et léger , pour tenir lieu d'un léger labourage et y ensemencer quelques grains particuliers, soit pour enterrer les grains déjà semés sur cette terre. Nulle part l'on n'a vu les porcs employés à cette opération, malgré l'opinion d'Hérodote répétée par Phne l'ancien; et Diodore de Sicile est plus près de la vérité, lorsqu'il dit qu'on faisait fouler les semences sous les pieds des bestiaux qu'on y avait lâchés. Le grain foulé par ces animaux avait été répandu méthodiquement sur la terre labourée; un ou plusieurs semeurs suivaient la charrue; une poche ou
un sac était pendu à leur main gauche ou à leur cou, et de la main droite ils lançaient les semences à la volée.
Les chevaux, les ânes et les bœufs étaient également employés aux travaux de l'agriculture, et il est à présumer que pour mettre une seconde récolte, dans la même année, sur la même terre, qui était moins meuble qu'immédiatement après l'inondation , on employait pour le second labourage une charrue dont le soc en bois était garni de métal : on a cru en reconnaître d'ainsi construites sur les monuments. Les chars à deux roues, traî nés par des bœufs ou des chevaux , étaient employés aux travaux agricoles, et cet équipage rural était convenablement construit pour le sol de la contrée.
Peu de mois après les semailles, arrivait celui de la récolte des blés; des moissonneurs les coupaient par poignées au-dessous de l'épi (pl. 31) ; derrière eux les femmes et les enfants ramassaient ces épis et les mettaient dans des sacs; des vases rafraîchissants, remplis d'eau et placés sur des trépieds non loin des moissonneurs , servaient à les désaltérer pendant leur travail; ces vases, d'argile poreuse, sont encore en usage en Egypte. Celui qu'on y appelle qouleh, ou bardaque, est le plu«j;onnu; il est léger, portatif et d^une forme élégante, d'un usage commode, et on le trouve partout. Ses parois minces et d'un tissu poreux permettent à l'eau de transsuder d'une manière imperceptible; aussi la surface extérieure est-elle toujours couverte d'une couche humide qui se renouvelle sans cesse aux dépens de l'eau renfermée dans le vase, et c'est par cette continuité d'évaporation que la température de l'eau intérieure s'abaisse très - sensiblement. L'eau du Nil, qui a 23 degrés de température au coucher du soleil , descend dans la bardaque , pendant la durée de la nuit, à 13 degrés , celle du fleuve étant la même , et la quantité primitive de l'eau du vase s' étant réduite à moins de moitié. Cela arrive en rase campagne , près du Nil et dans un courant près-
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que permanent. On n'obtiendrait donc pas le même résultat dans l'intérieur des maisons, mais on le recherche par juelques moyens artificiels. Les anciens Egyptiens y employaient des éventails très-solide , qu'ils agitaient avec force près des vases ; par là ils renouvelaient continuellement l'air, favorisaient l'évaporation et accéléraient le refroidissement.
Notre planche 31 , en regard de la page 125 , représente le labourage de la terre à la houe, et à la charrue tirée par deux hommes au moyen d'une cordelle ; deux autres laboureurs aident à cette opération :
l'un appuie fortement sur la charrue, afin que le soc entre plus avant dans la terre; l'autre la dirige d'une main et porte dans l'autre le sac où la semence est contenue. On doit remarquer qu'il n'y a aucune différence de costume entre les quatre personnages qui concourent à cette opération , que les deux derniers ne portent aucune marque d'autorité, et ne paraissent pouvoir exciter l'ardeur des deux premiers que par la parole. On ne peut point voir ici des serfs attachés à la glèbe , et employés à la place des animaux, à la cultiver au gré de son seigneur. En Égypte il y avait si peu de fatigue à couper et à ouvrir la terre déposée par l'inondation, que le laboureur tirant la charrue ne nous paraît pas réduit à une condition pire que nos manouvriers attelés à une petite charrette , ou pliant sous le poids d'insupportables tardeaux. Pour l'Égypte agricole, comme pour les exploitions rurales des temps modernes , tous les bras étaient utiles , et employés avec une réserve que la fertilité du sol et le concours des phénomènes naturels dépouillent de toute espèce de mérite philanthropique.
La même planche 31 représente aussi le labourage par la charrue à laquelle des bœufs sont attelés : le semeur jette le grain dans le sillon qu'il vient de tracer; toutefois, selon la place que le dessin lui donne , on pourrait, s'il n'y avait point un défaut de perspective, y voir le second labourage de la terre ,
lequel a pour objet réel de couvrir les semences, en renversant sur elles la berge du sillon où le semeur les a répandues, et cette opération dans le second ensemencement de la même terre dans la même année devait tenir lieu du foulage par des moutons ou des chèvres, qui suffisait dans le premier, si voisin de la retraite des eaux.
On reconnaît dans la première, à gauche, des scènes du registre inférieur de la même planche, la moisson du blé au-dessous de l'épi, et l'usage des bardatjues, tel qu'il vient d'être mentionne. On y retrouve aussi la forme de la faucille égyptienne , moins arrondie que celle de nos contrées, et plus rapprochée de la forme de nos faux.
La scène suivante inspirerait quelques réflexions, comparée avec la première; les gerbes que des hommes lient ou transportent sur les épaules, sont formées de brins bien plus longs que ne le serait la paille du blé coupé près de l'épi. Ces longues gerbes sont formées de tiges de lin ; on ne le coupait pas, on l'arrachait ; lié en gerbes, il était ensuite égrené au moyen d'un peigne qui détachait la graine en ménageant la tige. L'ouvrier qui procède à cette opération appuie un pied sur le talon du peigne, et consolide ainsi sa machine qui seconde efficacement son travail.
Le dernier sujet de notre planche nous représente l'inventaire de ces récoltes en blés : le propriétaire le fait mesurer au boisseau , et un scribe , accroupi sur un monceau de ce grain , en écrit le compte. On trouve ailleurs cette même scène, un peu moins abrégée ; elle mérite encore quelques détails.
L'antiquité classique a rappelé quelques traits des mœurs nationales de l'Egypte, qui prouvent combien l'agriculture y tut honorée. Dans des cérémonies consacrées, les rois, dirigeant la charrue de leur main, ouvraient eux-mêmes le premier sillon de la nouvelle année rurale.
Dans ces encouragements publics, la religion apporta aussi le tribut de son influence. Le oaradis promis aux
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bons et aux justes était comme un jardin délicieux, planté d'arbres célestes, où les saisons se succédaient dans l'ordre le plus régulier; où le Nil du ciel, comme celui de la terre, répandait périodiquement les bienfaits de ses eaux divines, et dans les plus utiles proportions; où les plus riches récoltes couvraient, sans interruption, ces champs d'une culture qui ne coûtait pas de sueurs, et où les fleurs de l'odeur la plus suave occupaient le terrain délaissé par les fruits du goût le plus exquis. Les ames placées dans ce lieu de prédilection l'habitaient sous l'autorité du Seigneur de la joie du cœur, c'est-à-dire de la cons' .ence sans reproche. Elles cueillaien librement ces fleurs et ces fruits. Ces cliamps étaient le séjour et la récompense des hommes vertueux. C'étaient les champs de la vérité, et ceux qui les habitaient ornaient leurs têtes de la plume qui en était l'emblème. Parmi ces ames bienheureuses, les unes tenaient en main la faucille propre à couper la moisson, et d'autres présentaient des offrandesauxdieux; ces scènes sont souvent répétées dans les tombeaux, et annoncées par ces paroles : «Les ames « pures font des libations de l'eau, et « des offrandes des grains des campa- « çnes de gloire; elles tiennent une « faucille et moissonnent les champs « qui sont leur partage ; le dieu soleil « leur dit : Prenez vos faucilles , mois- « sonnez la récolte ; emportez la ré- « coite dans vos demeures , jouissez- « en , et la présentez aux dieux en « offrande pure. »
Dans le Livre de la manifestation de la lumière, ou Rituel funéraire (voy . pag . 1 23 , 1 colonne) , on retrouve aussi des scènes d'agriculture parmi les peintures religieuses dont cet ouvrage est orné; mais dans l'ordre réel de ces mêmes scènes , la culture des champs ne se voit qu'après les cérémonies d'embaumement de la momie du défunt, et qu'après qu'elle a été déposée dans la chambre sépulcrale. L'autre vie a donc commencé pour lui , c'est son ame, sous les formes humaines de son corps, qui accomplit ses
nouvelles obligations, et les champs qu'on cultive sont aussi ceux de la vérité : elle a été admise avec ces ames pures, dans les champs élysées.
Les champs en culture y sont sillonnés de canaux tirés du fleuve de l'eau primordiale ; des arbres s'élèvent sur le sol. Les ames, sans distinction de sexe, s'y livrent aux mêmes travaux : elles labourent avec la charrue, tirée par deux vaches, qu'elles excitent avec un fouet; successivement elles sèment le grain, le coupent, lorsqu'il est mûr, avec une faux , le font fouler par des vaches, qu'elles dirigentattentivement, et font, immédiatement après, l'offrande des prémices de cette récolte sur un autel placé devant le dieu JNil, qui est assis sur son trône. On trouvera dans toutes ces représentations une preuve nouvelle des analogies nombreuses qui existaient dans les croyances égyptiennes entre l'ordre des choses divines et les choses humaines, l'organisation du ciel et celle de la terre. On en trouvera d'autres encore dans le tableau des préceptes religieux de l'ancienne Égypte, et des symboles qu'elle adopta pour les faire connaître aux yeux, en même temps qu'elle s'efforçait de les inculquer dans les esprits.
Du reste, les pratiques des anciens pour purifier, serrer et conserver les grains, différaient peu de celles des modernes : on le vannait, en le laissant tomber au travers d'un courant d'air qui emportait le sable et la poussière ; on l'enfermait ensuite dans des sacs pour le transporter au grenier, où il était soit entassé , soit déposé dans des coffres plus ou moins vastes. Si l'on s'en rapporte à des peintures nouvellement découvertes en Égypte , l'usage de silos n'y aurait pas été inconnu. On y voit, en effet, que le blé , porté par des hommes , est versé dans de vastes récipients rangés ou taillés sur une même ligne, tous de forme conique , et qui paraissent pouvoir être fermés par le haut dès qu'ils ont été remplis. Une ouverture en forme de petite fenêtre carrée était pratiquée vers le milieu de leur hauteur, et servait, soit à vider la partie
supérieure du grain, soit à l'aérer lorsqu'il n'était pas plein.
La fécondité de l'Égypte et le commerce de ses grains, qii elle transportait au loin {pl. 44), lui avaient nécessairement fait chercher et découvrir les moyens de les conserver sains et frais pendant des mois et des années. Il paraît aussi qu'on enfermait de même le blé dans son épi et sans être battu ; des peintures représentent bien clairement cet usage.
La culture du lin n'était ni moins abondante ni moins étendue en Égypte que celle des céréales. Les écrivains arabes du moyen âge en ont décrit la récolte en ces ternies : On arrache le lin , brin à brin , quand il est devenu jaune et qu'il conserve encore de l'humidité; on l'arrache le matin, puis on l'étend , par couches légères , sur différentes lignes, l'étalant sur la terre afin qu'il sèche. Au bout de quatre ou cinq jours, on le lie par petites poignées de la grosseur de ce qu'un homme peut embrasser avec ses deux mains réunies , ou de ce qu'on peut lier avec un bout de corde long d'une coudée ou tant soit peu plus. On le frotte ensuite entre les deux mains, pour faire tomber les feuilles; puis on l'expose au soleil sur des racines, en serrant les bottes l'une contre l'autre. Si on ajoute à ce passage arabe , dont le texte est emprunté aux notes de M. le baron de Sacy, à la suite de sa traduction française d'Abdaliatif, ce qui a été déjà dit sur l'usage d'égrener le lin au moyen d'un peigne, l'auteur arabe aura décrit les procédés mêmes des Égyptiens, tels qu'ils sont fréquemment représentés dans les peintures des tombeaux, notamment dans ceux de Beni-Hassan.
Le lin récolté était déposé dans des couffés dont on chargeait les ânes ; il était ensuite teillé, peigné, filé, tissé, pour produire cette grande quantité de toile de lin dont l'abondance en Égypte était aussi une branche importante de commerce , favorisée par l'abondance même de cette production , parla finesse et la blancheur auxquelles on pouvait l'amener, et par l'habileté des ouvriers qui le travaillaient pour
l'usage de toutes les classes, et spécialement pour les familles royales et sacerdotales.
Une autre substance, le byssus, paraît avoir été, pour l'ancienne Égypte, un autre objet de grande consommation. C'est avec des bandelettes de cette matière que les momies étaient enveloppées, selon Hérodote, et on l'employait habituellement dans l'habillement. Bien des écrivains, après Héro dote, parlent diversement de cette substance, et ils ont jeté des doutes sur sa nature et sur sa patrie : les uns ont considéré le byssus comme une espèce de lin, plus blanc et plus doux que 'e lin ordinaire; d'autres, comme une e. oèce de laine ; enfin on le disait originaire de l'Inde et transplanté en Égypte. On s'accorde assez à reconnaître que cette espèce de lin était produite par un arbre. La partie arabique de l'Égypte supérieure, dit Pline, engendre des arbres qui portent une laine que les uns appellent Gossipion et les autres Xylon. On trouvait auss' dans rinde , dit Hérodote , un arbre sauvage qui avait pour fruit une espèce de laine supérieure, par sa beauté et ses qualités , à celle que donnent les moulons ; et c'est avec cette laine que les Indiens fabriquaient leurs vêtements. Le rapprochement de tous ces nassages montre assez clairement que le byssus des anciens n'était pas autre chose que le coton ; que cet arbre était cultivé en Égypte; et S. Jérôme ajoute
au'il y était en grand nombre. C'est onc le coton qu'il faut reconnaître dans tous les passages des anciens relatifs à l'usage du byssus en Égypte.
L'inscription de Rosette fait mention de cette matière, et rappelle un fait important, quand elle nous apprend que les temples de l'Égypte renfermaient des fabriques de toile de byssus, et qu'ils étaient tenus chaque année à une redevance de ces toiles envers le fisc royal; et quoique le monument qui rapporte ce fait curieux ne remonte qu'au temps des Ptolémées , comme la domination grecque ne changea rien à l'organisation intérieure des temples, on peut conjecturer avec quel-
ÉGYPTE
que confiance , que l'existence des fabriques de toile de bvssus dans les maisons sacerdotales était bien plus ancienne encore. La substance et l'étoffe qui en était faite furent dans tous les cas connues en Egypte des la plus haute antiquité.
Lorsque le Pharaon eut entendu Joseph, et, satisfait de ses avis, voulut lui témoigner sa gratitude, il lui donna le gouvernement de l'Kgypte, lui remit l'anneau royal, et le lit revêtir d'une tunique de bvssus ; aussi Clément d'Alexandrie "a-t-jl assuré que le byssus fut coiuiu en Egypte dès les temps de Sémiraniis, qui l'ut à peu près contemporaine de Joseph. Ou peut toutefois reculer encore la fabrication et l'usage des étoffes de byssus en Egypte; ses relations politiques, son commerce avec la Syrie et l'Inde, la connaissance réciproque des productions propres à tous ces pays, par l intermédiaire des Phéniciens, qui en étaient les intrépides courtiers, font vraisemblablement remonter l'usage des toiles de byssus aux premiers temps de l'histon-e du commerce en Asie. Pour l'Egypte, ses momies de toutes les épo(|ues sont enveloppées de langes et de bandelettes de coton , généralement reconnu pour une des espèces du byssus des anciens : il fut un objet d'une grande importance pour l'agriculture, l'industrie et le commerce de l'ancienne Egypte. Moïse orna le tabernacle de tissus égyptiens; le prophète Isaïe prédisant à la classe industrielle égyptienne de prochains malheurs, s'écrie : « Ils seront réduits à la misère, ceux qui cardent le coton en fin , et les tisserands de tissus blancs. >> Le travail de ces ouvriers se voit dans des peintures antiques, et les ouvriers en ce genre étaient tresiiombreux en Egypte. La barbarie des conquêtes les priva de ces avantages :
le gouvernement actuel y a ramené l'ancienne prospérité en renouvelant les anciennes plantations de coton : on referait l'ancienne Egypte tout entière en rétablissant ses anciennes institutions. Le gouvernement des Pharav/iis y avait découvert et rendu
13' l.irraisnn . ( F, ryvTV . ^
fécondes toutes les sources de la prospérité publique.
Au nombre des productions naturelles employées habituellement à la nourriture des honunes, il faut ajouter celles qui sont désignées par Hérodote connue particulières aux habitants des contrées marécageuses de l'Égypte.
Pour se procurer leur nourriture, ditil, ils ont recours à divers genres d'industrie : lorsque le fleuve, gonflé, se déborde et couvre les champs voisins, il croit dans ses eaux une grande quantité d'une es[ièce de lis que les Egyptiens appellent Lotus { le nipnphsea lotus des botanistes modernes). Ils moissonnent ces plantes et les font sécher au soleil; ils réunissent la graine et en forment une pâte avec laquelle ils fabriquent un pain qu'ils font cuire. La racine du lotus était également bonne à manger, et assez douce au goût; une autre variété de lis produisait des graines de la grosseur d'un noyau d'olive, bonnes à manger fraîches ou séchées; la tige du papyrus était aussi une nourritureusuelle : pour la rendre plus délicate, on la cuisait au four; enlin, le poisson, vidé et seulement séché au soleil, était la plus habituelle nourriture des habitants des
iiarties du territoire égyptien les plus luinides.
Les légumes entraient particulièrement dans le régime nutritif des enfants, en généra! très-nombreux dans toutes les familles, par l'effet de la loi qui , sans distinction des femmes légitimes de celles qui ne l'étaient pas, considérait comme frères aux mêmes droits tous les enfants du même père.
Les Égyptiens, selon Diodore de Sicile, les nourrissaient sans faire de dépense et avec une incroyable facilité , en leur donnant des aliments cuits très-simples, tels que les rejetons du papyrus, qui pouvaient être rôtis au feu ou sous le cendre, ou bien les racines et les tiges de plusieurs plantes marécageuses, soit crues, soit bouillies ou rôties ; et si l'on ajoute à l'économie d'un tel régime, le concours d'une économie encore plus complète au sujetderhabillenientetde la chaus-
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sure, dont Iss enfants sepassairiit fort hien d.ins uu climat aussi tavor ible , on sera porvcà croire a t e que bioilore ajoute u ces proiuiers reiisei^neii)",.ts, c'est-à-dire, que »a nourriture ( t l liabilleniei.t d'i.n enfant rie coùt.iit pas, pour loute son en/ance, pl is de IS à 20 )'r. de no.re monnaie. (Jn coin|)rend aussi, parcfs laits avérés, la }ir;inde popuiat on de l ancienne r..!.',\pte, et comment ede put élever ou creuser en ans i grand uoinbre ses prodigieux nionnmrnti.
Puisieurs auteurs anciens ont expressément distingué diserses (jua ilés de vwis prodni s par le sol égy|ytu'n. Le vin mnréoti.jii!:, nicoilé dan^ le voisinage du la<'. Maré. tis , pri's d'Alexandrie ^ee qui faisait aussi donnera cette espèce de vin le nom d'/Mcxandr.n), provenait, selon Alir-née, d'un excellent raisin, et il était banc, iciicr, parfumé et diurétique. Le mémeauicur n"a.:cords pas de moindres efoges aux vins de la 'l iiébaïde , noiannnent a ceux de Copios; il ajoute anssi que le vin de cliacune des diverses parties de rÉgypte avait ses qualités particulièles et un goût assez prononce pour l.îs fiire distinguer les uns des autres. Ces femoignages sur la c;.;iuie de la vigne daiiS loute rKuy|)a ,sur l'abondance et la variété ue ses produits, sont tin s d'un ecrivani !;rec posti rieur de SIX sieo.les à lleiodo.e qui assurait (pie ics F.gypiiei.s n'uvaient pas de vignes. Il esi vra q::e celte assertion d'Uéruiiote peut ne regarder que les habitants de la partie cnscmen.'ee de rilgvjite, car c'e.>l d'eux (pi'il parle expicssemenl dans le e. apiue ou il atlirnie qu'il n'y a ):ns <le vignes, et c'est par certe.explicatio.ideceltM niènie asserùon que les p.iroles d'iierod. te ne se trouvcron plus on iO;iiradiction iTianit'i'Sie avec f'S monuments les plus autnentiques, e', sans u-ildouie, antérieurs do bien di!S sie^;! 'S àu temps où roirivain grec visiîir l'H^ypte, connue le sont ceux d'faeiiiva, neni- Ilassan, (li/.eli et TlivS^jes. if n'est pas rare, en effet, de retrouver dans les inonumenfs de rF.gypie les preuves iucoiUc»iaùies de lu cuiture de la vi-
gne, et des taiiieaux représcnt ni toutes les opérations pratiquées pour la'.'-e la réco.te du vin : le raisin est ccupe par les vendangears, de; osé dans des paniers, truis;x'rtc dans des cuves, et est foaié par des boni. i, es; le vin clair est tiré de cette cuve et n.is dans des vaisseaux de bois, d'où il est tusuiie déposé dans des ampliores.
Le vin qui reste dans le marc de raisin en fst extrait |!ar divers procèdes, par la torsion ou par la |iression , soit a bras d'homme soit ù levier, et les amplh res où le vin est reuui sont ensuite soigneusement bouclices et i angécs uans la partie basse de i'bai-iialion , celle (jui est le p. us a l'abri de l'attemie de la ciialeur. Ces jiroc. dés eu\-mi'mes sont une jireuie ue l'existence de la vigne dans toutes les j.vrties de l'F.g pte; le vin est souvent mentionne Oans 1: s iiiscripiions bieroglyjiliiqucs ; on y en (iisiiiigm; im'iiie de plusiei.rs fii.dit s: il nous par<.îi,donc avoir eîe d'un usage général dans 1 aûcienne F.g;. pie.
l'iu.>ieurs espèces de liières ou autres ii(jiieurs fermentees, et l'eau du jSil, étaient aussi une boisson universellement adoptée.
Lne assez graïuie variété de fruits ajoutait eiii ore a la variété de la i.ourriture; le figuier et autres iiibres ;.naiogues cioiasaient sur le sol égyptien; les terrains nuTt-cageux donnaient aussi leurs productions particnlieies ; les es|;eces oe melons et de pa>leqnes y étaient divpi silices, et les jjci..lures des liypoi-ees en donnent ût> ligores assez exactes, l'onr reconnaître ces produiM i<j:is pl.uces sur les ta. .les d'offr..iales religieuses, mi sur la table do.aestiqiie. L'aii ei l'pignon d'Kgvjjte ont jji esque île la celeLnIe; du moins l'histoire u consacre leur a^ié liile saveur. La Bibie racoiile que .es Isiaélites, dans ledéstrl, dégoûtes ue la nianiie, lear ui ique nourriture, n<urluiuerciit tout haut, se plaignaul de n'avoir plus ue viande ù manger, et regrettant ix\tc. dou.ear le pnisson (loi\{ ils se nouri issaii lit gr.ilis en Kgypte, et surioul les j.as.cques, les Couooiubres, les poireaux, fail et
ÉGYPTE
l'oignon de cette contrée; privés de ces fruits de l;i terre du Tsil, leur vie était lanj^uissante , ne vovant nue manne devant leurs \ eux. Flèrodrte et Pline ( nt conserv»' une vieille tradition, bien incertaine tant elle est vieiik, d'après laquelle la seule dépense des raves, nil et oignons consoniniés par les ouvriers qui construisirent la pvraniide de Clieops , se serait élevée a six cents talents d'argent, plus de liuit millions de notre monnaie. Ceci ne prou\e que l'antiquité de l'usage de ces frui s c-iuune nourriture des peuples éstyptieiis ; on sait, du reste, que i'ail et l'oignon peroei.t beaucoup de leur saveur acre et désagreal>le à mesure qu'ils croissentdansdes climats d'une température plus élevée, l.rs F,(ir';péens ilT.gVjite n'ont pas pour ces deux prodiu.tîcns l'éloignement qu'eLes ins]ï)irent dans nos contrées; leur godt est en effet bien moins importun.
Il ne paraît pas que les Égyptiens aient connu le riz; les écri\ainsanciens qui nonnnent les lentilles de Péluse, ne parlent pas du riz d'I-lgypte. Théophraste inenticniie le riz de l'Inde, et on peut conj-cturer qu'il n'a été introdi.'it en Éi:ypte, où sa cultare est aujourd'hui générale, qu'au teu'ps des califes , qui favorisèrent l'introduction des plantes étrangères.
Du reste, on peut considérer comme applicables aux tenifs primitifs de l'Égyple civilisée ce (jui s'y |)asse aujourd'hui sur le terrain cultivable, l'uniforn;ité d' s phénomènes naturels ayant exigé l'ui.iformité des pratiques agricoles, et les anciens égyptiens n'étant restés en rien au-dessous des mo<!ernes pour la connaissance et l'exploitation de leur pays. Alors connne aujouid'iiui les dépôts limoneux du ]Nil (.roduisaient les plantes propres aux niira's et aux terrains humides, tandis ^ue le sol du désert s'était réservé les plantes à tiges dures et ligneuses, armées d'épines, et à fleurs a peu près iucolores; néaniuoitis l'Égyptf n'était pas tout a fait de l'Afrique, et sf s productions \ égétale- étaient plus analojjucs à celles de la Syrie et
des îles de la iMéditerranée, qu'à celles de la Guinée ou même de l'Abyssinie. F.n Éirypte, le froid ne suspend pas la v( liéfation , !a défoliation des arbres n'a lieu qu'en décembre et janvier, et la verdure renaît en février ou mors : c'est un hiver seml)lable à un long printemps. L'acacia, les sycomores , les cassiers et d'autres arbres touffus ornaient les jardins et donnaient beaucoup d'ombre, et le dattier était d'une gronde utilité jusque dans ses derniers filom^nts : son fruit sain et nourrissant était un aliment agréable ; son Lois poreux et léger se prêtait facilement au travail du menuisier et du charpentier ; ses débris fournissaient un bon combustible ;avec ses feuilles on faisait des paniers, des confies et des naf es ; et avec le réseau de s(s feuilles de bons cordages peu coûteux. Le dattier croissait également dans les sables du désert et dans le limon du Kil. L n grand nombre de plantes y cioissent aussi spontanément, sans être particulières à l'Égypte; le INil et les vents les y ont rapportées de la Barbarie, de la Syrie, de l'Arabie, de la ISubie et de l'Inde,, et leur végétation annuelle y a CvHif'cndu les plai.tes étrangères avec les espèces prin itiveuient indigènes.
Quelques-unes ont presque disporu , et le papyrus, autrefois si abondanteest aujourd'hui très-rare, et reste eri Abyssinie, d'où il ne descend plus avec le isil. l.e papijrus , comme les nymphsca et le pistia ont existé en Rgypte avant que le riz et la canne b sucre y fussent transportés de l'Jnde. Les roseaux et les jorK S fournissaient autrefois connue aujourd'hui ces belles nattes qui sont devenues un objet de comnx'tce iNous avons parlé des vastes pàturage.s de la basse Égypte et de rHeptanon\ide; il est trcs-vraiscmbiable qu'ils consistaient surtout en prairies artificielles; car alors, comme aujourd htii , les dépôts du Nil auraient produit plus de roseai:x et de plantes coriaces et épineuses que d'!)erbes propres à la nourrit:jrc des bestiaux; la paille d( sdi^ers grains cultivés servait aumèuie usage; eulia, les ti^^es vertes
L'UNIVERS
des pois, des lupins, des gesses, des haricots, pouvaient ajouter a cette es-
Pèce de ressource daus un pays où éducatioii des bestiaux était une partie très-importante de l'agriculture.
La race des chevaux y était fort belle, semblable à celle qui vient aujourd'hui du Dongola ; Salomon s'apr provisionnait de chevaux dans les riches haras de TÉgypte. Maià un fait très-digne de remarque, c'est qu'on ne trouve sur aucun monument la ligure ni la mention du chameau; habitant de l'Arabie, ce précieux animal parait avoir été inconnu aux anciens Égyptiens pour leur service.
rsous ne devons pas omettre de rappeler ici un des moyens qui , avec les produits de l'agriculture , contribuèrent le plus à assurer à I habitantde l'Égypte une nourriture excellente et dont l'abondance garantissait le bas prix ; nous voulons pjrler des poulets produits par l'incubation artilicielle.
Celte méthode singulière, qui fait encore l'admiration des voyageurs modernes , et qui n'a été introduite daus aucun pays d Kurope, fut connue et pratiquée par l.^s anciens Égyptiens.
Comn)e ceux d aujourd hui, ils faisaient éclore les poulets par le moyen des fours. Diodore de Sicile en parle comme d un art depuis longtemps en usage parmi eux ; Pline a dit à peu près la même chose que Diodore ; Aristote a décrit, le premier, cette singulière opération, et l'empereur Hadrien, qui la vit encore en vigueur à l'époque de son voyage en Egypte, ne manqua pas de la mentionner dans sa lettre relative aux mœurs et usages de cette contrée. Ainsi avant Aristote, du temps d Hadrien , et de nos jours encore, les fours à poulets ont été connus des Égyptiens. Les auteurs qui ont consigne dans leurs écrits quelques données sur ce procédé remarquable, paraissent s'accorder sur un point fort contcstaWe, lorsqu'ils disent qu'on n'y employait que la chaleur du fumier.
Mais un second passage de Pline luimême est bien plus instructif; les œufs, dit-il, étaient mis sur de la paille dans une etu\e diiit la tempé-
rature était entretenue à l'aide d'un
feu modéré , jusqu'au moment où les poulets venaient a éclore, et, pendant tout ce temps , un ouvrier s'occupait jour et nuit a les retourner. Ce passage de Pline est la meilleure exposition sommaire de ce qui se pratique encore aujourd'hui. Le bâtiment est un carré long, coupé a l'intérieur et dans toute sa longueur par un corridor qui sépare deux rangées de petites pièces , au nombre de douze au plus.
Chaque pièce est à deux étages; le plus b is est le couvoir; au-dessus, le chauffoir; une ouverture au niilieu de son plancher répandait la chaleur dans le couvoir. Des hommes sont élevés de père en lils à la conduite des fours à poulets. Les œufs aijportés sont inscrits avec le nom du propriéliiire ; on les place ensuite dans le couvoir sur un tas de paille hachée; on en met jusqu'à trois-i'un sur l'autre: complètement rempli, Uii couvoir en contient quatre à cinq mille. Le chauffoir est ensuite garni de braise allucnée,ct proveiiant de diverses matières ou combustibles , notamment de fumier mêlé de paille hachée, ce qui a pu induire en erreur ceux qui ont dit que l'intubation s'ojerait par la chaleur du fumier; mélnode que Hadrien n'a pas cru devoir se permettre d'indi(juer, pudel dicere. On renouvellecelte braise deu\ fois par jour; on retourne et on remue plusieurs fois les œu.'s pendant les dix premiers j .urs; on continue de les soigner durant un égal intervalle. Le vmgtieme jour on commence à trouver quelques poussins ; \f jour suivant, ils sont éclos en très-grand nombre : on aide à ceux qui ne peuvent briser leurs coquilles. Les plus faibles sont placés dans le corridor qui est échauffé par le voisinage des tours ; les plus torts sont reunis dans une chambre, pour être délivres aux propriétaires des œufs, qui ont l'art non moins utile d'élever ces poulets sans le secours des poiiles, et au moyen de soins qui sont inuispensables pour réaliser le résultat de l'incubatiop ellemême. Us soiit confies à des iemii:es expérimentées, qui ne se chargent
ÉGYPTE
que de trois ou quatre cents poulets a la fois ; elles les gardent quinze à vin^t jours, soigneusement nourris, logés sur un terrain sec, et préservés surtout de l'Iiumidité des nuits. Ces nombreux produits sont ensuite vendus, l.c. W Sicard , qui a voyagé en Égypte dans le siècle dernier, a reconnu quM y existait alors près de quatre cents fours à poulets, dont chacun fournissait deux cent quarante mille têtes, ce qui portait à cent millions de poulets ceux que les fours produisaient chaque année en Égypte.
Quand on les vend, on ne les compte pas, on les mesure au boisseau comme les grains : il y en a toujours quelques-uns d'étouffés, mais on s'épargne ainsi la peine de les classer et de les apprécier selon leur grosseur. On rend en poulets les deux tiers des œufs qu'on a reçus.
Si l'on voulait remonter <à l'origine de cette méthode, et en expliquer la réussite, on ne devrait pas oublier de faire remarquer deux choses essentielles ; la liremière, combien il était utile de multiplier une nourriture aussi saine que celle que fournit la viande de volaille, et la seconde, que, sans cette méthode artificielle, cet avantage aurait manqué à l'Kgypte, puisqu'il est constant que dans la saison où les poides commencent à couver, l'ardeur de l'atmosphère les pousse dans la société des mâles et leur fait flbandoimer leurs œufs. L'étude attentive du pays avait dii faire remarquer aussi qu'il sullisuit de la chaleur du sable pour faire couver les œufs d'autruche et de crocodile abandonnés dans le désert ou sur le rivage du Ni!. Enfin, les oies, les canai'ds, et peut-être aussi d'autres oiseaux domestiques , étaient égalemeiit multipliés par ces incubations artificie'k's : on a fait jusqu'ici d'inutiles efforts pour l'introduire dans nos climats.
Nous aurions à indiqucrencore quelques aut es pratiques particulières à l'Égypte ; mais il suffit à notre plan , pour l'aire apprécier ces procèdes, de rappelerquesurces pratiques agricoles et économi(!ues était fondée cette fé-
condité extraordinaire de l'Égypte, et que le Nil , dont les eaux étaient habilement di rigées au moyen d'un système d'arrosement longtemps étudié , et conduit à une incontestable perfection locale, était, en effet, le créateur, le père nourricier et la providence de celte contrée.
Les produits de la terre étaient aussi variés qu'ils étaient abondants; et Vindtistrie égyptienne sut les approprier aux besoins de toutes les classes. Cette industrie, si l'on considère la diversité de ses résultats, ne fut point resserrée dans les étroites limites où végète celle de l'Égypte moderne ; l'ancienne possédait tous les arts de première nécessité, confectionnait tous les objets d'un usage universel ou de consommation journalière, fabriquait les plus communes comme les plus riches étolfes, servant à couvrir le fellah, h habiller les familles riches ou puissantes, îi orner leurs deuieures , à satisfaire leurs goûts , et le commerce exportait dans des contrées voisines ou lointaines la plupart de ces produits , sources de grands bénéfices, réalisés par les ventes ou les échanges.
Nous avons déjà donné plus haut une nomenclature qui suffira pour justifier ce qui vient d'être dit : des vases de toutes formes et de toutes matières pourvoyaient largement aux usages domestiqués, à la décoration des palais, au service des prêtres et des dieux. Les fabriques de toiles de coton , de lin ou de laine, grossières pour un emploi |)lus commun , ou d'une finesse égale à celle des plus parfaits ouvrages de l'Inde en ce genre, brochées ou brodées, blanches, teintes ou peintes, pouvaientabondamment fournir à toutes l^s classes delà société, et les pays étrangers se faisaient pour cet objet encore les tributaires de l'Égypte. Les étoffes babyloniennes, peintes avec l'aiguille, comme ledisaient lesanciens, furent célèbres dès la plus haute antiquité historique. La rivalité contemporaine des étoffes égyptiennes n'est pas moins remarquée par les historiens, et ils distinguaient les toiles peintes de couleurs diverses fabriquées
19^ L'UPilVERS.
à Babyionne, des to\\<tS tissées de couleurs non moins ( ^rlics et non nioios variées fabrique» s en itj^ypte. Aniasis envoya en prcsen;, Lacedénioniens une cotte d'armes (ou un ornemeiit de poitrine), ouvrage remarquable d'etotïe de lin , do. il le tissu représentait de nombreux dessins de lifîures diverses.
Elle était relevée de broderies d"or et de franges de coton; et ce qu'il y avait de plus merveilleux encore dans ce travail, c'est qu ' chacun des (ils qui formaient le tissu de l'étotTe, quoique très-fin , était composé de trois cent soixante brins , tous visii)!es. Il n'existait qu'un second cbef-d'auvre semblable, celui que ir même Amasis avait consacré à Min> r»fe, dans le temple de l.inde. l'el < st le récit d llérod(!te.
Cette abondante production de tissus, et la ricliesse ci'-s costuiues reprcduits sur plusieurs (ir nos planches {yoy.pl.
21 et 25) , pro'.r'ent aussi que l'art du teinturier de\aii ê;re aussi perfectionné en K|i}pte qu - celui du tisserand.
L'r.gypie possédait les principales substances colorantes; elle rivalisait en ce point avec Tyr, Babylone et l'Inde, et l'on sait que les pruicipaux commerçants tyriens avaient un établissement à ."^iempbis.
Pbne parle avec admiration d'un procédé sii'giilieremployé par les égyptiens pour neindre sur les tissus, et, avec son gouî Inbituel pour l'antithèse, il dit que t e n'est j)as avec des couleurs qu'ils peignent de cette manière, mais avec des drogues qui détruisent les couleurs : l'étoffe est plongée dans le liquide chaud : elle en est retirée d'une seule couleur , et bientôt elle se trouve ornée de plusieurs. .Nous pensons qu'il s'agiLici d'un procédé qui fut de tout temps coiuui daïis l'Inde, qui eslcoin.
numemfiit mis en pratique |)ar l'industrie !=(iropéenne, et qui esi conuiî sous le nom de d< ssius réservés. On imprime en efiet ce dessin même sur l'étoffe un mastic inattaquaiile p:u' une teinture liquide chaude ou froide, et d'une rouleur quelconque; l'étoffe
S longée dans cette teinture eu sort 'une seule couleur , et elle se trouve
ornée de plusieurs dès qu'un lava^'e de l'étoffe dans un aulre li.jnid^composé, a détruit le mastic qui préserva t de cette teiiit'ire le fond pnmi'if de l'étofié, ou même d'autres dessins préalablement iinprimés. Dans tous ces procédés, l'Kgypte employai avec succes les moyens perfectionnes de l'art du teinturier, éclairé par les plus sures expériences de la chimie ap|»liquée à la connaissance des plantes el des métaux colorants.
I.'idee de ces pratiques usuelles, perfectiormées par la \eri!ablc scirnce, amènerait à l'examen d'une question très -inq)ortante pour l'histoire d?s connaissances liumiii.es et celle des decouvenes qui appartiennent réellement au^i anciens, ou auxquelles les modernes peuveiu prettndre a\ec une évidente raison. I/cx mien d'une tehe que>tion offrira toujours à la bonne foi, dans un de .ses côtés du moins, d'inextricables dificuités. Les tcvl^-s des écrivains de ran'iquilé,qui concernent les procèdes des arts, |.'ésentent en etfet trop d'incertitude à la criti(;ue, pour qu'elle puisse en déterminer le sens avec ceite rigueur étymo'osique et traditionnelle qui ne permet à personne de douter que tel mot indique en e:fet tel pro( tdé des arts techniques, ou tel pro'iuit de l'industrie chimique ou manufacturière. Kn un autre coté tout est certitude; c'est celui qui ne conceri.e qte les faits matériels et d'une incontestable évidence. Tout ce que nous montrent au grand jour les montiii.ents égyptiens est vrai pour IT.gypte, et ne saurait lui être conteste. Des savants et des voy;ii;euis modernes ont soiuneusi'inent cherché a connaître ce qui lui appartient dans la théorie et la pratique des arts utiles a la ci>ilisalion, et leurs ob.servations , qu» nous rouillons dan.>; cet écrit, et qui sont corro!)orées par le témoignaiie des monuments originaux (pie nous avons eus sous les yeux, nous donnent une idée avantageuse de l.i h.lute exiiei ience de l'Égypteen ce point, h des époques trés-ieculées de l'histoire de l'iuilustrie buuiaine.
KGYPTE.
I.'Égyptf» avait élevé de £rron(is monuments d'arciiitocture iilusieurs siècles avant !a venue d'Al)r<;hani. Des burhares h s déinolireiil; el , au XIX' sierle avant l'ère cln'éLienne , d^liwée decettc so d:ites(|uenie'.irtri.>i eaiixaris et aii\ lois, elle rebâtit de nouveaux teiii|)les à ses dieux; ePe y enipioya des d.bris des anei-^ns édilie.es, et on trouve eneore ces d. hris a le:ir plaee dans les masses des niou'unents nouveaux qui date.it aujourd'hui de trentesept siècles. La seulplureet ta [leintm-e Oi n lient ces ediîie.es, et !e luxe des costumes et du mobilier sa;'ré répondait à leur maij;iiincence. Les pierres et les métaux |)réeieux , les étoiïes de prix, dont le travail avait auf^meiiié eneore la valeur, éta eut employés dans la i)omj)e des cérémonies, ouvrés avec art et ornés av{!e goût, l^es métaux coimnuns et toutes les produetiotis utiles étaierit en mên)e temps apprOj)ries a tous les besoins, et sec ind rent, cumme d'aclil's auxiliaires, les eti'orts de tontes les classes On n'en poiuu a douter à l'exposé son'm liredes faits reçu, iilis et décrits par les |)lus exac(,s observateurs , d nit nous résunio'is ici les aitenlivcs reciiercbes. qui ont einl)rassé a la Cois l'Éjiyple souterraine qui renfermait les pius précieux rensei.nuemenls , et la surface du soi couvert des débris de semblables témoignages.
■ C'est dans les liypc^ées qu'on trouve les métaux mis eu œuvre, des peintures dont les couleurs sont dues à des oxides mélalliques, des frittes, des verres, des é.naiix colorés par ces mêmes oxides. Les étraii'iers (|ui ont séjo u ne eu Ki;ypte à une époque tresreculée faisaient usa^e des n)élaax qu'ils s'étaient prornres dans ce pays.
Abraham doiine à llebecca une i,a;;'.ie et des bracelets d'or; Joseph reço.t de Piiar.ion un aimeau et un collic!' d'or, et fait mettre sa coupe d'ar;;(uit dans ie sae de blé de son frère lien ami'i. Les Israélites, lors de leur sortie d F.gypte, emjiorièreiit (Vaudideusemeut, dans le déscit, d'inmii'uses riei]cs>,es cmprun ées .lux R:;y|)tieus. L'or, l argeat, le cuivre, les pierres précieuses,
les étoffes teintes en pourpre, en écarlate, en cramoisi, l.i laine, ou |)oii de chèvre ou de chameau, le lin, le bvssus, les substances tinctoriales et arcn;atiques, sont mentionnés daîis les écrits de la même cpoinie. Les Israélites, qui s'étaient instruits dans les arts de l'Kijyp'e, mettent en (ruvre tous ces rnatériaiix. et exécutent tous les ouvriiiies qirexi2,i!ail ie nouveau culte qui leur est inq);)sé par Moïse, et qui demandait le concours des sculpteurs, fcn, leurs, menuisiers, charpentiers, orfèvres, brodeurs, parfumeurs, graveurs en pierres lines, etc., etc.; Moise lui-même fait la dissolution du veau d'or. La même industrie se retrouve encore sous Salonum, par suite de nouvelles connuunii atious avec les l\iyptiens, et ie plan du temple du vrai Dieu n'est que l'exacte copie de cha "im des grands temples d" l'Kjiypte. Cette même tradition des arts passa successivement (fuis la Grèce et chez les Homains; et si ceux-ci , qui, |iarmi les peuples de l'iUitiiinité, sont entrés les derniers à la civilisation par la voie des si iences et de> arts, ont su, comme on n'en peut douter, raffiner l'or parle plomb, le mettre en feuilles, dorer les métaux à l'aide du mercure retiré du cinabre, dorer ie marbre et le bois au moyen du blanc d'iru! , souder l'or avec im borax artificiel , souder les autres méLaux les uns par les autres, étamer le cuivre, composer le bron/.e, préj)arer la lituarge, le minium, la ceruse, la polee (''etain et le vert de gris; en)ployer dans leurs peintures (les couleurs soit ferreuses, soit métalliques; l'antique Égypte leur en avait donné le (irécepte et re\eniple.
Eile leur av.iit appris aussi à ap[)recier les riches tissus dont se paraient ses dieux et ses rois. L'Li-'ypte savait de m 'ni; se pri)curer les i)roduits moins recherchés, mais non m; ins utiles à reconoinie pubiicpie ou domistiq'ue; elle fibriquait aussi les noirs de fumée^ de lie et (l'ivoire, la colle forte avec le cuir de bduf; elle teignait en pourpre les moulons en vie , h aiu'bissait la laine par la vapeur du soufre", savait entore que si une lampe adumée , qu'on plonge
L'UNIVERS
dans une cuve ou dans un lieu souterrain, venait à s'y éteindre, il était dang;ereux d'y entrer.
L'art de réinnilieur était certainement pratiqué par les anciens habitants de Tlièbes, a la même époque que les arts du potier de terre, du verrier, du peintre, du sculpteur, du batteur d'or, du doreur, du statuaire en pierre et en métaux, du constructeur de barques, du graveur, du stucateur, du fabricant de papyrus et des cuirs teints et maroquinés, du tisserand et du teinturier. On trouve partout les produits de l'art de l'émailleur, et la porcelaine blanche ou colorée portée au plus haut degré de perfection ; à la finesse de la matière se joignait aussi l'élégance des formes. Sèvres a reproduit plusieurs de ces modèles égyptiens (voy. pl. 44] , et le suffrage public a consacré d'avance le juL'enient que nous en portons ici. Rien n'est plus commun non plus, dans les ruines égyptiennes, que des
t)0teries émaillées de diverses couleurs , e verre et les pâtes de verre colorées et non colorées. Un beau et grand plateau de verre blanc orne notre musée du Louvre. Le stuc, composé vraisemblablement comme le nôtre, de plâtre et de colle forte, ou, comme celui des Romains, de marbre blanc et de chaux, n'est pas rare dans les anciens monuments. Un mastic fort dur est aussi appliqué en relipf , et doré ensuite coiimie ornement de meubles divers; des sculptures qui devaient être dorées étaient couvertes d'une toile très-fine et d'une couche de plâtre , sur lequel l'or était ap|)liqué et se retrouve encore. Les momies d'hommes offrent les ()rnen)ents peints, sculptés, coloriés ou dorés, les |)lus diversifiés; et les membres des êtres embaumés sont parfois couverts ou enveloppés de feuilles d'or; des statues de bois ou de bronze sont dorées. Des caisses de mondes sont aussi ornées de sujets exécutes en mosaïque de pierres ou d'émaux de couleur. Les faïences et les porcelaines émaillées prouvent suffisamment d'ailleurs que les Kgvptiens travaillaient facilement l'etain et le cobalt. L'étain se trouva dans le butin
que les Israélites firent sur les Madianites; Homère parle de l'étain; et, quant au cobalt, l'iilustre Davy en retrouva dans neuf' échantillons de verre bleu lrarispar<;nt des fabriques égyptiennes. Le bleu de cobalt est une couleur très-frequente sur les sculptures égyptiennes, et la chimie moderne a constaté que, par l'effet d'un mordant d'une grande puissance, le cobalt et les autres couleurs à base n)étalliquc, qui couvrent les sculptures égyptiennes, ont pénétré le grès et le granit à plus d'une ligne de profondeur.
Il est donc hors de doute que l'art de faire et de traiter le verre et l'émail fut porté en Égyptc à un très-haut degré de perfection. Les Égyptiens recousaient aussi le verre avec du fil de fer, et le soudaient avec le soufre; ils employaient le verre et l'émail à l'embellissement des tensples et des palai-i, qui étaient pavés de carreaux brillants du plus vif éclat. La nature avait ouvert cette voie au génie égyptien , en plaçant à profusion , à la portée de l'Kgvpte', le sable du désert, le nitrate, et les cendres de kali, matière première dont le verre est composé.
On ne doit p:!S être sui-pris si la petite verrot( rie, et tous les objets utiles ou de fantaisie qu'il était possible d'en fabriquer, se retrouvent «m tres-^rande quantité dans les ruines de l'Égypte.
Toutefois, on appliqua ces connaissances, fruit (l'ime longue exjiérience, à de plus nohles usages, et si l'on en croit l'antiquité classique, l'Kgxpte aurait excité à un haut degré l'etonncment et l'adminition de la Grèce et de Rome, par des productions réellement merveilleuses de l'art de traiter le verre et les émaux. Strabon affirme qu'on fabriquait, de temps immémorial, h Thèbes, au moyen de procédés tenus secrets, des verres très-beaux, ' très-trans|)arents . dort la couleur imitait l'hyacinthe, le saphir, le ridiis ou le c\anus, et que Sesostris avait fait couler , en verre de couleur d émeraude, une statue, qu'on dit ailleurs avoir existé à Constatitinople jusqu'au temps de Théodose: Appien afferme aussi qu'un colosse de même matière
EGYPTE
se voyait dans le labyrinthe d'Egypte.
On y fabriquait encore du faux javet avec la scorie des métaux , et ils en connurent les oxides, notamment ceux du fer, du cuivre, du plomb rt do l'étain, sans lesquels ils n'auraient jiu réussir à f lire les verres et les émaux colorés, à incruster les pierres précieuses; aussi les ouvrages en verre furent-ils compris par Ausiufte, avec le blé et le fronient, dans la liste des produits que l' Egypte devait payer à RoMie comme trihut. Pline dit avoir vu les images d'Auiiuste et (|uatre éléphants de pierre obsidienne donnés par cet enipereiir, comme ouvrages merveilleux, au temple de la (ioncorde; enfin, une statue de Ménélas en verre noir, imitant le jnyet, enlevée du temple d'Héliopolis par un gouverneur romain, fut renvoyée en Écypte par l'ordre de Tibère. iNos musées abondent en liijoux en or, en argent et autres métaux, sur lesquels Ifs émaux furent appliqués par l'industrie égyptienne.
Au nombre de ses produits , sans nul doute les plus célèbres , il faut comprendre les vases murrhins artificiels. L'antiquité les distingue trèsl)ien des vases murrhins naturels que Rome tirait de la Perse , et dont les plus l.eaux furent payes plusieurs centaines de mille francs; il est vrai qu'on les jugea dignes d'être consac-és aux dieux : les six premiers qui y furent connus provenaient du trésor de ,Mithridate, et on les déposa (kins le temple de Jupiter au capitole. Auguste, après la défaite d'Antoine et de Cleopàtre, enleva d Alexandiie un de ces vjses, qui lut aussi destiné au service des dieux. Il résulte des recherches soigneuses eteriidites de M. de Rozière, que la matière murriiine était le spath fluor. L'industrie égyptienne imita parraitcmentcette matière , et la fabrication des vases murrhins occupait à Thèbes plusieurs manufactures. Arrien les mentionne ex()resseinenl dans son Périple; iCs fragments de matières vitreuses coloriées al ondent d.uis les ruines égyptiennes; des vnses imitant le spath iluor et d'autres matières mi-
nérales, ornent la plupart de nos musées. Le luxe romain fit peu de cas de ces petits meubles , devenus fort communs dans l'empire par l'activité des fabr'-ques thébaines: mais il paraît que bien antérieurement <à la domination romaine en Égypte, les vases murrhins de Thèhes, et surtout la verroterie de Coptes , étaient expédiés par la mer Rouge, et qu'ils étaient recherches souvent par les peuplades de r,\ral)ie et de la cote d'Afrique.
L'usage du bronze pour les ustensiles et les armes y était général : d'oîi l'Egypte tirait-elle cette quantité de cuivre? Cette question mériterait un long examen; un fait résulte ce|)endant de quelques monuments : une stèle trouvée à El-Magara , en Arabie, une inscription gravée sur un rocher dans le même lieu , et îir.e autre inscription sur un rocher de Sabout et Kadin, dans la même contrée, prouvent que dans les SI", 42' et 44'' années du quatrième roi de la XVir dynastie, vers l'an nj.îO avant l'ère chrétienne , les riches mines de cuivre de ces deux localités étaient en pleine exploitation sous l'autorité des Pharaons.
Homère énumère les présentsqu'Hélène et .Ménélas recurent du roi et de la reine d'Ég\ pte: ce fut une corbeille, deux cuvettes et deux trépieds en argent ; une quenouille d'or, et une autre corbeille en argent dont les anses étaient en or.
Homère et son siècle croyaient donc à la spleiidêiir de Thèbes, à la haute forfime de l'Égvjite. Les monunuMits antéiieurs à Homère, encore subsistants , justidenl assez son admiration ; lui et ses contem|)ora!ns connaissaient , sans nul doute , les merveilles du royaume des Pharaons , sa terre si prodigue de bien, son agriculture si féconde, son industrie si puissante et si variée, et les prodiges de tous les arts réunis en elle à ceux de la nature. Homère avait vu ce sublime spectacle , et l Éu;" pte , sous les rois de sa viiigtieme dynastie, inondée de gloire et de prospérité; et, a la vue de tant de calme et de bonheur dans rÉgvpte niouarcliii-uc , le souvenir des
L'UNIVERS
agitations auxqiie'les l'Ionieptla Grèce avaieiilsté livrées |»ar(ari; d'ambitions rivales, lui inspira peut-^'lrecc: pirceiite qu'il met djns la i)oiiclie du jMiideiit IJh sse : «(^e n"e>:t pas nin', Ijoime clio^-e que; le.{ouverneineiit de()liisii;ïii s; ([iril n'y ait qu'un seulciief, (Hi'im seul roi.» Dans les pajs que le iliun Homère coiuriissait le mieux, les muriaiciiies venaient de finir en mè.nip le.nps que les siècles héroïques , si pro!)ices au {^enie de la poésie; cs|!rit ohservofïur, ilonière ne put se s jus'raire a des rappro^henieiits, alïliiîeaiits, peuf-èire, pour lui-même, niais d'une f;rande utilise |)ourses 0.1 vraies, dans lesquels il dota la Gi èce(pii survéï utà la l'u.-i re de ''"roie , de ci>niiaissances variées qu'elle n'eslima qu'après que ses vers' les lui eurent révélées, (ie n'etail pas en etVet dans la Gréi'e contemixiraine qu'Homercav aif pu voir, eoinmeil le ■. it en l-;i;ypfe, des inslitiition» po iiiq-es liecireusement aupropriees a l'ital des lieux, et profilées éiîi'.lemi'ui au prince et.iux sujets; luie ero\anceuniqiie d nnantà une population nombreuse lesespéranees d'une autre vie ; la pompe des cérémonies ajoutaiit a l'éclat du cuile de la Divinité; les rois inclinant leur front couronne devant ses euuilemes sacres; des iois protectrices assurant le mainlien de l'ordre et l:i tranquillité sur tous les points d'un vaste euipire; les pi emicres classes de la société donnant i'exempie de la soumissicn, et la foule les iuntant avec empressement ; des villes Rorissantes smx'rddnt à l'aridité du désert ; les arts portes a un très-haut de^rc de perl'ectiin; une architecture savante dans l'art de la disposition des |vians et la s( ieu 'ed."s proportions, et des monuni'uilsrue n'a égales aucun autre ouvraije des h innies, s'elevant de toutes ji.irts; le sol du pays étudie, et son étendue mesurée ; les phénomènes célestes observes, leurs lois les plus utiles découvertes* et connues, leur théorie (ix.'e par une série de connaissan -es positi\es, et l'écriture d'un usage giinéral dans toutes les classes.
Rien d'autres merveilles encore dilrent frapper l'esprit singulier d'un tel
homme, .r*jrtout les produits remarquables des arts, encore si rares de son te nps chez les C/recs. .Au temps d'Homere, rKirypte depuis bien des siedch eairuiyit des < uvrages presque enc;.re inc .miusen Europe ; ainsi, sur les bonis du ISil , des quais anti jues ont une couronre hori/.ontale dont la coiu^atité est tournée (la ^oCiié. de l'eau. Cette espèce de voule liorizontale renlerme un };rand priui ip»» de soliiiité, puis |ue un mur ainsi construit oppose une plus iirande résistance à la poussée des terres , et qi!ei<(Ue élevées q l'e.les soient, ces q ais en soutiennciit la pressi' ii sans s'ehraider : ces résultats supposent que les extrémités de l'arc s nt eilesniè.iies les poi :ts d'appui de 1 1 voiite. L'expéi ience des sieelcs est ici .a meilleure preuve de sa .solidité, et elle donne une idée d'autant ;'lus avantaeeuse d -s con^truclions é^ivptieunes , que, inaUré l'avancement de uns connaissances, l'exécution de ces voiites horizontales oftre , eu Europe, de trcsgraudes dilïitiiites.
On a dit tres-haut que les anciens Éuv|)ii'ns ignorèrent l'art de con.struire les voûtes : on n'en a vu dans aucun de leurs nonuireux monuments, et l'on a cru pouvoir en conclure qu'ils ne les comnirenl pas. U'ahord on a reconini des voiites à voussoir, de peu de por'ee, il est vrai, dans quelques coiisti ucl'o.is de la IhebaTde; d' plus, su()po a..t mè.ne que ces vni'kes ne s )nt pas des époques les plus ancieuiies , au lieu de considérer cette eircousiauce connue une preuve néijalive, il ciit p ut-ètre é;é nec ssaire d'cnvj.sa^er la (piestion sous un point- de v .e plus particulier. Nulle part, en effet, on ne trou\e de fabriques dont les proportions soient aussi iirmdes que celles des mouuuients «le rÉ^\pte, et cependant des (ilafonds et des plates-foi iues d'une vaste surfa e y o )t ete établis sans le secours des vodies. En Euroi)e, au contraire, on trouve des xoùies partout, (pioiqiu^ aiuune d-s construelions europé.^nues, si l'on en excepte 1. ne seule, u'ajiprcclic de rétcnduc des uionu-
ÉGYPTE
ments de TT^gypte. Si donc l'on conçoit bien i"(ifnt des arts dans ces deux contrées célèhres, on trouvera la cause de cette diiïereiice, qui a droit de surprendre, et l'on verra (|ue i' (Egypte n'eut |)oint de voiites , parce tpie sa méthode d'exploiter les carrières lui fournissait des pièces de grès ou de granit de cent pieds eu longueur, et que l'Europe au contiaire a dii sVn servir, parce (in'elie ne peut extraire et nieitre en reuvre que des matéiiaux dont le volinne est heauro'ip moins considérable. Ainsi donc l'usage des voûtes est pour l'K irope une perfection (|ui prouve son iiil'ériorite sous ce r qij)ort ; c'est une industrie née de la nécessite.
Si nous considérons ensuite l'architecture égvplienne d ns ses procédés matériels, nous v trouverons aussi quelques règles ditférenles de i c:les qu'eui- , ploie l'Europe, nuisqu'elie eut d'autres moyens. L'architecte UT égyptienne naquit en Egypte; c'est le premier fait que son étude a démontre. Chaque peuple imita la nature qu'il eut sous ses yeux : les Égyptiens lirent leurs chapiteaux avec les feuilles du palmier, et lesGre.'sy substituèrent es feuil.es de raC Mithe ; i'Kurope a imite la Grèce, et n'a point égalé sa perfection. Dans l'arciu'ic.'ture gr'-cque, comme dans l'archiiecture moderne , l'architrave rep se innnédiatem ut sur le cliapiteau : dans rarcliitecture égyptienne, au contraire, un d.; carré, placé au centre du chapiteau, supporte l'architrave, par^'e que les F.gypliens avaient senti q'.îc cette partie île rentalilcment, qui a toujours une apparen t de pes;mteur, ne pouvait pas, sans manquer à toute convenance, poser sur d 's chapiteaux couiposés déf?uilles, de fleurs et d'ornements délicats. !l résuite de ce principe véritahl 'ment égvptien , que les chapiteaux .se trouvant éloignés de l'architrave, les grandes li:nes, qui sont toiijo!n's une sourc' de b;'autés dans I'a'chit"Cture . n'éprouvent aucune intcrniption , et c'est l.à le caractère émiuent de l'architecture égyptienne. Toutes les colonnes de l'Egypte diininuent de la base au chapi-
teau d'une manière uniforme; c'est cette diminution réy:ulière qu'imitent les belles colonnes do iques élevées en Grèce dans le plus beau siècle de son architecture, et des momimeiits égyptiens d'une très-haute antiquité nous montrent encore en place le type parfait de cette même colonne (lori(|ue des Grecs. Des constructions de plus de qua'.re cenis pieds de longueur, sur plus de quarante pieds de hauteur, ne présentent [las le plus petit dérangement dans les nombreuses assises de pierres qui les composent; l'œil ne voit sur ces vastes surfaces que des lignes parfaitement droites et des p'ans parlaitement dressés; les monuments grecs et romains sont tous ruinés, et les monuments de l'Europe ne résistent p':int à quel ;ues siècles.
J\i les uns ni les autres ne peuv?rit être comparés à un temjile egvj;-|f;a sous le rapport des ornements et ue letir savante distriliution : leui profusion n'est reniarquable qu'eu Éuyjtte, et le mur de circon^ al ation d'un seul de ses temples est décoré de cinquante mille pieds carrés de sculptures religieuses ou symboliques.
Nulle part non plus la mécanique n'a produit de si grands résultats : tocs las ouvrages des Ég\ ptiens prouvent cette vérité : elle esi encore mieux démontrée par les obéiisqi^s de cent pieds de hauteur, par les statues de cini[uaritecinq et de soixante pieds de proportion; et chacune lie ces merveilles d'un art rarement aussi (uiissant, est d'im seul morceau de granit transporté de Syène à Thcbes, que séparent plus de 40 lieues, et jusqu'à Alexandrie.
On peut don^', sans s'exposer à des contradictions fondées, et d'après les faits qui viennent d'ctie soium.iiremeiit exposés, considcrer l'Egypte dans sa splendeur civile, agricole et industrielle, conune le type antique de la civilrsption créée, agrandie et perfect'onnée par L. cuiuire de l'iiitelliiAeiice, l'amour de i'ordre, le respect des d^ux, la sagesse des institutions poiili pies, la puissance des iois, des arts, des sciences et de toutes les connaissances qui honorent l'esprit humain. Ce qui
L'UiMVERS.
nous reste à dire de l'une des principales sources de sa prospérité, de son commerce, rendra également témoignage en sa faveur.
Pour connaître le plus exactement qu'il est possible de le faire, après tant de siècles et de révolutions, l'état du commerce en Kgypte, on ne peut se dispenser de reclierclier ce qu'il était dans les contrées limifroplies doiit la civilisation, égale à celle de l'Egypte, ne saurait être mise en cloute. Ainsi , les |)rodiiits de l'Inde sont désignés dès les premières pages de l'histoire écrite comme objets de jouissance et de luxe chez les peuples dont elle indique l'avancement ,'ocial; les tissus de laine ou de soie, et les pelleteries provenant de la Chine ou de l'Asie supérieure, les aromates et l'encens, produits de l'Arabie, sont aussi mentionnés dès la plus ancienne époque des annales indiennes. Dans le vaste empire d'Assvrie, les parfums, l'ivoire, les b ;is précieux , les perles, les diamants, les épices et les étoffes de l'Inde, ses tapis et les plus beaux ouvrages de ses riches manufactures, ornent les palais de Sémiramis et de la somptueuse Jîabylone. IJe vastes espaces séparaient CCS populations; mais des jalons commerciiuu rapprochaient les distances: des entrepôts iiivitaient à les parcourir, et la Bible nous dit que Joseph fut vendu à des Ismacbtes
3ui venaient de Galaad, sur les bords u .Jourdain, et transportaient en Ègypte, sur leurs ch.nneaux, du parfuih, de la résine et de la myrriie.
Ainsi, l'Inde, 1 Assyrie et l'Arabie, s'enrichissaient par l'agriculture, l'industrie et le connnerce; l'Rgypte, non moins féconde en |)roduits varies, non moins industrieuse, non moins empressée d'echaniier ses ])ro(lM(;tions naturelles contre celles (pii étaient étrangères à son sol, ne dut pas rester spectatrii'e inerte de tant d'avantages.
L'Ethiopie et Aleroe n'étaient ni moins avancés ni moins avides d.s avantages que la civilisation retire du commerce, et bientôt l'Etliiopie et l'Egypte se lièrent par des relations qui durent s'elciidre sur les côtes et sur
les terres intérieures de l'Afrique. La
guerre et la conquête facilitèrent cette extension en révélant les meilleures routes; l'Égypte fournissait du blé à tous les j)cuples .ses voisins qui en manquaiefil, et qui durent rechercher avec soin un moyen d'échanger avec l'Egypte leurs propres pioduits, des métaux divers, les aromates surtout, dont il se faisait en Egypte une si grande consommation poiir le service des dieux, pour l'usage des vivants, et pour les honneurs à rendre aux morts.
La pratique de la n er, quelque bornée qu'on la suppose , dut bientôt seconder tontes « es entreprises ; Jes distances n'étaient pas considérables, et le désert était .sans danger, au moyen des entrepôts et des conqrtoirs où les caravanes trouvaient toujours siîrfté et assi.stanee ; et si le commerce de mer est inséparable de la piraterie , sur terre la probité qui résulte de l'intérêt ini tuel protégeait les transactions , el peut-être qu'alors , c( mn;e au temps de l'historien arabe .MaKrisi, on trouvait souvent déposées sur la route du golfe .Arabique en Égy()te, des cargaisonsentières d épices, qui y restaient intai tes jusqu'à ce que les possesseiirs vinssent les retirer. Il est vrai que l'Égypte et la partie de l'Afrique située dans son voisinage, manquent de bois propres à la construction des vaisseaux de mer; mais les fonts de la Syrie devaient y pourvoir, et l'Egypte ne man:jua j: niais de moyens d'échanixe pour se procurer ciiez les peuples limitrophes les matières qui lui étaient utiles; Tyr et S don n'avaient pu garder à leur seul usage l'art et les moyens de construire des embarcations, et la Méditerranée, la mer Rouge et le Ml furent sans nul doute freciuentes par la marine cgv|*tienne à des époques contemporaines ou haut degré de prosper te du connnerce et de l'industrie de l'Assyrie et de l'Inde.
Jv'etat des constructions navales égyptiennes ne se révèle pas comme tres-perfeciionné dans les bas-reliefs dont des combats sur mer sont le sujet (voyez 4;»); mais si les rapports de i■hi^tGire ne permettent pas de
EGYPTE
douter que hs Egyptiens furent réelleineut navigateurs, parcoururent la mer Rouge, et eurent des relations suivies avec les peuples des côtes méridionales de l'Afrique, et avec les Indes orientales; que Sésostris avait fait construire une flotte de 400 voiles avec laquelle il subjugua toutes les provinces maritiiiies et toutes les îles de cette mer Erythrée, jusquieux Indes; que ce fut alors pour la première fois que de grands vaisseaux parurent sur cette mer; que ces expéditions maritimes ne se réduisirent pas a de simples incursions; quMles n'avaient pas pour objet des conquêtes, mais des établissements durables; que les tributs imposés aux peuples de l'Afrique méridionale, de l'Inde et de l'Arabie, font supposer que ces relations étaient entretenues avec vigilance ; que les peuples du midi de l'Afrique fournissaient a l'Kgypte l'or, l'ebene , l'ivoire, les dents d'éléphant , des dents et des peaux d'hippopotame, ainsi que des animaux rares et curieux; l'Arabie, l'or, l'argent, le fer, le cuivre, la myrrhe et l'encens , ''i^.iae , des |)ierres précieuses di'.'or es matières iniiiéra es , et des riches éfoftes, enfui, que le roi Kécos fit entre|)rcn(lre un voyage autour du monde , et qu'après trois ans de na\igation, ses vaisseaux, partis de la mer Rouge, entrèrent dans l'Océan , suivant toujours les cotes qui étaient sur leur droite, et que tournant la Libye, ils viment surgir dans les ports de la Méditerranée : si tous ces détails sont fidèlement exposés par l'histoire, il faudra accorder à l'art nautique en Égy|;te un peu plus de perfectionnement, un peu plus de puissance qu'on ne lui en attribue d'ordinaire; et c'est un fait assez concluant dans la discussion présente , que celui qui a été recueilli par Champollion le jeune dans le musée de Turin, où , mettant en ordre un grand nombre de paj/Vrus royaux, c'est-à-diie, portant des dates tirées des règnes des anciens rois, il a vu sur un de ces manuscrits, qui est du temps de Sésostris, et sur une grande page sans écriture, le dessin di'un grand vaisseau armé de gran-
des voiles , ayant tous ses agrès et des mousses qui manœuvrent sur les mâts.
1 es colonies égyptiennes qui se rendirent en Grèce , avant et après les temps de Sésostris , ne purent y être transportées que par de grandes embarcations propres à tenir la mer avec quelque sdreté.
Du reste , la position géographique de l'Égypte et la variété de^ ses j)roduits n'en l'aisaient-ils pas l'un des pays les plus commerçants du globe, et ce commerce ne fut-il pas pour elle l'un des plus ardents besoins de la civilisation? Sans lui, qu'aurait servi son abondance extraordinaire en grains, et comment serait-elle parvenue a donner à toutes ses institutions, à ses établissements nationaux , cet aspect de grandeur et de rici.esse (|ui les caractérisait? Il lui fallait pour y par\enir une fort habile industrie, et un commerce non moins actif, non moins habile, au dedans et au dehors.
La soleiniité des panégyries, qui duraient plusieurs jours, ne put manquer de favoriser ces deux branches de prospérité; de grandes masses de popu.ciliou y étaient attirées de diverses provinces, et de pareilles réunions d'honunes ne pouvaient pas a\oir lieu sans qu'il se I ît des transactions commerciales. Il est vrai que les Egyptiens avaient un éloignement marqué pour les étrangers , et ils avaient cela de connnuu avec tous les peuples dont la croyance religieuse a réglé , j)ar de sévères prescriplicms, le régime diététique et alimentaire; mais cet éloigiiement n'excluant pas absolument les relations de toute nature, les caravanes du midi se rendirent à Thèbes, celles de la Syrie à Memphis, et les étrangers, comme aujourd'hui les négociants chrétiens chez les musulmans non moins intolérants que les vieux Égyptiens , devaient posséder dans ces villes des établissements plus ou moins isolés , où, connue les Kuropeens dans leui'S fondaukis de la Barbarie, ils pouvaient pratiquer leurs coutumes nationales, cuire, leur pain , enterrer leurs morts, et prier selon leur loi. Du reste, l'É-
L'UNIVERS
gypte, ouverte sur la IVléditcrranée au hoî'cl , deviiit se dé.Ier des arrivaf^es rnaritiiiu s, tant qu'elle ne se crut poiut par sa marine sur un pied respcclable (Jj défense. Nous avons déjà d t qu'clia se fit, au sud, des cataractes du IN il à Syene,uii rem. art puissant contre les descentes des F.tliiojjiens . (jui , ncaiimoins ré;issirent |)[usicurs fois a troubler et à occu;)"r Tlv^v- te.
Thèbes, cajjitaie religieuçe et politique de ri'^^iypfe, était doijc, au^^si sa ville connu rciaie la plus ric'ie et la plus fré'|iicntée ; elle était ini point a-ntral entre la Méditerranée, la mer Rouge (•t l'Ktliiopie, et, parcettc^ position, Tentrep.jt nécessaire de ti)us les arrivages de ces di. erses contrées. C'est dans cette cité toute royale, le ceiiîrc du commerce de l'Orient, <|;ie to;;tc espèce de richesses, dit Womerf, se trouvaient entassées , et les earavaîies (jui s'y rendaient la mettaient en r; latipn tout à la fois a\ec les contrées voisiiies du Mger et avec la puissante Cartilage.
Hérodote donne des détails circonstanciés sur la route commerciale de Tiièbes à Cartiiage, et l'antiquité des échanges commerciaux porte a croire à l'anticjuité de celle grande voie africaine. De la capitale de TÉgypte, elle se dirigeait au nord-ouest, \ e;s l'Oasis d'Aminon et vers la grande Syrte par Augéla, d'où unn autre roîite conduisait, par le sud-ouest, dans le pays des Garamantes; c'est par la que les caravanes, parties de ïhèhes, pouvaient rencontrer celles des iNasamouns et des l.otcpliages. Une antre ri.*.te, également indiquée i)ar lier dote, se dijigeait, de l'est à l'ouest, de Thei:es vers les colomies d'Hercule et le cap Soloès, et touchait ainsi à l'Océan; et, quelque ojiimon qu'on se fasse sur l'exacte direction de ces routes, ou ne pourra que reconnaître la réalité de cette grande communication entre la vieille Tnebes et la vieille (Cartiiage, la Carthag des Chananeens, qui fut couteniporuine du successeur de Moïse, et (|ui recevait ainsi, par l.i voie de terre, les produits de l'Inde, de l'Arabie, de l Ègypte et de l Afrii^ue inté-
rieure et méridionale; et ce grand nu uvement des peu. les fabricants ou commissiiJiiiiaires tirait de son objet et de ses bénélices une activité émiiieninieiit tavoi able a ix bonnes rencontres du liasiifd: aus.si d'ii bilf s critiques n'iiésiîcnt-il> pas aujourd'liui à atlirmer que les Kasamouns poussèrent jus()u'au fleuve Joliba ou iViger, secondes, cianme ils pouvaient l'être, par le service du chameau dans ces iiiém s contre, s.
Deux Kuires roules commerciales conduisaient de Tbebes en F.thiopie et à Meroé; l une était établie sur les rives mènips du ISil, ei l'autre au travers du désert de ISubie. Les voies dirigé.es\ers le goheArabi .ue n'étaient pas moins fréquente s; il y en avait une qui partait d'F.dfou; une l utre de Thebes, se dirig'ant sur Cosseir; et, des qiie les Pharaons eurent des vaisseau v dans la mer lloiigc, les conununications les p us courtes durent s'établir entre les côtes de cette mer et la ville d ■ Thèbes.
D'un autre côté, Slempl.is et la basse Egypte conununiqucrent faciiem:'nt avec toute la côte de la Aîéditerrauée, et !e canal des deux mers les liait avec la mer Rouge.
\ ne route tres-ccnnue, surtout depuis ÏMemphis, conduisait en l'henicie, cù d'autres roules s'ouvraient vers l'Arménie et le Caucase, vers Rabylone l)ar Paimyre et Tiiapsaqiie sur i'Euphrate ; et , de I>abylcne et de Suze , on conmiuni(|uait avec l'Inde, qui était en rapport avec la liactriane, laquelle touchait a son tour à d au'res peuples conunert ants: c'est par eux que se faisai uit l 's échanges entre l Oricnt et le midi de l' Asie, d on les routes se re- |)!i.iient sur i'I'j^ypte par la Syrie et la Phcn cie; et l Egyjjte ne dut point entrer sans quelques avantages, ni sans eiendre ses 'onnaissances industrielles et géogr phiqiies, dans cette grande communauté d'intérêts connnerciaux.
iNoiis considér 'US ici les temps de la grande spl ndeur de l'^gy^te. Durant ce long [lériode, et t;un que siibsistèren* san.^ mélaijge et sans rc àcliement ses iusiitutiuus uatiooaies et mèuic ses
KGYPTK.
préjugés, il ne s'opéra pas dt' anuuls cliaiii;emi'ti'..s (îiins ses routMiies (■(>iiinipr.'iaies; mais l'invasion des Éîliiopirns leur poj ta le prciiiior coup, et la défudence l'ut maint", s>e lors .ue Am:isis, usurpateur et iiuerriei , eilt ouvert i'I'.gypte aux élranij . rs. Ils y t"t;rii.èreiit de vastes éta; liss! inetits, des espèces de lolonies, j)rotégees par leurs propres dieux et l.'urs propres lois. Les avaiit:ig: sd I coniineri ed eiitrep il tonibèrent des lors eu par. âge e.itre les Égyptiens et ies étrani;ers, à la laveur des lionvehes lois, et cette revo.ution fut couipiète |iar r.nvjsio/i d s Prrses. L'iviiypte y perdit son carai'tère national, et Alt liv rée a .'a. tive inlluenre de la caste des interprètes, cpnipo-ée des courtiersd.i coiiinierccdes Irafiijii ints de, tous les pa\ s, parlant alors, connne aujo ird'luii , toutes les ian^iues, et introduisant à la lois diuis l'Égypte les niarciiandises et, les idies iniporlées de l'étranger. L'K:jyp'e éiait à ia fois égyptienne, grecque et asiatique; t.ute unHé s'y trouvait iboiif, l.s ironpes étaient recrutées parmi ies mer enaires, le trône était gardé par des aiixiliaires européens, et des guéries continuelles scnd) aient tire ie résultat nécessaire de ieur concours so! le. Les étraiiiiers ctaient des lors les maîtres en Lgypte; aussi, q-iand les I erses acCv urciit pour l'oci uper, une seule bâtai le et ie siège de V.empliis, pendant dix jours, sullirent pour leur livrer l'enipire des Pharaons. Tout fut sédition et guerre infsiine durnnt la donrnation d s Perses; la reiigicn animait i outre eux ce (|ui ri-stait dans les cœurs encore de l'antique iiatriotisme, etde cruelles represailiesancantissaient peu à peu l'an i(;iine caste sac^r.lolale. Alexandre chassa les Perses, laissa respirer l'Lgypte, et, en fondaiit Alexandrie, ouvrit au con)n.erce du monde des routes iiiiuvelles, sans (p:e i'Égypte cessât d'en être le p. us riche < nîr< put.
L'Ivivpte avait ai'.isi ('oncjuis par son propre gecie tous 1- « avantages qu'assurent à la civilisation une agriculture perfectionnée, une industrie éclairée [lar les conseils de la scienc^, et uu commerce immense , protégé par la
bonne foi puliiiqueet la prévoyance des reir!e;nents. Les lois a\ai.-n't lirolîibé l'usure, et réiiie ies bases des jilns iinpor antes transaclions. L'fcgvjitc était, pour l'univers d'alors, le^'ccntre nécessaire des op^ rations connnerciales, à litre de gi ind entrepôt; cil:' en réali- .saii sans riscjue ii s j,r: iiners bénelices, et CCS bénelices furent dans ce pays, où le génie jiatient de la nation et la s;igesse des lois étaient déjà des germes si iccoiuls de prospérité, le véhicule actif d'une civil. sation qiii se niaiiiîesta par la puissance des arts, les prodigalités d'un luxe r.cherclié, et par la jouissance commune des avantages les pi'is désirables pour les nations policées.
La guerre fut aussi quelquefois l'auxili.iire du com iier -e; ils avaient l'un et l'autre ouvert à l' Egypte , et au monde de S'.:n ép que, res routes diverses et loinl^aincs que sillonnaient en sens Ojiposes toute s les productions de l'ancien mondn, et qui .souvent étaient le fruit de la victoire. On les reconnaît dans ies listns des tributs, li.stes dressées en vue (je la gloire du triomphateur, et aussi des intérêts nationaux alîe.itifs à l'examen de ceux de ces produits qui étaient particuliers aux contrées soumises, et dont l'importation pouvait êire pour i'Lgypte une coii.iuéte agricole on industr'elle.
Avec Ics animaux extraordinains ou les animanx utiles , on transj) ortait aussi les plantes et les arbres qui devaient l'être, et ces guerres prenaient ainsi l'aspect et avaient l'effet réel d'une concpiéle de la civilisation sur la barbarie.
Tel était l'ordre d'idées sociales auquel l'Kgyi.te s'était clevee des le dix-hii tième siècle avant l'crc chré- (iei.ne, et il nous en reste d'uiiiinra- Lk's et d'imposants tcmoignai;es, notamment (ians un des .tomi^-aux de Gourii,!b, territoire de la viei:ieThebes.
Ce tonaieau est siuie à mi-côte de la montagne, di-rriereie Rhainesseion, et , comme tous les tombeaux de la même région , il est creusé dans le roc. Il se compos.î d'une grande salle en parallélogi anime , et d'uu long cor-
L'UNIVERS
ridor; les parois des deux pièces sont peintes et non [)as scui|)técs : ces perntures ont dépéri , mais il reste encore dans la première s.ille un talileau historique du premier ordre , et qui suffirait seul pour la gloire de rKgyple.
Un personnage est peine en grand à l'une desextréniiti's de cette première salle; c'est le détùnt, dont une inscription, aujourd'hui en tres-mauvais état, rappelait le nom, les titres et les services sous le rè^ne du Pharaon Thoiitiimosis m ou M(tTis,dont le nom se lit dans celte inscription , et se trouve souvent répète dans les antres légendes de ce tcmheau. Devant le personnage, une grande scène histoque se déroule sur cinq registres superposés , où près de cent personnes renipiissent des rôles divers.
En présence du dei'unt , sont deliont un ccrtuin nombre de scribes , dont cinq sont occupes à enregis er les laits représciités dans les cinq parties princiijales d'un vaste tableau. Dans la première, la plus éie\ee, les scribes enregistrent deux obélisques en granit rose, doux corbeilles d'anneaux d'or, deux corbeilles et deux monce;.ux de cornali.ies, une corbeille de grenats, une corOeille de s;ics de poudre d"or; ces objets préciHix ïont exposés de\ ant les scribes. Viennent ensuite quinze individus , de race nègre et de race barabra , qui ajoutent a ces premières richesses d'autres corbeilles de cornalines , des chapelets de corail ou de grains de cornaiine arrondis, des peaux de panthère, des dents d"elej)hant, des pièces de bois d'ebène ; qui amènent vivants des cynocéphales, une antilope à cornes recourbées, et une pantiiere; qui apportent des oeufs et des plumes d'autruche, et dans une couiïe soigneusement suspendue par des cordes a une barre de bois portée par deux hommes, tin arbre avec ses racines envelopp;'es de terre , et to;it garni de ^^es ieuiiles. C'est ici l'introduction en Egypte, sous le règne de xMuris, d'un arltre exolique, uuonnu sans doute ju.sque-la sur ies rives du ^il.
Dans la seconde partie ou second registre de ce tableau , ies scribes eii-
registrent deux corbeilles remplies de lingots d'argent, une autre remplie d'une matière bleu de ciel (peut-être de l'indigo) , une corbeille d'aimeaux d'argent, et une série de vases d'argent ou d'or, émaillés ou en émail pur, des formes les plus riches et ies plus variées (voyez "notre Gl). Vient ensuite une file d'étrangers , au nonabre de seize , de couleur basanée , sans barbe et à longs dieveux , les reins couverts d une large ceinture de tissu , ornée de dessins tres-variés , et portant des brodequins non moins élégants et non moins diversifies; ils apportent en offrande on en tribut des vases riihes et variés connne ceux qui se 'Tient auprès des scribes, et de plus des colliers en grains de couleur, et une dei;t d'éléphant.
Au trc;!sieme rciiistre, les scribes inscrivent de no.;\eau des plumes d'auirucne, des masses d éijène, un cynocéphale privé , des corbeilles d'anneaux et de lingots d'or, d'e sacs de poudre d'or, di s dents d'éléphant, des peaux de panthère , et une corbeille de glolK;h's de couleur rouge foncé ; tr< ize étrangers, de deux races dilferentes, mais toutes deux de l'.AIrique, dv^s degrés et des Barabras, alternés, et couverts (lour la plupart d'uiie simple pagne, qui est un morceau de peau d'animal avec son poil , apportent a la suite les uns des antres , des corbeilles remplies d'anneaux , de lingots ou de poudre de métaux précieux .
de plumes et d'aufs d'autruche; des massues et des pièces de bois d'ébèue . des dents d'éléphant et des peaux dt panthère et d'autres animaux : ils aniènent des singes et des animaux de tout âge et d'espèces différentes; une panlliere , une girafe conduite par des hommes qui la gouvernent au moyen de deux cordes nouées à ses deux pieds antc rieurs , et un jeune singe grimpe sur le long cou du grand quadrupède. Enîin un troupeau de bcetns, elune meute de chiens de chasse ayaiit chacun mi collier, terminent ce tableau.
Au quatrième registre est une série nouvelle. On voit encore devant ies
ÉGYPTE
scribes , un grand nombre de personnages offrant des vases en métaux précieux ; ces métaux aussi sous diverses formes, et de plus, des masses de cuivre ajoutées aux lingots d'or et d'argent: mais c'est une race nouvelle d'hommes, qui n'est plus des climats de l'Afrique; elle est blanche, vêtue de longues robes blanches, dont les bords sont ornés d'un liséré de couleur, et les manches étroites; un tarbouch ou bonnet blanc retient étroitement leurs cheveux, et leur barbe est longue et pointue. Ils apportent aussi (levant les scribes , entre autres productions, des dents d'éléphant, des arcs, des carquois , des flèches , des massues, et des bottes de joncs de longueurs différentes. Ils mènent avec eux un char de guerre richement orné, des chevaux de belle race; enfin, un ours et un éléphant.
La cinquième scène est entièrement occqpée par une file de personnages étrangers, conduits isolément ou en groupes par des soldats égyptiens, et l'on doit y reconnaître des prisonniers de diverses nations, comme l'indiquent la diversité de la couleur des individus, qui sont basanés ou blancs , et la diversité des costumes. Après ces grou-
Ees de soldats on voit plusieurs femmes asanées, emmenées avec leurs petits enfants qu'elles portent sur leur dos , assis dans une couffe attachée à leurs épaules et à leur tête , ou qu'elles conduisent par la main. Des jeunes filles de la même couleur marchent après les femmes; viennent ensuite deux groupes d'hommes de race blanche, couverts d'une longue tunique blanche, et après eux des enfants encore conduits ou portés par des femmes vêtues d'amples tuniques à longues manches et à triple rang de falbala (voy. p/. 61 et 62).
Deux scènes agricoles occupaient dans la même salle la partie de la paroi correspondante à celle qui porte le riche tableau dont nous venons de retracer une esquisse. Tout ce qui s'y voit nous révèle donc une étude trèsvariée des productions de la nature, et un avancement remarquable dans celles de l'industrie de l'homme, qui était
14'" Livraison. (Egypte.)
déjà capable de satisfaire , par la pratique perfectionnée de tous les arts , a toutes les exigences d'unecivilisationet d'une condition sociale très-analogues à celles de nos temps modernes; affectant le même gout pour les mêmes jouissances , et les satisfaisant par des moyens semblables, les métaux précieux, les animaux rares ou utiles, la pompe des cérémonies publiques, les plaisirs nobles par leurs moyens et par leur objet, et par l'effet de cette conviction plus noble encore, qui élève les prodiges des arts , dans l'estime générale, au-dessus de toutes les productions de la nature.
Telle était l'Égypte au XVIir siècle avant l'ère chrétienne. Des rapports si singuliers avec notre Europe, et dans ce qui dépend le plus de la volonté et des inclinations naturelles de l'homme , sont un fait historique d'une haute va leur. Pendant trente-six siècles, sur les bords du Nil, de l'Ilissus, du Tibre et de la Seine, qui se sont réciproquement étrangers, les lois générales, les principes des mœurs, comme les besoins du luxe, qu'engendre une civilisation perfectionnée , se sont manifestés par des signes semblables. Serait-ce donc là l'inévitable destinée d'une portion de l'espèce humaine et les bornes de sa perfectibilité intellectuel^ ?
Pour résumer, à l'égard de l'Egypte , en un tableau succinct, éloquent et fidèle , rénumération déjà détaillée des causes de tant de durables prospérités, qu'il nous soit permis d'emprunter les paroles remarquables de l'un des hommes éminents dans la science, qui étudièrent le plus l'Égypte, de l'illustre Fourier, qui a retracé en ces termes l'état général et les époques principales de la civilisation égyptienne :
« La haute antiquité des arts à Thèbes et à Memphis, dit-il, est attestée par le livre des Hébreux. Ces peuples arabes, dont les ancêtres avaient fait un long séjour en Egypte , conservèrent aussi avec beaucoup de soin l'histoire de leur origine, et nous avons aujourd'hui plusieurs copies de leurs annales sacrées qui étaient déposées dans les temples. La seule diversité des textes
L'UNIVERS
suffirait pour rendre incertaine la chronologie des temps qui précédèrent les voyages des Hébreux en Égypte ; mais les époques subséquentes sont mieux connues, et il n'y a aucun doute que l'on ne puisse déduire de leurs annales une partie importante de l'histoire de l'Egypte. Par exemple, elles nous font connaître quel était l'état de la société civile et des arts, lorsque les premiers Hébreux arrivèrent à Memphis , et surtout lorsqu'ils entreprirent de s'établir en Palestine; elles nous apprennent que, plus de vingt siècles avant l'ère chrétienne, l'Égypte était soumise à un gouvernement fixe gui subsistait depuis longtemps , et était fondé sur le respect des mœurs et sur les principes d'une monarchie régulière. Il est évident que les Hébreux sortant de ce pays durent conserver plusieurs des arts qui étaient d'un usage général.
Quoique leur condition les séparât et leur donnât des mœurs fort différentes , un grand nombre d'entre eux participaient aux connaissances communes; c'est ce que l'on voit clairement dans rénumération des arts et des préceptes qu'exigèrent la construction du tabernacle et l'établissement de la loi hébraïque. Il est très-important de comparer, sous ce point de vue, les arts que les Juifs connaissaient alors , avec ceux dont il subsiste encore tant de vestiges sur les bords du Nil. On retrouve en effet dans les descriptions de l'Exode les éléments de l'architecture égyptienne, l'ordonnance du plan, les proportions numériques des parties, l'emploi des colonnes avec leurs bases et leurs chapiteaux , et les principes de la décoration des édiflces. On y remarque aussi l'usage de divers métaux, l'art des tissus et des broderies en or, celui de teindre les peaux et les étoffes de couleurs vives et variées; enfin, l'art de polir et de graver les pierres précieuses, art qui en suppose plusieurs autres , et qui était perfectionné en Égypte et en Asie longtemps avant que Cécroçs eût paru dans l'Attique.
« Les mêmes conséquences sont confirmées par l'étude des monuments; elle nous montre que les arts dont on
vient de parler florissaient dans la première capitale de l'Égypte; on les trouve sur toutes les parties des temples, dans les habitations des rois, dans leurs sépultures et dans celles des particuliers. 11 est manifeste que la nation possédait alors des connaissances fort étendues , et qu'elle s'appliquait depuis plusieurs siècles aux grands ouvrages d'architecture et de sculpture.
Ainsi l'époque intermédiaire que nous avons déduite des monuments astronomiques (2500 ans avant J. C.) s'accorde avec les antiquités de Thèbes et les annales des Hébreux.
« Non-seulement elle est une conséquence nécessaire de la perfection des arts physiques, mais elle résulte aussi de l'état général de la civilisation , et des progrès que les Égyptiens avaient faits dans la science du gouvernement; enfin , elle dérive des chroniques égyptiennes, de Topinion de la Grèce et de tout le corps de l'histoire des anciens peuples. Les Égyptiens possédaient les principes des lois et des mœurs, les éléments des sciences et ceux de tous les arts, c'est-à-dire tout ce que les connaissances humaines ont de plus important et de plus difficile à découvrir. Les notions fondamentales, fruit du temps et du génie , peuvent être mal appréciées depuis qu'un long usage les a rendues familières : la plupart des hommes réservent leur admiration pour les découvertes récentes.
,« En général , tous les ouvrages de l'Égypte ont un caractère commun; ils annoncent le même principe et le même génie. Les bas-relieis dont les surfaces des édifices sont couvertes représentent des offrandes et des cérémonies graves et pompeuses, où les magistrats et le peuple qui les suit font hommage aux dieux des fruits de la terre et des productions dues au travail de l'homme, à son industrie, aux beaux-arts et au commerce. Les sculptures rappellent les combats, les siéses et les victoires: elles font connaître l'espèce des armes , les chars et les instruments de guerre: elles montrent la puissance du monarque, l'infortune aes captifs, les marches triomphales et les honneurs su-
EGYPTE
prémes réservés aux venceurs de la patrie. Les scènes innombrables que l'on V observe se rapportent aux usages publics, aux sciences, aux coutumes funéraires, aux jugements prononcés par les bomnies ou par les dieux ; enfin , à tous les arts pbysiques et à tous les Héments qui constituaient alors la société.
« On voit aussi combien il est important d'acquérir une connaissance exacte de l'époque où quelques-uns de ces grands édifices ont été construits ; rien ne pourrait contribuer davantage à rendre la description des monuments plus intéressante et plus utile : ils forment en quelque sorte une scène immense que l'on doit réunir à tous les témoignages de l'histoire. Cette comparaison résout, sans aucun doute, plusieurs questions qui s'étaient élevées sur l'origine de nos connaissances ; appliquée à l'histoire civile de l'Egypte, elle fournit des résultats incontestables et sert à distinguer les faits les plus anciens de ceux qui appartiennent aux derniers âges de la monarchie.
« C'est d'après ces principes que nous avons entrepris ae représenter fidèlement, mais dans un taiôleau peu étendu, l'ancien état de l'Égypte, les traits les plus remarquables de ses institutions, et les principes fondamentaux de ses mœurs, de son gouvernement, de sa religion et de ses arts.
« L'étude de l'Égypte doit agrandir le champ de l'histoire, elle reporte la
f»ensée sur l'antique civilisation de 'Asie, qui a précédé les temps faCuleux de la Grèce, et nous présente la société politique sous des formes qui diffèrent à plusieurs égards de celles que les nations modernes ont adoptées.
Aucun objet n'est plus digne de notre attention que cette ancienne philosophie des Égyptiens ; car ce peuple , dont l'Europe à reçu la plupart de ses institutions, possédait les connaissances morales qui servent de fondement à une police sage et régulière; il exerçait son mdustrie sur toutes les substances naturelles; il a inventé, perfectionné et conservé tous les arts physiques; il
a rendu son territoire plus salubre, plus fécond et même plus étendu, et en a développé les avantages avec un art admirable. L'Égypte a donné à son architecture un caractère sublime, et enseigné aux Grecs les procédés sans lesquels la sculpture et la peinture n'auraient pu faire aucun progrès; elle consacrait à ses dieux la poésie et la musique, et toutes les nations lui doivent, selon le témoignage de Platon, l'écriture alphabétique et les vérités fondamentales de la géométrie et de l'astronomie. »
Sur nos planches sont figurés, en signes non équivoques, quelques-uns des traits les plus saillants de ce véridique tableau ; et l'on devra principalement consulter, en ce qui regarde l'architecture, pour les façades des temples, les pl. 5, 14, 41 et .52; pour les intérieurs, les pl. 6, 17, 27, 42 et 56; les plans, les pl. 7 et 60; les détails, la pl. 9; les palais, les pl. 23 et 55; les maisons et jardins, les p/. 53 et 54; l'agriculture, les pl. 31 et 38; la pêche et la chasse, les pl. 37, 43 et 58; l'économie domestique et le commerce, les pl. 38 et 44; costumes, musique et amusements, les pl. 24, 25 , 32 et 59 ; les meubles utiles et d'ornement, les pl. 23, 44 et 57 ; arts et métiers, les pl. 32,47, 45 et 46; litières , voitures et palanquins, pl. 63 ; caricatures politiques, la p/. 34; armes, la pl. 51; combats sur terre et sur mer, les pl. 16, 49 et 50; pompes triomphales, les pl. 13 et 26.
On trouvera dans une des sections suivantes les notions relatives au calendrier, à la monnaie, aux poids et aux mesures, autres institutions du premier ordre dans l'état politique d'une nation civilisée et qui ne manquèrent point à l'Égypte.
La parole et l'écriture furent pour elle les principaux agents de son développement; nous ne pouvons omettre ici quelques notions précises, quoique abrégées, sur la langue et sur V écriture des anciens Égyptiens.