S XIX. RELIGION
En écrivant ces premières lignes sur une des plus importantes institutions de l'antique Egypte, nous nous rappelons, sans le vouloir, ces paroles tirées d'un des anciens livres philosophiques égypgtiens, attribués à Hermès : « 0 Egypte, Egypte, y est-il dit, « un temjis viendra où, au lieu d'une " religion pure et d'un culte pur, tu « n'auras plus que des fables ridicules, « incroyables à la postérité, et qu'il ne " te restera plus que des mots gravés " sur la pierre , seuls monuments qui •■ attesteront ta piété. "
Le temps et les malheurs qui frappèrent l'Egypte réalisèrent aussi cette fatale prophétie, et les peuples lettrés que rÉgypte éduqua, se chargèrent a l'envi de lui prêter les plus ridicules croyances, les plus monstrueuses pratiques.
» Selon quelques écrivains grecs ou romains , l'adoration des animaux et de certaines productions de la terre était un des préceptes de la religion égyp-
tienne. Les premiers voyageurs grecs, témoins des cérémonies du culte, n'en comprirent pas l'expression emblématique, et n'en virent que la partie matérielle. D'après le rapport de quelques-unes de ces mêmes cérémonies avec les phénomènes célestes, ils jugèrent que cette religion était toute astronomique, et cherchèrent à interpréter par ce moyen tous les mythes sacrés, même les plus opposés dans leurs sources et dans leur motif réel ; des suppositions astronomiques, il n'y avait qu'un pas aux rêveries astrologiques, et on ne se fit faute d'en doter la sagesse égyptienne. Les monuments publics de l'Égypte démentaient hautement toutes ces suppositions, mais les voyageurs étrangers en ignoraient le langage et l'interprétation; les suppositions les moins fondées, les moins raisonnables s'accréditèrent ainsi, repétées par quelques écrivains de l'antiquité, et ceux des temps modernes ont encore ajouté à toutes ces erreurs par des supjiositions nou\elles, non moins hasardées que celles dont ils se faisaient les bénévoles plagiaires.
C'est sur de si incertains témoignages que les anciens philosophes égyptiens, instituteurs d'une des plus illustres nations qui aient jamais existé, ont été déclarés ignorants de la divinité, enfoncés dans les ténèbres du polythéisme, n'adorant que des agents matériels, en un mot, aveugles , impies, et athées pour tout dire.
Quelques philosophes cependant, plus disposés à bien voir , animés de quelque impartialité, et plus capables de sérieuses études , approchèrent peu à peu de la vérité, et furent ainsi récompensés de la fatigue de leurs veilles. Porphyre osa afijrmer que les Égyptiens ne connaissaient autrefois qu'un seul dieu ; Hérodote avait dit aussi que les Thébains avaient l'idée d'un dieu unique qui n'avait pas eu de commencement, et qui était immortel; lamblique, très-curieux scrutateur de la philosophie des anciens siècles, savait, d'après les Égyptiens eux-mêmes , qu'ils adoraient un dieu maître et créateur de l'univers , supc-
ÉGYPTE
rieur à tous les éléments , par lui-même immatériel, incorporel, incréé, indivisible, invisible, et tout par lui-même et en lui-même, et qui, comprenant tout en hii, communiquait à tout; et la doctrine symbolique, ajoute le philosophe que nous citons , nous enseigne que par le grand nombre des divinités elle ne montra qu'un seul dieu, et, par •a variété des pouvoirs émanés de lui, r'miité de son pouvoir. C'est ainsi que parlaient les philosophes égyptiens eux-mêmes, et qu'ils s'exprimaient dans leurs livres sacrés.
Un tel témoignage a une tout autre autorité que les plaisanteries des satiriques anciens ou modernes; et l'élude récente des ouvrages mêmes des Égyptiens, les tableaux religieux qui couvrent leurs monuments, et les textes écrits qui en donnent l'interprétation , ont ratifié enfin l'opinion des personnes de bonne foi que n'offense pas l'antiquité de la raison humaine , et qui ne réservent pas orgueilleusement pour leur siècle et pour leurs amis, les révélations de l'esprit et les plus nobles inspirations de Tàme.
Quelques mots peuvent suffire pour donner une idée vraie et complète de la religion égyptienne : c'était un monothéisme pur, se manifestant extérieurement par un/Jo/y//ie'iAmes;/?n6o//(/((e, c'est-à-dire, un seul dieu dont toutes les qualités et les attributions étaient personnifiées en autant d'agents actifs ou divinités obéissantes.
Dans cette religion antique, comme dans toutes celles de l'ancien monde, on remarque trois points principaux , savoir : le dogme , ou la morale ; la hiérarchie, indiquant le rang et l'autorité des agents; enfin le culte, ou la forme de ces agents , et les cérémonies sacrées pratiquées en public ou dans le secret du sanctuaire.
Le premier point, à l'égard des Égyptiens , est clairement établi par les faits et l'opinion des hommes les plus distingués , et il est très-vrai que les Égyptiens s'étaient élevés, par leur pensée et la longue observation de la naterc, à l'idée de l'unité de Dieu , de l'immortalité de l'âme , et d'une autre
vie qui serait celle des peines ou des récompenses.
Le second point peut se résumer par ces paroles de Champollion le jeune, écrites en la contemplation des monuments mêmes qui avaient si vivement éclairé son esprit dans la recherche studieuse des traces de la philosophie égyptienne.
« C'est dans le temple de Kalabschi, en Nubie (qu'il visitait le 27 janvier 1829), que j'ai découvert une nouvelle génération de dieux , et qui complète le cercle des formes u'Amon, point de départ et point de réunion de toutes les essences divines. Amon- Ra, Yétre suprême et primordial, étant son propre père , est qualifié de mari de sa mère (la déesse Mouth), sa portion féminine renfermée en sa propre essence à la fois mâle et femelle, ApasvcOcX'j; : tous les autres dieux égyptiens ne sont que des formes de ces deux principes constituants , considérés sous différents rapports pris isolément. Ce ne sont que de pures abstractions du grand être. Ces formes secondaires, tertiaires, etc., établissent une chaîne non interrompue qui descend des cieux , et se matérialise jusqu'aux incarnations sur la terre, et sous forme humaine. La dernière de ces incarnations est celle d'Horus , et cet anneau extrême de la chaîne divine forme, sous le nom d'Horammon, l'n des dieux, dont Amon-Horus (le grand Amon, esprit actif et générateur) est l'A. Le point de départ de la mythologie égyptienne est une triade formée des trois parties d'Àmon-Ra , savoir : Amon (le mâle et le père), Rlouth (la femelle et la mère), et Rhons (le fils enfant). Cette triade s'étant manifestée sur la terre, se résout en Osiris, Isis et Horus. Mais la parité n'est pas complète , puisque Osiris et Isis sont frères. C'est à Kalabschi que j'ai enfin trouvé la triade finale , celle dont les trois membres se fondent exactement dans trois membres de la triade initiale : Ilorus y porte en effet le titre de mari de la mère ; et le fils qu'il a eu de sa mère , et qui se nonniie Maloidi ( le MandouU