‹ Égypte ancienceChapitre 23 sur 38 · lG · texte numérisé non relu

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L'IJiMVKRS.

dans les Proscvnénia crées ) , est le dieu principal de Kalabschi, et cinquante bas-reliefs nous donnent sa -généalogie. Ainsi la triade finale se formait d'Horus, de sa mère Isis et de leur fils Malouli , personnages qui rentrent exactement dans la triade initiale, Amon, sa mère Moût et leur (ils Klions. Aussi Malouli était-il adoré à Kalabschi sous uue forme pareille à celle de Khons , sous le même costume , et orné des mêmes insignes ; seulement , le jeune dieu porte ici de plus le titre de Seigneur de Talmis, c'est-à-dire de Kalabschi, que les géographes grecs appellent en effet Talmis, nom qui se retrouve d'ailleurs dans les inscriptions des temples. »

Ainsi l'ensemble du système de la hiérarchie religieuse égyptienne était composé d'une série de triades, diversifiées sans être isolées, s'enchauiant les unes aux autres par des alliances collatérales attentivement constituées, et chaque temple de lÉgypte était spécialement consacré à une de ces triades.

Chaque nome ou provfnce avait sa triade ; et celle qui était adorée dans le temple de la capitale d'un nome, était aussi l'objet du culte public dans tous les temples des autres lieux du même nome ; chaque nome ayant ainsi , on pourrait dire, un culte particulier voué à trois portions distinctes de l'être divin , lesquelles avaient leurs noms et leurs formes spéciales.

Quelquefois un grand édilice était consacré, divisé conventionneliement en deux portions, à deux triades en même temps ; ainsi le grand temple d'Ombos, dont les ruines ont encore un aspect très-imposant , était occupé par deux triades, et chacune d'elles résidait dans une moitié de l'édifice divisé longitudinalement. De ces deux triades, l'une est composée des divinités Sevek-Ra (la forme primordiale de Saturne , Kronos), à tête de crocodile, de Hathôr, la Vénus égyptienne, et de leur fils Kbons-Hôr ; l'autre comprend Aroëris , la déesse Tsonénoufré et leur Sils Pnevtho.

D'autres divinités étaient en laènie, temps adorées dans un même temple pour des motifs particuliers : c'étaient des divinités synthrônes auxquelles on adressait des prières et des offrandes après avoir fait ce qui était dû à la Triade.

Par une déférence toute politique, la divinité principale. d'un nome était adorée comme divinité synthrône dans le nome le plus voisin. Des règles fixes et conformes avaient établi ces préséances, et elles sont assez certaines pour aider l'arcl^ologue à reconnaître, aux tableaux religieux qui subsistent encore dans les ruines des édifices, quelles divinités y furent adorées eu première ou en deuxième hgne.

Ainsi, au petit temple de Thèbes situé derrière l'Aménophium, et dans un lieu solitaire dénué de toute végétation , les tableaux qui ornent le bandeau de la porte du propylon, représentent Ptolémée Soter ir faisant des offrandes, du côté droit, à la déesse Hathôr (Vénus) et à la grande triade de Thèbes, Amon Ra, iNlouth et Chons ; du côté gauche, à la déesse Thmé ou Thémeï (la vérité ou la justice, Thémis ) et à une triade formée du dieu hiéracocéphale Mandou, de son épouse Ritho et de leur fils Harphré. Ces trois divinités, celles qu'on adorait principalement à Hermonthis, occu|)ent la partie du bandeau dirigée vers cette capitale de nome.

Ces courts détails sufGsent, lorsqu'on est un peu familiarisé avec le système de décoration des monuments égyptiens, pour déterminer avec certitude, 1" à quelles divinités fut spécialement dédié le temple auquel ce propylon donne entrée ; 2* et quelles divinités y jouissent du rang de synthrônes; "et il devient ici de toute évidence qu'on adorait spécialement dans ce temple le principe de beauté confondu et identifié avec le principe de vérité, de justice, ou, en termes mythologiques , que cet édifice était consacré à la déesse Hathôr, identifiée avec la déesse Thméï. Ce sont, en effet, ces deux déesses qui reçoivent les premiers hommages de Soter H'; et coeudic Té-

ÉG YPTE.

dilîce faisait [larlie de ïlièbes et avoisinait le nome d'Herinonthis, on y offrait aussi , d'après une règle de saine politique, des sacrifices en Tlionneur de la triade tliébaine et de la triade liermontliite. La suite de la description de l'intérieur de ce temple n'est pas étrangère à notre sujet : elle nous montre en réalité des faits et des coutumes religieuses dont la description, plutôt qu'un exposé détaillé, peut être agréable au lecteur.

Les adorations pieuses figui'ées sur le propylon de ce temple sont répétées sur la porte du temple proprement dit, qui s'ouvre par un petit péristyle que soutiennent des colonnes à cbapiteaux ornés de (leurs de lotus et de houpes de papyrus combinées; les colonnes et les parois n'ont jamais été décorées de sculptures. Il n'en est point ainsi du pronaos, qui estformé de deux colonnes et de deux piliers ornés de têtes symboliques de la déesse Hatliôr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fdt des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme ïhmeï, ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou, Tmouth, et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hatliôr, adorée

[)ar le roi Ptolémée-Épipliane , sous e règne duquel a été faite la dédicace du monument, comme le prouve la grande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos , et dont voici la traduction qui n'est que la formule ordinairement adoptée pour les dédicaces des temples.

( Partie de droite. ) Première ligne.

«Le roi (dieu Épiphane que Phtali- Thoré a éprouvé , image vivante d'Amon-Ra), le chéri des dieux et des déesses mères, le bien-aimé d'Amon- Ra, a fait exécuter cet édifice en l'honneur d'Amon-Ra , etc. , pour être vivifié à toujours. »

( Partie de gauche. ) Première ligne.

« Le fils du soleil (Ptolémée toujours vivant, dieu aimé de Phtah), chéri des dieux et des déesses mères, bienaimé d'Hathôr, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de sa mère, la rectrice

de l'Occident , pour être vivifié à toujours. »

La reine Cléopàtre est aussi associée à cette dédicace , dans la suite de cette inscription.

Ces textes justifient entièrement ce que nous venons de dire, d'après les sculptures du propylon , relativement aux divinités honorées dans ce temple.

Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade formant le fond de ce même pronaos, appartiennent tous au règne d'Épipliane. Tous se rapportent aux déesses Hathôr et Thméï , ainsi qu'aux grandes divinités de Thèbes et d'Hermontis.

On a divisé le naos en trois salles contiguës ; ce sont trois véritables sanctuaires : celui du milieu, ou le principal, entièrement sculpté, contient des tableaux d'offrandes à tous les dieux adorés dans le temple, lef deux triades précitées, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï, qui paraissent dans presque toutes les dédicaces du sanctuaire, inscrites sur les frises de droite et de gauche au nom de ftoiémée-Philopator.

« L'Horus, soutien de l' Egypte, celui qui a embelli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des panégyries comme Phtah , le chef semblable au soleil, le germe des dieux fondateurs , l'éprouvé par Phtah , etc. ; le fils du soleil , Ptolémée toujours vivant, bien-aimé d'Isis, l'ami de son père (Philopator), a fait cette construction en l'honneur de sa mère Hathôr, la rectrice de l'Occident. »

C'est à la déesse Hathôr qu'appartenait plus spécialement le sanctuaire de droite; cette grande divinité y est représentée sous les formes variées, recevant les honunages des rois Philopator et Épiphane ; les dédicaces des frises sont faites au nom de ce dernier.

Le sanctuaire de gauche fut consacré à la déesse Thméï , la Dicè et l' Alétè des mythes égyptiens; aussi, tous les tableaux qui décorent cette chapelle , se rapportent-ils aux importantes fonctions que remplissait cette divinité

UllINIVER'S.

dans l'Ameiitlii , les régions occidentales ou l'enfer des Égyptiens.

Le grand et magnifique temple d'Edfou était consacré à une autre triade composée, 1» du dieu Har-Hat, la science et la lumière célestes persouniliées ; 2" de la déesse Hathôr ou Vénus; 3° de leur fils Harsont-Tho (l'Horus soutien du monde, qui est à peu près Êros ou Amour des mythes de la Grèce). Ces trois divinités sont figurées dans les tableaux sculptés a Ed fou, avec des qualifications , des titres et sous des formes qui jettent un grand jour sur plusieurs parties importantes du système théogonique égyptien. On

L voit aussi, représentés sur quatorze s-reliefs dans l'intérieur du pronaos, le dieu Har-Hat identifié avec le soleil, ainsi que son lever et son coucher comme cet astre, et ses formes symboliques à chacune des douze heures du jour ; et cet ensemble de représentations à la fois mythologiques et symboliques, doit être d'un grand secours pour la connaissance de la petite portion de lu religion égyptienne à laquelle il se mêlait quelques idées astronomiques.

Le grand temple d'Esnéh était dédié à Fune des plus grandes formes de la divinité , à Chnouphis , qualifié des titres NEV-EN-THO-SNÉ , seigneur du pays d'Esnéh, esprit créateur de Cunivers, principe vital des essences divines , soutien de tous les mondes, etc. A ce dieu sont associés la déesse Néith représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de Menhi, Tnébouaou, etc., et le jeune Hàké, représenté sous la forme d'un enfant; ce qui complète la triade adorée àEsnéh.

C'était à ces trois personnages q^u'étaient consacrées les principales têtes et panégyries célébrées annuellement à Esnéh.

Le temple de Dakkèh , l'ancienne Pselcis, en Nubie, prtjsenteun double intérêt sous le rapport mythologique ; il donne des matériaux infiniment précieux pour comprendre la nature et les attributions de l'être divin que les Égyptiens adoraient sous le nom de Thâtli (l'Hermès deux fois grand);

une série de bas-reliefs offre, en quelque sorte, toutes les transfif/uralious de ce dieu. On l'y trouve d'abord (ce qui devait être) en liaison avec Harilat [ le grand Hermès Trismégiste) , sa forme primordiale, et dont lui, Thôth , n'est que la dernière transformation, c'est-à-dire, son incarnation sur la terre à la suite A'Amon- J<a et de Mouth incarnés en Osiris et en Isis. ïhôth remonte jusqu'à V Hermès céleste (Har-Hat), la sagesse divine , l'esprit de dieu, en passant par les formes : AePahityioufi (celui dont le cœur est bon); 2° & Ârikosnofri ou yirikosnoufi (celui qui produit les chants harmonieux); 3° de .Veut (la pensée ou la raison) : sous chacun de ces noms Thôth a une forme et des insignes particuliers , et les images de ces diverses transformations du second Hermès couvrent les parois du temple de Dakkèh. On y voit aussi ce ïhôth (le Mercure égyptien) armé du caducée, c'est-à-dire, le sceptre ordinaire des dieux, entouré de deux serpents et d'un scorpion.

A Beit-Oually , les sculptures du spéos sont en grande partie religieuses. Ce monument était consacré au grand dieu Amon-Ra et à sa forme secondaire Chnouphis. Le premier de ces dieux déclare plusieurs fois, dans ses légendes, avoir donné toutes les mers et toutes les terres existantes à son fils chéri, « le Seigneur du monde (Soleil gardien de justice), Rhamsès (II*). »

Dans le sanctuaire, ce pharaon est représenté suçant le lait des déesses Anouké et Isis. « iVIoi qui suis ta mère, la dame d'Éléphantine , dit la première , je te reçois sur mes genoux , et te présente mon sein pour que tu y prennes ta nourriture, ô Rhamses! j « Et mo'f, ta mère Isis, dit l'autre déesse, moi, la dame de Nubie, je t'accorde les périodes des panégyries ( celles de trente ans) que tu suces avec mon lait et qui s'écouleront en une vie pure. i>

Nous avons déjà rappelé une liste des dons et des grâces accordés par plusieurs divinités à un roi qu'elles déclaraient prendre sous leur protectioi»

spéciale.

On trouve dans quelques temples des tableaux représentant des dieux secondaires venant adorer le grand être Anion-Ra, en compagnie même des rois. Ainsi au Rhamesseum de Thèbes , dans une pièce voisine de la salle hypostyle, et qui était dans la partie privée de ce palais, destinée à l'habitation de la race royale, on reconnaît le sanctuaire spécial du grand dieu de Thèbes.

Les bas-reliefs sculptés sur les parois, à la droite et à la gauche de la porte, représentent quatre grandes barques ou bari sacrées , portant un petit naos sur lequel un voile semble jeté, comme pour dérober à tous les regards le personnage qu'il renferme. Ces baj-i sont portées sur les épaules par vingt-quatre ou dix-huit prêtres, selon l'importance du maître de la bari. Les insignes qui décorent la proue et la poupe des deux

Eremières barques sont les têtes symoliques de la déesse Mouth et du dieu Chons, l'épouse et le fils d'Amon-Ra; enfin , la troisième et la quatrième portent les têtes d'un roi et d'une reine, coifféesdes marquesde leurdignité. Ces tableaux, comme l'apprennent les légendes hiéroglyphiques, représentent les deux divinités et le couple royal venant rendre hommage au pèî-e des dieux, ylmon-Ra, qui établit sa demeure dans le palais de Rhamsès le Grand. Les paroles que prononce chacun des visiteurs ne laissent d'ailleurs aucun doute à cet égard : « Je viens , < dit la déesse Mouth , rendre hommage " au roi des dieux, Amon-Ra, modé- " rateur de l'Égypte, afin qu'il accorde <' de longues années à son fils qui le " chérit, le roi Rhamsès. »

« Nous venons vers toi, dit le dieu " Chons, pour servir Ta Majesté, ô " Amon-Ra, roi des dieux! Accorde n une vie stable et pure à ton fils qui " t'aime, le Seigneur du monde. »

Le roi Rhamsès dit seulement : « Je « viens à mon père Amon-Ra , à la <• suite des dieux qu'il admet en sa pré- « sence à toujours. »

Mais la reine Nofré-Ari , surnommée ici Ahmosis (engendrée de la lune), exprime ses vœux plus |)Ositivement ; l'inscription porte : « Voici ce que dit

« la déesse épouse, la royale mère, la « royale épouse, la puissante dame du « monde, Ahmosis-Nofré-Ari : Je viens « pour rendre hommage à mon père « Amon, roi des dieux; mon cœur est « joyeux de tes affections (c'est-à-dire, « de l'amour que tu me portes) ; je suis « dans l'allégresse en contemplant tes « bienfaits. O toi, qui établis le siège « de ta puissance dans la demeure de « ton fils le Seigneur du monde, Rham- «sès, accorde-lui une vie stable et « pure ; que ses années se comptent par « périodes de panégyries ! »

Il existe encore aux environs de Médinet-Habou , à Thèbes, un édifice de petites proportions et qui n'a pas été terminé. I-a dédicace annonce expressément que le roi Ptolémée Évergcte II, et sa sœur la reine Cléopâtre, ont construit cet édifice, et l'ont consacré à leur père, le dieu Thôth, ou Hermès Ibiocéphale.

C'est le seul des temples encore existants en Égypte qui soit spécialement dédié au dieu protecteur des sciences , à l'inventeur de l'écriture et de tous les arts utiles, en un mot à l'organisateur de la société humaine.

On retrouve son image dans la plupart des tableaux qui décorent les parois de la seconde salle , et surtout celles du sanctuaire. On l'y invoquait sous son nom ordinaire de Thôth, que suivent constamment soit le titre sotem qui exprime la suprême direction des choses sacrées, soit la qualification Hoen-Hib, c'est-à-dire, qui aune face d'Ibis, oiseau sacré, dont toutes les figures du dieu , sculptées dans ce temple , empruntent la tête, ornée de coiffures variées.

On rendait aussi dans ce temple un culte très-particulier à Nohémouo ou Nahamouo, déesse que caractérisent le vautour, emblème de la maternité, formant sa coiffure, et l'image d'un petit propylon s'élevant au-dessus de la coiffure symbolique. Les légendes tracées à côté des nombreuses représentations de cette compagne du dieu Thôth, qui , d'après son nom même , paraît avoir présidé à la conservation des germes , l'assimilent à la déesse

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