LU M VERS
Sanchjinoué , compagne liabituelle de 'J'Iiûth, régulatrice des périodes d'années et des assemblées sacrées.
Le bandeau de la porte qui donne entrée dans la dernière salle du temple, le sanctuaire proprement dit, est orné de quatre tableaux représentant Ptolémée faisant de riches offrandes , d'abord aux grandes divinités protectrices de Thèbes, Amon-Ra, Mouth et Ckons , généralement adorées dans cette immense capitale , et en second lieu aux divinités particulières du temple, Thôtk et la déesse ISahamouo.
Dans l'intérieur du sanctuaire, on retrouve les images de la grande triade thébaine, et même celles de la triade adorée dans le nome d'IIermonthis qui commençait à une courte distance du temple. Deux grands tableaux, l'un sur la paroi de droite, l'autre sur la paroi de gauche , représentent , selon l'usage, la bari ou Arche sacrée de la divinité à laquelle appartient le sanctuaire. L'Arche de droite est celle de Thôth-Peho-en-Hib ( Thôth à face d'Ibis ) , et l'Arche de gauche, celle de Thôth Psotem (Tlioth le surintendant des choses sacrées). L'une et l'autre se distinguent par leurs proues et leurs poupes décorées de têtes d"épervier, surmontées du disque et du croissant, à tête symbolique du dieu Clions , le fds aîné d'Amon et de Mouth, la troisième personne de la triade thébaine, dont le dieu Thôth n'est qu'une forme secondaire.
Un autre petit temple de ïhèbes , situé au sud de l'enceinte fortiliée nommée improprement Hippodrome^ et qui est de l'époque romaine, sert a démontrer la réalité de l'usage qui a été plus haut mentionné, sur les divinités particulières à chaque nome; et l'ancienne division géographique de l'Égypte tire parfois de ces données d'utiles renseignements.
Les salles intérieures de ce petit teniple sont couvertes de tableaux t|ui , presque tous , surtout ceux du sanctuaire, appartiennent à l'époque iVHadi^en. Ce successeur de Trajan comble de dons et d'offrandes les divinités adorées dans le temple; et à
côté de chacune de ces images, on a répété les mots : l'empereur César Trajan-Haânen.
« Quatre grands bas-reliefs superposés deux à deux couvrent la paroi du fond du sanctuaire. Les deux basreliefs supérieurs représentent l'empereur Hadrien, costumé en lils aîné d'Amon, adorant une déesse coiffée du vautour, emblème de la maternité, et surmonté des cornes de vache, du disque et d'un petit trône. Ce sont les insignes ordinaires A'Isis , et la légende sculptée à côté des deux images de la déesse , porte en effet : Isis la arande, mère dioine qui réside dans la montagne de rOccident. Les bas-reliefs inférieurs nous montrent le même empereur présentant des offrandes au dieu Month ou Manthou, le dieu éponyme d'Hernionthis , et au roi des dieux Jmon-Iia, le dieu éponyme de Thèbes.
« Ainsi , ce temple fut consacré à la déesse Isis , puisque ses images occupent sans partage la place d'honneur au fond du sanctuaire ; au-dessous d'elle paraissent les grandes divinités du nome de Thèbes et du iiome Hermonthite , dieux synthrônes , adores aussi dans ce même temple. Mais le dieu Mantliou, occupant la droite, quoique tenant dans ces mythes sacrés un rang inférieur à celui du roi des dieux Amon-Ra, qui occupe ici la gauche, il devient certain que le temple d'his, situé au sud de l'Hippodrome, dépendait du nome à' Hermonthis et non du nome Diospolite, puisque le dieu Msndou reçoit immédiatement après his et avant Amon-Ra, dieu éponyme de Thèbes , les adorations de l'empereur Hadrien.
« Ainsi la divinité locale, celle que les habitants de la bourgade du nome Hermonthite, qui exista jadis autour du temple, regardaient comme leur protectrice spéciale , fut la déesse Isis, qui réside dans Ptôou-e^-ement (ou la Montagne de r Occident ), ei cette qualification nous paraît analogue aux titres Hitem Pselk, résidant à Pselchis; HUem Manlak, résidaat à Philae ; UiiemSouan, résidant
EGYPTE
à Syèiie ; IHlem Ebôu, résidant à Eléphantine; Nifem Snè, résidant à Latopolis ; Hitein Ebôt, résidant à Abydos , etc. , que reçoivent constamment TIlôth, Isis, Chnouphis, Saté, jS'eith , Osiris , etc. , dans les temples que leur élevèrent ces anciennes villes, placées sous leur protection immédiate.
« Les bas -reliefs sculptés sur les parois latérales et sur la porte du sanctuaire , ainsi que ceux qui décorent la porte extérieure du naos, et les restes du grand propylon, représentent aussi l'empereur Otiion ou ses .successeurs, faisant des offrandes à Isis , déesse de la montagne d'Occident, en même temps qu'aux dieux synthrônes Manthou et Rit ho , les grandes divinités du nome Hermonthite. De semblables bommages sont aussi rendus aux dieux de Tbèbes, Amon-Ra, Moutb et Cbons, suivant l'usage établi d'adorer à la fois dans un temple d'abord les divinités locales, ensuite celles du nome entier, et enfin un dieu du nome le plus voisin :
comme pour établir entre les cultes particuliers de chacune des préfectures de l'Égypte , une liaison successive et continue qui les ramenait ainsi à l'unité. Tous les temples de l'Egypte et de la Nubie offrent les preuves de cette pratique, motivée sur de graves considérations d'ordre public et de saine politique.» {Lettres de ChampoUion jeune. )
Et l'époque oiî ce temple fut élevé ne doit en rien diminuer l'autorité des données qui en ont été si évidemment tirées : la perpétuité des usages et des croyances de l'ancienne Égypte, durant sa plus mauvaise fortune, est mise hors de doute par une foule de monuments, et il est reconnu que les temples élevés sous la domination des Grecs ou des Romains ne sont que des reconstructions des édifices pharaoniques , et qu'elles étaient consacrées aux mêmes divinités. C'est ainsi qu'il y a eu à Talmis trois constructions successives du même temple dédié au dieu Malouli; une sous les pharaons et du règne d'Aménophis II, successeur de Mœris-, une du temps des Ptolémées,
et la dernière, le temple actuel qui n'a jamais été terminé, sous Auguste, Caïus Caligula et Trajan; et la légende du dieu Malouli, dans un fragment de bas-relief du premier temple, employé dans la construction du troisième, ne diffère en rien des légendes les plus récentes. Ainsi donc, le culte local de toutes les villes et bourgades de la iN'ubie et de l'Égypte n'a jamais reçu de modification ; on n'innovait rien , et les anciens dieux régnaient encore le jour où leurs temples ont été fermés par le christianisme. Les dieux de l'Kgypte s'étaient aussi, en quelque sorte, partagé l'Égypte et la Nubie, constituant ainsi une espèce de répartition féodale. Chaque ville avait son patron; Clinouphis et Saté régnaient à Éléphantine, a Syène et à Béghé, et leur juridiction s'étendait sur la Isubie entière; Phré, à Ibsamboul, à Derri et à Amada; Phtah, à Ghirsché; Anouké, à Waschakit; Thôth, le surintendant de Chnouphis sur toute la Nubie, avait ses fiefs principaux à Ghebel-Addek et à Dakkè; Osiris était seigneur de Dandour; Isis, reine, à Phifse; Hathôr, à Ibsamboul , et enfin Malouli , à Kalnbschi. IMais Amon-Ra règne partout et occupe la droite des sanctuaires.
Il en était de même en Égypte, et l'on conçoit que ce culte partiel ne pouvait changer, puisqu'il était attaché au pays par toute la puissance des croyances religieuses. Du reste, ce culte, pour ainsi dire exclusif dans chaque localité, ne produisait aucune haine entre les villes voisines, puisque chacune d'elles admettait dans son temple (comme synthrônes), et cela par un esprit de courtoisie très-bien calculé, les divinités adorées dans les cantons limitrophes. Ainsi on voit à Kalabschi les dieux de Ghirsché et de Dakkè, au midi ; ceux de Déboud , au nord , occupant une place distinguée; à Déboud, les dieux de Dakkè et de Philœ; à Philœ, ceux de Déboud et de Dakkè, au midi; ceux de Béghé, d'Éléphantine et de Syène, au nord; à Syène enlin, les dieux de Philœ et ceux d'Ombos.
Ce que nous venons d'exposer si sommairement sur un sujet aussi
L'UNIVERS
étendu que l'exposé de la religion d'un peuple éclairé, donnera, nous l'espérons , une idée suffisante de l'objet réel des temples égyptiens, tous consacrés à une triade, ditïérente dans chacun; et ces trois dieux, le père, la mère et leur fils, n'étaient que la personnification, à des degrés différents dans la hiérarchie, des trois agents immédiats du grand être, qui occupaient le premier degré de l'échelle des puissances et des générations; car l'ordre hiérarchique était fondamentalement réglé et déterminé par l'ordre généalogique.
Il y avait donc des triades pour toutes les régions du monde. En ce point, le ciel et la terre avaient reçu une organisation identique, et l'autorité comme le rang diminuaient à mesure que le dieu s'occupait plus directement des affaires terrestres. Osiris , Isis , Horus , formaient la triade à laquelle était commise la conservation de l'ordre dans le monde sublunaire ; ils étaient, en quelque sorte, le dernier anneau de cette grande chaîne théogonique qui embrassait l'univers entier, et qui, de triade en triade, remontait à Amon-Ra, le grand être, le père des dieux, le créateur de toutes choses. Osiris, Isis et leur fils Horus , devaient donc être plus habituellement l'objet de l'adoration et des prières des hommes ; ils étaient en Egypte comme les dieux populaires ; leurs noms ont dii l'être aussi; et les foules incultes qui s'introduisirent, des diverses parties de l'ancien monde, dans les cités égyptiennes, ne purent y apprendre que les noms et les idées religieuses répandus parmi la population égyptienne qu'ils purent fréquenter, et ce fut toujours celle du dernier rang. On voit donc pourquoi les noms de ces trois divinités du dernier ordre sont parvenus Jusqu'à nous, comme étant les plus connus populairement, et ont été répètes d'âge en âge par l'antiquité classique, qui ne s'éleva pas, dans ses incomplètes remarques sur la religion égyptienne, au delà de ces noms et de ces pratiques populaires. Il n'en est pas moins certain que Osiris , Isis , Horus , qui étaient, on pourrait dire, les dieux les plus à la portée de l'ignorance et
de la misère humaine, et quoique occupant presque la dernière place du système religieux, n'y perdaient rien en puissance ni en dignité; Horus enfin devenait à son tour le chef d'une triade , c'est-à-dire, qu'il en faisait partie comme père, Isis comme mère, Malouli comme fils, et, par cet extrême anneau de la chaîne des êtres divins, Horus, qui n'était que la dernière incarnation d'Amon, le grand être, se rattachait à cette puissance suprême et rentrait en elle-même, pour que ce même être fût tout en lui-même, le commencement et la fin.
C'était comme pour retracer le mythe de la personnification de la triade, qu'on élevait, à côté de chaque temple, un autre petit édifice, auquel on a donné le nom de Mammisi. Des petits temples de ce genre existent à Hermonthis, à Philœ, à Ombos; et il devait en subsister un semblable auprès de chaque grand temple, pour l'histoire mythologique de la triade qu'on y adorait. A Hermonthis , par exemple, le mammisi qui a été construit sous le règne de la dernière Cléopàtre , fille de Ptolémée-Aulétès , est une conmiémoraison de la grossesse de cette reine, et de son heureuse délivrance de Ptolémée- Cœsarion , fils de Jules-César.
La triade de ce temple était composée du dieu Mandou, de la déesse Ritho, et de leur fils Harphré; les trois personnages royaux se substituent symboliquement aux trois divinités dans les scènes figurées sur les bas - reliefs de l'édifice.
La cella du temple est en effet divisée en deux parties : une grande |)ièce (la principale), et une toute petite, tenant lieu ou la place du sanctuaire.
On n'entre dans celle-ci que par une petite porte; vers l'angle de droite, toute la paroi du mur de fond de cette petite pièce (laquelle est appelée le lieu de raccouchement, dans les inscriptions hiéroglyphiques) est occupée par un bas-relief représentant la déesse Ritho , femme du dieu Mandou , accouchant du dieu Harphré. La gisante est soutenue et servie par diverses déesses du premier ordre : V accoucheuse di-
ÉGYPTE
vine tire l'enfant du sein de la mère; la nourrice divine tend les mains pour le recevoir, assistée d'une berceuse.
Le père de tous les dieux , Animon , (Amon-Ra) , assiste au travail , accompagné de la déesse Soven , l llilthya , la Lucine égyptienne, protectrice des accouchements. Enfin , la reine Cléopàtre est censée assister à ces couches divines, dont les siennes ne seront ou jjlutôt n'ont été qu'une imitation. L'autre |)aroi de la chambre de l'accouchée représente l'allaitement et l'éducation du jeune dieu nouveau-né -, et sur les parois latérales sont figurées les 12 heures du jour et les 12 heures de la nuit , sous la forme de femmes ayant un disque étoilé sur la tête. Le tableau astronomique du plafond pourrait bien n'être que le thème natal de cet Harphré , ou mieux encore celui de Cœsarion , nouvel Harphré.
En sortant de la petite chambre pour entrer dans la grande , on voit un vaste bas-relief sculpté , sur la paroi , à gauche de cette principale pièce; il représente la déesse Ritho , relevant de couche , soutenue encore par la Lucine égyptienne Soven , et présentée à l'assemblée des dieux ; le père divin, Amon-l\a, lui donne affectueusement ia main comme pour la féliciter de son heureuse délivrance, et les autres dieux partagent la joie de leur chef.
Le reste de cette salle est décoré de tableaux dans lesquels le jeune Harphré est successivement présenté à Animon , à Mandou son pere, aux dieux Phré, Phtah, Sev (Saturne) , etc., qui l'accueillent en lui remettant leurs insignes caractéristiques , comme se démettant , en faveur de l'enfant , de tout leur pouvoir et de leurs attributions particulières : et Ptolémée-Cacsarion , à face enfantine, assiste à toutes ces présentations de son image, le dieu Harphré , dont il est le représentant sur la terre. Tout cela est de la flatterie sacerdotale, mais tout à fait dans le génie de Tancienne Egypte , qui assimilait ses rois à ses dieux. Du reste, toutes les dédicaces et inscriptions intérieures et extérieures du temple d'Hermonthis, sont faites au nom de ce
Ptolémée-Csesarion et de sa mère Cléopàtre. Il n'y a donc point de doute sur le motif de sa construction. Il est vrai que les colonnes de l'espèce de pronaos qui le précède n'ont point toutes été sculptées; le travail est demeuré imparfait , et cela tient peut-être au motif même de la dédicace du temple : Auguste et ses successeurs , qui ont terminé tant de temples conmiencés par les Lagides , ne pouvaient être trèsempressés d'achever celui-ci, monument de la naissance du Dis même de .lules-César , roi enfant dont ils ne respectèrent guère les droits.
AOmbos, le grand temple était consacré à deux triades; le petit temple était aussi un double mammisi, où sont représentées la naissancedeKons- Hôr, fils de Serak-Ra et d'Halhôr ; et celle de Pnevtho, fils de Aroëri et de la déesse Tsonénoufré. Ontrouveaussi, dans l'existence de ces monuments, la preuve presque superflue du maintien de l'ancien culte égyptien sous les dominations étrangères en Egypte. Si l'on cherchait un très-ancien exemple d'un mammisi, on le trouverait au pa- IaisdeLouqsor,où,dans deux des salles de ce vaste édifice élevé par le roi Aménophis-Memnon,delaXVIIPdynastie, on remarque une série de bas -reliefs relatifs à la personne même du fondateur, et à sa naissance. On y a successivement représenté : le dieu Thôth annonçant a la reine Tmauhemva , femme du pharaon Thouthniosis IV*, qu'Ammon générateur lui a accordé un fils. — La même reine, dont l'état de grossesse est visiblement exprimé , conduite par Chnouphis et Hathôr (Vénus) vers la chambre d'enfantement (le mammisi); cette même princesse , placée sur un lit, mettant au monde le roi Aménophis; des femmes soutiennent la gisante, et des génies divins , rangés sous le lit , élèvent l'emblème de la vie vers le nouveau-né. — La reine nourrissant le jeune prince.
— Le dieu iSil peint en bleu ( le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en rouge (le temps de l'inondation), présentant le petit Aménophis, ainsi que le petit dieu Harka et autres en-
l'umv?:rs.
fants divins, aux grandes divinités de Thebes. — Le royal enfant dans les bras d'Amon-Ra, qui le caresse. — • Le jeune roi institué par Amon-Ra; les déesses protectrices de la haute et de la basse Egypte lui offrant les couronnes , emblèmes de la domination sur les deux pajs , et Thôth lui choisissant son grand nom , c'est-à-dire son prénom royal , Soleil Seigneur de Justice et de vérité, qui , sur les monuments, le distingue de tous les autres Aménophis.
Ce qui vient d'être exposé suffira , nous l'espérons , pour donner au lecteur une idée générale de la hiérarchie divine dans la constitution religieuse de l'Égypte, Nous avons dit brièvement sa pensée sur le grand Ktrk qu'elle nommait Ammon ou Amon-Ka, et la personnification des attributions de cet être primordial , en autant d'autres dieux qui n'étaient que ses agents. Il serait difficile d'énumérer ici les fonctions des principales divinités égyptiennes, et d'exposer les effets de leur concours à l'organisation générale et à Tordre régulier de l'univers ; nous avons donné dans un précédent paragraphe (page 1:54), quelques notions sur les deux Thôth ou les deux Hermès, promoteurs et protecteurs de toutes les voies particulières à l'intelligence et h l'industrie humaines; nous ajoutons ici quelques courtes notions sur des divinités principales dont les attributions bien connues nous montrent avec évidence l'origine égyptienne de quelques opinions mythologiques de la Grèce.
Selon les Égyptiens , la déesse Bouto fut la compagne du grand Être et la nourrice des dieux. Elle fut connue et étudiée par lesjjlus anciens philosophes instituteurs de la Grèce.
Cette déesse, l'emblème de l'antique A^uit ou des ténèbres primitives , source féconde d'où sortirent une foule d'êtres vivants, fut considérée par les Égyptiens , ainsi que dans la cosmogonie des Grecs et de la plupart des peuples orientaux , comme cette obscurité première qui , enveloppant le monde jvant que la main toute-puissante du
Démiurge eilt créé la limiière et ordonné l'univers, renfermait dans son sein les germes de tous les êtres à venir. Aussi, les vers des Orphiques, vénérables débris de la plus ancienne théologie des Grecs, et qui contiennent des doctrines conformes , sur presque tous les points, à celles des Égyptiens, donnent -ils à la déesse Nyx (la Nuit primitive) , les titres de première née, commencement de tout, habitation des dieux, et celui de génératrice des dieux; titres qui répondent exactement aux qualifications grande déesse mère des dieux, et génératrice des dieux grands, données à Bouto dans les légendes hiéroglyphiques.
On donnait avec raison le surnom de MÈBE DES DIEUX à la déesse Bouto, puisque, unie au dieu Phtha, elle avait enfanté Phrè ou le Soleil, desquels naquirent ensuite tous les autres dieux. Hélios ou le dieu Soleil des Grecs, passait aussi pour fils de la déesse 7Vy,r (la Nuit).
Bouto était aussi , selon la croyance des Égyptiens , la nourrice de certains dieux. On disait qu'Isis avait confié à cette divinité ses deux enfants Horus et Hubastis; et ce prédeux dépôt fut caché dans i île de Chemmis située dans le lac voisin de la ville de Bouto, île que la déesse rendit flottante pour dérober les deux jumeaux aux poursuites et aux recherches de Typhon.
L'une des déesses du premier ordre en Égypte, se nommait Neith; elle était aussi le type d'une des principales divinités grecques. On sait , en effet , que le grand dieu qui , en Égypte , porta les noms à\imon, .Imon-Ré, Cnéph ou Clinouphis , fut , comme on a pu le voir, le principe générateur mâle de l'univers; et les Égyptiens symbolisèrent , dans le personnage de Âéifh, le principe générateur femelle de la nature entière.
Ces deux principes , étroitement unis , ne formaient qu'un seul tout dans l'être premier qui organisa le monde. De là vient que les Égyptieia considéraient Aéith comme un être a
EGYPTE
la fois inâle et femelle, et que le nom
f)ropre de cette divinité exprimait en angue égyptienne , comme nous l'apprend Plutarque , l'idée : Je suis venue lie moi-même.
La déesse I^èith occupait la partie supérieure du ciel. Inséparable du Démiurge , elle participa à la création de l'univers, et présidait à la génération des espèces : c'est la force qui meut tout.
Le culte de cette divinité , général dans toute r Egypte, comme les monuments le prouvent , était spécialement en honneur dans la ville principale de la basse Égypte, à Sais, où résidait un collège de prêtres. Le temple de la déesse portait l'inscription fameuse :
Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera. Nul 7i'a sou- {evé le voile qui me couvre. Le fruit que f ai enfante est le Soleil. Il serait ditficile de donner une idée plus grande et plus religieuse de la divinité créatrice.
Nèith était le type de la force morale et de la force physique. Elle présidait à la sagesse, à la philosophie, et à l'art de la guerre ; c'est pour cela que les Grecs crurent reconnaître, dans la Nèith de Sais, leur Athénè , la Minerve des Latins, divinité également protectrice à la fois et des sages et des guerriers.
Selon les débris de la doctrine égyptienne , épars dans les écrits des derniers Platoniciens et dans les livres Hermétiques, la déesse iVèi^A, ou la Minerve égyptienne, ne formait q-u'un seul tout avec le Démiurge Amoun , à l'époque même qui précéda la création des âmes et celle du monde physique. C'est en la considérant dans cet état d'absorption en l'Etre premier, que les Égyptiens qualifièrent Nèith de divinité à la fois màle et femelle. Le monde étant composé de parties mâles et de parties femelles, il fallait bien que leurs principes existassent dans le dieu qui en fut l'auteur. Aussi , lorsque le moment de créer les âmes et le monde arriva, Dieu , suivant les Egyptiens, sourit, ordonna que la nature fût, et , à rinslant , il pro-
céda de sa voix un être femelle parfaitement beau {c'étsiit la nature, le principe femelle, Nèith), et le Père de toutes choses la rendit féconde.
On retrouve dans cette naissance de Nèith, émanation d'Ammon, la naissance même de l'Athénè des Grecs , sortie du cerveau de Zeus.
Sous le nom de Phtha, les Égyptiens connurent aussi un personnage d'un ordre supérieur, un ouvrier divin, oh les Grecs puisèrentaussi l'idée d'un de leurs anciens dieux.
Phtha occupait la troisième place dans la nombreuse série des divinités de l'Égypte ; les Grecs, en l'assimilant à leur Héphaistos, le Vulcain des Romains , ont singulièrement rabaissé et son rang et son importance; ils ont réduit les hautes fonctions de ce graml être cosmogonique à celles d'un simple ouvrier.
Telle ne fut point l'opinion des Égyptiens sur leur Phtha; selon leurs mythes sacrés, la pmssance démiurgique , l'esprit de l'univers, Cnèph ou Chnouphis , avait produit un œuf de sa bouche, et il en était sorti un dieu qui portait le nom de Phtha. Cet œuf était la matière dont se compose le monde visible; il contenait Vagent, Vouvrier qui devait en coordonner et en régulariser les diverses parties; et Phtha est l'esprit créateur actif, l'intelligence divine qui , dès l'origine des choses, entra en action pour accomplir l'univers, en toute vérité et avec un art suprême.
Les Égyptiens, qui voulaient rattacher l'histoire de la terre à celle des cieux , disaient que Phtha avait été le premier de leurs dynastes , mais que la durée de son règne ne saurait être fixée. Les pharaons lui avaient consacré leur ville royale, Memphis, la seconde capitale de l'empire; ainsi, les quatre principales villes de l'Égypte, l'hèhes, Memphis, Sais et Héliopolis, étaient chacune sous la protection spéciale de l'une des quatre grandes divinités, Àmon-Chnovphis, Phtha, Nèith et Phré. Le magnifique temple de Phtha à Memphis, oij se faisait l'inauguration des rois, a été décrit, en par-
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tie, par Hérodote et par Strabon; les plus illustres d'entre les pharaons le décorèrent de portiques et de colosses.
L'être auguel on attribuait l'organisation du nionde, devait nécessairement le connaître à fond , ainsi que les lois et les conditions de son bien-être et de son existence; aussi les prêtres égyptiens regardaient-ils comme l'inventeur de la philosophie ; bien différents, en cela, des Grecs, qui ne citaient de leur Héphaistos que des œuvres matérielles et purement mécaniques.
Quant au culte proprement dit, aux cérémonies religieuses qui se pratiquaient à J'mtérieur et à l'extérieur des teinpies, on peut croire, d'après l'étendue et la magnificence des édifices religieux , le grand nombre et la richesse de proportion et de matière des représentations figurées du grand dieu et des autres êtres divins, que cette magnificence et cette richesse ont été rarement égalées. Du reste , ce culte était essentiellement favorable au progrès des arts , sinon pour la periéction des formes trop assujetties à des types consacrés, au moins pour toute la partie technique et matérielle, dont la puissance se révèle incontestablement par la parfaite exécution des plus bizarres compositions reproduites à l'infini dans les matières les plus dures, 'les plus rares comme les plus communes.
Cette nmlliplicité de représentations des êtres divins provenait, en Ègypte , d'abord de la multiplicité de ces êtres mêmes , et surtout de ce que le même personnage se reproduisait par un triple type. ISous devons, sur ce sujet, entrer dans quelques détails qui pourront d'abord suffire à l'exposition de notre sujet , et de plus à l'explication de la plupart de nos planches; enfin, à reconnaître, dans nos collections archéologiques, la représentation de ces mêmes êtres divins.
La même divinité, chez les Égyptiens, était donc représentée sous trois formes différentes ; I» la forme hu-
maine pure, avec les attributs s[)éciaux au dieu; 2" Je corps humain, avec la tête de l'animal spécialement consacré à ce dieu ; 3» cet animal même avec les attributs spéciaux au dieu qu'il représentait, et parce que les qualités qui constituaient le caractère de cet animal avaient, sdcn les Égyptiens, quelque rapport avec les fonctions de ce dieu.
Ces notions s'appliquent, sans exception , à toutes les figures qui se trouvent exprimées sur lés bas-reliefs et les peintures, et qui sont réunies dans les musées publics.
Les signes caractéristiques de diaque divinité se voient sur leur tête, el forment sa coiffure. Le visage et le nez sont parfois teints d'une couleur consacrée pour chaque divinité; car rien n'était laissé à l'arbitraire de l'artiste. Ces représentations étant ains' réglées , par la loi ou par l'usage , dans tous leurs détails, cette uniformité constante est d'un tres-grand secours pour l'étude de la religion égyptienne dans ses formes figurées.
Les mêmes attributs indiquent toujours la même divinité, et l'alliance des attributs, celle des personnages divins , selon les idées et les croyances égyptiennes.
Le nombre considérable des personnages du Panthéon égyptien, quoi' que émanant tous d'un premier être, a multiplié aussi le nombre et la variété des attributs, et compliqué ainsi l'étudedeces personnages ; maiscomme les divinités principales, celles du premier ordre étaient aussi les plus honorées, et devaient êtr£ plus ordinairement figurées, il en résulte que leur représentation fut aussi la plus nombreuse ; elle est aussi la plus fréquente. Il nous suffira donc d'indiquer ici les caractères et les attributs de la plupart de ces divinités principales.
Comme caractères généraux communs à toutes les divinités, nous indiq-jons, 1° la croix ansée ( ou T surmonté d'un anneau), symbole de la vie divine , que chaque dieu tient d'une mainj 2" ie sceptre de l'autre; et ce
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sceptre , ou bâton long , est terminé en haut par une tête de coucoupha pour les divinités mâles (symbole de la bienfaisance), et par un pommeau évasé pour les divinités femelles. De plus , la ligure humaine d'un dieu a un appendice au menton, en forme de barbe tressée , et les déesses n'en ont jamais. Enfin , dans certaines actions , les divinités occupées à une fonction particulière, ont quitté ces deux premiers attributs, la croix ansée et le sceptre ; mais on les reconnaît à leur coiffure spéciale. Voici donc l'énumération des principales coiffures :
I. Divinités égijptiennes, caractérisées par leurs coiffures.
1" Dieux de forme humaine pure, portant sur leur tête :
Deux longues plumes droites , le nu peint en bleu ; c'est Ammon, le créateur du monde {pl. 33, n" 1) ; et avec un caractère de plus : Ammon générateur ( iMendès , Pan) ;
Un bonnet serrant fortement la tête; visage vert ; le corps en gaîne , appuyé contre une colonne à plusieurs chapiteaux , et dans les mains le nilomètre : Phtha (Hèphaïstos, Vulcain) ;
Tète nue , ou avec le même bonnet; corps d'enfant trapu et difforme, marchant , ou debout sur un crocodile ; colorés en vert ou en jaune : Phtha- Sokharis enfant, Vulcain;
Deux plumes recourbées sur la téte , avec deux longues cornes ; le fléau avec ou sans le crochet ou pedum dans les mains : le même Phtha-Sokharis;
Deux cornes de bouc, coiffure blanche , visage vert ; deux serpents urseus dressés sur les cornes ; un disque au milieu , et deux plumes droites surmontant le tout (n° 3) : Souk (Succhus, Cronos , Saturne) ;
Une seule plume recourbée par le haut ; coiffure rayée ; visage vert :
Djom ou Gom (Hercule) ;
Deux plumes séparées et droites ; coiffure noire, visage vert, le corps couvert d'une longue robe rayée : le même Djom ou Gom ;
Bonnet serré , noir ou bleu , le croissant de la lune avec un disque au milieu ; une mèche tressée pendante sur 17' Livraison. (Egypte.)
l'oreille ; visage vert, le corps en gaine (n» 2): Pooh (le dieu Lunus);
Idem, avec le sceptre, le nilomètre et la croix ansée dans ses mains jointes (le même dieu Lunus) ;
Idem , assis dans une barque et adoré par des singes cynocéphales : le même dieu Pooh (Lunus) ;
Idem, retenant de ses deux mains un disque rouge sur sa tête, et ayant près de lui des oiseaux à tête humaine: le même Pooh (Lunus), directeur des âmes , qui sont représentées par ces oiseaux ;
La mitre flanquée de deux appendices recourbés par le haut , le fléau et le crochet dans les mains , corps en gaîne: Osiris (roi de rAmenthi,ou enfer égyptien) ;
Le pschent entier (coiffure royale) , avec le lituus et le sceptre à la main (n" 5) : le Mars égyptien ;
Corps humain monstrueux par l'exagération des traits de la figure et le volume du ventre; Typhon, le mauvais génie ;
2" "Déesses de forme humaine pure , portant sur leur tête :
La dépouille d'une pintade, et le pschent complet (n° 8) ; le nu en jaune : Nèith (l'Athénè ou Minerve égyptienne) ;
Le même pschent sans la dépouille de la pintade ; à droite une téte de vautour, symbole de la maternité, et couverte de la partie inférieure du pschent; à gauche, une tête de lion (la force), portant les deux plumes droites ; des ailes étendues , et les signes des deux sexes : Nèith , génératrice ( Physis , la Nature , ]\Iinerve) ;
Une plume seule, recourbée par le haut, coiffure bleue, le nu jaune, avec ou sans ailes ( n» 9) : Thmé ( la justice et la vérité) ;
Une espèce d'autel évasé vers le haut : Nephthis ;
La mitre du pschent en jaune , flanquée de deux cornes , le nu peint en rouge : Anouké (Anucis, Estia, Vesta) :
Deux grandes cornes, un disque au milieu , avec ou sans l'uraeus sur le front (n° 13): Isis , sœur et femme d'Osiris ;
L'UNIVERS
Un diadème , surmonté de feuilles de couleurs variées; le nu peint en jaune (u" 12) : Tpé (Uranie, la déesse du Ciel) ;
Diverses coiffures; le corps démesurément allongé horizontalement , orné de cinq disques ou d'étoiles , les bras et les jambes pendant perpendiculairement : la même Tpé (Uranie ou le Ciel) ;
Épervier avec une coiffure symbolique; la déesse ayant dans les mains des bandelettes ou lacs (n» 10) : 11athôr (Aphrodite, Vénus);
La dépouille de la pintade , surmontée de la figure d'une porte de temple, avec des fleurs bleues qui rayonnent autour : la même Hathôr ;
Deux cornes , un disque rouge au milieu , et montrant d'une main un bourrelet pendu à son cou : la même Hathôr ;
La partie inférieure du pschent ornée d'un lituus ; carnation verte (n° 14): Bouto (Letô, Latone, les ténèbres primordiales) ;
Idem, avec deux crocodiles qui vont prendre son sein : Bouto , nourrice des dieux ;
Un trône : Isis.