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II. Divinités de forme humaine, à iâte d'animal

!" Dieux. TÈTE de bélier, bleue, surmontée du disque et dedeuxplumes :

Ammon, Amon-Ré(Jupiter-Ammon) ;

Tête de bélier, verte; deux longues cornes ; le disque et le serpent uraeus : Chnouphis ( Ammon-Chnouphis) ;

— de bélier , avec deux longues cornes, et dans les mains un vase penché d'où l'eau s'échappe : Chnouphis- Nilus (Jupiter-Nilus, le dieu Nil);

— de chacal : Anubis, ministre de l'Amenthi ou enfer égyptien ;

— d'hippopotame , ventre volumineux : Typnon , génie du mal ;

— de crocodile, avec ou sans deux cornes de bouc , surmontées de deux urseus et de deux plumes , avec ou sans disque: Souk (Succhus, Cronos , Saturne) ;

— d'épervier , avec la mitre du pschent , orné de deux appendices rayés : Phtha-Sokharis ;

Téte d épervier, avec la partie inférieure du pschent sur la main : le même Phtha-Sokharis;

Idem , sans ornement : Horus , fils d'Isis et d Osiris;

Idem, coiffée du pschent orné du lituus : Horus-Arsiesi ;

Idem, ornée du croissant lunaire, un disque au milieu , avec ou sans le serpent urseus; le tout peint en jaune: Pooh-Hiéracocéphale (le dieu Lunus); quelquefois aussi la tête d'épervier est double , et le corps porté sur deux crocodiles ;

Idem, surmontée d'un grand disque rouge , avec ou sans l'uraeus : Phré (Hélios, le soleil );

Idem, avec le disque d'où sortait l'urœus, et deux plumes droites : Mandou-Ré (Mandoulis);

Idem, et de ses mains répandant l'eau contenue dans un vase : Thôth trois fois grand (Hermès tri smégiste, le premier Hermès) ;

Tête d'ibis; deux cornes longues ; deux uraeus ; la mitre du pschent très-ornée : Thôth deux fois grand (le deuxième Hermès) ;

Idem, avec le croissant lunaire et le disque au milieu : le même Thôth deux fois grand, en rapport avec Pooh ou Lunus ;

Idem, sans ornement, et dans les mains du dieu un sceptre terminé par une plume panachée : Thôth deux fois grand , seigneur de la région inférieure ;

Idem^ sans ornement, d'une main une tablette , et de l'autre un style ou roseau : Thôth Psychopompe (le deuxième Hermès écrivant le résultat de la pesée des âmes dans l'Amenthi , ou enfer égyptien) ;

Tête de vanneau : le dieu Bennô ;

— de scarabée ailé, dressé sur les pattes de derrière : Thoré, une des formes de Phtha ;

— de nilomètre, surmontée de deux longues cornes, du disque et de deux plumes ; dans les mains le fouet et le crochet ; Phtha stabiliteur.

2" Déesses de forme humaine, a téte d'animal :

Tête de lionne: Tafné ou Tafnet ;

ÉG YPTE.

Tète de vache; le disque rouge et deux plumes recourbées entre les cornes : ilathôr (Aphrodite, Vénus);

— de vautour, avec un diadème ou longues bandelettes, un arc et une (lèche dans les mains: l'Ilythia égyptienne, accélératrice des accouchements.

III. Animaux symboliques , représentant les dieux mêmes qui portent quelquefois leur tête :

Serpent barbu avec deux jambes humaines: Chnouphis ; c'est ce qu'on nonnne l'Agathodémoa (ou bon génie);

Urœus, la téte ornée de la partie inférieure du pschent et du lituus ;

Taureau avec un disque sur la tête :

Apis ;

Chacal sur un autel , avec ou sans fouet : Anubis ;

Bélier richement caparaçonné, la téte ornée du disque et des deux plumes droites d'Ammon : Amon-Ila ;

Idem, avec le disque seul : Chnouphis ;

Cynocéphale, une tablette de scribe à la main : Thôth deux fois grand (le deuxième Hermès);

Cynocéphale avec le croissant de la lune et un disque peint en jaune : Pooh (le dieu Lunus) ;

Scarabée à téte de bélier ornée du disque et de deux agathodémons sur ses cornes , auxquelles deux croix ansées sont appendues: Chnouphis -Isilus ;

Vautour coiffé de la mitre du pschent, ornée, et portant une palme dans chacune de ses serres: Ivéith;

Ibis blanc sur une enseigne : Thôth deux fois grand (le second Hermès) ;

Épervier sans ornements : Horus ;

Épervier, le disque et un urœus sur sa téte : Phré (le soleil) ;

Épervier, le disque rouge sur sa téte, avec deux uraus, une palme et une croix ansée : Thôth trismégiste (le premier Hermès) ;

Épervier, sa téte ornée du pschent avec beaucoup d'accessoires : Phtha- Sokharis;

Vanneau avec des aigrettes: Bennô;

Épervier dans un carré : Hathôr (Vénus égyptienue);

Vache avec un disque sur la tête :

Hathôr ;

Sphynx mâle (barbu) , le disque rouge et l'urseus sur la tête: Phré (le soleil);

Disque rouge ailé, duquel sortent quelquefois des rayons de lumière, avec ou sans les deux croix ansées, deux palmes et deux urœus : Thôth trismégiste (le premier Hermès);

Disque jaune dans une barque, avec ou sans cynocéphales : Pooh (le dieu Lunus).

Les exemples qui viennent d'être cités suffiront pour donner une idée générale de la représentation des divinités égyptiennes sous les trois formes ci-dessus indiquées, et pour instruire le lecteur sur les principales circonstances extérieures d'une des plus antiques religions nationales.

Dans son étude, on ne doit jamais oublier cette triple manière de représenter les divinités; et c'est par là que cette multiplicité ajjparente des représentations se réduit déjà de beaucoup au moyen de cette synonymie ; et nous devons ajouter, en Unissant, au sujet du sphinx {pl. 19), qu'il paraît avoir été l'emblème de toutes les divinités , et même des rois et des reines de rÉgypte. Il n'y a néanmoins aucune confusion à redouter pour les dieux symbolisés sous la forme du sphinx, puisque la coiffure et les emblèmes qui caractérisent spécialement chacun d'eux, caractérisent aussi cet être fantastique; et que, à l'égard des rois et des remes, le cartouche ou encadrement elliptique qui renferme leur nom, est toujours placé à côté de ce sphinx mâle ou femelle.

Nous bornons ici notre résumé sur la principale des institutions de l'ancienne Égypte , celle qui pénétra le plus profondément dans l'esprit et le cœur de la population: avantage social du premier ordre; car cette croyance fut le lien intime entre toutes les classes de la nation, qui, y trouvant toutes leur honneur et leurs avantages, ne s'en détachèrent jamais; et ce lien politique et national avait ramené a l'unité tous les devoirs, tous les

t'UNIVERS.

droits, et tous les intérêts d'un grand peuple.

Nous ne pouvons pas omettre cependant, en pariant de la religion égyptienne, de rappeler qu'en Egypte plus que dans aucune des sociétés modernes, la croyance et le culte étaient mêlés à la vie intime de l'homme. La religion dirigeait ses actions avec une autorité absolue ; elle s'emparait de l'individu à sa naissance, et ne l'abandonnait plus même après sa mort. Elle lui assurait d'honorables funérailles selon sa condition, et un lieu de repos où ses cendres devaient être pour toujours à l'abri de l'insulte, soit dans la sépulture des familles, soit dans les sépultures publiques. Enfin elle prescrivait pour tous l'usage des pratiques découvertes par l'industrie pour la conservation presque éternelle des corps humains, dernier et attentif hommage à la dignité de l'espèce.

On est redevable h cette coutume égyptienne de l'innombrable quantité de corps humains embaumés qui nous sont parvenus si parfaitement conservés , et auxquels on a donné le nom de momies. Nous allons en dire sommairement ce qui , de ce sujet presque

fiopulaire, doit le plus intéresser le ecteur.

Hérodote parle en termes très-précis des usages de l'Egypte dans les deuils et les funérailles. Quand le chef de la famille mourait, toutes ses femmes se couvraient le front de boue, et se répandaient, échevelées, dans la ville.

Les hommes suivaient le même usage à l'égard des femmes.

Après ces premières manifestations de la douleur, le corps du mort était immédiatementlivré aux embaumeurs, classe inférieure de l'ordre sacerdotal, prêtres nommés Taricheutes et Cholchytes, dont l'embaumementdes morts était la fonction spéciale. La famille convenait avec eux du prix de cette préparation, lequeldépendaitdela simplicité ou de la magnificence de l'embaumenient qui était désigné. Il y en avait en effet de plusieurs classes. La plus commune se bornait à purger avec des drogues de vil prix l'intérieur du ven-

tre , à faire dessécher le corps entier en le laissant, pendant soixante-dix jours , plonger dans le natron, à l'ensevelir ensuite dans un linceul de toile grossière, plus grossièrement cousue , et de le déposer en cet état dans les catacombes publiques. On étendait quelquefois le mort sur une planche de sycomore, enveloppée aussi dans la toile.

Si l'individu pouvait faire quelque dépense, on employait l'huile de cèdre pour nettoyer l'intérieur; on desséchait le corps avec le natron ; les membres, chacun à part, ou bien le corps entier, étaient entouré de bandelettes de coton imbibées de la même huile, ou de toute autre substance conservatrice , et le corps était ensuite enfermé dans un cercueil plus ou moins orné de peintures. Le nom du mort , celui de sa mère, et sa profession, étaient écrits habituellement sur le devant de ce cercueil qui était de bois.

On peut se faire une idée de la variété de ces pratiques, en pensant à tout ce que la piété , la tendresse ou la vanité purent imaginer pouï les décorations de cette dernière demeure de l'homme , et à tous les degrés qu'il fut possible de parcourir, depuis la toile d'emballage du pauvre, jusqu'au magnifique sarcophage royal en granit ou en basalte. J'ai ouvert un grand nombre de momies, et étudié les objets d'art que les tombeaux nous ont conservés ; Je puis donc compléter ces notions sur les embaumements en Egypte, en résumant à la fois et les récits laissés par les anciens écrivains , et mes propres observations.

La première opération des embaumeurs consistait à extraire le cerveau par les narines au moyen d'un instrument recourbé; la cavité de la tête était ensuite remplie par injection de bitume liquide et très-pur, qui s'endurcissait en se refroidissant. On a tiré de quelques têtes de momies l.i coiffe du cerveau parfaitement conservée.

On faisait aussi l'extraction des yeux, et on les remplaçait par des veux en émail.

ÉGYPTE

La chevelure était conservée (voy.

pl.'l), et on en a vu dans toute sa longueur, quelquefois tressée, d'autres lois frisée, et dans un ordre qui révélait la main du coiffeur.

Au moyen d'une pierre tranchante , on faisait une incision dans le flanc gauche, à la hauteur des iles ; par cette ouverture, on extrayait les intestins et les viscères. Les cavités de l'abdomen et de l'estomac étaient soigneusement lavées avec des décoctions de vin de palmier ou d'aromates , et essuyées avec des aromates pi lés ; on les remplissait ensuite avec de la myrrhe et autres parfums, même de la sciure de bois odoriférant, et on y mêlait des bijoux et des figurines religieuses en métaux précieux ou communes, en pierres dures ou en porcelaine.

Le corps ainsi préparé intérieurement, était déposé dans le natron , substance très-commune en Égypte dans tous les temps , et on l'y laissait pendant soixante -dix jours; la chair et les muscles y étaient complètement dévorés , et il ne restait plus de ce corps que la peau collée sur les os. Tel est l'état des momies dépouillées qu'on voit dans quelques cabinets.

Souvent, au lieu de dessécher ainsi le corps, on injectait dans toutes ses veines , par des procédés très-compliqués et très-coûteux, une liqueur chimiquement composée , qui avait la

firopriété de conserver le corps , et de aisser à ses membres presque toute leur élasticité naturelle.

En attendant, on soumettait les intestins et les principaux viscères du mort aune préparation de bitume bouillant ; on enveloppait séparément le cerveau, le cœur, le foie, dans un linge, et on les déposait dans quatre vases, qu'on remplissait de la même substance rendue liquide par le feu. Ces quatre vases sont ceux qu'on nomme vulgairement cawopes. Ils étaient faits de toute matière, depuis l'argile cuite jusqu'à l'albâtre oriental rubané , et au granit. Us sont de forme conique renversée, et les quatre couvercles sont surmontés de quatre têtes différentes ,

savoir : d'homme , de chacal , d'épervier et de cynocéphale, qui sont celles des quatre génies de l'Amenthi, ou enfer égyptien , nommés Amset, Hapi , Soumaoutf et Kebhsniv.

Après les soixante-dix jours d'immersion dans le natron, le corps était enseveli. On enveloppait chaque doigt isolément de bandelettes étroites ; la main ensuite, et le bras séparément.

La même opération avait lieu pour chacun des autres membres , et pour la tête plus soigneusement encore. La toile la plus fine, quelquefois une trèsbelle mousseline, était celle qui touchait immédiatement la peau. Plusieurs couches successives couvraient la figure , et leur adhésion est telle que , enlevées en masse, ces couches ont pu servir de creux pour y couler du plâtre et avoir ainsi le portrait du défunt.

On enveloppait ensuite le corps entier dans toute sa longueur, et on rétablissait, avec des linges artistement disposés sous les bandelettes, les formes primitives de chaque membre, que l'action du natron avait entièrement détruites. Quelquefois la dernière enveloppe, artistement cousue, et ayant l'aspect d'un pantalon collant et d'un gilet à manches très-serré, donnait à la momie l'apparence d'une personne ainsi vêtue.

On a remarqué dans des momies de cet ordre, que les ongles de leurs pieds et de leurs mains avaient été dorés ; on a trouvé des plaques d'or sur les yeux et la bouche , la tête entièrement dorée aussi; enfin les corps des personnes royales étaient complètement dorés , ou même enfermés dans une première enveloppe en or, espèce d'étui au repoussé, qui reproduisait en relief et leur portrait et toutes leurs formes corporelles.

Avant d'employer les bandelettes qui enveloppaient le corps entier, on donnait aux bras une position réglée par l'usage et la loi : on croisait les mains des femmes sur leur ventre; les bras des hommes restaient pendants sur les côtés ; quelquefois la main gauche était placée sur l'épaule droite ; ce bras faisait ainsi écharpe sur la poitrine.

L'UINIVERS.

On a trouvé sur ces mêmes corps et au-dessous de toutes les bandelettes, ou sous leurs diverses couches, les bagues aux doigts des momies et les colliers à leur cou, des bijoux variés, des figurines, des objets d'affection, de petfts meubles, des pièces d'étoffes diverses; enfin des manuscrits placés soit sur les côtés, soit entre les jambes, et enveloppés, comme le mort, de bitume et de bandelettes.

Il paraît aussi , par l'état de quelques momies, qu'après ces préparations, on les plongeait tout liabillées dans une cuve de bitume bouillant, qui les pénétrait jusqu'à la moelle des os , et, une fois refroidies, elles n'étaient plus qu'une masse de bitume durci, inaltérable en quelque sorte.

Ainsi enveloppée de langes et d'un linceul retenu par des bandelettes en croix , la momie , où toute apparence de cadavre et de préparation avait disparu, était placée dans un cercueil en bois, en granit, en basalte, ou autres matières. Ce cercueil était orné de peintures et de sculptures; pour les personnages considérables, le premier cercueil était enfermé dans un second, et le second dans un troisième, tous également ornés de sujets religieux, répétition orthodoxe des scènes du grand rituel funéraire, où l'on voit l'âme du défunt faire sa visite et ses offrandes à toutes les divinités dont elle doit implorer la protection.

C'est dans l'intérieur de ces mêmes cercueils qu'on a recueilli aussi des manuscrits, parties plus ou moins complètes de ce grand manuscrit funéraire, de ce livre de manifestation à la lumière, dont les exemplaires sont nombreux dans les cabinets de l'Europe, parce que ce livre de prières faisait partie du mobilier funéraire des Égyptiens.

On a trouvé aussi dans ces cercueils des bijoux de toute espèce, des objets de parure , de volumineuses perruques , de grosses tresses de longs cheveux, des chaussures, des instruments de diverses professions, et avec les momies des scribes sacrés la palette à plusieurs godets, les calams et le canif pour les tailler ; enfin la coudée du marchand

ou du géomètre, et avec des momies d'enfants des joujoux de toute sorte.

Les parents et les amis accompagnaient religieusement le mort dans sa dernière demeure; ils se procuraient des figurines de dimensions et de matières diverses, précieuses si le mort était un personnage considérable : ces figurines, en argile, en porcelaine, en bois ou en matières dures, étaient faites, le plus possible, à la ressemblance du défunt; son nom était inséré dans la prière funèbre inscrite sur ces figurines, et tous ceux qui accompagnaient la momie déposaient ces figurines dans un coffre funéraire qui était placé vers la tête du cercueil ; les quatre vases canopes l'étaient deux à deux sur les côtés.

On plaçait aussi dans les tombeaux des stèles funéraires, dalle mise de champ et cintrée par le haut, ou étaient représentés , sculptés et peints , sur pierre dure ou tendre, ou sur bois, les parents du défunt lui offrant les présents funèbres, lui rendant leurs derniers devoirs, et une inscription expliquait complètement ce tableau , et donnait les noms des morts et des vivants qui y étaient figurés. Le défunt est assis; les parents sont debout ou à genoux , faisant leurs offrandes. Sur notre planche 67, une de ces stèles est reproduite, mais c'est une stèle royale, et à deux registres : surle premier, celui de dessus, sont deux couples royaux assis; à la droite, c'est le roi Amênoftep et la reine Ahmos-^'ofrè-Af ari , la tête surmontée de deux longues plumes ; à la gauche sont deux rois , ïhouthmosis F' et Mœris ; au-dessous Thouthmosis IV avec un jeune fils; et en face à genoux une ÙNofrè-Atari , en acte d'adoration de ces trois rois de la XVIir dynastie.

La momie était déposée dans le tombeau de la famille ou bien dans le tombeau public. En haute Egypte, ces tombeaux étaient creusés dans le flanc de la montagne libyque ; on y retrouve encore de ces catacombes générales où les momies sont déposées, symétriquement arrangées en cliantler, et leur nombre est encore in-

croyable, malgré les ravages commis pur les Arabes qui viennent habiter ces tombeaux, et qui, de temps immémorial , se servent de ces momies pour les besoins du ménage, combustible plus économique que le bois à briller qui manque dans ce pays. Dans la basse Egypte, le sol est foré de puits très-profonds, qui conduisent à des chambres creusées dans le roc, et oij . la population de la basse Egypte déposait ses morts; Torilice du puits était ensuite soigneusement bouché, afin de le préserver des suites de l'inondation. Les pyramides {\Qy.pl. 10) n'étaient que des montagnes factices dans lesquelles on déposait les cadavres des rois.

Les grands personnages de l'ordre sacerdotal, les princes, les rois et les reines, étaient déposés dans de riches sarcophages en granit ou en basalte, ornés sur toutes leurs faces, intérieures et extérieures, de scènes religieuses analogues à celles du rituel. On peut voir au musée du Louvre le sarcophage, en granit rose, du roi Rhamsès-JVléïamoun , le chef de la dix-neuvième dynastie égyptienne, qui régna au quinzième siècle avant l'ère chrétienne.

Cette couche funèbre du pharaon est creusée dans un seul morceau de granit rose de quinze pieds de long, sur huit de hauteur et six de largeur. Les officiers du bâtiment qui est allé chercher l'obélisque à Louqsor,en ont rapporté, de Thèbes à Paris, le sarcophage de la reine Amasis, morte peu d'années avant l'invasion de Cambyse.

On trouve, du temps des Grecs, un usage singulier, et l'on manque d'autorité pour lui donner une origine égyptienne. Il est certain que dans les temps où les institutions nationales florissaient en Égypte, les catacombes publiques recevaient les momies des personnes qui ne possédaient pas une sépulture de famille ; il en était de même du temps des Grecs; mais il paraîtcertain aussi que, durant leur domination, le dépôt d'une momie dans ces tombeaux publics n'était réellement que la location d'une place pour laquelle les parents du mort payaient une contribu-

tion annuelle à l'État, et que l'État vendait ce produit à des fermiers , qui cédaient à leur tour à des sous-fermiers tout ou partie de leur concession générale. Le respect religieux des ancêtres, qui était profondément empreint dans les mœurs égyptiennes, prévenait toute opposition à l'idée et à la gestion d'un tel impôt. C'est par suite d'une conviction également religieuse qu'un étranger, trouvé mort par l'effet d*un accident, recevait de pompeuses funérailles aux dépens du lieu où il était découvert. On sait aussi que la momie du père pouvait être donnée en gage par son fils ; mais il était noté d'infamie s'il ne la retirait pas. Enfin, on montrait dans les repas le simulacre en bois peint des ancêtres morts ; c'était encore un moyen de les honorer, bien plutôt qu'une occasion pour les convives de s'exciter à boire et à manger, parce qu'ils devaient aussi mourir.

On voit des momies humaines dans tous les cabinets; on reconnaît celles des hommes à un appendice, en forme de barbe tressée, qui est attaché au menton; il n'y en a pas aux momies de femmes. Les momies d'enfants sont rares , et celles de diverses espèces d'animaux, très-communes. Il ne faut pas onblier que ces animaux étaient des emblèmes des dieux {supra, page 259); que ces animaux étaient nourris vivants dans le temple , et embaumés après leur mort. L'ibis était consacré à Thôth, et l'on trouve à Hermopolis (la ville d'Hermès ou Thôth) des momies d'ibis par milliers , comme on trouve ailleurs des momies de chats, de crocodiles, d'ichneumons, d'éperviers, de poissons, de serpents, de bœufs, de béliers; témoignages irrécusables en faveur des notions plus haut exposées sur le symbolisme de ces êtres animés, opposé à toute idée d'adoration directe, dans les préceptes du culte dont les animaux furent l'objet en Égypte.

On verra sur notre planche C9 un appareil funéraire presque complet; la momie est placée sur un lit, les quatre vases canopes sont auprès, et le dieu Anubis semble prendre possession de ce nouvel habitant de l'Amenthi.La pl. 71,

L'UNIVERS

donne une idée topographiqnedela vallée de Biban-el-Molouk a Thèbes, vallée étroite, inculte et inhabitée, oîi sont situés les tombeaux des rois, creusés des deux côtés dans le versant de la montagne; la planche 68 est une vue de cette même monta<^ne où la place et l'entrée des tombeaux sont indiquées; la planche 70 contient le plan d'un de ces tombeaux, qui n'est pas un des plus anciens, et au-dessus est reproduit un passage du rituel funéraire, composé d'une bande de scènes représentant l'âme d'une défunte, en tunique blanche, faisant ses offrandes aux divinités que le rituel lui ordonnait de se rendre propices; audessous de la scène sont les colonnes verticales d'écriture hiéroglyphique, ayant à peu près dix pouces de îiauteur dans l'original, et contenant lesdiverses prières que l'âme suppliante devait prononcer; enfm, la planche 72 est l'entrée d'un tombeau creusé dans la montagne de Beni-Hassan, entrée qui est décorée de colonnes d'ordre dorique pur, antérieures de plusieurs siècles à l'usage de ces colonnes dans la Grèce.

On a vu sur notre planche 20 la scène du jugement de l'âme; tel était le but flnal de la morale religieuse en Égypte, tel était aussi l'objet essentiel de la plus puissante de toutes ses institutions nationales, de celle qui pénétra le plus tous les esprits de l'essence même de son objet, et qui, par là, commanda le plus aux princes et aux peuples, et contribua aussi, à un

flus haut degré, à assurer la durée de empire égyptien, comme à fonder et à perpétuer sa renommée. Essayons maintenant de remonter à son origine, et de mesurer les temps qui lui furent accordés par la Providence.

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