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venue à leur esprit , aucune nécessité publique ne l'avait provoquée, et, entre les particuliers , il ne pouvait y avoir qu'un commerce d'échange purement accidentel et momentané.
L'empire de quelques règles s'établit par l'effet de leur utilité générale; ce fut le premier germe d'une législation nationale, et, après une première idée d'ordre public , il est très-vraisemblable que toutes les autres se succédèrent avec rapidité ; que cette population , que d'al)ord aucun lien commun n'unissait étroitement, s'aggloméra de l)lus en plus , mit ses intérêts en commun, et forma enfin, par une communauté de vues et d'entreprises une nation qui, se donnant ou acceptant de bon gré une langue, une forme de gouvernement, des lois, une religion, l'écriture , les arts utiles et les beauxarts, s'assura par sa sagesse la longue possession de tous ces avantages , et remplit enfin le monde entier d'une durable renommée.
Les commencements de ces grandes institutions nous sont inconnus , comme ceux de la nation même qui leur fut redevable de toutes ses prospérités. L'histoire écrite nous a conservé quelques souvenirs dont la fidélité pourrait être suspectée ; le témoignage des monuments encore subsistants est pour nous d'un autre poids , et il ne saurait être légitimement infirmé ou mis en doute , si l'interprétation de ces documents si authentiques ne s'écarte pas dans ses expressions des règles de la saine critique historique, et n'en tire que des conséquences dont la simplicité corrobore l'évidence.
C'est d'après ces moyens éprouvés que nous allons exposer les notions qu'il nous est possible de réunir ici sur les principales institutions publiques de rÉgypte : les monuments éclaircis au moyen des relations écrites par les anciens, et les recherches faites par les savants modernes , doivent nous servir de guides : nous dirons , non pas comment furent les choses au commencement de l'empire égjT»tien, mais comment elles étaient d
ÉGYPTE
l'époque la plus reculée à laquelle il nous a été permis de parvenir par les monuments contemporains de chaque siècle , et dont l'antériorité relative de l'un à l'autre forme une échelle rétrograde des temps historiques , qui peut être remontée avec certitude der puis le règne d'Auguste, qui réduisit l'empire égyptien à une préfecture romaine , jusqu'au vingt-troisième siècle avant le règne de ce prince. Nous pouvons savoir comment l'Egypte était alors : de riches et nombreuses populations se partageaient l'Asie , et celle de l'Inde n'était inférieure à aucune autre ; Tes annales du grand empire d'Assyrie nomment pour ces mêmes époques, Belus, Ninuset ensuite Sémiraniis ; les Hébreux nomment aussi Abraham à la dixième génération après leur déluge, et à plus de trois mille ans après Adam. Enfin , peu après ces mêmes temps, des peuplades encore barbares tombent comme un fléau dévastateur, des régions hyperboréennes, sur la civilisation égyptienne, détruisent ses ouvrages et arrêtent sa marche pendant trois siècles. Quand le fléau eut cessé , les débris de l'industrie antérieure furent amassés religieusement, et les anciennes institutions rétablies avec la nationalité égyptienne, par le courage et le génie des rois égyptiens. On peut donc, par ces diverses données historiques et monumentales , savoir ce qu'était l'Egypte comme nation , bien des siècles avant que les peuples de l'Occident apparaissent dans les annales humaines :
et c'est un phénomène digne de la plus sérieuse attention, que l'Égypte possédant à ces époques si reculées toutes les institutions civiles, religieuses et militaires, indispensables à la prospérité d'un grand peuple,et toutes lesjouissances que le luxe des arts peut ajouter à la possession des avantages qu'assurent l'autorité des lois civiles et religieuses , la culture des sciences et le sentiment profond de la dignité et de la destination de l'homme.