‹ Égypte ancienneChapitre 20 sur 53 · ÉG Y P I E · texte numérisé non relu

ÉG Y P I E

mée, s'arrêtèrent à Pihahiroth. « Plus bas , Dieu doit être glorifié dans Pharaon , dans son char et dans sa cavalerie; enfin, poursuivant les Israélites sur le fond de la mer , qu'ils viennent de traverser à pied sec, le Pharaon s'y engage avec toute sa cavalerie, ses chariots et ses chevaux, qui furent enveloppés parles flots, et y périrent tous. — Cette mention si souvent répétée de la cavalerie égyptienne n'infirme cependant pas l'autorité des monuments ; et en se tenant plus près des textes originaux, on y trouverait mentionnés plutôt des cavaliers que de la cavalerie ; les mots du verset 23 disent que les Égyptiens suivirent les Hébreux, et entrèrent après eux, tous les chevaux de Pharaon , son char et ses cavaliers, c'est-à-dire les hommes montés sur les chars de guerre. Avec cette modification dans l'acception des mots, la tradition historique ne sera plus contredite par les monuments qui, soit antérieurs, soit postérieurs à Moïse , rendent constamment le même témoignage contre l'usage des corps de cavalerie dans l'armée égyptienne. Aussi , dans leur cantique a actions de grâces, les Hébreux ne parlent-ils que des chars du Pharaon tombes, comme une pierre, au fond des eaux.

On tirera la même conséquence des notions assez positives, et des mêmes temps , qui nous sont parvenues au sujet de l'éducation de la caste militaire. Parmi les exercices variés qui font partie de cette éducation , et qui sont figurés sur de nombreux monuments , on ne retrouve aucune idée de l'équitation. Tous ces exercices se font à pied , et sont dirigés selon les préceptes de la gymnastique la plus perfectionnée. Rien n'est plus varié que les poses et les attitudes des lutteurs, attaquant , se défendant , reculant et avançant tour à tour , se baissant , ou renversés, se relevant, et triomphant de l'adversaire par la force , la ruse et l'adresse. Dans ces exercices, les lutteurs étaient nus ; une large ceinture soutenait et favorisait leurs efforts (voy. pl. 32). Les exercices militaires proprement dits n'étaient pas

moins variés; l' éducation du soldat était longue et sérieuse, et depuis le téte à droite , jusqu'à la petite guerre, il en parcourait tous les degrés sous l'autorité d'une discipline sévère. Du reste , il en prenait de bonne heure le

§odt et les habitudes : tous les mâles e la caste militaire étaient de vérita bles enfants de troupe ; la loi leur défendait toute autre profession.

Les grandes pages historiques dont les surfaces des monuments égyptiens sont ornées, nous enseignent aussi tous les détails des camps. Une palis sade en formait l'enceinte ; un peloton de fantassins en gardait l'entrée; la tente du roi ou du chef était au point opposé à l'entrée; de petites tentes, destinées aux officiers principaux, étaient dressées près de la première ; le lion apprivoisé du roi était tout auprès, accroupi >, les deux pattes de devant liées ensemble, et surveillé par un gardien armé d'un long bâton. Les chevaux et les ânes sans harnais étaient symétriquement rangés du côte de l'entrée; les fourrages leur étaient distribués, soit à terre, soit dans des mangeoires: les chars, en files régulières, etaientdans la partie opposée. Dans les intervalles libres, on plaçait les bagages et les harnais, ceux des chevaux pour les atteler aux chars; ceux des anes, comme pour des bêtes de charge , consistaient en un bat , auquel sont attachés deux paniers ou autres ustensiles propres au transport des vivres et des liquides.

Sur la droite du camp étaient les hommes valides, se livrant aux exercices ou aux amusements que conseillait la règle ou le loisir ; les recrues sont instruites dans les manœuvres ; les anciens jouent, joûtent ou se querellent; plus loin l'ordonnance militaire est mise à . exécution, et un insubordonné subit la peine à laquelle il a été condamné; des officiers en char ou à pied inspectent partout et donnent des ordres qui sont écoutes avec attention, et exécutes vraisemblablement de même.

Sur la gauche du camp étaient les hôpitaux et les ambulances ; les clic-

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vaux et les ânes malades y étaient réunis ; des vétérinaires les soignaient pt les pansaient ; enfin, on voit à l'angle droit de ce même côté, les soldats malades auxquels l'infirmier administre une potion qu'ils boivent avec empressement. Les exercices des chars et les manœuvres des corps de fantassins se passaient autour de la palissade en dehors du camp.

C'est à ces deux espèces d'armes seulement qu'il nous paraît que les Égyptiens se bornèrent dans la composition de leur armée. Toutefois les corps de fantassins furent variés , et si nous nous en rapportons au témoignage des monuments, nous y reconnaissons : 1° des soldats portant un bouclier qui couvre leur corps de la ceinture à la tête , armés d'une lance dans la main droite , d'une courte hache dans la gauche , et couverts d'une courte tunique, ceux-ci marchent en colonne serrée et formaient le gros de l'armée; 2° des soldats composant sans nul doute les troupes légères, portant de lamain gauche un petit bouclier rond , de la droite la karpé, ou sabre recourbé garni d'un manche; leur tête était couverte d'un casque en cuir ou en métal diversement orné à son sommet ; 3° les archers proprement dits, habillés de longues tuniques, portaient un arc triangulaire de grande dimension et un énorme carquois sur l'épaule.

Dans les marches de l'armée , les shars de guerre étaient à l'avant , à 'arrière et sur les flancs; au centre, es fantassins pesamment armés , protégés par leur grand bouclier; et les troupes légères à l'avant-garde et sur tous les points menacés.

Un chef militaire a fait orner son tombeau de tous les instruments de sa profession ; ce tombeau a été étudié par des voyageurs modernes , qui ont eu la satisfaction d'y reconnaître un arsenal antique tout entier : plusieurs faisceaux de longues piques, des casques de formes différentes et diversement ornés d'inscrustations en métaux ou en • matières précieuses; des poignards longs et droits dans leur fourreau et ipon moins ornés; des carquois de plu-

sieurs substances solides en forme de gaînes , et fermés avec un couvercle orné d'une tête de lion dorée; des fouets, des cravaches de combat de formes assez différentes; enfin, de belles côtes de mailles en métaux assortis. Ces curieux objets militaires peints dans ce tombeau représentent sans nul doute des objets d'armement à l'usage de l'armée dans l'antique Égypte.

Chaque corps avait aussi son enseigne , et c'est dans ce même tombeau qu'on a retrouvé plusieurs types de ces signaux égyptiens ; ils étaient placés à l'extrémité d'une grande hampe qui ,

?ar son élévation, les rendait visibles tous les yeux. Les enseignes étaient, comme on devait le penser, empruntées à la religion. Les unes consistaient dans la coiffure même et les insignes caractéristiques des divinités représentées sous forme humaine , telles que Ammon , Phtha , Osiris ou Isis ; d'autres substituaient aux traits humains du dieu ou de la déesse, la tête de l'animal qui était son emblème vivant, tel que l'épervier, le lion, et quelquefois même la figure complète de ce symbole , comme l'ibis et le schacal.

Avec les ressources d'une population militaire aussi nombreuse, et le perfectionnement successif qu'elle acquit dans l'art de la guerre, par l'étude et par la pratique , l'Égypte était en ce point aussi avancée qu'ait pu l'être toute autre nation ancienne ou moderne, tant que l'usage des armes à feu fut inconnu; et ceux oui, d'après une opinion irréfléchie, cfisent et répètent que la nation égyptienne ne fiit pas guerrière , parce qu ayant plutôt étendu sa domination par des colonies que par des conquêtes , elle n'eut pas l'avantage d'aguerrir ses soldats par les batailles ; ceux-là n'ont point étudié les monuments où sont retracés en un nombre infini d'actions les faits militaires de l'antique histoire de l'Egypte. Nous avons déjà dit qu'environnée de

Eeuplades nombreuses, elle dut être actuellement sous les armes pour défendre ses richesses et sa civilisation contre leurs entreprises , et qu'obligée

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parfois de poursuivre les conséquences de ses victoires pour se garantir contre de nouvelles invasions , elle porta ses armes très-loin au-delà des frontières de l'Égypte, vers Test et' le midi. Ses armées combattaient en rase campagne, dans les bois et les défdés , passaient les rivières , assiégeaient les villes et les forteresses, les réduisaient par la tortue et le bélier , ou par l'escalade; et elles ajoutaient à leur force et à leur courage le secours de machines diverses, offensives et défensives , et dont quelques-unes lançaient vivement , et à une grande distance , un certain nombre à la fois de flèches ou de javelots.

A tous ces détails il serait peut-être possible d'en ajouter quelques autres, non moins minutieux, et déduits de l'examen attentif des scènes militaires dont les monuments nous présentent l'aspect infiniment varié; cette nomenclature aurait sans doute son mérite archéologique : mais il nous est permis d'espérer que l'intérêt et la satisfaction des lecteurs seront plus sûrement excités par des descriptions exactes de l'ensemble de ces scènes éminemment historiques dont on a décoré les grands monuments de l'Egypte ; de ces compositions immenses qui méritent à tant de titres la dénomination de tableaux homériques , d'oeuvres de la sculpture héroïque , parce qu'ils sont pleins de ce feu et de ce desordre sublime qui nous entraînent si fort à la lecture des batailles de l'Iliade. On l'a déjà remarqué : chaque groupe de ces vastes compositions, considéré à part, sera jugé certainement défectueux dans quelques points relatifs à la perspective, ou à ses proportions, comparativement aux parties voisines ; mais ces défauts de détail sont rachetés, et au-delà, par l'effet des masses ; c'est , on peut le dire, comme les plus beaux vases grecs peints, représentant des combats , qui pèchent aussi, si péché il y a , sous les mêmes rapports que les basreliefs égyptiens.

Des scènes de cet ordre ont été observées sur tous les grands monuments de l'Egypte ; elle appartiennent à des

époques diverses , et l'on peut classer parmi les plus modernes , la commémoraison des campagnes du roi Sésonchis, sculptées sur une partie du palais de Karnac à Thcbes. On v voit ce roi, traînant enchaînés aux pieds de la trinité thébaine, les chefs de plus de trente nations vaincues , parmi lesquelles figure très -distinctement loudahamaïek , le royaume de Juda ou des Juifs personnifie ; et la Bible rapporte , au chapitre 14 du IIIe livre des Rois , que le pharaon Sésonchis, nommé Scheschonk par les Égy ptiens , et par la Bible Sèsac ou Schésehôk , prit Jérusalem dans la 5° année du règne de Roboam : c'est cette même victoire de Sésonchis qui est représentée dans les bas-reliefs Je Karnac ; et d'après la fidélité de physionomie que les Égyptiens apportaient dans la représentationdcs peuples étrangers , cette figure du royaume de Juda peut être considérée comme un type de la physionomie du peuple juif au Xe siècle avant l'ère chrétienne , et peutêtre comme un portrait de Roboam luimême.

Sésostris régnait six siècles avant le vainqueur de Juda ; les vastes parois de la grande salle du temple d'ibsamboul sont couvertes des représentations qui rendent témoignage des nombreuses victoires de ce prince illustre, en Asie et en Afrique ; en voici un abrège pris sur une partie de ce grand temple ( ou spéos , temple creusé dans la montagne) :

1er tableau. Rhamsès- le -Grand est sur son char, les chevaux sont lancés au grand galop ; il est suivi de trois de ses fils montes aussi sur des chars de guerre ; il met en fuite une armée assyrienne et assiège une place forte.

2e. Le roi à pied , venant de terrasser un chef ennemi, et en perçant un second d'un coup de lance. Ce groupe est d'un dessin et d'une composition admirables.

3°. Le roi est assis au milieu des chefs de l'armée ; on vient lui annoncer que les ennemis s'avancent pour l'attaquer. On prépare le char du roi , et des serviteurs modèrent l'ardeur des chevaux , qui sont dessinés , ici comme

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ailleurs, daus la perfection. Plus loin se voit l'attaque des ennemis , montés sur des chars de guerre et combattant sans ordre une ligne de chars égyptiens méthodiquement rangés. Cette partie du tableau est pleine de mouvement et d'action : c'est comparable à la plus belle bataille peinte sur les vases grecs, que ces tableaux nous rappellent involontairement.

4*. Le triomphe du roi et sa rentrée solennelle (a Thèbes , sans doute), debout sur un char superbe, traîné par des chevaux marchant au pas et richement caparaçonnés. Devant le char , sont deux rangs de prisonniers africains, les uns de race nègre et les autres de race barabra , formant des groupes parfaitement dessinés , pleins d'effet et de mouvement.

s" et 6e. Le roi faisant hommage de captifs de diverses nations aux dieux de Thèbes et à ceux d'Ibsamboul.

Des monuments de la gloire du père de Sésostris existent aussi dans un autre lieu de la Nubie. Champollion le jeune, qui Ta explorée au mois de janvier 1828, en donne la description en ces termes :

« Près de Kalabschi est l'intéressant monument de Bet-Oually, qui nous a pris les journées des 28 , 29 , 30 et 31 janvier jusqu'à midi. Là mes yeux se sont consolés des sculptures barbares du temple de Kalabschi, qu'on a faites riches parce qu'on ne savait plus les faire belles , en contemplant les bas-reliefs historiques qui décorent ce spéos , d'un fort beau style et dont nous avons des copies complètes. Ces tableaux sont relatifs aux campagnes contre les Arabes et des peuples africains , les Kouschi ( les éthiopiens), et les Schari qui sont probablement les Bischari d'aujourd'hui; campagnes de Sésostris dans sa jeunesse et du vivant de son père , comme le dit expressément Diodore de Sicile qui, à cette époque, lui fait soumettre en effet les Arabes et presque toute la Libye.

« Le roi ilhamscs , père de Sésostris, est assis "sur son tronc dans un naos, et non lils, en costume de

prince, lui présente un groupe de prisonniers arabes asiatiques. Plus loin , le pharaon est représenté comme vainqueur , frappant lui - même un homme de cette nation, en même temps que le prince ( Sésostris ) lui présente les chefs militaires et une foule de prisonniers. Le roi , sur son char , poursuit les Arabes , et son fils frappe de sa hache les portes d'une ville assiégée; le roi foule aux pieds les Arabes vaincus, dont une longue file lui sont amenés captifs par le prince son fils : tels sont les tableaux historiques décorant la paroi de gauche de ce qui formait la salle principale du monument, en supposant que cette portion du spéos ait jamais été couverte. .

« La paroi de droite présente les détails de la campagne contre les Éthiopiens, les Bischari et des Nègres. Dans le premier tableau , d'une grande étendue, on voit les Barbares en pleine déroute, se réfugiant dans leurs forêts, sur les montagnes, ou dans les marécages. Ce second tableau, qui couvre le reste de cette paroi, représente le roi assis dans uu naos et accueillant , avec un geste de la main, son fils aîné (Sésostris) , qui lui présente, 1° un prince éthiopien nommé Aménémoph fils de Poeri , soutenu par deux de ses enfants, dont l'un lui offre une coupe comme pour lui donner la force d'arriver au pied du trône du père de son vainqueur; 2° des chefs militaires égyptiens ; 3° des tables et des buffets couverts de chaînes d'or et avec elles des peaux de panthère ; des sachets renfermant de l'or en poudre , des troncs de bois d'ébène, des dents d'éléphant, des plumes d'autruche , des faisceaux d'arcs et de flèches , des meubles précieux et toutes sortes de butin pris, sur l'ennemi ou imposé par la conquête; 40 à la suite de ces richesses, marchent quelques Bischaris prisonniers, hommes et femmes, l'une de celles-ci portant deux enfants sur ses épaules et dans une espèce de couffe , suivent des individus conduisant au roi des animaux vivants, les plus ni*

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rieux de l'intérieur de l'Afrique, le lion , la panthère , l'autruche , des singes et la girafe , parfaitement dessines, etc., etc. On reconnaîtra là, j'espère, la campagne de Sésostris contre les Éthiopiens, lesquels il força, selon Diodore de Sicile encore, de payer à l'Égypte un tribut annuel en or, en ébène et en dents d'éléphant.

Les autres sculptures du spéos sont toutes religieuses, et de nombreuses inscriptions contemporaines de ces précieuses représentations militaires les accompagnent et en expliquent les sujets.»

Le spéos de Silsilis , commencé par le roi Horus, de la XVIIIe dynastie, en fournit plusieurs autres exemples.

Cette belle excavation devait être d'abord un temple dédié à Ammon- Ra, ensuite au dieu Mil, divinité du lieu , et au dieu Sevek (Saturne à téte de crocodile), divinité principale du nome Ombite, auquel appartenait Silsilis. C'est dans cette intention qu'ont été exécutés , sous le règne d' Horus , les sculptures et les inscriptions de la porte principale, tous les bas-reliefs du sanctuaire, et quelques-uns de ceux qui décorent une longue et belle galerie transversale qui précède ce sanctuaire.

Cette galerie , très-étendue , forme un véritable musée historique. Une de ses parois est tapissée dans toute sa longueur de deux rangées de grandes stèles ou de bas-reliefs sculptés sur le roc, et, pour la plupart, d'époques diverses; des monuments semblables décorent les intervalles des cinq portes qui donnent entrée dans ce curieux muséum.

Les plus anciens bas-reliefs, ceux du roi Horus, occupent une portion de la paroi ouest : le Pharaon y est représenté debout, la hache d'armes sur l'épaule, recevant d'Ammon-Ra l'emblème de la vie divine et le don de subjuguer le nord et de vaincre le midi. Au-dessous sont des Éthiopiens, les uns renversés , d'autres levant des mains suppliantes devant un chef égyptien nui leur reproche, dans la légende , a'avoir fermé leur <*œur à la

prudence et de n'avoir pas écouté lorsqu'on leur disait : « Voici que le lion s'approche de la terre d'Éthiopie (Kouscn). » Ce lion - là était le roi Horus qui fit la conquête de l'Éthiopie et dont le triomphe est retracé sur les bas-reliefs suivants.

Le roi vainqueur est porté par des chefs militaires sur un riche palanquin , accompagné de llabellifères. Des serviteurs préparent le chemin que le cortège doit parcourir ; à la suite du Pharaon viennent des guerriers conduisant des chefs captifs; d'autres soldats, le bouclier sur l'épaule, sont en marche , précédés d'un trompette ; un groupe de fonctionnaires égyptiens , sacerdotaux et civils , reçoit le roi et lui rend des hommages.

La légende hiéroglyphique de ce tableau exprime ce qui suit : « Le dieu gracieux revient ( en Égypte ) , porté par les chefs de tous les pays (les Nomes ) ; 6on arc est dans sa main comme celui de Mandou , le divin seigneur de l'Égypte; c'est le roi directeur des vigilants , qui conduit ( captifs ) les chefs de la terre de Kousch (l'Éthiopie), race perverse; ce roi directeur des mondes, approuvé par Phré , fils du soleil et de sa race , le serviteur d'Ammon, Hôrus, le vivificateur. Le nom de sa majesté s'est fait connaître dans la terre d'Éthiopie que le roi a châtiée conformément aux paroles que lui avait adressées son père Ammon. »

Un autre bas -relief représente la conduite, par les soldats, des prisonniers du commun en fort grand nombre ; leur légende exprime les paroles suivantes qu'ils sont censés prononcer dans leur humiliation : « O toi vengeur! roi de la terre de Kémé (l'Égypte ) , soleil de Niphaïat ( les peuples libyens), ton nom est urand dans la terre de Kousch (l'Éthiopie), dont tu as foulé les signes royaux sous tes pieds! »

Mais c'est à Thèbes, la ville des merveilles , que ces tableaux militaires sont surtout exécutés sur de vastes proportions. Au Memnonium, ou plutôt au Rhamesséum, élevé par

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Rhamsès-Sésostris , au grand dieu de Thèbes Àmmon-Ra, les tableaux militaires, relatifs aux conquêtes du roi, couvrent les faces des deux massifs du pylône sur la première cour du palais; ils sont visibles en assez grande partie, parce que Féboulement des portions supérieurs én pylône a eu lieu du côté opposé. Ces scènes militaires offrent la plus grande analogie avec celles qui sont sculptées dans l'intérieur du temple d'Ibsanlboul et sur le pylône de Louqsor, qui font partie du Rhamesséum oriental de Thèbes. Les inscriptions sont semblables , et tous ces bas-reliefs se rapportent évidemment à une même campagne contre des peuples asiatiques qu'on ne peut, d'après leur physionomie et d'après leur costume, chercher ailleurs que dans cette vaste contrée sise entre le Tigre et PEuphrate d'un côté, FOxus et Tlndus de l'autre , contrée que nous appelons assez vaguement la Perse. Cette nation, ou plutôt le pays qu'elle habitait, se nommait CntOy Chéto, Schéto ou Schto. Les Égyptiens désignèrent ces peuples ennemis sous la dénomination de la plaie de Schéto, de la même manière que l'Éthiopie est toujours appelée la mauvaise race de Kousch, et tout porte à croire fermement que c'est de peuples du nord-est de la Perse, des tfactriens , ou Scythes-Bactriens, qu'il s'agit ici.

On a sculpté sur le massif de droite la réception des ambassadeurs scythobactriens dans le camp du roi ; ils sont adnûs en la présence de Rhamsès, qui leur adresse des reproches ; les soldats, dispersés dans le camp, se reposent ou préparent leurs armes, et donnent des soins aux bagages ; en avant du camp, deux Égyptiens Administrent la bastonnade a deux prisonniers ennemis , aGn , porte la légende hiéroglyphique, de leur faire dire ce que fait la plaie de Schéto. Au bas du tableau, est l'armée égyptienne en marche, et à l'une des extrémités se voit un engagement entre les chars des deux nations.

La partie gauche de ce massif offre

l'image d'une série de forteresses, .desquelles sortent des Égyptiens emmenant des captifs : les légendes sculptées sur les murs de chacune d'elles donnent leur nom, et apprennent que Rha m ses -le -Grand les a prises de vive force, la huitième année de son règne.

Près de là «n trouve un grand tableau de guerre , mais qui se partage en deux parties principales : dans une vaste plaine , le roi Unamsès vient de vaincre les Schéto, qu'il a mis en pleine déroute. Deux princes sont à la poursuite de l'ennemi ; ces fils du roi se nomment Mandouhi Schopsh et Schathemkémé : c'étaient le 4 et le 6° des enfants de Rhamsès. Les vaincus 6ont encore des peuples de Schéto (des Bactriens? ) ; ils se dirigent vers une ville placée à l'extrémité droite du tableau, où s'ouvre une nouvelle scène.

Quatre autres fils du conquérant, les 7«, 8e, 9e et 10e de ses enfants, appelé Méïamoun, Amenhemwa, Noubtei et Setpnnré, sont établis sous les murs de la place ; les assiégés opposent une vigoureuse résistance; mais déjà les Égyptiens ont dressé les échelles , et les murailles vont être escaladées, line fracture a malheureusement fait disparaître la première partie du nom de la ville assiégée : il finissait par.... apouro.

Quelquefois les représentations des hauts faits militaires des rois égyptiens s'exprimaient emblématiquement ; c'était comme des trophées élevés à leur gloire, et pour ainsi dire consacrés par la religion. Aussi dans le vaste édifice de Medinet -llabou,

qui est à la fois un temple et un palais, on remarque dans l'intérieur de la petite cour deux massifs de pylônes ornés, ainsi que les constructions qui les unissent au grand pavillon, de frises anaglyphiques portant la légende du fondateur Rhamsès-Méïamoun , et de bas-reliefs d'un grand intérêt, parce qu'ils ont trait aux conquêtes de ce Pharaon.

La face antérieure du massif de droite est presque entièrement occupée par une figure colossale du conqué-

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rant levant sa hache d'armes sur un groupe de prisonniers barbus dont sa main gauche saisit les chevelures ; le dieu Àmon-Ra, d'une stature tout aussi colossale, présente au vainqueur la harpé divine en disant : « Prends cette arme, mon fils chéri, et frappe les chefs des contrées étrangères ! »

Le soubassement de ce vaste tableau est composé des chefs des peuples soumis par Rhamsès-Méïamoun . agenouillés , les bras attachés derrière le dos par des liens qui, terminés par une houppe de papyrus ou une fleur de lotus, indiquent si le personnage est un Asiatique ou un Africain.

Ces chefs captifs, dont les costumes et les physionomies sont très-variés, offrent, avec toute vérité, les traits du visage et les vêtements particuliers à chacune des nations qu'ils représentent : des légendes hiéroglyphiques donnent successivement le nom de chaque peuple. Deux ont entièrement disparu; celles qui subsistent, au uoinbre de cinq, annoncent :

Le chef du pays de Kouschi, mauvaise race ( l'Ethiopie) ,

Le chef du pays de \ en Afrique ; Térosis,

Le chef du pays de Toroao ,

en Asie.

Le chef du pays de Robou,

Le chef du pays de Moschausch ,

Un tableau et un soubassement analogues décorent la face antérieure du massif de gauche ; mais ici tous les captifs sont des chefs asiatiques : on les a rangés dans l'ordre suivant :

Le chef de la mauvaise race du pays de Schéto ou Chéta ;

Le chef de la mauvaise race du pays d'Aumôr ;

Le grand du pays de Fekkaro;

Le grand du pays de Schairotana, contrée maritime;

Le grand du pays de Sclia (le

reste est détruit).

Le grand du pays de Touirscha, contrée maritime;

Le grand du pays de Pa (le

reste est détruit).

Sur l'épaisseur du massif de gauche, Rhamsès-Méïamoon casqué, le carquois sur l'épaule , conduit des groupes de prisonniers de guerre aux pieds d'Amon-Ra. Le dieu dit au conquérant :

« Va ! empare-toi des contrées ; soumets leurs places fortes, et amène leurs chefs en esclavage. »

Un peu plus loin s'offre le premier pylône du grand et magnifique palais du même Pharaon Rhamsès-Méïamoun. Tout y prend des proportions colossales. Les faces extérieures des deux énormes massifs du premier pylône, entièrement couvertes de sculptures, rappellent les exploits du fondateur de l'édifice, non-seulement par des tableaux d'un sens vague et général, mais encore par les images et les noms des peuples vaincus, par celles du conquérant et de la divinité protectrice qui lui donne la victoire/On voit sur le massif de gauche, le dieu Phtali-Socharis livrant à Rhamsès- Méïamoun treize contrées asiatiques , dont les noms, conservés pour la plupart, ont été sculptés dans des cartels servant comme de boucliers aux peu* pies enchaînés. Une longue inscription, dont les onze premières lignes sont assez bien conservées, nous apprend que ces conquêtes eurent lieu dans la douzième année du règne de ce Pharaon.

Dans le grand tableau du massif de droite, le dieu Amon-Ra, sous la forme de Phré hiéracocéphale, donne la harpé au belliqueux Rnamsès pour frapper vingt- neuf peuples du nord ou du midi ; dix-neuf noms de contrées ou de villes subsistent encore : le reste a été détruit pour appuyer contre le pylône des masures modernes. Le roi dés dieux adresse à Méïamoun un long discours; voici le contenu des dix premières colonnes : « Amon-Ra a « dit : Mon fils, mon germe chéri, « maître du monde, soleil gardien de « justice, ami d'Ammon, toute force « t'appartient sur la terre entière ; les « nations du septentrion et du midi « sont abattues sous tes pieds ; je te

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« livre les chefs des contrées méridio- « nales ; conduis-les en captivité , et « leurs enfants à leur suite ; dispose « de tous les biens existant dans leur « pays : laisse respirer ceux d'entre eux « qui voudront se soumettre, et punis « ceux dont le cœur est contre toi.

« Je t'ai livré aussi le Nord. . . . (lacune); « la Terre-Rouge (l'Arabie) est sous tes « sandales, etc., etc.»

Une grande stèle, mais très-fruste, constate que ces conquêtes eurent lieu la onzième année du règne du roi.

C'est à la même année du règne de Rhamsès-Méïamoun que se rapportent les sculptures des massifs du premier pylône du côté de la cour. Il s agit ici d une campagne contre les peuples asiatiques nommés Moschausch.

Au fond de cette première cour s'élève un second pylône, décoré de figures colossales sculptées, comme partout ailleurs, de relief dans le creux; celles-ci rappellent les triomphes de Rhamsès-Méïamoun, dans la neuvième année de son règne. Le roi , la téte surmontée des insignes du fils aîné d'Ammon , entre dans le temple d'Amon-Ra et de la déesse Mouth , conduisant trois colonnes de prisonniers de guerre, imberbes et enchaînés dans diverses positions : ces nations, appartenant à une même race , sont nommées Schakalascha, Taônaou et Pourosato. Plusieurs voyageurs, examinant les physionomies et le costume de ces captifs, ont cru reconnaître en eux des peuples hindous. Sur le massif de droite de ce pylône, existait une énorme inscription, aujourd'hui détruite aux trois quarts par des fractures et des excavations. On voit, par ce qui en subsiste encore, qu'elle était relative à l'expédition contre les Schakalascha, les Fekkaro, les Pourosato, les Taônou et les Ouschascha. Il y est aussi question des contrées d'Aumôr et d'Oreksa, ainsi que d'une bataille navale.

Une magnifique porte en granit rose unit les deux massifs du second pylône. Des tableaux d'adoration aux diverses formes d'Amon-Ra et de Phtha en décorent les jambages, au bas desquels on lit deux inscriptions dédicatoires

attestant que Rhamsès-Méïanrioun a consacré cette grande porte en bette pierre de granit a son père Amon-Ra > et qu'enfin les battants ont été si richement ornés de métaux précieux , qu'Ammon lui-même se r/jouit en les contemplant.

On se trouve , après avoir franchi cette porte , dans la seconde cour du palais, où la grandeur pharaonique se montre dans tout son éclat : la vue seule peut donner une idée du majestueux effet de ce péristyle, soutenu à l'est et à fouest par d'énormes colonnades, au nord par des piliers contre lesquels s'appuient des cariatides , et derrière lesquels se montre une seconde colonnade. Tout est chargé de sculptures revêtues de couleurs très-brillantes encore : et c'est là qu'il faut envoyer, pour les convertir, les ennemis systématiques de l'architecture peinte.

Les parois des quatre galeries de cette cour conservent toutes leurs décorations : de grands et vastes tableaux, sculptés et peints appellent de toute part la curiosité des voyageurs. L'œil se repose sur le bel azur des plafonds ornés d'étoiles de couleur jaune doré ; mais l'importance et la variété des scènes reproduites par le ciseau absorbent bientôt toute l'attention.

Quatre tableaux, formant le registre inférieur de la galerie de l'est, côté gauche, et une partie de la galerie sud , retracent les principales circonstances d'une guerre de Rhamsès- Méïamoun contre des peuples asiatiques nommés Robou, teint clair, nez aquilin, longue barbe, couverts d'une grande tunique et d'un surtout transversalement rayé bleu et blanc : ce costume est tout-à-fait analogue à celui des Assyriens et des Mèdes figurés sur les cylindres dits babyloniens ou persépolitains.

Ie' tableau. Grande bataille : le héros égyptien, debout sur un char lancé au galop, décoche des flèches contre une foule d'ennemis fuyant dans le plus grand désordre. On aperçoit sur le premier plan les chefs égyptiens montés sur des chars, et leurs soldats entremêlés à des alliés .

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les Fekkaro, massacrant les Robou épouvantes , ou les liant comme prisonniers de guerre. Ce tableau seul contient plus de cent figures en pied, sans compter les chevaux.

2* tableau. Les princes et les chefs de l'armée égyptienne conduisent au roi victorieux quatre colonnes de prisonniers : des scribes comptent et enregistrent le nombre des mains droites et des parties génitales coupées aux Robou morts sur le champ de bataille. L'inscription porte textuellement : « Conduite des prisonniers en « présence de sa majesté ; ceux-ci sont « au nombre de mille ; mains coupées, a trois mille; phallus, trois mille.»

Le Pharaon , aux pieds duquel on dépose ces trophées , paisiblement assis sur son char, dont les chevaux sont retenus par des officiers , adresse une allocution à ses guerriers ; il les félicite de leur victoire, et prodigue fort naïvement les plus grands éloges à sa propre personne.

En dehors de ce curieux tableau existe une longue inscription malheureusement fort endommagée, et relative à cette campagne , qui date de Pan 5e du règne de Rhamsès-Méïamoun.

3* tableau. Le vainqueur , le fouet en main et guidant ses chevaux , retourne ensuite en Égypte ; des groupes de prisonniers enchaînés précèdent son char; des officiers étendent au-dessus de la téte du Pharaon de larges ombrelles; le premier plan est occupé par l'armée égyptienne divisée en pelotons marchant régulièrement en ligne et au pas , selon les règles de la tactique moderne.

Enfin Rhamsès rentre triomphant dans Thèbes ( 4e tableau ) ; il se présente à pied , traînant à sa suite trois colonnes de prisonniers, devant le temple d'Amon-Ra et de la déesse Mouth; le roi harangue les divinités et en reçoit en réponse les assurances les plus flatteuses.

A côté de ces faits d'un intérêt général , retracés dans ces vastes compositions militaires, se trouvent exprimées des circonstances d'une moin-

dre importance , mais non pas moins utiles Dour l'histoire. Ainsi , la femme et la famille entière du roi vainqueur assistaient à son triomphe; la critique a retiré de ces représentations les noms et l'ordre de succession de ces enfants , et des données de ce genre ont servi à éclaircir avec certitude plus d'un doute sur le rang des princes qui composèrent les nombreuses dynasties égyptiennes.

Ainsi , sur la paroi du fond de la galerie de l'ouest de la même cour, alerie formée par une double rangée e piliers cariatides et de colonnes, 24 grands bas-reliefs retracent les hommages pieux du roi envers les dieux, ouïes bienfaits que les grandes divinités de Thèbes prodiguent au Pharaon victorieux. Une série de figures en pied ornent le soubassement de cette galerie et méritent une attention particulière.

Les légendes hiéroglyphiques inscrites à côte de ces personnages revêtus du riche costume des princes égyptiens , dont ils tiennent en main les insignes caractéristiques, constatent qu'on a représenté ici les enfants de Rhamsès-Méïamoun par ordre de primogéniture. On a seulement fait deux groupes distincts des enfants mâles et des princesses. Les princes , dont les noms et les titres ont été sculptés à côté de leurs images, sont au nombre de huit, savoir :

1. Rhamsès- Amonmai , basilicogrammate commandant des troupes;

2. Rhamsès -Amonhischopsch , basilicogrammate commandant de cavalerie.

3. Rhamsès-Mandouchischopsch, basilico-grammate Commandant de cavalerie;

4. Phréhipefhbour, haut fonctionnaire dans 1 administration royale ;

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