Rhamsès-Méïamoun , idem
Les trois premiers, après la mort de leur père Rhamsès - Méiamoun ,
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étant successivement montés sur le trône des Pharaons, leurs légendes ont dû être surchargées pour recevoir les cartouches prénoms ou noms propres de ces princes parvenus au souverain pouvoir. Il faut remarquer aussi , à propos de cette liste intéressante, qu'à cette époque le nom de llhamsès était devenu en quelque sorte le nom même de la famille , et nue le conquérant avait concentré dans les membres de sa maison les postes les plus importants de l'armée, de l'administration civile et du sacerdoce. Les noms propres des filles du roi n'ont jamais été sculptés.
Enfin, la muraille nord de la même partie du palais de Médinet-Habou est couverte de tableaux sculptés et peints, qui suffiraient presque pour nous faire connaître dans leurs principaux détails les éléments essentiels aes institutions militaires de PÉgypte, et sur terre et sur mer. La description de ces belles sculptures nous en apprendra bien plus a ce sujet que de minutieuses et méthodiques relations.
Deux campagnes du mêmeRhamsès- Mcïamoun y sont figurées : la première est contre des peuplades nommées les Maschausch et les Robou.
Dans le premier tableau , l'armée égyptienne se met en marche, trompettes en tête, et conduite par le char où reposent les insignes d'Ammon, la divinité protectrice. Le sujet du deuxième tableau est une bataille sanglante : les Maschausch prennent la fuite ; le roi et les quatre princes égyptiens en font un horrible carnage.
On voit, sur le tableau suivant, Rhamsès-Méïamoun debout sur un trône, haranguant cinq rangs de chefs et de guerriers égyptiens qui conduisent une foule d'ennemis prisonniers, et ces chefs font une réponse au roi. En tête de chaque corps d'armée , on fait le dénombrement des mains droites couées aux ennemis morts sur le champ de ataille , ainsi que celui de leurs phallus, sorte d'hommage rendu à la bravoure des vaincus. L'inscription porte à 2,535 le nombre de ces trophées sur autant d'ennemis courageux et vaillants.
La seconde campagne est plus détaillée : elle eut lieu contre les Fekkaro, les Schakalascha et autres peuples de même race, à physionomie hindoue.
1er tableau. Le roi Rharasès-Méïamoun , en costume civil, harangue les chefs de la caste militaire agenouillés devant lui, ainsi que les porte-enseignes des différents corps; plus loin, les soldats debout écoutent les paroles du souverain qui les appelle aux armes
{tour punir les ennemis de l'Egypte :
es chefs répondent à l'appel du roi en invoquant les victoires récentes, et protestent de leur dévouement à un prince qui obéit aux paroles d'Amon- Ra. La trompette sonne, les arsenaux sont ouverts ; les soldats, divisés par pelotons et sans armes, s'avancent dans le plus grand ordre guidés par leurs chefs, on leur distribue des casques, des arcs, des carquois, des haches de bataille , des lances et toutes les armes alors en usage.
2* tableau. Le roi, tête nue et les cheveux nattés, tient les rênes de ses chevaux et marche à l'ennemi : une partie de l'armée égyptienne le précède en ordre de bataille ; ce sont les fantassins pesamment armés ou oplites : sur le flanc s'avancent par pelo* tons les troupes légères de différentes armes ; les guerriers montés sur des chars ferment la marche. Une des inscriptions de ce bas-relief compare le roi au germe de Mandou, s'avançant pour soumettre la terre entière à ses lois; ses fantassins, à des taureaux, et ses cavaliers ou chars, à des éperviers rapides.
3e tableau. Défaite des Fekkaro et de leurs alliés. Les fantassins égyptiens les mettent en fuite sur tous les points du champ de bataille ; Méïamoun, secondé par ses chars de guerre, en fait un horrible carnage ; quelques chefs ennemis résistent encore, montés sur des chars traînés soit par deux chevaux, soit par quatre bœufs : au milieu de la mêlée et à une des extrémités, plusieurs chariots, traînés par des boeufs et remplis de femmes et d'enfants, sont défendus par des Fekkaro ; des soldats égyptiens les atta-
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(1 uent et les réduisent en esclavage.
4' tableau. Après cette première victoire, Tannée égyptienne se met en marche, toujours dans Tordre le plus méthodique et le plus régulier, pour atteiudre une seconde fois l'ennemi ; elle traverse des pays difficiles infestés de bêtes sauvages : sur le flanc de Tarmée,le roi, attaqué par deux lions, vient de terrasser l'un et combat contre l'autre.
5* tableau. Le roi et ses soldats arrivent sur le bord de la mer au moment où la flotte égytienne en est venue aux mains avec la flotte des Fekkaro, combinée avec celle de leurs alliés les Schairotanas, reconnaissables à leurs casques armés de deux cornes.
Les vaisseaux égyptiens manœuvrent à la fois à la voile et à l'aviron : des archers en garnissent les hunes, et leur proue est ornée d'une téte de lion. Déjà un navire fekkarien a coulé, et la flotte alliée se trouve resserrée entre la flotte égyptienne et le rivage, du haut duquel Rhamsès-Méïamoun et ses fantassins lancent une çréle de traits sur les vaisseaux ennemis. Leur défaite n'est plus douteuse, la flotte égyptienne entasse les prisonniers à cote de ses rameurs. En arrière et non loin du Pharaon on a représenté son char de guerre et les nombreux officiers attachés à sa personne. Ce vaste tableau renferme plusieurs centaines de figures.
6" tableau. Le rivage est couvert de guerriers égyptiens conduisant divers groupes mêlés de Schairotanas et de Fekkaro prisonniers ; les vainqueurs se dirigent vers le roi , arrêté avec une partie de son armée devant une place forte nommée Mogadiro. Là se fait le dénombrement des mains coupées. Le Pharaon , du haut d'une tribune sur laquelle repose son bras gauche appuyé sur un coussin, harangue ses tus et les principaux chefs de son armée, et termine son discours par ces phrases remarquables : « Amon- « Ra était à ma droite comme à ma « gauche; son esprit a inspiré mes « résolutions; Amon-Ra lui-même, * préparant la perte de mes ennemis,
« a placé le inonde entier dans mes « mains. » Les princes et les chefs répondent au Pharaon qu'il est un soleil appelé à soumettre tous les peuples du monde, et que l'Egypte se réjouit d'une victoire remportée par le bras du fils d'Ammon, assis sur le trône de son père.
V tableau. Retour du Pharaon vainqueur à Thèbes après sa double campagne contre les Robou et les Fekkaro : on voit les principaux chefs de ces nations conduits par Rhamsès devant le temple de la grande triade thébaine, Amon-Ra, Mouth et Chons.
Le texte des discours que sont censés prononcer les divers acteurs de cette scène à la fois triomphale et religieuse subsiste encore en grande partie. En voici la traduction :
« Paroles des chefs du pays de Fek- « karo et du pays de Robou qui sont « en'la puissance de S. M., et qui glo- « rilient le dieu bienfaisant , le sei- « Çneur du monde, soleil gardien de « justice, ami d'Ammon : Ta vigilance « n'a point de bornes ; tu règnes « comme , un puissant soleil sur i'É- « gypte; grande est ta force; ton « courage est semblable à celui de « Boré (le griffon) ; nos souffles t'ap- « partiennent, ainsi que notre vie, qui « est en ton pouvoir à toujours. »
a Paroles du roi seigneur du mon- « de, etc., à son père Amon-Ra, le roi « des dieux : Tu me Tas ordonné ; j'ai « poursuivi les barbares; j'ai com- « Battu toutes les parties de la terre ; « le monde s'est arrêté devant
« moi ; mes bras ont forcé les
« chefs de la terre , d'après le com- * mandement sorti de ta bouche. »
« Paroles d' Amon-Ra, seigneur du « ciel , modérateur des dieux : Que « ton retour soit joyeux ! tu as pour- « suivi les neuf arcs (les barbares); « tu as renversé tous les chefs ; tu as « percé les cœurs des étrangers et « rendu libre le souffle des narines de « tous ceux qui.... (lacune). Ma bou- « che t'approuve. »
Ces tableaux retracent les principales circonstances de deux campagnes du conquérant égyptien dans la XI'
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année de son règne; ils arrivent jusqu'au second pylône du palais : de ce point jusqu'au premier pylône, les sculptures n'abondent pas moins; mais plusieurs tableaux sont enfouis sous des collines de décombres. On peut distinguer deux bas-reliefs faisant partie d'une troisième campagne du roi contre des peuples asiatiques, avec les légendes en très-mauvais état. L'un représente Rhamsès- Meïamoun combattant à pied , couvert d'un large bouclier, et poussant l'ennemi vers une forteresse assise sur une hauteur. Dans le second tableau , le roi, à la tète de ses chars, écrase ses adversaires en avant d'une place dont une partie de l'armée égyptienne pousse le siège avec vigueur ; des soldats coupent des arbres et s'approchent des fosses, couverts par des mantelets ; d'autres , après les avoir franchis, attaquent à coups de hache la porte de la ville; plusieurs, enfin, ont dressé des échelles contre la muraille et montent à l'assaut, leurs boucliers rejetés sur leurs épaules.
Sur le revers du premier pylône, existe encore un tableau relatif à une campagne contre la grande nation de Skheta ou Chéto : le roi, debout sur son char, prend une flèche dans son carquois fixé sur l'épaule, et la décoche contre une forteresse remplie de barbares. Les soldats égyptiens et les officiers attachés à la personne du roi marchent à sa suite, rangés sur quatre files parallèles.
Ces grandes sculptures méritent bien le titre d'historiques, par le nombre considérable de noms de peuples et de nations asiatiques ou africaines qu'on peut y recueillir, et qui ouvrent un nouveau champ de recherches à la géographie comparée; ce sont de précieux éléments pour la reconstruction du tableau ethnographique du monde dans la plus antique période de son histoire , et il paraît possible de rapprocher ces noms égyptiens de peuples avec ceux que nous ont transmis les géographes grecs, et ceux que contiennent les textes hébreux et les mémoires originaux des nations asiatiques.
On peut y recueillir aussi des noms plus modernes et qui n'en sont pas moins utiles à l'histoire, oui ignore souvent les faits que nous révèlent ces monuments. C'est ainsi qu'au temple situé au nord d'Esneh, et sur les sculptures duquel se trouvent successivement les noms de Ptolémée Éverpète Ier, de sa femme Bérénice, de Philopator, et des empereurs Hadrien, Antonin et Vérus, le soubassement extérieur de la partie gauche est occupé par un tableau représentant une série de captifs où sont figurés les peuples vaincus par Ptolémée Évergète 1er, selon toute apparence. Chacune des figures porte attaché à sa poitrine un bouclier sur lequel le nom de sa nation est tracé, et on lit très-distinctement, dans la liste des peuples que le vainqueur se vante d'avoir soumis, les noms de l'Arménie, de la Perse, de la Thrace et de la Macédoine ; peut-être aussi ces conquêtes furent-elles faites par un empereur romain.
11 est toutefois indispensable de faire remarquer à ce sujet , que les scènes militaires relatives aux guerres des Ptolémées ou des empereurs romains sont d'une extrême rareté sur les monuments de l'Egypte; au contraire, les scènes religieuses du même temps y sont fort communes : l'antique rituel égyptien avait jusque-là conservé toute son autorité, et l'accomplissement des devoirs envers Dieu était pour le roi d'Egypte la plus solennelle comme la plus importante de ses obligations.
Ces tableaux si multipliés des campagnes de l'armée égyptienne donnent nécessairement une grande idée de l'état militaire de l'Égypte. On a estimé à 180 mille hommes de toutes armes les forces de cette nation habituellement sur pied ; mais cet état dut être successivement augmenté quand l'Égypte entreprit des conquêtes quelquefois très-lointaines, et qui exigèrent un très-grand développement de moyens militaires, sous le règne de Sésostris, par exemple.
Son nom est un des plus fréquents dans les légendes historiques de l'É-
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gypte, surtout dans les bas-reliefs qui représentent des sièges, des combats, des allocutions, des marches militaires, des passages de fleuves. Il pénétra dans les pays éloignés de l'Égypte, et il est, sur d'autres tableaux, l'objet des hommages de peuples vaincus ou captifs , dont la couleur et le costume n'ont rien de commun avec les Égyptiens figurés sur ces mêmes reliefs ; il pénétra dans l'intérieur de l'Afrique, et on le voit dans de riches sculptures recevant en présent des productions propres à cette région, telles que des girafes, des autruches, et diverses espèces de singes et de gazelles.
Les prêtres dirent à Hérodote que Sésostns fut le premier roi d'Égypte qui, s'embarquant sur une flotte composée de vaisseaux longs, partit du golfe Arabique, et soumit les peuples habitant les côtes de la mer Erythrée.
Ils ajoutaient , qu'en poursuivant sa route , il parvint à une mer où il lui fut impossible de naviguer à cause des bas-fonds, et qu'il se vit forcé de revenir en arrière. De retour en Égypte de cette expédition maritime, il se mit à la téte d'une armée nombreuse, et fit une invasion sur le continent, soumettant par la force des armes toutes les nations qu'il trouva sur son chemin. Dans le cours de ses conquêtes, toutes les fois qu'il avait eu à se mesurer contre des peuples valeureux et combattant avec énergie pour leur liberté, il faisait élever sur leur territoire, quand il s'en était rendu maître, des colonnes portant une inscription qui contenait seulement son nom. celui ae sa patrie, et le détail des forces qu'H avait été obligé d'employer pour soumettre cette contrée.
Sésostris traversa ainsi tout le continent ; passant ensuite de l'Asie en Europe, il soumit les Scythes et les Thraces. Le pays habité par ces peuples est , dans l'opinion d'Hérodote , le point le plus éloigné que l'armée égyptienne atteignit, puisqu'on y voit encore, dit-il, des colonnes élevées par cette armée, et que l'on n'en trouve pas au-delà. A partir de ce point, Sésostris revint sur ses pas, et arriva
11* Livraison. (Égtptb.)
aux bords du Phase. De ces colonnes militaires élevées par Sésostris dans les diverses contrées qu'il soumit, la plupart ne subsistaient plus du temps d'Hérodote. « Cependant, dit l'histo- « rien, j'en ai vu moi-même dans la « Syrie Palestine, sur lesquelles était « gravée ("inscription dont j'ai parlée On voit aussi, ajoute-t-il, dans rlonie, deux figures de Sésostris sculptées en pierre ; l'une sur le chemin qui va d'Éphèse à Phocée, et l'autre sur celui de Sardes à Smyrne. Chacune représente un homme de la grandeur de quatre coudées et demie, tenant une lance dans sa main droite et un arc dans la gauche, avec le reste de l'habillement répondant à cette armure, c'est-à-dire moitié éthiopien, moitié égyptien ; et on voit sur la poitrine de chaque figure, allant d'une épaule à l'autre, cette inscription en caractères égyptiens : «Cest moi que ces puissantes épaules ont rendu maître de ce pays. »
Les témoignages de l'historien grec au sujet des victoires de Sésostris en Orient et dans l'Europe même avaient soulevé beaucoup de doutes, et le scepticisme moderne, par paresse ou par vanité , ne voyait dans ces narrations que la suite d'un orgueilleux mensonge de la part des prêtres égyptiens abusant de la crédulité d'Hérodote. Il paraîtrait aujourd'hui que des voyageurs de notre temps auraient vu aussi dans la Syrie Palestine quelquesunes des colonnes commémoratives du passage et des victoires de ce grand roi. Un voyageur anglais a découvert le premier, à Nahhar-el-Kelb , en Syrie, non loin de Beyrouth ( l'ancienne Berythus ) , une inscription qu'il dit être bilingue, tracée à la fois en hiéroglyphes égyptiens et en caractères cunéiformes, et contenant le cartouche royal de Sésostris. Plus récemment encore, un officier de l'armée française, M. C. Callier, capitaine d'état- major, a revu ce même monument de Beyrouth, et c'est d'après une note dont je dois la communication à son obligeance, qu'on en trouvera ici une idée plus exacte.
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A trois heures environ au nord de Béryte, en allant vers Tripoli, la route coupe un contre-fort de roche calcaire qui s'étend jusqu'à la mer, et au pied duquel coule l'ancien Lycus , nommé aussi par les Arabes, Nahr-el-Kelb , Fleuve du chien. Le rocher, taillé pour faire place à la route, a été ensuite aplani avec soin sur le côté, et des bas-reliefs encadrés y ont été sculptés. Ces tableaux sont de deux à deux au nombre de six ; d'antres sont complètement isolés , et le style de la sculpture comme le caractère des inscriptions leur donnent évidemment deux origines et deux époques. Les plus anciens sont de style égyptien, et pour le travail et pour le sujet : ils occupent les places les plus commodes et les surfaces les mieux polies. Leur sculpture est au simple trait, et quoique trèsdégradés , on y reconnaît les types essentiels des représentations égyptiennes. Dans un tableau , le Pharaon offre des prisonniers au dieu Ammon; dans un autre, le roi paraît châtier des rebelles ou des coupables. Dans Tune de ces représentations, plusieurs caractères hiéroglyphiques se distinguent facilement, séparés entre eux par des espaces oblitérés par le temps ; enfin, parmi les caractères visibles, on remarque le commencement du cartouche de Sésostris . comme r*a assuré à M. Collier un artiste qui a travaillé plusieurs années en Egypte. II nous faudra donc bientôt croire aux campagnes lointaines et aux mémorables victoires de Sésostris dans l'ancien inonde ; victoires qui élevèrent l'Égypte au plus haut degré de sa puissance politique et de sa splendeur intérieure.
Si les rapports de l'histoire ne nous trompent pas, Sésostris comptait au nombre des contrées qui lui étaient soumises, ou tributaires de l'Égypte, la Nubie entière, l'Abyssinie, le Sennaar, une foule de contrées du midi de l'Afrique , toutes les peuplades errantes dans les déserts de l'orient et de l'occident du Nil , la Syrie , l'Arabie où les plus anciens rois d'Egypte possédèrent des établissements dont on a reconnu les traces à Djebel-el-Moka-
teb, el-Magora et Sebouth-el-Kadim , où paraissent avoir existé des usines pour le cuivre; les royaumes de Babylonc et de Ninive, une grande partie de l'Asie mineure, l'île de Chypre, plusieurs îles de l'Archipel, et les pays qu'on nomma ensuite la Perse . rien n'égala jamais tant de puissance et tant de splendeur.
Sésostris avait ramené une foule innombrable de captifs de tous les pays qu'il avait subjugués. Il les occupa à de grands ouvrages d'utilité publique ; ils tirèrent des carrières les immenses matériaux employés par son ordre dans la construction du temple de Phtha ; ils creusèrent une grande quantité de canaux destinés par la prévoyance du roi à porter sur tous les points habités l'eau potable du Nil. C'est ainsi que les plus utiles améliorations intérieures et une prospérité universelle légitimèrent, en quelque sorte, les fruits glorieux de la victoire.
Ils avaient contribué à établir des communications régulières entre l'empire égyptien et celui de l'Inde son contemporain. Le commerce entre les deux pays avait alors une grande activité : la découverte fréquente , dans les vieux tombeaux égyptiens , de toiles et d'étoffes de fabrique indienne, de meubles en bois des Indes, et de pierres dures taillées, venant certainement du même pays, ne laissent aucun doute sur l'état prospère des relations commerciales entre I Inde et l'Égypte, à cette époque où les peuples européens et la plupart des nations asiatiques étaient encore opprimées par la barbarie ; et c'est ainsi que Thèoes et Memphis se montrent comme les premiers centres du commerce, avant que Babylone/Tyr, Sidon et Alexandrie, héritassent successivement de ce beau privilège. Les triomphes des armées égyptiennes assurèrent à leur pays tous ces a van tiges. Qu'on ne répète donc pas que l'Egypte ne fut pas guerrière ; son sol est couvert d'indestructibles trophées. Germanicus, parcourant les bords du Nil, visita les vénérables débris de la grandeur de
l'antique Thèbes , et il interrogea les plus âgés parmi les prêtres, sur le contenu des inscriptions hiéroglyphiques dont ces débris étaient couverts ; et les prêtres lui répondirent qu'on y lisait des notions sur l'état ancien de l'Égypte, sur ses forces militaires et ses revenus ; que ces notions se rapportaient particulièrement à l'époque où le roi Rnamsès fit la conquête de la Libye, de l'Éthiopie, de la Syrie et de l'Asie ; qu'il y avait alors sept cent mille hommes en âge de porter les armes, et qu'à leur tête ce roi avait pénétré chez les Mèdes, les Perses, dans la Bactriane, la Scythie, en Arménie , en Cappadoce , et avait soumis à la fois la terre et les mers. Des monuments encore debout nous tiennent aujourd'hui un semblable langage. De vieux prêtres égyptiens nous rediraient les mêmes paroles que celles que Germanicus entendit sur les ruines de Thèbes, et que Tacite nous a fidèlement conservées.
A ces notions générales, tirées des fastes militaires de l'Égypte, il nous reste à ajouter quelques détails propres à compléter, du moins autant que nous le permettent les faits isolés qui nous sont parvenus, ce qu'il est possible de bien savoir aujourd'hui sur les institutions militaires de cette illustre nation.
Le roi , chef de l'armée de terre et de mer, s'en réservait le commandement supérieur, et déléguait à de grands officiers celui des divisions, des provinces et des places d'armes. On a vu plus haut , pâg. 157, les titres et fonctions militaires des trois (ilsdu Pharaon Rhamsès-Méïamoun, et à la p. 143 les grades accordes aux fils de S< -ostris. Les autres chefs militaires, faisant le service auprès du roi, étaient appelés des oeris, et leur tête était ornée d'une plume d'autruclie. Les officiers de divers grades étaient reconnus à certains signes extérieurs. On y ajouta des décorations honorifiques, enfin des titres qui l'étaient également, et qui étaient ceux de cousin , de parent ou d'ami du roi.
Chaque province ou nome était sous
TE. us
l'autorité d'un commandant militaire:
les inscriptions grecques du temps des Ptolémées et des Romains mentionnent les noms et les qualités de quelques-uns de ces haute fonctionnaires royaux ; et si l'on voulait réunir des notions certaines sur la répartition des garnisons militaires dans l'Égypte des Pharaons et dans l'Égypte des Lagides, on pourrait avec .succès prendre pour guide l'état de ces répartitions consigné dans le précieux opuscule latin connu sous le titre de Notice des dignités de l'empiré romain. L'état physique de l'Égypte n'admettait pas de variations sensibles dans son système de défense, tant que le système des armes ne changea point. Au midi, on gardait Éléphantine, Syène et les lies voisines ; a l'est, Peïuse et Daphné; à l'ouest, Maréa et autres points vers la chaîne libyque.
L'Égypte eut des possessions audelà de Svène et de la première cataracte. Plusieurs monuments élevés par les anciens Pharaons y subsistent encore , et des inscriptions votives ou dédicatoires prouvent , sans nul doute , que l'autorité militaire y était confiée par les Pharaons, à des princes même du pays et aux enfants de ses familles les plus distinguées.
On n'a trouvé, en effet, sur les monuments de la Nubie, que des noms de princes éthiopiens et nubiens , comme gouverneurs de ces pays. La Nubie était donc si intimement incorporée à l'Égypte, que les Pharaons confiaient à des personnages nubiens le commandement des troupes dans leur propre pays.
On voit, en effet, à Ibsamboul, sur les rochers, une stèle sculptée, dans laquelle le nommé Mai, qui porte le titre de commandant des troupes en Nubie, et qui est né dans la contrée de Ouaou, 1 un des cantons de la même contrée, célèbre les louanges de Rhamsès-le-Grand sur un ton très-emphatique. D'autres stèles désignent divers autres princes éthiopiens comme employés militaires de Sésostris en Nubie.
Une des excavations de Maschakith,
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dans la même contrée, est une chapelle dédiée à la déesse Anoukè (Vesta) et aux autres dieux protecteurs de la Nubie, par un prince éthiopien, nommé Pohi , qui était gouverneur de la province pendant le règne du même Sésostris : il supplie la déesse pour que ce conquérant foule les Libyens et les Nomades sous ses sandales, à toujours.
Dans un autre tableau, sculpté sur les rochers d'Ibsamboul, un autre prince éthiopien présente au même roi Sésostris l'emblème de la victoire, et on v lit la légende suivante : Le royal fils d'Ethiopie a dit : Ton père Amon-Ra t'a dote, ô Rhamsès, d une vie stable et pure ; qu'il t'accorde de longs jours pour gouverner le monde et pour contenir les Libyens , à toujours.
Ibrim, l'ancienne Primis des géographes grecs , en Nubie , est remarquante par un certain nombre de spéos ou excavations faites de main d'homme dans le rocher. Champollion le jeune, qui les a vues, en donne la description suivante :
Le second spéos, sculpté et peint, appartient au règne de Mœris, dont la statue, assise entre celles du dieu seigneur d'Ibrim et de la déesse Saté (Junon) dame de Nubie, occupe la niche du fond. Cette chapelle , aux dieux du pays, a été creusée par les soins d'un prince nommé Nahi, grand personnage, portant dans toutes les légendes le titre de gouverneur des terres méridionales, ce qui comprenait la Nubie entre les deux cataractes. Ce qui reste d'un grand tableau sculpté sur la paroi de droite, nous montre ce prince debout , devant le roi assis sur un trône, et accompagné de plusieurs autres fonctionnaires publics, présentant au souverain, à ce nue dit l'inscription hiéroglyphique (malheureusement trèscourte) qui accompagne ce tableau, les revenus et tributs en or, eu argent, en grains, etc., provenant des terres méridionales dont il avait le gouvernement. Sur la porte du spéos est inscrite la dédicace que le prince a faite du monument.
Le troisième spéos d'Ibrim est du règne suivant , d'Aménophis II, successeur de Mœris, sous lequel les terres du midi étaient administrées par un autre prince, nommé Osorsaté. Sur la paroi de droite, ce roi Aménophis II est représenté assis, et deux princes, parmi lesquels Osorsaté occupe le premier rang, présentent au Pharaon les tributs *les terres méridionales et les productions naturelles du pays, y compris des lions, des lévriers et des schacals vivants, comme porte l'inscription gravée au-dessus du tableau , laquelle spécifiait le nombre de chacun des objets offerts, comme, par exemple, 40 lévriers et 10 schacals vivants ; l'état de dégradation du texte n'a pas permis d'en tirer autre chose que les faits généraux. Au fond du spéos la statue du roi Aménophis le représente assis entre les dieux d'Ibrim.
Le plus récent de ces spéos, le quatrième, est encore un monument du même genre et du règne de Sésostris, Rhamses-le-Grand. Cest aussi un gouverneur de la Nubie qui l'a fait creuser en l'honneur des dieux d'Ibrim, Hermès à tête d'épervier et la déesse Saté, à la gloire du Pharaon dont la statue est assise au milieu des deux divinités locales , dans le fond du spéos. Mais, à cette époque, les terres du midi étaient gouvernées par un prince éthiopien , dont on retrouve des monuments à Ibsamboul et à Ghirsché.
Ce personnage est figuré dans le spéos d'Ibrim, rendant ses respectueux hommages à Sésostris, et à la tête de tous les fonctionnaires publics de son gouvernement, parmi lesquels on compte deux hiérogrammates , plus le grammate des troupes , le grammate des terres, l'intendant des biens, et d'autres scribes sans désignation plus particulière; et il est a remarquer, à l'honneur de la galanterie égyptienne, que la femme du prince éthiopien Satnouï se présente devant Sésostris immédiatement après son mari, et avant les autres fonctionnaires. Cela montre, aussi bien que mille autres faits pareils, combien la civilisation égyptienne différait essentiellement de
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