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celle de l'Orient, et se rapprochait de la nôtre.
Il y a; aussi sur les rochers qu'on trouve de Philœ à Syène, un grand nombre d'jnscriptions commémoratives d'actes relatifs à des militaires.
On y voit des sculptures représentant des princes éthiopiens rendant hommage à Sésostris, ou à son grand-père; une inscription mentionnant une victoire, remportée sur les Libyens, par le roi Thouthmosis 1er, Tan vu de son règne, et le 8 du mois de phamènoth ; une autre inscription au successeur de ce roi, d'Aniénophis III (Memnon), et en quatorze lignes, rappelant que ce Pharaon venait de soumettre les Éthiopiens , l'an ve de son règne, et que, passant dans ce lieu, il y a tenu une panégyrie.
Un des speos de Silsilis est encore plus remarquable par l'ensemble des sujets militaires dont il est orné, et il remonte aux premiers temps de la XVIII* dynastie égyptienne. C'est encore aux narrations de Champollion le jeune que la description qui suit est empruntée :
Le plus important des monuments de Silsilis est un grand spéos, ou édifice creusé dans la montagne', et plus singulier encore par la variété des époques des bas-reliefs qui le décorent. Cette belle excavation a été commencée sous Horus de la XVIII*' dynastie ; ou en voulait faire un temple dédié à Ammon-Ra d'abord, et ensuite au dieu Nil, divinité du lieu, et au dieu Sevek (Saturne à tête de crocodile), divinité principale du nome Ombite , auquel appartenait Silsilis. C'est dans cette intention qu'ont été exécutés , sous le règne d'Horus, les sculptures et inscriptions de la porte principale , tous les bas-reliefs du sanctuaire, et quelques-uns des bas-reliefs qui décorent une longue et belle galerie transversale qui précède le sanctuaire.
Cette galerie, très-étendue , forme un véritable musée historique. Une de ses parois est tapissée, dans toute sa longueur, de deux rangées de grandes stèles ou de bas-reliefs sculptés sur un roc, et, pour la plupart, d'époques
diverses ; des monuments semblables décorent les intervalles des cinq portes qui donnent entrée dans ce curieux muséum.
Les plus anciens bas-reliefs, ceux du roi Horus, occupent une portion de la paroi ouest : le Pharaon y est représenté debout, la hache d'armes sur l'épaule, recevant d' Ammon-Ra l'emblème de la vie divine, et le don de subjuguer le nord et de vaincre le midi. Au-dessous sont des Éthiopiens, les uns renversés, d'autres levant des mains suppliantes devant un chef égyptien qui leur reproche, dans la légende, d'avoir fermé leur cœur à la prudence et de n'avoir pas écouté lorsqu'on leur disait : « Voici que le lion s'approche de la terre d'Éthiopie (Kousch). » Ce lion -là était le roi Horus qui fit la conquête de l'Éthio-
Kie, et dont le triomphe est retracé sur ;s basrreliefs suivants.
Le roi vainqueur est porté par des chefs militaires sur un riene palanquin, accompagné de flabellifères. Des . serviteurs préparent le chemin que le cortège doit parcourir ; à la suite du Pharaon viennent des guerriers conduisant des chefs captifs ; d'autres soldats, le bouclier sur l'épaule, sont en marche , précédés d'un trompette ; un groupe de fonctionnaires égyptiens, sacerdotaux et civils, reçoit le roi et lui rend des hommages. *
La légende hiéroglyphique de ce tableau exprime ce qui suit : « Le dieu gracieux revient (en Égypte), porté par les chefs de tous les pays (les nomes) ; son arc est dans sa main comme celui de Mandou , le divin seigneur de l'Égypte ; c'est le roi directeur des vigilants, qui conduit (captifs) les chefs de la terre de Kousch (l'Éthiopie), race perverse; ce roi , directeur des mondes, approuvé par Phré, fils du soleil et de sa race, le serviteur d'Ammon, Horus , le vivificateur. Le nom de sa majesté s'est fait connaître dans la terre d'Éthiopie que le roi a châtiée conformément aux paroles que lui avait adressées son pere Ammon. »
Un autre bas-relief représente la conduite , par les soldats , des prison-
L'UNIVERS
niers du commun en fort grand nombre ; leur légende exprime les paroles qu'ils sont censés prononcer dans leur humiliation : « O toi vengeur ! roi de la terre de Kémé (l'Êgypte), soleil des Niphaïat (les peuples libyens), ton nom est grand dans la terre deKousch (l'Éthiopie),donttu as foulé les signes royaux sous tes pieds ! »
Enfin , nous indiquerons encore les monuments de Beit-Oually, en Nubie, comme formant un tableau complet des circonstances et des suites d'une campagne militaire, de ses résultats pour 1 Egypte et pour le pays subjugué , et comme un témoignage de la sagesse des Pharaons dans l'usage de la victoire, dont aucune pratique barbare ne ternissait l'éclat, le prince ne cessant d'être inspiré dans ses résolutions par la prudence de ses conseils et l'intérêt bien compris de son pays , qu'il n'oubliait pas d enrichir des productions des provinces conquises.
Nous avons déjà décrit ces sculptures de Beit-Oually ( pag. 152). Nous (levons ajouter que les bas-reliefs sont des plus remarquables par leur exécution, et qu'ils donnent une idée vraie de la perfection de ce genre de travail en Egypte ; dans ces scènes variées , les physionomies varient aussi selon les circonstances qui dominent le sujet représenté.
Mais ce n'est pas dans les temples seulement que Phistorien doit chercher des données positives sur la caste militaire en Égypte; comme pour toutes les autres parties de ses annales, pour celle-ci les tombeaux récèlent des documents plus précieux et plus complets que n'auraient pu l'être les plus minutieuses narrations écrites. Des tableaux sculptés et peints parlent plus vivement à 1 esprit que les phrases les plus parfaites , et ce ne sera pas sans obtenir, nous l'espérons, l'approbation des lecteurs, aue nous aurons préféré jusqu ici la simple description de ces tableaux si expressifs, à des déductions nécessairement incomplètes dans leurs détails. L'Égypte, elle-même, a tracé pour nos yeux ce que nous désirons d'apprendre : laissons-la donc nous
dire, elle-même, par ses tableaux, ce qu'elle fit durant des siècles et avec une persévérance dans ses coutumes, qui proclame bien haut toute la certitude de la science qui les établit.
Beni-Hassan, plus au midi que le Kaire, a dans son voisinage un certain nombre de grottes décorées de peintures d'une prfaite conservation, toutes relatives a la vie civile, aux arts et métiers, et, ce qui est plus rare, à la caste militaire. Les deux hypogées les plus reculés au nord surpassent tous les autres par leur étendue et par la perfection de leur décoration. L'un des deux est le tombeau d'un chef administrateur des terres orientales de l'Heptanomide, nommé Néhôthph, au IXe siècle avant l'ère chrétienne.
Les peintures qui décorent cet hypogée, dit Champollion le ieune, sont de véritables gouaches d une finesse et d'une beauté de dessin fort remarquables; les animaux, quadrupèdes, oiseaux et poissons, y sont peints avec tant de finesse et de vérité, qu'ils ressemblent à nos beaux ouvrages d'histoire naturelle. C'est dans ce même hypogée qu'existe un tableau du plus haut intérêt : il représente quinze prisonniers, hommes , femmes ou enfants, pris par un des fils de Néhôthph, et présentes à ce chef par un scribe royal, qui offre en même temps une feuille de papyrus sur laquelle sont relatés la date de la prise, et le nombre de captifs, qui était de trente-sept. Ces captifs, grands et d'une physionomie toute particulière, à nez aquilin pour la plupart, étaient blancs comparativement aux Égyptiens , puisqu'on a peint leurs chairs en jaune roux pour imiter ce que nous nommons la couleur de chair.
Les hommes et les femmes sont habillés d'étoffes très-riches, peintes (surtout celles des femmes) comme le sont les tuniques des dames grecques, sur les vases grecs du vieux style : la tunique, la coiffure et la chaussure des femmes captives peintes à Béni -Hassan ressemblent à celles des dames grecques des vieux vases , et on voit sur la robe d'une d'elles l'ornement enroulé si connu sous le nom de grecque , peint
rtGYPTK. ter
en rouge, bleu et noir, et tracé vertl- truinents à l'usage des troupes. Ke-
calement. cemment encore on a découvert un
Les hommes captifs, à barbe poin- char tout entier en bots , démonte,
tue, sont armés d'arcs et de lances, et mais qu'il eût été facile de reconstruire,
l'un d'entre eux tient en main une lyre Destiné au musée du Louvre, ce mor-
grecque de vieux style aussi. Sont-ce ceau précieux lui a été soustrait
des Grecs? Je le crois fermement, par l'infidélité d'un intermédiaire en
mais des Grecs ioniens, ou un peuple Égypte.
d'Asie-Mineure, voisin des colonies Plutarque dit que les anneaux des
ioniennes et participant de leurs mœurs membres de la caste militaire avaient
et de leurs habitudes : n'est-ce pas une pour cachet la figure du scarabée, et
chose bien curieuse que des Grecs du Horus Apollo en donnait cette raison :
IXe siècle avant J.-C., peints avec 11- que le scarabée désignait l'Iwrame
délité par des mains égyptiennes? J'ai parce qu'il n'y a pas de femelle dans
fait copier ce long tableau en couleur cette espèce d'animal. Rien n'est plus
avec une exactitude toute particulière : commun , en effet , que les scarabées
pas un coup de pinceau qui ne soit dans en toute matière, montés ou non
l'original. montés en bague , et portant gravés,
Il paraît aussi , par plusieurs monu- sur leur partie plate, les sujets les plus ments d'un autre genre, que comme variés. On y distingue la figure du les autres citoyens de l'Egypte, les mi- scarabée même, des armes diverses, et litaires accomplissaient les devoirs or- même des hommes en armes, donnés par la religion : on les recon- Il y avait aussi des emblèmes connaît dans les cérémonies publiques : sacrés à l'usage de la caste militaire * ils exigèrent les mêmes soins pour leur le vautour et l'épervier étaient celui de sépulture, et des proscynema, faits en la victoire. C'était une opinion coinleur nom ou par eux-mêmes, se trou- m une en Égypte, que le vautour, eu vent dans divers lieux de dévotion , temps de guerre, marquait et circonhabitucllcment honorés ou visités par scrivait, sept jours d'avance, le Keu les fidèles durant les prospérités du où l'on devait combattre. On ajoutait culte égyptien. L'île de Begbé, voisine nue le même oiseau présageait la déde celle de Philse, était un de ces lieux faite d'une des deux armées, en se saints et sacrés, et le but de pieux pè- tournant du côté de celle qui devait lerinaçcs ; il y subsiste encore une être vaincue et souffrir la plus grande vingtaine d'inscriptions attestant que perte ; c'est pourquoi les anciens des personnages de considération y sont rois, dit la tradition, avaient couvenus faire leurs dévotions , et parmi tume d'envoyer des inspecteurs pour eux est nommé un basilico - gram- examiner et leur rapporter de quel mate, commaudant des troupes sous côté du terrain occupe par les corn- Aménophis III ou Memnon. En Egypte, battants le vautour se tournait. Ce les sentiments religieux étaient une qui est certain , c'est que , dans toudes conditions essentielles du véritable tes les représentations de combats patriotisme. recueillies sur les monuments égyp-
Nos musées renferment des armes tiens , le roi combattant sur son char
de toute espèce, semblables à celles ou bien à pied, est accompagné du
que les monuments nous font connaî- vautour, qui plane au-dessus de sa
tre : arcs en bois , garnis d'une corde tête ; son vol est dirigé vers les en-
de boyau ; flèches et javelines en bois , nemis, et il tient dans ses serres Pwn-
barbeïées, armées de pointes en os ou blême de la victoire (voyez pl. 6).
en bronze, et celles de chasse, en jonc, Il en était de même dans les com-
armées en silex ; sabres , poignards , bats sur mer : la même protection et.
hache recourbée , masse , etc. , etc. , les mêmes présages accompagnaient fe
ainsi que des tambours, des flûtes roi. Des monuments authentiques
droites ou traversicres , et autres ins- nous montrent la flotte égyptienne
L'UNIVERS
combattant celle d'un ennemi non moins avancé dans l'art naval. Les navires sont conduits à la rame et à la voile : ceux des deux partis s'ap-
Srochent le plus possible; les solats rivaux s'attaquent et combattent d'un bord à l'autre ; des cordages armés de crocs sont lancés pour saisir l'embarcation ennemie ; on monte à l'abordage; l'équipage et les troupes sont égorgés ou faits prisonniers ; dans la mêlée, quelques navires sont renversés, et ils sont submergés avec les hommes qui les montent. La forme et l'armement de ces navires ne permettent pas de supposer qu'ils fussent propres à des navigations de long cours; mais les mers d'Éevpte n'étaient pas très-difficiles; des vents périodiques dirigeaient le navigateur le long des côtes de la mer Rouge ; et du détroit qui l'unit à l'Océan indien, sa distance n'était pas considérable jusqu'à la presqu'île en deçà du Gange. Aussi a-t-on reconnu pour des Indiens, à leurs physionomies, le peuple auquel les Égyptiens livrent un combat sur mer.
Le combat figuré sur le monument de Médinet-Habou appartient au règne de Rharnsès-Méîamoun qui remonte au XV* siècle avant l'ère vulgaire. Il nous reste encore d'autres preuves de l'antiquité de l'emploi d'une marine régulière en Égypte comme force de l'état; et nous" indiquerons comme unedes plus eu rieuses et des plus importantes pour l'histoire, un hypogée creusé dans la chaîne Arabique, au voisinage de la ville d'Éléthya, et qui fut le tombeau d'un grand personnage nommé Ahmosis, fils des Obschné, et chef des nautoniers. Une grande inscription de plus de trente colonnes est gravée dans ce tombeau , et le défunt, qui s'adresse à tous ceux qui la liront. leur fait sa propre histoire, dont voici les traits principaux : après avoir exposé qu'un de ses ancêtres tenait un rang distingué parmi les serviteurs d'un des anciens rois de la XVIe dynastie, il annonce qu'il est entré luimême dans la carrière navale, dans les jours du roi Ahmosis le dernier
de la XVII* dynastie ; qu'il est allé rejoindre le roi à Tanis ; qu'il a pris part aux guerres de ce temps , où il a servi sur l'eau ; qu'il a ensuite combattu dans le miai , où il a fait des prisonniers de sa main ; que dans les guerres qui eurent lieu la sixième année du règne du même Pharaon , il a pris un riche butin sur les ennemis , qu'il a suivi le roi Ahmosis lorsqu'il s est rendu par eau dans l'Éthiopie pour lui imposer des tribus ; qu'il se distingua aussi dans cette guerre ; et qu'enfin, il a commandé desKltiments sous le règne du roi Thouthmosis Ier, après quoi il mourut.
C'est là sans aucun doute le tombeau d'un des officiers de la marine qui combattirent sous le roi Ahmosis contre les Hykshos à l'époque où ils furent enfin expulsés de I Égypte, qui vit le succès couronner ses efforts et ceux de ses princes, et reçut de Thouthmosis Ier, qui rétablit l'ancien ordre de choses en Égypte , la récoin -
Sensé que méritaient plusieurs siècles e bons services rendus à l'état par ses ancêtres et par lui-même. Nous trouvons, de plus, dans le reste de l'inscription funéraire du marin Ahmosis, un témoignage contemporain de la restauration de la monarchie égyptienne par l'établissement de la XVlir dynastie, un peu plus de 1800 ans avant l'ère vulgaire, les faits relatés dans l'inscription s'accordant avec les fragments qui nous restent des récits des mêmes événements par l'historien Manéthon. C'est ainsi que chaque monument vient à son tour concourir à étendre les certitudes de l'histoire égyptienne, depuis les derniers règnes de la XVII* dynastie.
Ajoutons, enfin, que la gloire militaire des Pharaons était célébrée par tous les arts à la fois , et tandis que la sculpture et la peinture ornaient les monuments publics des représentations multipliées de leurs grandes actions guerrières, l'éloquence les célébrait de son côté dans le style le plus élevé et en des termes très-propres à exciter l'amour et la reconnaissance des peuples. Il nous est parvenu un de ces
ÉGYPTE
panégyriques, à peu près complet, et qui deia a obtenu quelque célébrité.
C'est le rouleau de papyrus possédé par M. Sallier, d'Aix en Provence, et que Champollion le jeune , qui le vit en 1828, annonça au monde savant en ces termes :
« J'ai reconnu dans un paquet de papyrus égyptiens non funéraires, 1° un long manuscrit en fort mauvais état, qui m'a paru contenir des thèmes astrologiques en belle écriture hiératique ; 2° deux rouleaux contenant des espèces d'odes ou litanies à la louange d'un Pharaon ; 3° un rouleau dont les premières pages manquent, mais qui contient les louanges et les récits des exploits de Rhamsès-Sésostris , toutà-ratt en style biblique, c'est-à-dire sous la forme d'une ode dialoguée entre les dieux et le roi.
« Ce manuscrit est de la plus haute importance, et le peu de temps que j'ai donné à son examen m'a convaincu que c'est un vrai trésor historique.
J'en ai tiré les noms d'environ douze nations vaincues, parmi lesquelles sont spécialement nommés les Ioniens , Iouni. et les Lyciens, Louka ou Louki; plus les Éthiopiens , les Arabes , etc.
Il est parlé de leurs chefs emmenés en captivité, et des impositions que ces pays ont supportées. J'ai relevé avec soin tous ces noms de peuples vaincus, qui, étant parfaitement lisibles et en écriture hiératique , serviront à faire reconnaître ces mêmes noms en hiéroglyphes sur les monuments de Thèbes et a les rétablir s'ils sont effacés. L'existence de ce manuscrit est un fait immense, et il porte la date de Tan IX, au mois de paoni, du règne de Rhamsès-le-Grand. »
A son retour d'Egypte, le voyageur français revit à Aix cette précieuse relation historique, et la revit avec un nouvel intérêt, ayant reconnu ce même texte du manuscrit hiératique , tracé en caractères hiéroglyphiqes sur la paroi extérieure sud d'un des palais de Thèbes, toutefois fort mutilé dans plusieurs passages.
On a recueilli a Aix , de la bouche de Champollion, l'énoncé du plan de cet
antique poème historique en prose.
« Les Scbéto (ou Scythes} s'exhortent à attaquer les Égyptiens; dénombrement de leurs chefs et des diverses nations leurs alliées dans cette guerre; un frrand nombre de peuples de l'Asie occidentale y sont dénommés, et particulièrement ceux de l'Asie mineure, tels que les Lyciens et les Ioniens. — Dénombrement des forces égyptiennes.
Le roi les harangue pour les exciter au combat : c'est Rhamsès lui-même
3ui rappelle cette circonstance et le iscours qu'il prononça : « Et moi , dit « le texte, j'adressai mes paroles à mes « fantassins ainsi qu'aux cavaliers, di- « sant : Préparez-vous , préparez vos « cœurs , ô mes fantassins, ô mes cava- « liers ; » et les guerriers répondirent à sa majesté, dont la vie soit heureuse; à leur bon seigneur, dont la vie soit heureuse ; et ils promettent de se montrer dignes de PÉeypte le jour de la bataille ; ils supplient le roi de les abandonner à leur ardeur, et ils s'écrient, en terminant leur discours : Donne la liberté au souffle de nos bouches ! — Le roi reprend ensuite la parole, et après quelques nouvelles exhortations, il met I armée en marche et s'approche contre la plaie de Schéto. — C'était la sixième rencontre ; et le roi , semblable à un dieu, se précipite sur eux et en fait un grand carnage. — Au milieu de l'action, le roi ne cesse d'exciter ses combattants ; enfin la victoire se déclare pour Sésostris ; elle est complète.— Sésostris annonce à ses troupes qu'il vient de serrer la main du cnef ennemi , et arrête le massacre des vaincus. — Récit du combat. — Les troupes de toute arme célèbrent la gloire du roi, et lui défèrent les titres les plus pompeux. — Le chef des vaincus vient haranguer Sésostris; réponse du roi ; nouvelle harangue à l'armée; humble soumission de la mauvaise race de Schéto. » Tout annonce que cette mémorable bataille fut livrée sur les bords de l'Oxus et qu'elle fut suivie de la prise de Bactrcâ , principal établissement des Scythes, et l'une des plus anciennes villes du monde.
On sait avec quelle attention PÉ-
L'UNIVERS
gvptc s'attacha à la conservation des documents de son histoire nationale.
L'existence de l'ouvrage que nous venons de faire connaître n'a donc rien de surprenant; il nous prouve aussi
3ue les grands princes trouvèrent de ignés historiens, et les hommes distingués de la caste militaire, d'éloquents panégyristes. L'éloge des vertus militaires et de la science des combats fut donc aussi pour la civilisation égyptienne une nécessité sociale.
Nous avons presque épuisé l'ensemble des notions historiques qu'il nous a été possible de réunir sur l'état de la caste militaire en Egypte , et nous pensons en avoir assez dit pour faire reconnaître son importance dans l'État, les règles générales de son organisation et son influence sur les brillantes destinées de l'Égypte. Implantée dans le sol, elle était indestructible comme les monuments qui la couvraient de toutes parts ; sa dotation territoriale était la garantie de sa durée, de son aisance et de ses services; les produits de plusieurs provinces lui appartenaient, et si l'on se souvient que quelques villes importantes, telles que Sais et Héliopohs, étaient plus spécialement la résidence de la caste sacerdotale,
Sue Panapolis est désignée comme parculièrement habitée par des ouvriers en lin et des tailleurs de pierre , peutêtre faudra-t-il aussi tirer une conséquence de plus de ce qui vient d'être dit des possessions de la caste militaire , et considérer les provinces dont les revenus lui appartenaient , comme étant aussi sa résidence ordinaire et celle des familles qui en faisaient partie. Enfin, on pourra peut-être aussi conclure de tous ces faits rapprochés, que l'Egypte était divisée en villes royales, villes sacerdotales, villes militaires et villes industrielles. Les Hébreux, élèves des Égyptiens , n'eurent-ils pas aussi leurs villes royales et leurs villes lévitiques?
On raconte qu un roi, nommé Séthon par Hérodote, négligea beaucoup Tordre des guerriers, présumant qu'il n'aurait pas besoin de leurs services*, et qu'il s'oublia jusqu'à les priver des
douze arourÇs de terre labourable concédées à chaque individu de la caste par les rois ses prédécesseurs et choisies parmi les meilleures terres. Mais peu de temps après, TÉgyptc ayant été attaquée par une armée nombreuse d'Assyriens, aucun soldat ne voulut marcher. La classe des artisans , des marchands et des ouvriers, se rangea autour du roi : la protection des dieux vint à son secours, et l'Égypte ne fut point envahie ; son salut fut ainsi l'ouvrage de ceux que la loi ne chargeait pas de sa défense.
Ce fait peut déjà faire pressentir la décadence d'une antique et puissante institution. On a raconté, plus haut, l'émigration des garnisons au midi de l'Égypte, sous le règne de Psammétichus, parce que ce roi ne tes avait pas relevées à l'époque prescrite par la constitution de la caste. La décadence était donc alors plus avancée, et elle pourra prouver qu'une institution militaire , telle que celle qui fut créée en Egypte, n'assurera jamais à l'État
3u*un patriotisme conditionnel, qu'un évouement préalablement soldé. Du reste , l'histoire est là avec ses dépositions pour éclairer les recherches du philosophe sur les avantages ou les inconvénients des privilèges héréditaires, des corporations incommutables , propriétaires territoriaux, et nous aurons peut-être fourni quelques données à la solution de cette question, par les détails sommairement réunis ici sur une des plus anciennes institutions de ce genre, la caste militaire égyptienne.
Il nous reste à parler du peuple, qui était aussi une caste à laquelle on avait fait ses droits et ses devoirs ; mais on a compris d'avance que partout les premiers diminuent et les seconds s'accroissent pour chaque caste, selon qu'elle est plus bas placée sur l'échelle des institutions publiques :
comme partout ailleurs , la caste po-
?ulaire était la dernière des trois en "gypte.
ÉGYPTE. 171
S xvi. de la classe popl'laire. et sa renommée s'affaiblirent dans Po-
pinion; une imprécation contre son Toute la portion de la population nom fut tracée en caractères sacrés libre qui n'appartenait ni à la caste sa- dans le sanctuaire même du temple cerdotale, m à la caste militaire , com- d'Ammon à Thèbes. Ce ne fut pas le posait en Égypte le troisième ordre de peuple qui porta ce jugement contre l'état, la caste populaire. L'agricul- le roi; mais il le confirma par une ta ture , l'industrie et le commerce lui cite adhésion. Il nous reste d'ailleurs furent spécialement attribués par les des preuves plus concluantes de l'autorèglements généraux et par un usage rité redoutable que la constitution que fortifièrent le temps et l'habitude, avait déférée à la caste populaire en Le peuple néanmoins exerçait une au- Égypte , et des témoignages de l'usage torité politique dans deux des occasions qu'elle ne manqua pas d'en faire à l'élesplus importantes pour l'état, à l'élec- gard de ceux de ses souverains qui, tion et à la mort des rois. L'élection oubliant ou méprisant leurs devoirs, ne fut pratiquée qu'aux plus anciens s'étaient justement attiré l'animad vertemps de la monarchie; pour les épo- sion publique, ques postérieures, tout au plus aux « C'est dans la vallée de Biban-elchangements de dynastie; et à cet Molouk , à Thèbes , dit Champollion le égard les rapports de l'histoire nous jeune, que sont les tombeaux des rois laissent dans une profonde incertitude, de la XVlir et de la XIXe dynastie. Au contraire , l'autorité populaire à la J'y ai visité ces princes dans leurs demort des rois s'exerça aussi long- meures funéraires; ces appartements temps que dura l'antique constitution y sont couverts de sculptures et de de I empire égyptien. Après l'expira- peintures , pour la plupart d'une étontîon du temps prescrit pour la durée nante fraîcheur; mais j'y ai vu un tomdu deuil public , la momie royale était beaude roi, martelé d'un bouta l'autre, portée en grande pompe à l'entrée du excepté dans les parties où se troutombeau ; elle y restait exposée aux re- vaient sculptées les images de la reine grets ou aux malédictions au peuple as- sa mère et celles de sa femme , qu'on semblé; chacun avait la liberté de repro- a religieusement respectées, ainsi que cher hautement au roi mort ses fautes leurs légendes. (Test, sans aucun doute, et ses mauvaises actions. Un prêtre ve- le tombeau d'un roi condamné après sa nait ensuite prononcer le panégyrique mort. » Le même voyageur a vu , dans du prince , rappeler ses services et ses la vallée d'EI-Assassif, territoire de bienfaits. L'assemblée prononçait alors Thèbes, un édifice où une légende rovalc un jugement sans appel; des applau- a été systématiquement martelée dans dissements nombreux accordés au pa- une foule de bas-reliefs de ce temple , négyrique absolvaient le roi de tout et il a reconnu que cette légende fut reproche, et les suffrages du peuple celle d'un Aménenthé, tuteur du roi accompagnaient sa dépouille dans le Mœris pendant sa minorité, et en qualieu préparé pour son éternelle de- lité de mari de la sœur du roi, apmeure. Si la désapprobation populaire pelée par son âge à précéder son frère
juge s étendait jusqu
de faire effacer des monuments et des étaient odieuses , fit effacer son nom
annales nationales le nom du roi frap- des monuments publics, avec le con-
pé par ces solennelles condamnations, cours de l'autorité, qu'on invoquait
Long-temps après la mort de Ménès, dans ces solennelles circonstances. De
fondateur de la monarchie égyptienne, notre temps, il y a de cela plus de
sa mémoire fut proscrite , à cause du 3500 ans.
grand luxe qu'il avait introduit dans * On voit aussi au musée de Turin une
les habitations domestiques. Sa gloire statue en très-beau grès rougeâtrê ,
L'UNIVERS
d'environ quinze pieds de hauteur ; c'est celle d'un Pharaon debout , dont le nom se lit sur l'agrafe de la ceinture qui lui serre sa tunique sur les reins. Il tient de la main gauche une grande enseigne sacrée, et son nom est encore gravé en beaux hiéroglyphes sur le bâton de cette enseigne ; il se lit jusqu'à sept fois sur les diverses parties de ce même colosse. Une autre statue du même roi est au musée britannique; un second colosse, semblable à celui de Turin, a été acheté à Rome et transporté au musée égyptien du Louvre ; c est toujours le nom de ce même Pharaon qui se trouve répété sur les statues de Londres et de Paris. On l'a remarqué aussi sur les différentes portions du palais de Karnac à Thèbes ; on le retrouve enfin sur le bel obélisque de la porte du Peuple à Rome : ce nom est celui du Pharaon Mandouëi , de la XVIIIe dynastie égyptienne; mais partout où ce nom existé, soit sur les images de ce roi , soit sur les édifices qu'il éleva , ce nom est soigneusement martelé, effacé, quoiqu'il soit exprimé par la figure même du dieu Mandou , dont le Pharaon portait le nom. La suppression systématique du nom de ce roi sur tous les monuments publics ne peut être expliquée que comme l'effet d'un de ces jugements sévères portés par le peuple égyptien contre ses méchants rois , au moment de leur mort.
Sur le palais de Louqsor, le nom du roi éthiopien Sabaco a été également proscrit et martelé ; celui de Taraka , autre Éthiopien, fut également martelé à Medinet-Habou. Sous la domination romaine, cet usage subsistait encore, * et l'autorité qui avait succédé à celle du peuple, succéda aussi à ses attributions dans le jugement du mérite des princes. Ce n'était plus, il est vrai, l'intérêt national qui s exprimait dans ces solennelles circonstances : les passions de l'empereur remplaçaient les doléances du peuple. On lisait sur le temple d'Ësnéh les noms des empereurs Septime-Sévère et Géta; Caracalla fit assassiner son frère Géta; sa mémoire et son nom furent proscrits par l'autorité impériale dans toute l'é-
tendue de l'empire; cette proscription les atteignit jusqu'au fona de la Thébaïde : les cartouches contenant le nom propre de Géta sur le temple d'Esnéh sont aussi régulièrement martelés.
L'autorité morale du peuple égyptien sur la renommée de ses rois ne saurait donc être mise en doute, et peutêtre peut-on dire que quelque sagesse se révélait dans cette institution politique, parce que tous les citoyens en jugeant et maudissant le roi mort sur le seuil de son tombeau , étaient appelés à exercer sur le roi vivant , sans l'embarrasser, une influence qui ne pouvait être dédaignée.
On ne saurait dire à quelle époque des annales de l'Égypte se rattache cette singulière institution politique , ni par quelle voie la caste populaire réussit à conquérir ces privilèges.
Le gouvernement théocratique repoussait de sa nature la concession d'un pareil avantage; le prêtre était tout dans cet ordre de choses, et le peuple n'avait à montrer que de la piété et de l'obéissance. Ce privilège indiquerait donc un temps où des circonstances critiques auraient porté le sacerdoce égyptien à octroyer au peuple cette part morale dans les affaires publiques ; et comme l'histoire n'a conserve le souvenir d'aucune lutte entre l'autorité théocratique et toute autre autorité rivale , si ce n'est celle où Ménès força la tiare à s'abaisser devant l'épée, époque où le gouvernement, de sacerdotal qu'il était, devint inopinément civil et militaire, il est permis de conjecturer que Ménès , pour consolider les immenses résultats de sa périlleuse entreprise, s'allia avec le peuple , en se livrant a lui après sa mort ainsi que tous les rois ses successeurs, et s'en fit un utile auxiliaire au moyen d'une concession toute nouvelle qui investissait la caste populaire d'une intervention puissante , propre peut-être à la garantir des mauvaises passions des rois et des mauvais conseils de leurs ministres. S'il en était ainsi , ce ne serait qu'un exemple de plus , bien ancien à la vérité , de. la bienveillance attentive des barons de tous les pays
ÉGYPTE
pour les pauvres communes quand ils avaient besoin d'elles pour lutter avec succès contre la couronnne. Quoi qu'il en soit , le droit attribué à la caste populaire, déjuger les actes des rois, de condamner leur mémoire, et l'inévitable effet de ces jugements , ne sauraient être mis en doute : toutefois l'histoire a trop négligé les preuves qu'on aurait pu recueillir pour l'utilité de tous , de 1 ancienneté et de l'efficacité de cette singulière institution politique de la vieille Égygte.
La fertilité extraordinaire de la terre, un climat bienfaisant, de bonnes lois que l'expérience avait élaborées , et que le temps sanctionna ; une administration active et bienveillante sans cesse occupée à établir et à consolider Tordre public dans les champs comme dans les cités ; l'influence inévitable de la religion sur un peuple naturellement pieux, d'un caractère facile, et qu'Hérodote considère comme les plus religieux des hommes, permettent de penser qu'en Égypte la classe populaire fut heureuse, et que, occupée et laborieuse, modérée dans ses mœurs et dans ses vœux , elle trouva dans son travail les sources d'une aisance générale, et qui fut de longue durée.
Les familles y étaient habituellement nombreuses ; on voit dans les monuments les plus simples , peints sur un panneau de bois ou sculptés su» une dalle de pierre calcaire , et représentant les devoirs funèbres rendus aux chefs d'une famille par tous ses enfants , que leur nombre pour les deux sexes s'élève de huit à douze et parfois au-delà; et si le luxe de ces monuments désigne des familles plus distinguées et des classes supérieures , ils rendent à l'égard de ces familles le même témoignage quant au grand nombre des enfants qui appartenaient à chacune ; les tableaux sculptés à Thèbes nous donnent la liste de neuf descendants mâles de Rhamsès-Méiamoun , et d'un nombre encore plus considérable de filles. L'ancienne société égyptienne différa en ce point essentiel de l'état des sociétés modernes.
La classe populaire avait générale-
ment pour vêtement une courte tunique de lin , nommée Calasiris , serrée par une ceinture au-dessus des hanches , ayant parfois de courtes manches et garnies de franges par le bas. La chaussure était en papyrus ou en cuir, mais elle était vraisemblablement réservée aux classes supérieures. La tête était habituellement découverte; la chevelure était frisée ou nattée; un manteau de laine était parfois jeté sur la tunique , et ils le quittaient à l'entrée des temples. Les femmes portaient avec la tunique d'amples vêtements en lin ou en coton , à larges manches , unis ou rayés, blancs ou de couleur unie; leur chevelure était artistement soignée; leur tête , leurs oreilles et leurs mains étaient ornées de bandeaux , de boucles et d'anneaux. Une chaussure légère enveloppait leurs pieds ; elles sortaient le visage découvert, accompagnées de quelques femmes de service, qu'elles avaient en assez grand nombre dans leur maison. Habillées aussi avec d'amples robes d'étoffes rayées , les suivantes avaient leurs cheveux tressés et tombant sur leurs épaules ; elles portaient de plus un large tablier de même étoffe que leur robe , point de bijoux ni autres parures , et se tenaient dans une situation très-respectueuse en présence de la dame de la maison. Les filles sorties de l'âge de l'enfance étaient habillées comme leur mère , à l'exception des ornements de la téte ; et les enfants des deux sexes n'avaient pour tout habillement ou parure, durant les sept à huit premières années , que des boucles d'oreilles.
La race était belle, d'une haute taille, un peu grêle en général, et vivant long-temps , comme le prouvent celles des inscriptions funéraires où l'âge des défunts dépasse quatrevingts ans. Du reste, toutes les exceptions à ces données générales se rencontraient dans la population égyptienne comme dans toutes les autres :
nous ne réunissons ici que les traits principaux de sa constitution physique, d'après les monuments d'accord avec les récits de l'histoire. Du reste. Hérodote , qui a vu TÉgypte avant sa.
L'UNIVERS
décadence entière, assure qu'après les Libyens , les Égyptiens étaient en général les plus sains des hommes. Le grand nombre de momies d'hommes ou de femmes , qui ont été ouvertes , corrobore ces divers témoignages.
L'intérieur des familles dénote des mœurs douces et des habitudes d'affection. On voit un de ces intérieurs peints dans un des tombeaux de Gournah. Une mère de famille rentre chez elle avec ses trois filtes d'âges différents , suivies d'un vieux serviteur et d'une servante d'un âge mûr. Après avoir traversé une première pièce, elles se trouvent dans la seconde, qui en précède plusieurs autres ; trois jeunes femmes de service viennent au devant d'elle, et lui présentent respectueusement des fruits et des rafraîchissements; dans l'antichambre, une des trois filles se désaltère , pressée par la soif, tandis que la servante distribue des fleurs et des joujoux à une petite fille et à un petitgàrçon sans vêtements, accourus vers la porte à la rencontre de leur mère. L'autorité paternelle fut toute- puissante en Égypte par les mœurs plutôt que par les lois : la vieillesse était vénérée; lorsque des jeunes gens rencontraient un vieillard, ils lui cédaient le chemin et se rangeaient de côté. De tels sentiments ne révèlent-ils pas une culture attentive des affections de l'ame ? Les habitudes qu'elles imprimaient se réalisaient surtout dans l'intérieur des familles.
Ce que nous en savons à l'égard des Egyptiens nous montre cet intérieur en possession de tous les biens qui peuvent faire croire au bonheur, charmer l'homme fidèle à ses devoirs sociaux, et le consoler parfois des peines qu'ils peuvent engendrer.
Les habitations particulières étaient vastes et à plusieurs étages. Les chambres qui les composaient avaient des destinations analogues aux usages modernes. On voit, d une part, de grands approvisionnements de comestibles variés, empilés sur des tablettes; d'un autre côté , le sol est couvert par une natte tressée en joncs de couleurs diverses; de petites fenêtres grillées
éclairent les pièces du rez-de-chaussée; et au premier étage , habitation pour la nuit, on ne voit, comme on l'observe aujourd'hui dans toutes les villes d'Égypte, que de très-petites croisées.
Les couleurs de la peinture qui nous fournit ces détails indiquent que ces fenêtres étaient a deux vantaux , garnis de carreaux en verres de couleur.
Un grenier ouvert sur les côtés et une terrasse découverte terminaient ce bâtiment. Un jardin était une dépendance des maisons de cet ordre ; des arbres fruitiers en plein vent , et parmi lesquels on distingue le grenadier et le citronnier ; des arbres d'agrément de forme pyramidale , des bosquets de verdure et des berceaux en vigne , en faisaient une possession à la fois utile et agréable. Ces vignes étaient régulièrement arrosées; on vendangeait pour cueillir les raisins que la consommation journalière avait épargnés ; le raisin coupé était transporté avec des paniers dans une cuve placée entre deux palmiers ; le raisin y était immédiatement foulé par des hommes qui se soutenaient à une corde tendue d'un palmier à l'autre. On emportait aussi du raisin pour l'approvisionnement de la maison; on prenait note du nombre de paniers; on infligeait une bastonnade au domestique qui, durant les vendanges, n'avait pas été sobre et fidèle. Il y avait dans la maison des pièces destinées à serrer toutes sortes ae provisions en fruit, vin, pains et gâteaux ; en poisson , volaille et gibier salés. Les viandes fraîches de Dœuf , de chèvre et de monton , étaient d'un usage général. La viande de porc était proscrite ; cet animal était considéré comme immonde , au point, dit Hérodote, que si un Égyptien touche en passant un de ces animaux, même seulement par ses vêtements, il court sur-le-champ vers le fleuve et s'y plonge. Aussi était-il interdit aux gardiens de porcs d'entrer dans les temples, et ces hommes, rejetés même des rangs les plus infinies de la société , ne trouvaient à se marier qu'avec les filles de leurs pareils. L'interdiction religieuse de la viande de porc
ÉGYPTE
fut une mesure diététique et sanitaire assez répandue en Orient, et ce ne sont pas les Égyptiens seuls qui , pour cette raison , auraient refusé de baiser un Grec sur la bouche, ou de se servir de son couteau , de sa broche ou de sa marmite : de tels scrupules subsistent encore de nos jours ; des pratiques utiles seulement en Orient servent encore en. Occident de symboles religieux , et témoignent de quelque fidélité à un culte particulier, dans un pays qui les respecte tous.
L'usage des fèves était aussi expressément défendu; on n'en semait point, et les plants qui pouvaient naître par hasard étaient soigneusement arrachés. Ce légume était déclaré impur.
Hérodote rapporte que les Égyptiens prenaient leurs repas hors de leurs maisons ; mais il ne reste sur les monuments connus aucune preuve d'un tel usage.
La nourriture ordinaire de la population entière était le pain fait avec la farine du grain qu'Hérodote nomme sorgho , et qui est le doura , espèce de mais d'un usage encore général dans L'Egypte moderne. Hérodote ajoute que les pains faits de sorgho étaient appelés Cy lié tes; il nous est parvenu quelques-uns de ces pains , recueillis , comme tant d'autres objets, dans les tombeaux ; ils sont d'espèces et de formes différentes ; on en voit des figures non moins variées sur les monuments.
Outre les viandes et les poissons, le miel et plusieurs sortes de fruits entraient aussi dans la nourriture habituelle des Égyptiens; de ce nombre étaient le raisin, la grenade, les dattes, la figue, la banane, plusieurs espèces de melons et de pastèques , l'oignon et les autres légumes dont le climat permettait la culture. On voit aussi dans nos musées quelques-unes de ces productions, qui nous sont parvenues, après avoir séjourné bien des siècles dans les sépultures ; on y remarque le fruit du palmier doum, les myrobalans ou belanites, les raisins de Damas et de Corinthe , le fruit du lotos qui, selon Homère , faisait oublier leur patrie aux étrangers qui en goûtaient,
le citron et la grenade , le mimusous el engi, originaire de l'Inde; le ricin oui fournissait une huile a brûler; les dattes du palmier ordinaire; .le fruit de l'acacia hétérocarpe; le blé commun ; la figue du sycomore , et parmi les autres productions d'un emploi fréquent dans les usages domestiques, la cire, la gomme résine, le vernis, composé avec la résine du cèdre , le baume funéraire, qui est un mélange d'asphalte ou bitume de Judée avec des substances aromatiques , analogues au gingembre et à l'amomum ; la gomme arabique conservant encore toutes ses propriétés; en^n le beurre de muscade ou cinnamomum des anciens. Le feu et l'eau étaient aussi , comme de notre temps, les grands agents pour la composition des mets variés , produits de l'art culinaire en Égypte. Ses artistes, qui semblent s'être' attachés à ne rien omettre dans leurs ouvrages de ce qui se faisait dans leur pays , n'ont pas dédaigné la représentation des détails intérieurs des cuisines, et du service des repas selon les formes reçues dans les classes auxquelles la richesse, ou au moins une grande aisance , permettait de rechercher toutes les commodités et toutes les satisfactions que procurent la variété des mets . le luxe du mobilier , et des serviteurs habiles et nombreux.
Du temps d'Hérodote , une sorte de vin tiré de l'orge était la boisson ordinaire des Égyptiens; l'historien ajoute qu'il n'y avait pas de vignes en Égypte. Les monuments démentent eette "dernière assertion d'Hérodote; non seulement l'offrande du vin aux divinités est très-fréquemment figurée dans les représentations religieuses , ce qui prouve que le vin n'était pas fort rare, mais encore on retrouve très-fréquemment, parmi les travaux des champs et ceux de la récolte , la culture de la vigne, la vendange et la fabrication du vin , qu'on enferme ensuite dans de grandes jarres qui sont bien bouchées et rangées dans des caves. <On voit aussi sur les monuments la fabrication du vin cuit ; le raisin est déposé dans un grand vase placé sur un fourneau al-
L'UNIVERS
lumé; lorsqu'il a suffisamment bouilli, le moût et son marc sont mis dans une toile, d'où le vin clarifié s'échappe dans des vases , au moyen d'une forte torsion donnée à cette toile avec des leviers mus à force de bras d'hommes.
11 est très- vraisemblable que la bière de grains était d'un usage plus ordinaire dans la classe laborieuse ; il en était là comme dans toutes les autres sociétés assez policées pour être divisées en classes de condition inégale; la meilleure ou la plus agréable nourriture était et devait être non pas un droit , mais un privilège pour la fortune.
Du reste, l'eau du Nil était d'un usage universel , et si les anciens divinisèrent le fleuve comme le créateur et le père nourricier de l'Égypte , ils ne lui devaient pas moins de gratitude pour les qualités essentiellement bienfaisantes de ses eaux. Cette précieuse propriété était connue de tous dès la plus haute antiquité; Hérodote avait appris que lorsque le grand roi , celui de Perse, se mettait en campagne, on amenait pour lui , outre les approvisionnements en viandes et en grains nécessaires à sa consommation personnelle, l'eau même dont il aurait besoin pour toute la campagne ; que cette eau était tirée du Choaspe, qui traverse la ville de Suze ; que c était la seule dont .le roi fit usage, et qu'un grand nombre de chariots à quatre roues , tirés par des mulets , portaient dans des flacons d'argent cette eau, qu'on avait fait bouillir auparavant.
On ignore si les Pharaons, dans leurs voyages ou leurs guerres hors de l'Égypte et loin du Nil , faisaient apporter avec eux leur approvisionnement d'eau de leur fleuve sacré ; ce qui est certain, c'est la juste renommée dont cette eau n'a pas cessé de jouir depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours. Les voyageurs anciens et modernes sont unanimes sur ce point ; et tous nos contemporains y ajoutent leur suffrage d'une expression non équivoque. L'analyse chimique a donné les raisons d'un tel phénomène , et a fait reconnaître que l'eau du Nil est d'une
grande pureté ; qu'elle paraît trèsbonne pour la préparation des aliments, et même pour les arts chimiques, où elle peut remplacer l'eau de pluie, dont le pays est privé , et l'eau distillée , difficile à obtenir en grande quantité dans un pays où les combustibles sont rares. Elle est surtout bienfaisante et salutaire pour l'espèce humaine; elle est peut-être la plus saine de toutes les eaux de la terre; et sans lui attribuer les vertus surnaturelles dont une longue tradition , à peine éteinte, la dotait sans hésitation , d'unanimes louanges lui sont accordées par ceux, soit étrangers, soit naturels, qui en ont fait usage dans toutes les saisons , et l'on croira sans peine qu'il en existe à Constantinople un approvisionnement pour l'usage du grand-seigneur et celui de sa famille.
Les anciens Égyptiens ne négligèrent pas de chercher le moyen de rendre toujours potable cette eau si nécessaire, et que les effets de l'inondation rendent , pendant trois mois de l'année, trouble, rougeatre, épaisse, à force d'être chargée de limon, et réellement dégoûtante , toutefois moins au goût qu'à la vue. Ils y parvinrent , et aecouvrirentque pourclarifiercetteeau à toutes les époques de l'année , il suffisait de frotter aveedes amandes amères broyées , les bords ou les parois intérieures du vase où l'eau est contenue.
C'est le même procédé que les Égyptiens de nos jours emploient au même effet , et avec un succès constaté par quelques milliers d'années. Rien n est plus commun dans les représentations des usages antiques de l'Égypte , mie d'y voir, dans ^intérieur des habitations . comme au milieu des champs , dans les jardins, aussi bien que dans les lieux de travail , des jarres remplies d'eau , posées sur des trépieds en bois, dans les coins les plus abrités des habitations, à l'ombre d'un arbre dans la campagne ou en plein air» rafraîchies par des serviteurs qui agitent l'air autour avec des éventails. On ne peut douter, au surplus, que les anciens n'aient devancé les modernes dans une précaution si indispensable pour l'ap-
l Jrtrii 111 . J Kiobi-o
provisionnement d'eau dans les villes situées à quelque distance des bords du Nil, au moyen de quelqu'une de ses branches ou de ses canaux : l'inondation était .régularisée en effet dételle sorte çjue le fleuve, soit par son élévation, soit par des canaux, allât remplir les citernes destinées à cet approvisionnement usuel; et si l'on se souvient de la forme singulière de la vallée du Nil , sa superficie étant semblable à celle d'un dos d'âne, dont le fleuve occupe le point le plus élevé, on voit dès lors avec quelle facilité, et presque sans travail dans un terrain limoneux, les eaux du Nil pouvaient être conduites dans les lieux habités les plus éloignés des limites où parvient l'inondation, et comment ce fleuve, répandant ses bienfaits sur toute l'Egypte , fécondant son sol , pourvoyant avec largesse à l'une des plus impérieuses nécessités pour la vie des hommes , ce fleuve célèbre mérita les autels et le culte qui lui forent décernés par la reconnaissance d'une nation illustre et puissante.
Tous ses monuments nous révèlent cette puissance par le luxe des habitations particulières, et celui du mobilier dont elles étaient garnies. Outre l'intérieur déjà décrit plus haut {pl. 53), on voit dans un' autre tableau peint la façade d'une de ces habitations {pl. 54) : c'est un pavillon fort élevé, flanqué à droite et à gauche de deux corps de bâtiment, composés de deux galeries l'une au-dessus oe l'autre, soutenues par des piliers à chapiteaux , qui en font des salles à jour dans toute leur hauteur ; des tables chargées de fruits, des trépieds garnis de jarres d'eau, y sont symétriquement placés. Ces galeries , ouvertes sur le devant, pouvaient servir de salle à manger ; et c'est peutêtre ce qui aura fait dire à Hérodote , comme on l'a vu plus haut, que les Egyptiens prenaient leurs repas en public.
Si nous insistons sur ces détails domestiques , que le lecteur nous le pardonne ; c'est la partie la plus nouvelle de l'histoire ancienne de l'Egypte. Il n'y a pas long-temps encore qu'un des écrivains les plus distingués ae l'AlIe-
12* Livraison. (Egypte.)
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magne, M. de lleeren, disait à ce sujet : « Si l'historien s'enquiert des bai* reliefs historiques ou ethnographiques, et des scènes domestiques ou sont peintes les représentations des mœurs et des usages de la nation, il demande précisément les objets qui sont le moins éclaircis.» Les détails dans lesquels nous entrons sur cette partie de 1 état civil de la nation égyptienne satisfont donc à un vœu généralement exprimé, remplissent une lacune généralement remarquée; et ce sont les matériaux recueillis avec un admirable discernement dans l'Égypte entière ar Champollion le jeune, qui servent enrichir l'histoire de ces faits, réellement nationaux à l'égard de chaque peuple ancien ou moderne, les plus
(>ropres aussi à nous faire apprécier 'intelligence, la raison et le çoût de chacun d'eux , non moins décisifs enfin que des batailles et des conquêtes.
Un vaste jardin était unedependance ordinaire d une habitation égyptienne complète {pl. 55). Il était carré; une palissade en bois formait sa clôture ; un côté longeait le Nil, ou unde ses canaux, et une rangée d'arbres taillés en cônes s'élevait entre le Nil et la palissade. L'entrée était de ce côté, et une double rangée de palmiers et d'arbres de forme pyramidale ombrageait une large allée oui régnait sur les quatre faces. Le milieu était occupé par une vaste tonne en treilles, et le reste du sol
{>ar des carrés garnis d'arbres et de leurs , par quatre pièces d'eau régulièrement disposées, qu'habitaient aussi des oiseaux aquatiques ; par un petit pavillon à jour, espèce de siège ombragé; enfin, au fond du jardin, entre le berceau de vignes et la grande allée, était un kiosque a plusieurs chambres , la première fermée et éclairée par des balcons à balustres; les trois autres,
?[ui étaient à jour, renfermaient des ruits , de l'eau et des offrandes. Quelquefois ces kiosques étaient construits en rotonde à balustres surmontés d'une voûte surbaissée.
Des peintures à fresque décoraient l'intérieur des habitations ; leur composition , toute d'ornement , était ex-
tréiueiiient variée ; les couleurs les plus brillantes , habilement mariées , formaient des dessins d'une variété infinie, et que le goût moderne adoptera sans répugnance.
Les meubles en bois communs , en bois rares et exotiques, en métaux ornés de dorures ou ciselés (pl. 23 et 57); les étoffes unies, brochées, brodées, teintes et peintes, en lin, en coton ou en soie, produits des manufactures nationales ou étrangères, contribuaient à l'agrément des maisons égyptiennes et aux commodités de la vie intérieure. Les lits, garnis de matelas, avaient extérieurement la forme d'un lion , d'un schacal , d'un taureau ou d'un sphinx debout sur leurs quatre pieds ; la tête du quadrupède , plus élevée , servait de dossier pour le chevet, et l'imitation minutieuse de ses divers membres donnait l'occasion d'ajouter au bois , outre les couleurs, l'or et l'émail. On fabriquait avec le même soin les marche-pieds, les lits de repos à dossier et à chevet, les divans, les canapés, les armoires à deux portes, les buffets, tablettes , cassettes et coffrets , et tous les objets de cette nature nécessaires au service de la famille. Les fauteuils à bras , garnis et recouverts de riches étoffes , étaient aussi ornés de sculptures très-variées, religieuses ou historiques : des figures des pasteurs vaincus soutenaient le siège en symbole de leur servitude. Un taûouret était semblable pour l'étoffe et les ornements au fauteuil dont il était l'accessoire. A des sièges pliants en bois, les pieds avaient la rorme du cou et de la tête du cy^nc. D'autres fauteuils étaient en bois de cèdre , incrustés d'ivoire et d'ébène , et les sièges en jonc solidement tressé. Des guéridons, des tables rondes, des tables de jeu , des boites de toute grandeur répondaient par leur matière et leur belle exécution a l'éclat du reste du mobilier. Des nattes et des tapis en couleurs vives et variées , et quelquefois historiées, ou bien des peaux d'animaux sauvages préparées, couvraient l'aire des appartements ou des portions les plus habitées ; et des vases en or, en matières précieuses, en
rERS.
métaux dorés (pL 44), ornés d'émaux ou de pierres fines, d'une élégance et d'une variété de formes que les peintures qui nous les ont conservées peuvent seules révéler à notre esprit , après tous les chefs-d'œuvre de Fart des Grecs, complétaient le mobilier d'une maison égyptienne ; et d'après elle on peut juger de la magnificence des palais.
Sans doute ce luxe et cette magnificence étaient inconnus au laboureur, à l'artisan , à la majorité de la population : mais à l'égard de l'Egypte comme de quelques autres contrées, pour que cette opposition soit moins sensible, considérée surtout dans ses rapports avec les besoins réels de l'homme, avec tout ce qui peut être propice à sa nourriture, à sa santé, ajouter à son existence les choses qui flattentses goûts, plaisent à son esprit et lui aident à reconnaître et à soutenir sa propre dignité, il ne faut pas oublier qu'un très-haut développement du luxe dans les classes supérieures ne dénonce pas toujours une grande misère dans les classes inférieures ; que s'il peut en être ainsi dans les pays dont les fortunes ne reposent que sur les capitaux et les produits de l'industrie, ou en un jour et par l'effet d'un seul événement la fortune se joue si cruellement de ses plus habituels favoris, et semble élever pour eux de la même main les hôpitaux et les palais ; il en est tout autrement dans les contrées où la richesse publique et celle des citoyens sont fondées sur les bienfaits périodiques de la terre; et aucune ne fut jamais plus régulièrement prodigue de ses biens que la terre d'Égypte. Cette fécondité sans pareille, l'excellence du climat malgré l'ardeur du désert voisin, une hygiène publique à laquelle les conyic:
tions ae l'expérience avaient imprimé une grande autorité , et ce que les profits de l'industrie ou du commerce ajoutaient à tous ces biens essentiels, nous autorisent à considérer la population égyptienne comme ayant été généralement pourvue du nécessaire, et chacune de ses classes comme étant en possession, selon sa place sur l'échelle des richesses, de toutes les commodités etde
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tous les agréments de la vie. Les palais au même usage que la précédente, avaient un superflu qu?ils déversaient — Cuir maroquiné. Bandelettes et orsur de nobles industries qui honoraient nements , avec des sujets frappés sur aussi le génie de l'homme, et la mai- gomme jaunâtre et représentant pluson du laboureur ne manquait jamais sieurs noms de Pharaons. — Feuille de du nécessaire ; l'argile plus ou moins palmier ou jonc. Chaussures nommées façonnée ou émaillee y remplaçait la Tabtebs en langue égyptienne , espèce porcelaine peinte pour le service de la d'espardilles en feuilles de palmier trestable du riche; mais ceci n'intéresse sées, arrondies parle bout, imitant la pas de très-près le régime général d'une forme de la plante des pieds , avec les nation, ses mérites ou sa puissance, restes des cordons destines a les fixer. — et nous savons ce qu'a fait le peuple Tabtebs terminés en pointe. Deux paiégyptien avec ses assiettes de terre res sont "faites avec des feuilles de palvernissée, ses corbeilles de ionc, sa mier teintes en rouge. — Tabtebs tersimple tunique de lin et sa chaussure minés par de longues pointes qui, se rede papyrus. courbant sur le coude-pied, servaient de
Pour compléter ce curieux tableau défense naturelle aux orteils. — Feuille des usages domestiques et de la vie in- de palmier ou jonc. Tabtebs, avec ou térieure des Égyptiens , nous croyons sans pointe , ayant un quartier et les à propos de présenter, comme en étant parties latérales de l'empeigne. — Cuir ta plus précise description, une liste ou cuir maroquiné rouge. Sandales d'enabrégée des meubles, ustensiles, objets fant.— Gomme odorante et cuir mad'habillement ou de parure , qui , tirés roquiné vert ; cuir maroquiné rouge, des tombeaux et provenant des fouilles Soulier d'enfant avec quartier et emfajtes dans divers lieux antiques de peigne. — Cuir peint. Soulier de femme l'Egypte , se montrent à nous comme avec ornements peints en jaune. — Cuir des révélateurs naïfs des plus intimes maroquiné pourpre. Paire de pantouusages de la plus illustre des nations lies doublées en maroquin rose , roanciennes. Les faits nombreux et im- settes dorées sur le coude-pied et enportants qui résultent de tels monu- tre-semelles de papyrus. — Cuir. Sanraeats sont les seuls à l'abri des in- dales d'homme.— Gomme odorante et certitudes ou des passions de l'histoire: cuir. Sandales de diverses grandeurs, la variété des matières , soigneusement — Une paire de demi-bas à jour. Sabot indiquées , n'étonnera pas moins que la en bois avec une bride en fer. variété même des objets énumérés. On Ustensiles de toilette. — Bronze s'y fera aussi une iaée de l'étonnante et bois. Miroirs en métal poli , avec perfection de l'industrie égyptienne , manche en bois imitant une fleur de qui savait mettre ces matières en œu- lotus. — Bronze. Miroirs de métal , vre bien des siècles avant le temps que dont le manche représente , soit une notre EurODe assigne avec tant de con- femme la tête surmontée d'une fleur liance aux plus utiïes ou aux plus rares de lotus, soit la déesse Hathôr (Vénus) inventions dans les arts ; et nous n'in- tenant une colombe dans sa main gaudiquons dans cette nomenclature, vé- che. — Bois. Peignes simples. L'un ritablement historique au plus haut d'eux est orné d'une gazelle agenouildegré , que les objets que nous avons lée. — Grands et petits peignes doueus sous les yeux. bles. — Perruques en cheveux, volu-
Objets d'habillement. — Tuni- mineuses , tressées et nattées. — Diver-
que en toile de coton très-Ane, avec ses portions de chevelures, parmi les-
des ourlets et des reprises selon l'usage quelles on remarque plusieurs tresses
moderne. — Toile de lin. Grande pièce parfaitement conservées. — Ivoire ou
de toile , ayant pu servir de manteau , os. Épingles à cheveux , terminées en
terminée, aux deux extrémités, par des forme de grenade ou par un uraeus
franges en cordelettes. — Idem. Pièce dressé. — Bois. Épingles à cheveux
de toile frangée à effilés, ayant servi plus communes. — Bronze. Épingle
L'UNIVERS
ôrdinairc conservant des ivstcs tic dorure.—Petit panier renfermant de petites olives en terre glaise enfilées et groupées de manière à imiter une masse de cheveux. — Serpentine et albâtre oriental. Vases à collyre, de grandeurs diverses, destinés à renfermer de l'antimoine en poudre, ou toute autre préparation analogue au surmé des Orientaux. — Terre émailléc . bois dur, serpentine et albâtre. Étuis a col- Ivre de diverses formes , ou composés de plusieurs canons de roseaux réunis nar une bandelette de toile. — Bois, hématite et bronze. Styles pour l'application du collyre sur le prolongement de l'angle externe des yeux. — Basalte et albâtre. Molettes et pierres à broyer le surmé ou autres cosmétiques. — Bronze. Instruments pour la préparation des collyres et autres cosmétiques. — Terre émaillée, émail et albâtre oriental de diverses nuances.
Vases unguentaircs destinés à contenir des huiles, onguents ou parfums liquides. — Albâtre et brèche. Petites amphores et vases ansés de diverses formes. — Terre émaillée, émail et albâtre oriental. Vases balsamaires avec ou sans oreilles (masdi), et de formes variées.— Terre émailléc, émail, albâtre et bronze. Vases ampulloïdes, ou ampoules destinées à contenir des parfums liquides, ou des huiles parfumées; parfois avec une inscription hiéroglyphique. — Terre émaillée et albâtre.
Vases en forme de gourdes, avec ou sans anses. Il y en a dont le goulot est formé par une fleur de lotus, et les anses par deux singes accroupis , avec des inscriptions hiéroglyphiques sur la panse , telles que celles-ci : Que le dieu Phtha accorde d'heureuses années au possesseur de ce vase ! Que le dieu Ammon et la déesse Mouthis accordent d'heureuses années ! Que le dieu Phtha et la déesse Koht accordent d'heureuses années! etc. — Albâtre oriental et terre émaillée. Vases de formes diverses , ayant servi à contenir différents genres de cosmétiques.
Il y en a avec des légendes royales. — Verres et émaux de couleur. Petits flacons et vases destinés au même usage
que les précédents, mais remarquables par la variété des verres de couleur entremêlés dont ils sont formés. — Terre émaillée, albâtre et lapis. Petites coupes et tasses de formes variées, et petits ustensiles à transvaser ou à préparer des parfums liquides.
Bijoux et objets de parure. — Ornements d'oreilles.— Coquilles fixées à un cordon , et ayant servi d'ornements d'oreilles.— Or.Boucles d'oreilles terminées par des têtes de bœuf, de lion ou de gazelle. —Argent et bronze.
Boucles d'oreilles , dont une est terminée par une tête de bœuf. — Boucles et pendants d'oreilles en or, verre doré, or et saphir d'eau , bronze doré et verres de couleur. — Pendants d'oreille en bois, terre émaillée, émaux ou verres de couleur. — Ornements d'oreilles formés de grains de verroterie ou de cornaline , d'anneaux d'ivoire et de petites grenades en terre émaillée verte. — Ornements d'oreilles formés d'un cordon passé dans divers amulettes en terre émaillée, et représentant le poisson latus, une grenouille, une espèce de chenille, des scarabées ou des têtes symboliques de la déesse Hathôr. — Ornements d'oreilles formés de fleurs variées en terre émaillée. —Ornements d'oreilles enterre émaillée, cornaline et lapis , représentant des grenouilles, le poisson latus, des scarabées, une sauterelle, une mouche, des cygnes , des cynocéphales, un lion , des hippopotames, des gazelles, un lièvre, des chats, un hérisson, des têtes humaines, ou des têtes symboliques de la déesse Hathôr.
Colliers. — Collier formé de coquillages naturels. — Bois. Olives striées et peintes en rouge, provenant d'un collier. — Colliers formés d'annelets d'ivoire ou entremêlés de grains de cornaline. — Colliers ou portions de colliers formés de lentilles, petits disques, grains ou olives et demi-olives en terre émaillée. — Colliers ou portions de colliers formés de petits d isques en terre émaillée ou en émail de diverses couleurs , alternés ou entremêlés. — Autre formé de scarabées portant gravés sous leur base des ornements variés ou des
EGYPTE
symboles. — Autres formés de petits chats, d'un petit naos renfermant l'image de la déesse Bubastis, de petits yeux symboliques en terre émaillée , ou de plaques carrées portant le nom hiéroglyphique d'Osiris. — Terre émaillée. Lentilles, disques , annelets, cylindres et amulettes provenant de colliers.— Autres formes de globules en terre émaillée, montés en or. — En grains d'émail vert pomme ou bleu céleste. — De grains et d'olives en pâte d'émail , en émaux et en verre de couleur. — Grains , olives , perles et autres pièces en émail mosaïque , provenant de colliers , et très-remarquables sous le rapport du travail et de la variété des couleurs. — Colliers formés de pièces de corail pâle ; — ou en grains et cylindres de spath vert ; — ou en prime d'améthyste ; — ou en cornalines , d'une forme variée , et entremêlées d'amulettes de diverses manières.
— Grains, olives et perles en jaspe, agate , chalcédoine, lapis, grenat, sardonyx , granit, etc. , provenant de colliers. — Autre collier formé de perles hexagones en argent massif ; — formé d'une baguette de bronze plaquée en argent, et dans laquelle sont passées des sonnettes en argent , ou des amulettes en bois ou en cornaline; — composé de petites pièces en argent représentant des yeux symboliques entremêlés de perles d'argent doré et de petits amulettes en terre émaillée ; — formé de plusieurs centaines d'annelets en argent de 2 lignes et demie de diamètre sur un tiers de ligne d'épaisseur, passés dans une tresse de cheveux ; — en argent , composé d'amulettes représentant la partie supérieure du coquillage nomme porcelaine ; — imitation en or du coquillage nommé porcelaine. — Pièce en or imitant la partie supérieure du même coquillage, et yeux symboliques en cornaline. — Colliers et portions de colliers formés de petites pièces d'or en forme d'olives, d'annelets, de perles, perles à jour, sauterelles, grenades , etc. , etc. , entremêlées de petits amulettes en cornaline ou de scarabées montés en or.
— Collier complet a trois rangs : le
Sremier formé d'olives en or; le second e vases à libations, de fleurs de lotus, de lézards et de poissons latus , alternés et égalemeut en or ; le troisième rang est composé de crains d'agate , avec une plaque représentant la tête du bélier symlwlique. — Collier en or formé d'une double chaîne en gourmette , garni d'un fermoir à trois chainettes, portant une fleur de lotus et deux poissons binni.— Collier en or de même travail, mais plus finement exécuté; dans la chaîne est passée une bélière à laquelle on a suspendu une plaque représentant des deux cotés un épervier vu de face et travaillé à grains.
— Or. Fermoir d'un collier à six rangs.
— Or. Fermoir d'un collier orné de deux chaînons terminés par deux poissons latus. — Émail. Franges de fermoirs de colliers. — Or. Fleur de lotus, jadis incrustée d'émaux, provenant 1 m collier. — Œil en lapis monté en or, provenant d'un collier.
Anneaux et bagues.— -Bague avec chaton carré en bois doré. — Email et terre émaillée. Anneaux portant au chaton des images de divinités en relief, telles que Atmou, Phtha, Uorus, Hathôr, etc. — Bagues portant au chaton des images en reliei de divers animaux sacrés, des fleurs de lotus; des yeux symboliques ; des figures d'uraeus, (Je nilomètre, de divinités ou des légendes hiéroglyphiques.— Bagues avec chaton, ornées de sujets variés travaillés à jour. — Doubles bagues portant au chaton des bustes en relief de Neïth , d'Isis et du dieu Khons. — Bagues à chaton carré avec inscriptions exprimant un souhait d'heureu ses années. — Bronze. Bagues portant des inscriptions hiéroglyphiques ou des images de divinités gravées en creux sur Te chaton. — Bague en fer. — Argent massif. Bagues à chatons ovales portant des inscriptions pieuses ou dr> noms de rois. — Argent. Bagues portant des têtes symboliques. — Klec trum. Chaton de bague avec inscription hiéroglyphique.-- Or. Anneau travaillé à jour el orné d'amulettes en matière dure, enchâssés dans le métal. - Or massif. Bagues à chatons portant l< >
L'UNIVERS
noms , les titres et les symboles de plusieurs divinités. — Doubles bagues à doubles chatons offrant l'image d'une jeune fille adorant successivement Osiris, Isis et Nephtys. Ces bagues sont des bijoux funéraires provenant des momies.-— Or. Doubles bagues portant sur leurs chatons les images de dieux gravées en creux. — Bagues à chatons décorées d'ornements incrustés en émaux de couleur. Il y a sur un chaton deux petits chevaux de plein relief et d'un travail très-fin. — Bague à triple anneau avec un chaton orné d'une aemi-olive en cornaline. — Or. Anneaux portant au chaton des yeux symboliques en cornaline, un scarabée, ou une grenouille, soit en pâte d'émail, soit en terre émaillée. —Servent roulé en spirale pour servir de bague. — Bague à triple anneau portant en chaton les bustes en relief d'Osiris, d'Isis et de Nephtys. — Idem. Bagues à chatons ronds ou carrés sans gravure. — Lapis. Bague à chaton carré sans gravure.
Bracelets. — Bracelets tressés en feuilles de palmier; en corne ou en écaille; en ivoire de diverses grandeurs; en bronze; en papillon doré; en fer; fragments de bracelets en argent ; en feuilles d'or , ornés de deux yeux symboliques.— Or. Bracelet d'entant décoré d'ornements gravés en relief. — Bracelets en or combiné avec de petits anneaux de beaux lapis ; en or décoré de bouquets de lotus des deux espèces, et d'un lion assis, travaillés à jour, et dont tous les détails intérieurs étaient incrustés de lapis et de pierres ou d'émaux de diverses couleurs; en or d'un travail analogue à celui du précédent, orné d'un griffon et de bouquets de lotus ; en or massif, formés chacun de deux serpents entortillés et affrontés.
Bijoux déformes variées.— A rgent.
Petit étui avec couvercle à bélière. — Plaque d'or. La vache symbolique de la déesse Hathôr, nourrissant un enfant. Bijou funéraire. — Argent. Petite égide à la tête de lionne. — Plaque d'or. Une femme vtftue de la cala- *iris, adorant la déesse Hathôr Bou-
céphale. — Argent doré. Figurines représentant un dieu. — Argent. Bijou représentant un petit contre-poids de collier, terminé par une téte de déesse. — Or. Un lion en repos. — Plomb , étain et bronze. Petits éperviers , les ailes éployées. — Or. Deux grappes de raisin , de travail égyptien. — Argent.
Un petit aigle. — Or. Battants de porte d'un petit naos, décorés d'une ngure de femme debout , portant des fleurs et des offrandes.
Ustensiles domestiques. — Vases. — Bois. Forme de vase à anse en bois. — Terre cuite. Petits vases de formes diverses, enduits d'un vernis de couleur, peints ou non vernissés.
— Terre cuite peinte. Bardaques d'une forme encore usitée en Égypte. — Grands vases d'une forme analogue à celle des bardaques, avec cols plus ou moins évasés. Ornements peints en bleu. — Terre cuite peinte.Grands vases en forme de pomme de pin , décorés d'ornements ou de fleurons de couleur bleue, rouge ou noire. — Idem. Vases à deux anses, ornés de palmettes et feuillages tracés en noir. — Grandes amphores en terre cuite. — Vases à huile, avec couverte en jonc natté. — ? Vases domestiques de formes variées en serpentine, calcaire blanc, granitbrèche et granitelle.— Albâtre oriental.
Grand vase balsamaire à anses , avec couvercle. — Idem. Vases en forme de cornet , et du genre nommé cadus par les anciens Romains. — Bronze. Vases de diverses formes et autres ustensiles domestiques. — Vase en verre blanc, orné de cordons. — Coupes en terre émaillée bleue ; ou bleu perse, ornées d'étoiles, de bouquets de lotus , ou de poissons binni tracés en noir.— Coupes en albâtre oriental. — Coupes en bronze, d'un métal très-remarquable par la bonté de son alliage, et le son pur et prolongé que rendent ces coupes lorsqu'elles sont frappées. Le pourtour est quelquefois décoré d'une inscription hiéroglyphique. — Coupe en or, dont le fond est orné de poissons binni se jouant parmi des fleurs de lotus.
Sur le pourtour, une inscription hié roglyphique. -~ Grands bassins en al-
EGYPTE. iEGYFTEN.
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EGYPTE jEOYPTEN
Kunete und Oewerbe.
Egypte.
Min1 oriental. — Bassin en verre blanc, avec le panier qui le renfermait dans un tombeau de Thèbes, où il a été trouvé.— Albâtre oriental. Cassolettes à puiser des liquides , imitant la forme du poisson latus. — Patères et simpulum en bronze.
Meubles. — Bois dur. Fauteuil à pieds de lion , avec dossier orné de marqueteries en ébène et en ivoire d'hippopotame. Le siège était formé par un treillis en cordelettes qui existe encore en partie. — Bois. Dossier de fauteuil, avec scène d'adoration peinte.
— Bois. Tabouret dont le siège est recouvert en jonc natté. — Coffrets décorés d'ornements peints de diverses couleurs, couvercle à charnière, avec inscription hiéroglyphique. — Paniers de formes variées en jonc ou en feuilles de palmier. — Paniers de formes variées ; tressés en jonc coloré. — Nattes en jonc et autres objets de vannerie.
Instruments et produits des arts et métiers. — Armes. — Arcs en bois, conservant quelques débris de la corde à boyau .— Flèches de chasse, jonc, armées ae fragments de silex :
quelques-unes sont barbelées. — Os et bronze. Pointes de flèches et de iavelines, triangulaires ou en forme de carreau.
Instrumente de musique. — Tambour à timbre et à double peau tendue au moyen de lanières de cuir, sur une caisse en bois, de forme bombée, et composée de petites douves. — Tympanum très-analogue à nos tambours de basque. — Tambour en forme de demi-poire avec les restes de la peau dont il était recouvert. — Manches de sistres, ornés de la tête symbolique de la déesse Hathôr. — Une harpe a cordes nombreuses , recouverte de marouin vert, décorée en-dessous de fleurs e lotus découpées à jour. — Sambuca ou petite harpe portative à quatre cordes. Débris d'un instrument semblable. — Roseau percé en forme de flûte.
Tissus. — Une poignée de fil teint au henné. — Ècheveau de fil très-fin. —Morceaux de toile de lin, avec franges de diverses espèces.— Vingt échan-
tillons de toiles de lin égyptiennes antiques. — Tissu quadrille remplissant l'effet du tissu moderne nommé Louisine.— -Tissu du même genre, un peu plus fin. — Tissus rayés par l'ourdis sage. — Tissu de lin (Tune grande réduction , à lisière rayée bleue. — Toile de lin avec frange très-fournie à la lisière, formée par un broché lié dans cette lisière et produisant l'effet d'une bordure cannelée. — Tissu rayé par l'ourdissage, dont la trame est entièrement recouverte par la chaîne. — Toile peu fournie en chaîne , teinte au henné. — Toile de lin avec un chef rouge de l'Inde. —Tissu très-fin , présumé coton, de la réduction de la turquoise. — Autre plus fin que le précédent. — Vingt échantillons de toiles égyptiennes de coton, de laine, etc.
— Mousselines variant de finesse. — Tissu imitant la mousseline des Indes.
— Tissu peluché , rafliné par la chaîne sur fond toile. — Tissu broché , produisant le travail des Gobelins , par la réunion des deux fils travaillant isolement dans la toile. — Turquoise brochée dans le principe des Gobelins , avec quelques parties de broderies au petit point. Les caractères brochés sur ce tissu forment le prénom et le nom propre d'un Pharaon.
Objets relatifs aux jeux et aux amusements db l*enfance. — Bois. Une poupée ou mannequin, bras mobiles; sur la tête existent encore des cheveux implantés. — Ivoire. Une très-petite poupée.— Idem. Un forgeron , à bras mobiles , d'un travail grossier. —Cuir. Paumes formées de sections de sphère en cuir, cousues et bourrelées de bâle d'une plante céréale. —Bois. Paume à compartiments peints en bleu et en rouge. — Un osselet en ivoire. — Bois. Sabots auxque!s<on imprimait un mouvement de rotation par le moyen d'un fouet. — Latrunculi , ou petits cônes en terre émaillée bleue, ayant servi de pions et de pièces pour un jeu analogue à nos jeux de dames ou d'échecs ; très-petrts modèles en bois de tous les instruments d'agriculture.
1 /étude des monuments originaux
L'UNIVERS
nous apprend avec certitude à qualifier chacun de ces objets si nombreux et si variés, et nous en montre Tusage. On les reconnaît aussi dans les tableaux qu'un personnage distin-
§ué a fait peindre (fans son tombeau , es la plus haute antiquité égyptienne, «t où il s'est occupé à faire figurer tous les détails de la vie intérieure d'une famille nombreuse et puissante.
On y retrouve toutes les parties du service , tel qu'il était admis ou exigé par les usages de l'époque, soit pour Tordre et la bonne tenue de la maison, soit pour la représentation nécessaire au rang de ce riche citoyen , ou en rapport avec sa fortune.
Sa famille se composait de sa femme légitime et de ses sept enfants , dont quatre sont des fils ; d une autre femme et de son fils; enfin de la nourrice et de la fille de la nourrice : ces douze rsonnages étaient tous également de famille, et ils étaient rangés auprès de son chef dans l'ordre de préséance où nous venons de les désigner; ils sont présents dans les scènes qui représentent les usages de la maison de la ville et ceux de la maison des champs.
Au service de la première nous trouvons attachés trois prêtres et quatre jeunes clercs , charges du service religieux intérieur, chaque particulier pouvant établir chez lui des chapelles pour les dieux du pays et de la contrée, à la condition de pourvoir aux dépenses du culte et des cérémonies.
Après eux viennent lesgrammates , ou secrétaires, soit pour les choses religieuses, soit pour les affaires civiles.
Le valet de chambre, domestique de confiance, est auprès du mattre; venaient ensuite l'intendant de la maison, portant un bâton courbé pour marque de son autorité ; la ménagère, appelée la gardienne des vivres ou des offrandes, et qui avait deux filles; l'homme charge du soin des sièges, et le porte-siege du maître; le vannier et sa femme, à qui était laissé le soin des nombreux ustensiles et meubles en vannerie; les jardiniers et leurs sous-ordres; l'intendant de
la maison rurale et sa femme; les conducteurs de bœufs , de veaux , de chèvres , et les porteurs de lièvres , de hérissons, etc. ; le surveillant des chemins aboutissant à la maison du chef; les portiers ; les pécheurs et les chasseurs; les employés au sacrifice domestique des bœufs et autres animaux.
Ces emplois étaient très-subdivisés en fonctions spéciales; toutes celles qui viennent d'être indiquées sont relatives à l'intérieur de habitation.
Dans ce qui est de l'extérieur, on peut classer le blanchissage du linge , qui employait sept personnes, y compris lécher de la lingerie ; viennent ensuite le scieur de bois, le menuisier, le potier de terre, les bûcherons, occupés à fendre le bois ; les charpentiers , les constructeurs de barques ; les porteurs de la litière du maître , et ceux 'qui conduisent le traîneau ; les mariniers et rameurs pour les voyages sur le Nil , sous les ordres d un chef de tout le service du voyage; un officier de navigation , le directeur pour le mât et le timonier-chef du gouvernail; le maître, sa femme et ses enfants y étaient dans une large chambre qui occupait le pont, et qui était éclairée par des fenêtres garnies de verres de couleur; quelquefois le voyage exigeait plusieurs canges, à cause des nombreux serviteurs : tel aujourd'hui un kiaia-bey voyage sur le Nil, suivi de son narem et de la plupart des officiers de sa maison. Au nombre des serviteurs nécessaires étaient aussi tous ceux qu'exigeait la boulan-
f:erie ; les femmes occupées à filer le in , à démêler les écheveaux , à les dévider, à tordre le fil au fuseau et à ourdir la toile au métier, sous les ordres du chef du tissage. Une fouie de serviteurs subalternes attachés à chaque partie du service intérieur 'et extérieur de la maison de ville se voient aussi dans les scènes où ces détails sont figurés.
La maison de campagne avait également un nombreux domestique; à la suite du jardinier étaient les garçons chargés de cueillir et de conserver les fruits, tels que les ananas, les ligues,
ÉGY
et les approvisionnements en légumes rangés dans les serres pour l'hiver: le berger en chef et les pâtres s'occupaient d'une partie très-importante de la propriété rurale, l'éducation des bestiaux étant en grande vogue et trèsdéveloppée en Egypte; aussi voit-on dans la liste des serviteurs non seulement le médecin vétérinaire, mais les valets de ferme chargés spécialement du soin de certains animaux ; un pour les chèvres, un autre pour les oies et les canards , un troisième pour les moutons ; et sous les ordres du chef des bouviers , ceux oui dirigeaient la race bovine , mission trèsimportante , car il paraît que le combat des taureaux entrait dans leur éducation ou comme moyen d'améliorer la race, ou comme spectacle donné au maître de la maison ; c'est le chef des bouviers qui préparait les taureaux à cet exercice. Les chefs de chacun de ces services venaient prendre directement les ordres de leur maître , ayant leur main droite posée sur l'épaule gauche , et leur autre bras pendant , en signe de respect ; il en était de même du gardien et du conducteur des ânes et de ceux des bouvillons. Des fihiens d'espèces diverses appartenaient à la maison , et ils avaient aussi leurs gardiens , qui les soignaient en santé et en maladie.
Il vient d'être dit que l'éducation des bestiaux était une aes grandes richesses agricoles de l'Égypte; les ca-
Sitaux de cette espèce étaient consiérables dans ce pays : ce ne pouvait pas être pour une vaine ostentation ; mais cette industrie dut être plus fructueuse dans la basse Égypte, vaste plaine entièrement arrosée par le Nil, que dans l'Égypte supérieure, vallée étroite où la terre féconde ne pouvait pas être en grande .partie destinée à des pâturages. Aussi est-ce dans un hypogée des environs des pyramides .que se trouve un tableau qui est un témoignage authentique de nos assertions. On y voit un Égyptien faisant l'inspection de ses troupeaux ; il est debout, couvert de sa calasyris serrée par une ceinture ; une écharpe
TE. ISS
est jetée de son épaule gauche sur le côte droit; il s'appuie sur une longue canne ; à ses pieds est un jeune chacal mâle, apprivoisé et portant un collier ; un serviteur ombrage la tête du maître au moyen d'une double bannière de toile. Le troupeau défile en sa présence; un gardien ou berger pousse devant lui le troupeau de chaque espèce de bétail , et au-dessus de chaque troupeau , le nombre des têtes est soigneusement indiqué par des chiffres, qui sont en grande évidence. La marche est ouverte par les ânes et les ânesses ; un ânon est en téte , et leur nombre est de 860; le berger qui les surveille porte au bout d un bâton appuyé sur son épaule la dépouille a un de ces animaux mort aux pâturages. Viennent ensuite les brebis et les béliers , au nombre de 974; un berger de ce troupeau porte dans un panier la téte d'un animal sans cornes, et qui ressemblerait plutôt à un loup qu'à un bélier. La race bovine vient ensuite ; on y compte 834 bœufs et 220 vaches ou veaux. Les chèvres mâles et fa nielles ferment la marche; leur nombre est porté à 2234. Dans un autre tombeau on voit
?ue le nombre des ânes appartenant un riche habitant de la moyenne Égypte était de 1304, et celui des vaches de 830. Il paraîtrait aussi, d'après d'autres renseignements, que les boeufs des fermes royales étaient d'une espèce supérieure et des individus de choix. On a remarqué dans les peintures d'un autre tombeau, qui paraît avoir été celui d'une grande famille de Memphis, des serviteurs faisant l'offrande au défunt des principales productions de ses domaines , telles que des dattes , des figues , des ananas ; des veaux , des oies , des gazelles ; des fruits et des fleurs : parmi ces serviteurs, il y en a plusieurs qui conduisent en laisse des bœufs de haute taille, blancs et rouges, blancs et noirs, ayant un collier terminé p:*r un ornement en forme de fleur tk lotus, et deux de ces bœufs portent sur leur cuisse gauche une grande inarque, de forme carrée, de couleur noire,
et on lit dans un : Maison royale, n°43; et dans l'autre, avec les mêmes indications, le n° 86 , chiffres qui indiquent vraisemblablement le nombre des bœufs de chacune des deux couleurs combinées ; d'où résulte encore la preuve que les grandes maisons faisaient marquer de leur nom et d'un chiffre chaque téte de gros bétail qui leur appartenait.
Dans toutes ces représentations , le maître de la maison se reconnaît à la longue canne qu'il tient à fa main , ou sur laquelle il s'appuie pour se reposer ; ce qui a fait dire à un novice interprète des symboles de l'antique Egypte, que le bâton y figurait comme le plus ingénieux emblème de l'autorite et du gouvernement, et il ne trouve pas tout-à-fait bon que les sociétés modernes aient adopté des signes et des moyens un peu moins significatifs. Quoi qu'il en soit, nous pouvons ranger des cannes égyptiennes , plus ou moins élégantes , en bois étrangers pour la plupart , et portant des inscriptions ou se trouvent des noms propres et des dates , parmi les objets antiques qui donnent à nos collections un intérêt si varié et si puissant.
D'autres scènes civiles, peintes dans les tombeaux, nous portent à croire que le chef de famille était revêtu d'une grande autorité dans sa maison, et qu'il avait sur tous ses serviteurs le droit de haute et basse justice. Nous avons mentionné déjà des employés infidèles qui , au temps de la vendange {pl. 38), prosternés à terre sur leurs genoux et leurs mains, reçoivent en présence de leur maître des remontrances et la bastonnade; ailleurs, le chef des bergers dénonce un des gardiens des vaches; il s'agit d'un veau; l'accusé se défend; des membres épars d'un bouvillon sont exhibés comme pièces de conviction , et le gardien reçoit encore la bastonnade en présence ae son maître, qui a prononcé contre lui.
A ces détails si curieux de Tintérieur des maisons égyptiennes , pour une époque antérieure de dix {siècles
VERS
aux poèmes d'Homère, nous aurions encore beaucoup à ajouter, si nous devions dire tout ce que les monuments nous apprennent à la fois et sur les occupations et sur les amusements des habitants des bords du Nil septentrional ; la chasse et la pêche étaient pour eux des distractions d'un usage général {pl. 37 et 43). On chassait aux oiseaux et aux quadrupèdes; des lévriers couraient l'autruche et la gazelle, la flèche attei- gnait le quadrupède du désert, le fllet enlaçait le volatile aquatùrae ; et les peintures de ces scènes si riches de détails inconnus {pl. 58) nous montrent en même temps les diverses espèces d'animaux recherchés ou pris par les chasseurs; les espèces, diverses aussi, de chiens employés à les poursuivre; ainsi que toutes les ressources de la pêche a la ligne , à la cordelle , au filet et au trident. La préparation de tous ces comestibles , résultats de l'industrieuse activité de l'homme, est le sujet d'une partie de ces riches décorations {pl. 38 et 43); et, comme pour assurer aux curieuses recherches des temps futurs une entière satisfaction, les Égyptiens n'oublièrent pas les scènes joyeuses qui animaient des délassements plus bruyants :
des musiciennes jouant de la harpe, montée de cordes nombreuses , de la lyre , du théorbe et de la double flûte, exécutent des chants accompagnés de ces instruments ; des danseuses, couronnées de fleurs et de guirlandes de verdure, figurent des scènes animées au bruit du tambour de basque ; d'autres montrent leur habileté dans le jeu des balles, la saltation et les tours de force ou d'agilité ; enfin , des hommes, accroupis devant des tables basses, jouent aux dames ou aux échecs avec des pièces nombreuses, mobiles, et de couleurs différentes : et ceci fut peint long-temps avant les célèbres inventions de Pilamède durant le siège de Troie {pl. 59).
Qu'aucun doute ne s'élève dans l'esprit du lecteur sur l'antiquité et l'avancement de la civilisation égyptienne, telle que la révèlent aux siècles moder nés les ouvrages des siècles primitifs de l'histoire ! L'examen nous conseille