‹ Égypte ancienneChapitre 24 sur 53 · IÎ · texte numérisé non relu

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tifs, ils ne furent que des symboles, et on les nomma pour cette raison caractères tropiques ou symboliques, signes auxiliaires des caractères figuratifs, et employés simultanément avec eux. C'est la que sont arrivés les Mexicains, et ils ne sont pas allés au delà. Il nous est parvenu des listes d'individus et des listes de noms de lieux en écriture mexicaine ; chaque individu est désigné par une téte humaine, signe figuratif, et auprès de sa bouche est tracé un objet choisi ou dans la nature ou dans 1 industrie humaine, et qui était un signe symbolique, de sorte que Ton voit clairement que les individus s'appelaient le Serpent, le Loup, la Tortue, la Table, le Bâton , et les villes, dont un carré était le signe figuratif, et un serpent, un poisson le signe symbolique, se nommaient la ville du Serpent, la ville du Poisson, etc.

c. De la représentation de ces objets physiques à l'expression des idées métaphysiques, le pas à faire était immense : les peuples de l'ancien monde le franchirent ; ils exprimèrent par des signes écrits les idées dieu, ame, et celles des passions humaines; mais ces signes furent arbitraires et conventionnels en quelque sorte, quoique tirés d'analogies plus ou moins vraies entre le monde physique et le monde moral; le lion fat pris comme l'expression de l'idée force. Cette nouvelle espèce de signes , nommés énigmatiques et ajoutés aux deux premières classes, les figuratifs et les symboliques, furent inventés et employés par tes Egyptiens et par les Chinois , et le système d'écriture qui résultait de ces trois éléments était entièrement idéographique, c'est-à-dire composé de signes qui exprimaient directement Vidée des objets, et non pas les sons des mots qui désignaient ces mêmes objets. Ce genre d'écriture était aussi une peinture, puisque la fidélité de leur ex-

Ïression dépendait de la fidélité du racé de chacun d'eux , qui devait être un portrait.

d. Ce système d'écriture pouvait suffire aux usages du peuple qui , l'ayant

imaginé, en possédait complètement la théorie et la pratique, mais seulement tant qu'il n'eut pas besoin de rendre son écriture intelligible à des sociétés ou à des individus étrangers.

Mais dès que ce besoin se fut manifesté et qu il fallut seulement écrire le nom d'un seul individu étranger à ce peuple , les signes figuratifs , symboliques ou tropiques, ne suffisaient plus , parce que le nom de l'individu étranger, n'ayant aucun sens dans la langue du peuple qui voulait l'écrire et ne lui présentant ainsi aucune idée , ce nom ne pouvait pas être écrit par des signes qui n'exprimaient que les idées.

On s'arrêta donc, on ne sait comment , aux sons qui formaient ce même nom, et on comprit en même temps de quelle utilité seraient des signes qui exprimeraient ces mêmes sons : nouveau et dernier progrès dans l'art graphique ? et qui en fut le plus ingénieux perfectionnement, si régulièrement favorisé par la nature des langues de ce temps -là, qui étaiept généralement formées de mots et de racines d'une seule syllabe. On introduisit donc dans l'usage les signes des sons, signes généralement nommés phonétiques, et dont le choix ne fut pas difficile , puis-

2u'on n'eût qu'à choisir dans les signes gurés, pour chaque syllabe à exprimer phonétiquement, le signe représentant un objet dont le nom dans la langue parlée était cette syllabe même : ainsi le disque du soleil exprima la syllabe re, parce que cette syllabe était le nom même du soleil, et ainsi de suite. Les Chinois arrivèrent à ce procédé syllabique, et ils l'ont conservé sans progrès jusqu'à nos jours, pour écrire lès noms et les mots étrangers à leur langue. Les Égyptiens parvinrent par cette même voie à un véritable système alphabétique, et l'introduisirent dans leur système d'écriture sans changer la nature de leurs signes figurés.

Nous allons direen quoi consistaient le système ancien de l'écri tu re égyptienne, la diversité de ses éléments , leur mode de combinaison , et les modifications , dans la forme des signes seulement, que le temps et les besoins sociaux y

firent introduire. Nous prions aussi le lecteur attentif d'éviter toute confusion des deux idées, si différentes d'ailleurs, que représentent ces deux mots écriture et langue; dans la langue le mot parlé était (é signe direct de ridée , et dans récriture le mot phonétique écrit n'était que le signe direct du mot

{>arlé, et ainsi le signe indirect de 'idée.

Dans le système d'écriture hiéroglyphique des Égyptiens on doit principalement considérer deux choses :

A. La forme matérielle des signes qui constitue trois espèces de caractères nommés

1 Hiéroglyphiques (*),

2 Hiératiques,

3 Démotiques.

B. La valeur ou expression particulière de chaque signe, laquelle constitue trois espèces de signes, qui sont

Figuratifs,

Symboliques,

Phonétiques.

A. 1 . L'écriture hiéroglyphique proprement dite est celle qui se corn-

S ose de signes représentant des objets u monde physique , animaux , plantes , figures de géométrie, etc., etc., dont le tracé est ou simplement linéaire, ou bien entièrement terminé, et même colorié, selon l'importance du monument qui porte l'inscription , ou selon l'habileté du sculpteur. Le nombre de ces signes différents est d'envron huit cents.

A. 2. L'écriture hiératique estune véritable tachygraphie de la précédente.

Les signes de récriture hiéroglyphique ne pouvant être convenablement tracés qu'avec la connaissance du dessin, et cette connaissance ne pouvant être universelle, on créa en faveur de ceux qui ne l'avaient point, un système d'écriture abrégé, dont les signes pouvaient être facilement exécutés; mais ce système ne fut point arbitraire, chaque signe hiératique ne fut qu'un abrégé d'un signe hiéroglyphique : au

(*) Soigneusement dessinés , ou sculptés et coloriés, ou simplement linéaires ou silhouettes.

lieu de la figure entière du lion couché , par exemple, on exprima la silhouette de la partie postérieure , et cet abrégé du lion conservait dans l'écriture la même valeur que sa figure entière.

Ainsi l'écriture hiératique était composée du même nombre de signes que récriture hiéroglyphique, dont elle était une abréviation à l'égard de la forme des signes seulement, et cet abrégé des signes avait la même valeur que les signes entiers.

A. 3. L'écriture démotique (ou populaire, ou épistolographique) se con> nosait des mêmes signes que l'écriture hiératique; c'était aussi une abréviation des signes hiéroglyphiques , et conservant encore la même valeur :

seulement, le nombre des caractères de l'écriture démotique , employés pour les usages ordinaires de la vie, était moindre.

On voit donc que les trois sortes d'écriture usitées simultanément en Égypte n'en formaient réellement qu'une seule en théorie, et que, pour la pratique seulement , on avait adopte une tachygraphie des signes primitifs, imitation fidèle des objets naturels reproduits par le dessin ou par la peinture. Ces trois sortes d'écriture étaient d'un usage général; toutefois, la première, l'écriture hiéroglyphique, était seule employée pour les monuments publics; mais les plus humbles ouvriers s'en servaient pour les plus communs usages, comme on le voit par les ustensiles et les instruments des plus vulgaires professions, ce qui, soit dit en passant, contredit tant d'assertions hasardées sur les prétendus mystères de cette écriture, dont les prêtres égyptiens avaient fait un moyen d'ignorance et d'oppression pour la population égyptienne. La deuxième espèce, l'écriture hiératique ou sacerdotale, était plus particulièrement à l'usage des prêtres , qui l'employaient dans tout ce qui dépendait de leurs attributions religieuses et judiciaires. La troisième espèce enfin, l'écriture populaire et la plus facile, la plus simple de toutes , servait à tous les usages que son nom même indique suffisamment.

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Clément d'Alexandrie dit que, parmi les Égyptiens, ceux qui reçoivent de l'instruction, apprennent d'abord l'écriture démotique, ensuite l'écriture hiératique, et ensuite l'écriture hiéroglyphique : c'est l'ordre inverse de leur invention, mail l'ordre direct quant à la facilité de leur étude. On trouve souvent les trois écritures employées à la fois dans le même manuscrit.

Quant à Y expression ou valeur graphique des signes, la théorie n'en est

Sas moins certaine que leur classificaion matérielle.

R. 1. Les signes figuratifs expriment tout simplement ridée de l'objet dont ils reproduisent les formes; l'idée d'un cheval, d'un lion, d'un obélisque, d'une stèle, d'une couronne, dune chapelle, etc., etc., est exprimée graphiquement par la figure même de chacun de ces objets; le sens de ces caractères ne peut présenter aucune incertitude.

B. 2. Les signes symboliques, ou tropiques, ou énigmatiques, exprimaient une idée métaphysique par l'image d'un objet physique dont les qualités avaient une analogie, vraie selon les Égyptiens, directe ou indirecte , prochaine ou éloignée , selon eux encore, avec l'idée à exprimer. Cette sorte de caractère paraît avoir été particulièrement inventée et recherchée pour les idées abstraites, qui étaient du domaine de la religion, ou de la puissance royale si intimement liée avec le système religieux. V abeille était le signe symbolique de l'idée roi ; des bras élevés, de l'idée offrir et offrande; un vase d'où Veau s'épand, la libation, etc., etc.

B. 3. Les signes phonétiques exprimaient les sons de la langue parlée, et avaient, dans l'écriture égyptienne, les mêmes fonctions que les lettres de l'alphabet dans la notre.

L'écriture hiéroglyphique diffère donc essentiellement de l'écriture généralement usitée de notre temps , en ce point capital qu'elle employait à la fois , dans le même texte , dans la même phrase et quelquefois dans le même mot , les trois sortes de caractères^u-

rattfs, symboliques et phonétiques, tandis que nos écritures modernes, semblables en cela aux écritures des autres peuples de l'antiquité classique, n'emploient que les caractères phonétiques, c'est-à-dire alphabétiques, à l'exclusion de tous les autres.

II n'en résultait néanmoins aucune confusion, la science de cette écriture étant générale dans le pays ; et en suppo-

par le caractère symbolique de l'idée Dieu ; 2° a créé par les signes phonétiques représentatifs des lettres qui formaient le mot égyptien créer, précédé ou suivi des signes phonétiques grammaticaux, qui marquent que le mot radical créer était à la troisième personne masculine du prétérit de l'indicatif de ce verbe ; 3° les hommes, soit en écrivant phonétiquement ces deux mots selon les règles de la grammaire, soit en traçant le signe fiçu rati t'A om me suivi de trois points, signe grammatical du pluriel ; et il n'y avait point d'équivoque dans l'expression de ces signes, 1° parce que le premier, qui était symbolique, n'avait une valeur ni comme signe figuratif ni comme signe phonétique , 2° parce que le signe figuratif homme, qui termine la phrase, n'avait que ce même sens figuratif, 3° parce que les signes phonétiques intermédiaires exprimaient des sons qui formaient le mot indispensable à la clarté de la proposition ; et malgré cette différence de signes, l'Égyptien qui lisait cette phrase écrite la prononçait comme si elle avait été entièrement écrite en signes alphabétiques.

La théorie de l'enseignement du système graphique égyptien n'offrait pas plus de difficultés : l'élève, averti de fa nature des signes figuratifs, n'avait aucun effort d'intelligence à faire pour en retenir le sens. La science des signes symboliques était une affaire de nomenclature, il devait la mettre dans sa mémoire , et apprendre successivement la raison de ces assimilations de certaines figures à certaines idées : la connaissance de la nomenclature suf-

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fîsnit même au plus grand nombre.

Quant aux signes phonétiques ou alphabétiques , voici comment procéda l'Egypte pour les déterminer. Habituée à une écriture idéographique, peignant les idées et non les sons de la langue , elle ne pouvait s'élever du premier bond à la simplicité tout arbitraire de nos alphabets. Obligée de combiner la forme des nouveaux signes avec ceux dont elle avait déjà consacré l'usage par une longue pratique, elle ne renonça pas à la iigure des objets naturels, elle en continua l'emploi, et décida seulement, après avoir analysé les syllabes de son langage et en avoir décomposé les sons jusqu'aux plus simples éléments, qui sont les lettres, que la ligure d'un objet dont le nom dans la langue parlée commencerait par la voix A , serait, dans l'écriture, le caractère A; que la figure d'un objet dont le nom, dans h langue parlée, commencerait par l'articulation b , serait, dans l'écriture, le caractère B, et ainsi de suite. Dans l'écriture phonétique, l'aigle, qui se nommait Ahôm en égyptien, devint donc la lettre A; une cassolette, herbe, la lettre B; une main, Tôt, le T et leD; une hache, Kelebin, le A' et le C dur; un lion couché, Labo, le L; une chouette, Mouladj , le M ; une bouche Rô , le R , etc. , etc. Il résulta ainsi de ce premier principe, non pas que tous les objets dont le nom commençait par R, devinrent le signe graphique de cette lettre (il en serait ne trop de confusion , mais que quelques-uns de ces objets seulement, les plus connus, les plus ordinaires , ceux dont la forme était le plus sûrement déterminée , et pouvait être le plus facilement transcrite , furent affectés d'autorité à représenter le son R, et ainsi des autres. Il y eut donc un certain nombre de signes homophones, ou exprimant le même son, dans l'alphabet écrit des Égyptiens, et cela était nécessaire dans une sorte d'écriture où la combinaison et l'arrangement matériel des signes étaient soumis à des règles dictées par la convenance de la décoration des monuments , dans un pays surtout

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où les murs de tous les édifices publics étaient couverts d'inscriptions servant d'explication aux tableaux sculptés qui rappelaient les grandes actiods des rois ou les bienfaits des dieux du pays. Du reste, le nombre des hiéroglyphes phonétiques ne s'élevait guère au delà de deux cents , et quelques-uns des alphabets européens ne contiennent pas m.

bien moindre nombre de sons ou de lettres. Toutefois , c'est cette espèce de caractère qui domine dans tous les textes hiéroglyphiques ; ils s'y trouvent dans la proportion des deux tiers , le surplus appartenant par portions à peu près égales aux caractères figuratifs et aux caractères symboliques.

On comprend par là toute l'importance , pour les sciences historiques , de la découverte de l'alphabet des hiéroglyphes égyptiens. En disant comment on a réussi à la faire, on dira aussi toute sa certitude.

On ne parvient à connaître une langue ou une écriture qu'on ignore qu'avec le secours d'un interprète ; c'est un homme, ou un livre, ou un écrit quelconque. Cet interprète de l'ancien ne Égypte fut trouvé en Égypte même par la France : c'est la célèbre inscription de Rosette, pierre de quelques pieds de hauteur et sur laquelle furent gravées trois inscriptions à la suite l'une de l'autre ; la première, tronquée par le haut, en caractères hiéroglyphiques, la deuxième en caractères demotiques, et la troisième en grec. On sait par cette dernière qu'elle est la traduction même de ce qui précède : voilà donc l'interprète des hiéroglyphes égyptiens, qui manquait à l'érudition moderne.

Cette traduction grecque d'un texte égyptien devait ouvrir une voie nouvelle. L'inscription de Rosette fut publiée et reçue avec empressement; mais ce ne fut qu'après vingt ans et vingt essais sans résultats que la lumière jaillit enfin de ce monument, et pour l'en tirer, il fallut s'arrêter aux données suivantes après avoir épuisé toutes les autres : 1° le texte

§rec prouve que l'inscription est un écret des prêtres de l'Égvpteen l'hon-

neur de Ptolémée Épiphane (Suprà, page 61) ; 2° ce décret contient plusieurs fois le nom de ce roi et plusieurs autres noms propres ; 3° on a jpu traduire et écrire en égyptien toutes les idées exprimées dans le texte grec; mais les noms propres grecs n'exprimant aucune idée en égyptien , ils n'ont pu être traduits ; il a donc fallu écrire en caractères égyptiens les sons que forment ces noms propres dans le grec; 4° il doit donc y avoir dans l'inscription égyptienne de Rosette des signes hiéroglyphiques exprimant ces sons; il pourrait donc aussi y avoir dans l'écriture hiéroglyphique des signes phonétiques y ou exprimant les sons et non pas les idées ; 6° le texte égyptien présente un groupe de signes hiéroglyphiques, distingué par un encadrement elliptique qui l'entoure : ce groupe est répété plusieurs fois dans ce texte égyptien ; le nom propre du roi Ptolémée était aussi répété plusieurs fois dans le texte grec: le groupe d'hiéroglyphes encadré peut donc être le nom de Ptolémée, et, dans cette supposition, les signes ainsi groupés écrivant ce nom en hiéroglyphes, ces signes sont alphabétiques , et le premier est un P, le second un T, etc.

Voilà déjà plusieurs des hiéroglyphes alphabétiques retrouvés, et il ne reste qu'a compléter cet alphabet si désiré. 5° Bien des obstacles s'y opposent encore : le groupe encadre dans une ellipse , ou cartouche , est le nom de Ptolémée, ou bien il ne l'est pas : dans le premier cas, il est nécessaire d'éprouver la vérité de ce premier résultat alphabétique, sur d autres noms propres écrits à la fois en hiéroglyphes et en grec , et dans lesquels se retrouvent toutes les lettres déjà reconnues, ou supposées l'être, par le nom de Ptolémée. L'inscription grecque de Rosette contient plusieurs autres noms propres vers son commencement; mais le texte hiéroglyphique étant tronqué vers ce point, nous sommes privés de ce moyen de comparaison. Il n'y avait donc rien de rigoureusement certain jusque-là dans le résultat de tant de recherches, et le temps seul pouvait

mettre lin à tant d'incertitudes : il ne refusa pas ce grand bienfait aux lettres et a l'histoire. 6° L'infortuné Belzoni découvrit à Philae un cippe portant une inscription grecque , et un petit obélisque portant aussi une inscription hiéroglyphique : on reconnut que le cippe et l'obélisque formaient un seul et même monument; ce point capital fut publiquement constaté :

l'inscription grecque nommait aussi un roi Ptolémée, une reine Cléopâtre, et l'on remarquait dans l'inscription hiéroglyphique , au lieu même où devait se trouver le nom du roi Ptolémée , le même groupe encadré que , dans l'inscription de Rosette , on avait supposé être le mot Ptolémée: ce premier résultat tiré de l'inscription de Rosette était donc pleinement confirmé ; on avait donc avec certitude le nom du roi grec Ptolémée écrit en hiéroglyphes ; aès lors le groupe d'hiéroglyphes encadrés qui , sur l'obélisque , suivait le nom de ce roi, ne pouvait être que le nom delà reine Cléopâtre, et le premier signe du mot Ptolémée , P, se trouva être en effet le cinquième de celui de Cléopâtre ; le deuxième de l'un, le T, le septième de l'autre; le quatrième du premier, le L, était bien lé deuxième du second : le nombre des signes reconnus s'accrut donc de tous ceux qui composaient le nom de Cléopâtre, et on eut la moitié de l'alphabet. Et une fois que les groupes d'hiéroglyphes encadres , ou cartouches , eurent été reconnus pour des noms de rois et de reines ainsi distingués par l'étiquette, et ces cartouches étant nombreux sur les monuments , l'alphabet fut sans peine complété , et la découverte la plus désirée et la plus inespérée depuis la renaissance des lettres était enfin accomplie. Tel fut le résultat des recherches de Champollion le jeune; la suite de ses investigations analytiques et la persévérance qui les caractérisa ont fait le reste : les mystères de l'ancienne Egypte ont été ainsi dévoilés ; les applaudissements du monde savant ont été la récompense d'un dévoûmeut qui ne se démentit pas un seul instant pendant vingt-cinq années , et une mort

soudaine et prématurée en a consacré les immortels résultats.

Il nous resterait à exposer les principes généraux de la grammaire de cette écriture, si Ton peut ainsi parler, ou du moins à indiquer ici quelauesuns de ses procédés les plus singuliers, comme étant tout à fait étrangers à nos

f)rocédés graphiques si simples, si anaoguesà nos habitudes socialesqui n'admettent que peu d'inscriptions sur nos monuments publics et qui les excluent de leur décoration; mais cette Grammaire est déjà publiée , et il nous sera permis de nous borner à l'indiquer au lecteur.

Nous pourrions aussi considérer l'influence du procédé phonétique égyptien sur la création et l'introduction parmi les peuples de l'antiquité secondaire, de l'usage de l'alphabet pour leur écriture, et comment ces alphabets , tels que nous les connaissons , pourraient , d'après leur constitution particulière et différente , être classés généalogiquement, si on peut le dire, en alphabets de seconde et de troisième formation, et tous les alphabets de l'Europe ancienne et moderne sont de cette -troisième classe; mais cet examen d'un intérêt général dans l' étude critique de la philosophie des langues et de l'écriture , ne se rattache pas assez particulièrement au sujet de notre Précis , et nous n'ajouterons

5 lus que quelques mots sur 1 antiquité e l'usage de récriture en Égypte.

L'antiquité grecque et romaine, Platon, Tacite, Pline, Plutarque, Diodore de Sicile et Varron font honneur à l'Egypte de l'invention de l'écriture alphabétique. La critique moderne a reconnu par l'étude des monuments , qu'aucun peuple de l'ancien monde ne pouvait à cet égard infirmer ce jugement ^consacré par l'autorité des siècles; l'examen des plus anciens alphabets connus prouverait peut-être aussi, quant à leur constitution même , l'imitation d'un type primitif qu'on n'a encore retrouvé que dans l'antique Égypte , et il y aurait là quelques données importantes pour rhistoire des origines de quelques peuples morts ou

vivants. On peut donc assurer que l'Egypte arriva très-anciennement au complément réel de son système graphi-

?ue, à l'alphabet. Mais les causes et époque de ce perfectionnement mémorable nous sont absolument inconnues : est-il le résultat des efforts de la philosophie égyptienne?... n'est-ce qu'une transmission faite à l'Égypte par un peuple qui l'aurait précédée dans les voies delà civilisation ?... L'esprit se confond dans l'examen de telles questions , où se manifestent une antiquité incontestablement supérieure à tous les temps historiques de l'Occident , et un perfectionnement de système graphique pour l'écriture, de système grammatical pour la langue,

3ue les principes de l'idéologie moerne n'ont ni dépassé ni prévu. Résultat bien singulier de l'autorité des faits les plus avérés ! quand on construisit les pyramides de Memphis, aux anciens règnes des premières dynasties , l'usage de l'écriture était inconnu, on n'en trouve aucune trace sur les pyramides royales ; et au XXIIIe siècle avant l'ère chrétienne , au temps de la XVIe dynastie, le système graphique tout entier était employé pour orner les monuments publics contemporains , d'inscriptions historiques ou religieuses; et alors déjà le système graphique est le même que pour les siècles des Sésostris, des Ptolémées et des Césars , et le système grammatical du langage a les mêmes principes généraux qu'aux temps des ermites chrétiens de la Theoaïde. On sait donc tout sur la civilisation égyptienne, à l'exception de son origine et de ses commencements. La France n'a retrouvé dans les sables du désert que la magnificence des Pharaons, le temps lui a ravi leur berceau.

Un dernier mot sur l'écriture hiéroglyphique en démontrera toute la perfection , pour l'Égypte du moins , eu égard aux trois dialectes de sa langue : le même signe graphique exprimait le son du L et du R ; un autre signe, le son du P et du Ph ; un autre enfin, T et Th; l'inscription pouvait donc être également lue selon les di-

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