S XV1I1. SYSTÈME NUMÉRIQUE. SYSTÈME MÉ TRIQUE. MONNAIE. CALENDRIER
Ce que nous avons appris par les monuments, au sujet du système numérique des anciens Égyptiens , nous prouve que leur arithmétique n'était pas plus perfectionnée que celle des Grecs; ils ignorèrent l'admirable fonction du zéro, et pour les signeschiffres , la valeur de position : ingénieux et féconds procédés au moyen desquels, avec neuf chiffres dont la valeur augmente en progression décuple à mesure qu'on les avance vers la gauche , nous pouvons , dans le système moderne venu des Indiens par les Arabes, exprimer commodément les nombres les plus considérables.
Il ne nous est parvenu aucune notion écrite sur l'arithmétique des Égyptiens; les signes de nombre une fois reconnus, on a recueilli tout ce qu'on a trouvé écrit en chiffres sur les monuments, et on en a tiré des données nécessairement incomplètes, en ce sens qu'on ne doit pas croire que les Égyptiens ignorèrent une partie quelconque de la science des nombres, parce au on n'en trouve pas d'application sur leurs monuments. On sait en combien de circonstances la connaissance de la géométrie était nécessaire à leur ci-
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vilisation; on voit aussi leurs monuments exactement orientés , et sur les magnifiques créations de leur architecture, tous les secours qu'ils surent tirer de cette science : on ne peut donc leur refuser d'avoir possédé des règles dont il nous reste de si nombreuses applications. Voici , dans leurs limites réelles, les résultats tirés de l'étude des monuments , et un résumé de ce qui se trouve plus au long exposé dans le IX" chapitre de la Grammaire égyptienne de mon frère, sur les mots et les signes qui ont servi à la numération chez les Égyptiens.
Remarquons d'abord , a ce sujet , que les nations modernes sont tombées dès longtemps dans une contradiction manifeste : le système graphique de tous les mots de leur langue est alphabétique , et les signes des mots de ta numération sont entièrement idéographiques ; ces signes étaient aussi idéographiques chez les Égyptiens, mais du moins ils se trouvaient en cela dans une parfaite analogie avec leur écriture nationale.
Les numératifs ou noms de nombre se divisaient aussi en ordinaux et cardinaux ; ceux-ci exprimant la quantité des objets , et ceux-là déterminant leur ordre relatif.
Chacune des trois subdivisions du système général d'écriture avait aussi sa série de signes de nombre.
L'écriture hiéroglyphique avait un signe particulier pour chacun des nombres un , dix , cent , mille , et dix, mille ; ils étaient écrits . autant de fois que l'exigeait la somme à exprimer; on figurait jusqu'à neuf fois le signe de l'unité pour exprimer l'idée 9; neuf fois le signe de la dizaine pour exprimer 90 ; neuf fois le signe cent pour figurer le nombre 900 , et ainsi de suite pour les autres chiffres ( voyez notre, planche 66, n° A).
L'écriture hiératique procédait d'une aiitre manière ; elle avait un signe particulier pour chacun des nombres un, deux, trois , quatre, et neuf; au m titrai re , les nombres 5, 6, 7 et 8, s'ex-
C rimaient au moyen des cliiffres com inés 3 et 2 . 3 et 3 , 3 et 4, 4 et 4 ;
le signe dix était également spécial , et il était ensuite modifie par l'adjonction des chiffres des unités pour former des caractères qui oflraieut l'expression des idées deux fois dix , trois Lois dix, quatre fois dix, etc.; un signe parti culier signifiait cent ; et , par une combinaison très - analogue à celle des dizaines, ce même signe exprimait les nombres 200, 300, etc., jusqu'à 900; le signe spécial du nombre mille était soumis à la même règle, et figurait sans équivoque les multiples de mille parles neuf premières unités; ensuite un signe particulier disait dix mille .
et, en le répétant neuf fois, on arrivait a exprimer l'idée 90 mille; enfin , pour les quantités supérieures, on les exprimait facilement par une comlii naison systématique des signes des centaines et des mille avec celui de la myriade, et ces chiffres combinés s»lisaient : cent j'ois mille ou cent mille , cent fois dix mille ou un million , cent fois vingt mille ou deux millions, etc
Dans l'écriture démotique, ou populaire , le système de numération était le même que pour l'écriture hlérati que , et les signes chiffres presque semblables aussi. Ces chiffres étaient employés à la numération de toutes sortes d'objets, à l'exception formelle des dates pour les quantièmes du mois.
Il est digne de remarque , en effet , que ce quantième fut exprimé par des chiffres particuliers pour les nombres un , deux , trois et quatre ; et pour les nombres 5, 6, 7 et 8, on s'attacha à reproduire, par la combinaison de ces chiffres, les groupes hiéroglyphiques qui représentaient ces mêmes nombres. Le signe du nombre 9 était également spécial. Knliu , <»pour les dates composées de dizaines et d'unités , les signes 20 et 30 avaient aussi une forme particulière , et leur trace était un groupe qui se décomposait en 10, 3 et 2, pour dire 15; en 20, 3 e1 3 pour dire 26, et ainsi de suite jusqu'à 30 figuré par un chiffre spécial (voyez la même planche C6, n° B).
Les contrats , les manuscrits , et notamment les registres de comptabilité des temples , ont fourni les cléments
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de ces noiions sur le système numérique des Égyptiens ; on y trouve aussi des exemples nombreux de remploi de ces chiffres dans des sommes exprimées par les unités , les dizaines , les centaines, les mille et les myriades.
C'est l'épreuve certaine des théories qui viennent d'être exposées.
Quant aux numératifs ordinaux, ils étaient écrits au moyen des signes des nombres cardinaux, qui étaient précédés d'un caractèrecomplexe placé audessus de ce signe cardinal. Il en était de même pour exprimer les nombres fractionnaires , et on a aussi des exemples d'additions composées à la fois de nombres entiers et de fractions. On ne connaît pas d'exemple écrit des autres parties de l'arithmétique, telles que la soustraction, la division, la multiplication , etc. ; on ne connaît pas non plus de signe pour exprimer directement un nombre supérieur à la myriade : mais on ne doit pas prendre les limites de nos recherches pour les limites de la science des Égyptiens dans l'arithmétique : d'autres monuments peuvent nous en enseigner davantage. Concluons , toutefois , de tout ce qui vient d'être exposé, que le système, numérique des Égyptiens avait des rapports intimes avec celui que les Grecs adoptèrent ensuite, et que les théories durent être appliquées par des procédés analogues.
L'intérêt réel , historique , archéologique des notions qui précèdent , se réalise essentiellement dans leur application à la recherche des dates qui se trouvent très-fréquemment sur les monuments égyptiens: chaque date est un fait de grande considération , et très-fécond en résultats utiles à la certitude historique; nous avons tâché de réunir sur nos deux planches numérotées 65 et 69, les moyens et les exemples les plus propres a les faire reconnaître , et à les traduire exactement en supputations modernes.
Système métrique. On est porté à croire, d'après l'autorité que quelques savants modernes ont imprimée à leur opinion , que longtemps avant le siècle d'Alexandre quelques peuples de l'an-
tiquité firent avec succès des observations astronomiques, les employèrent dans la description de la terre, et déterminèrent avec exactitude la situation de quelques points principaux du globe. Les résultats de lêurs observations furent exprimés en mesures authentiques : il faut donc supposer qu'alors déjà ces mesures étaient systématiquement déterminées , et furent des divisions astronomiques du degré terrestre. Les mêmes mesures eurent des rapports précis avec les divisions du temps; et si on a entrevu dans les rapports comparés de l'antique littérature , une division commune du ciel , de la terre , de l'année et du jour en 720 parties , d'après d'autres aperçus l'unité aurait été divisée d'abord en trois grandes parties , puis en douze , en trente-six, et finalement en trois cent soixante. Ce qu'il y a de certain , c'est l'association nabituelle de trois divinités dans le même culte , dans le même temple; l'union religieuse des trinités locales , assimilation régulière à la trinité primitive; enfin la division de l'année civile en trois saisons, comme l'année agricole et l'état de la surface du sol qui changeait sensiblement d'aspect tous les quatre mois.
On a remarqué avec toute raison qu'un goût naturel, que l'état constamment normal du gouvernement et des lois, fortiGé par sa régularité même, portait les Égyptiens vers la stricte pratique des choses exactes ; qu'ils attribuèrent à Thôth , le plus savant des dieux, l'invention des poids et des mesures ; et que le mesurage des accroissements périodiques du Nil , et la reconnaissance des limites des terres annuellement confondues par l'inondation , avaient rendu nécessaires la connaissance et l'emploi de ces mesures dès les premières idées de la propriété , dès les premiers labours donnés au sol de l'Egypte ; et , comme toutes ses autres institutions , le temps et le progrès naturel des sciences durent perfectionner aussi son système métrique.
Il comprenait à la fois les mesures itinéraires ou de longueur; celles de superficie, ou agraires, divisées ou
multipliées selon que l'usage l'avait successivement exigé, et toujours respectivement à un étalon primitif, dont l'origine était rattachée à une grande opération astronomique ou geodésique , d'où le degré avait été déduit.
C'est à ce degré que l'on rapportait en effet les scnœnes, les milles, les stades , les aroures , les plèthres , les cannes, les oryges , les pas , les pieds , et les coudées, types divers et d'inégales dimensions, nous a-t-on dit, qui composaient ce système. Mais il faut reconnaître qu'on n'a trouvé que dans la littérature occidentale ces noms , ces mots , et les acceptions qui leur ont été attribuées ; il serait difficile de les ramener tous à des origines égyptiennes; et, afin de ne pas nous détourner du plan de notre travail et de la considération des monuments originaux , c'est de la coudée , principale mesure égyptienne, comme étant la plus usuelle, que nous parlerons ici particulièrement. Gomme à l'égard de toutes les autres mesures égyptiennes , il existe une foule de passages sur la coudée, sa longueur et ses divisions , ces passages ont été diversement expliqués, et peut-être un peu trop au gré des divers systèmes généraux sur les mesures égyptiennes, nouvellement publiés avec une égale masse d'érudition , avec un semblable dévouement à la recherche naïve de la vérité. 11 nous est parvenu des coudées égyptiennes intactes, originales, en bois ou en pierre, divisées, graduées, signées , authentiques : un seul de ces monuments nous en dit plus que tous les passages des anciens ensemble ; et les notions que nous allons en déduire seront à la fois certaines et complètes.
Les écrivains de l'antiquité paraissent avoir établi une différence entre la coudée qu'ils qualifient de royale , et d'autres mesures auxquelles ils donnent aussi le nom de coudée ; mais , en général , ils s'accordent à dire que la coudée royale était divisée en six jialmes, et chaque palme en quatre doigts. Cette coudée se composait donc de vingt-quatre doigts. Il nous en est
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parvenu plusieurs d'originales de celte même dimension ; et 1 examen attentif qui en a été fait, leur assigne pour longueur exacte 444 millimètres , dont le palme était la sixième partie , et le doigt la vingt-quatrième. II y a aussi des coudées de sept palmes, qui sont ainsi \ plus longues d un sixième que celle qui vient d'être indiquée.
On trouvera , sur notre planche (*»
au n° 1 , la figure d'une portion de la coudée, contenant exactement les neuf premiers doigts , formant les deux premiers palmes, plus un doigt. On reconnaît facilement que la forme delà coudée était parfaitement appropriée à son usage. Celle que nous reproduisons est en bois dur, dit de Méroé.
C'est comme une règle ayant deux millimètres d'épaisseur et le double de largeur , et dont la partie supérieure est divisée en deux parties, l une des deux étant coupée eu biseau, mais chacune des deux portant une inscription hiéroglyphique, où se trouvent parfois des noms et des dates.
L'aspect général de la coudée nous montre cette règle divisée en parties égales, qui sont les vingt -quatre ou les vingt-huit doigts, et en trois bandes longitudinales. Aux cases qui correspondent aux quinze premiers doigts, en allant de gauche à droite, et dans la bande la plus éloignée , on a inscrit la figure ou le nom ues quinze divinités auxquelles chacune de ces divisions était consacrée; la première est le soleil , et la dernière Thôtli. Dans la bande intermédiaire, on a écrit les principales divisions de la coudée ; les premiers signes , en allant de gauche a droite , sont les lettres S T N (souten, roi , royal) ; le signe suivant , un bras plié jusqu'au coude , est le signe figuratif de la coudée elle - même ; de sorte que ce groupe doit se lire coudée royale. D'autres groupes indiquent les subdivisions de la coudée , et successivement un doigt, deux doigts, trois doigts , quatre doigts ou le palme ; ensuite le pied , etc. Enfin , on trouve dans la troisième bande, les doigts et leurs subdivisions en fractions de doigt; le premier, à gauche, est divisé en
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moitié de doigt, et le signe qui est au-dessus est un M , lettre initiale du mot méti, qui signifie moitié. Les autres divisions croissent successivement du tiers au seizième de doigt , et le signe qui surmonte ces chiures est un R, initiale de re, monosyllabe qui fait passer le nombre que cê signe ou que ce mot précède , à l'état de dénominateur d'une fraction.
Voilà les traits principaux à observer dans une coudée. On en voit dans les musées de Paris , de Turin , et ailleurs ; elles sont uniformément construites , soit qu'elles soient de bois , et épaisses comme celle dont nous venons de parler , soit qu'elles soient en matières calcaires , et , dans ce cas , quatre fois plus larges qu'elles ne sont épaisses. Sur toutes celles qui nous sont parvenues , et qui toutes ont été recueillies dans des tombeaux , on voit des inscriptions funéraires sur le coté opposé à celui qui porte les divisions métriques , quelquefois aussi sur les tranches; et une de ces inscriptions offre le nom du roi Horus, de la dixhuitième dynastie , ce qui prouve que cette mesure était en usage plus de 1600 ans avant l'ère chrétienne.
Toutes ces notions nous amènent à reconnaître, d'après les recherches les plus récentes, que la coudée égyptienne de six palmes était égale à 444 de nos millimètres ; sur cet étalon trèsauthentique , on peut se procurer des données qui ne le seront pas moins sur les autres mesures égyptiennes qui n'étaient que des multiples ou des tractions de cette même coudée.
Quant aux poids en usage en fîgypte , la seule notion certaine que nous puissions en donner ici , est tirée d'un poids antique , en basalte vert , dont la figure , ae la grandeur de la moitié de l'original , se trouve sous le n° 8, de notre planche 65 ; ce poids , très-régulièrement taillé, pèse exactement 62 gram. on voit qu'il est marqué du nombre cinq; il représente donc cinq fois une unité, qui était réglée à 12 gram. ? , et qui devait aussi avoir de nombreux multiples : dans un État riche et puissant comme l'était l' Egypte, où les
productions les plus précieuses étaient abondantes, où le commerce de tout l'Orient était centralisé, les unités de compte devaient être fortes, le système numérique et le système métrique devaient être capables de représenter de très-grandes quantités : les pays pauvres et les petits États ne peuvent pas même avoir l'idée des myriades de myriades ; ils ont des petits poids et des petites monnaies.
A l'égard de la monnaie, nous avons déjà dit que PÉgypte n'eut pas l'idée d'un système monétaire légal , ni peutêtre même le besoin; et il en sera ainsi pour toute nation qui , ne faisant de commerce qu'avec elle-même, ou bien avec des alliés dont les intérêts ne seront pas différents des siens, n'éprouvera pas la nécessité d'un signe d'échange généralement reconnu comme ayant la valeur intrinsèque à lui assignée par l'autorité qui le met en circulation. Il lui suffit, en réalité , d'un signe d'échange dont la valeur arbitraire ne sera contestée par aucun des individus auxquels ce signe sera présenté pour cette valeur. Les billets de banque donnent l'idée de ce signe monétaire conventionnel; et il n'y a peut-être pas de matière dont la minime valeur soit plus au-dessous de la somme que représente chacun de ces billets, frêle morceau de papier, qui ne vaudrait pas matériellement un centime , si les lettres historiées dont il est orné cessaient d'être l'expression d'un engagement public, hypothéqué sur des tonnes d'or existantes réellement dans un dépôt inviolable. Dès que, en Egypte, l'état de la société eut fait succéder aux échanges de gré à gré, la vente et l'achat de toutes sortes de choses vénales , par le moyen d'une sorte particulière de ces marchandises, sorte utile et nécessaire à tous, au gouvernement comme aux citoyens , dont la valeur invariable n'était contestée par personne, avec laquelle on se procurait de suite tout ce qui était nécessaire à la vie , et qu'en conséquence tous voulaient acheter au moyen des produits soit de la terre, soit des arts , il y eut alors en Egypte
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une monnaie légale. Toutefois elle ne consista qu'en une monnaie de convention, nécessaire au petit commerce ; on croit qu'une classe de ces nombreux produits de l'industrie égyptienne , qu'on appelle scarabées, parce qu'ils ont la forme de cet animal , et sur lesquels on lit les noms des Pharaons, servit, à cet effet, de petite monnaie. Mais , pour les transactions considérables, on se servait d'anneaux d'or pur, d'un poids et d'un diamètre déterminés; on se servait aussi d'anneaux d'argent à un titre et à un poids également réglés par l'autorité publique : on n'a rien découvert en Égypte qui donnât l'idée des monnaies en usage chez d'autres nations de l'antiquité , ou chez les peuples modernes.
Tel fut, à cet égard , l'état de l'Égypte tant que durèrent ses institutions nationales. Conquise par les Perses, Darius , fils d'Hystaspe , y mit en circulation des monnaies de l'or le plus pur, et elles y eurent cours légal , ainsi que dans les autres parties de l'empire des Perses; on les appelait dariques, du nom du roi qui les avait fait frapper. A son exemple, Aryandès, gouverneur de l'Égypte , fit des monnaies d'argent qu'on appela an/andiques ; et, pour ce fait, accusé d'usurpation des droits royaux , il fut mis à mort. La monnaie d'Alexandre succéda à celle des rois persans ; celles des villes et des rois de la Grèce, de l'Italie et de la Sicile, ne durent pas y être inconnues ; les Ptolémées frappèrent des monnaies particulières à l'Égypte , mais ils ne s'écartèrent pas du système monétaire des rois grecs et de ceux de Syrie. Il nous est parvenu des pièces frappées à l'effigie des rois et des reines de la famille des Ptolémées , en or, en . argent et en bronze, et de plusieurs dimensions. Celles des premiers successeurs d'Alexandre sont remarquables par la pureté du métal et la perfection de l'art : pour les dernières pièces de cette race, le métal et l'art sont tous deux de mauvais aloi ; elles portent l'effigie du prince, et au revers une date tirée de l'année de son règne ;
ces revers ne sont point diversifiés , et, sans ces dates , ils seraient inutiles à l'histoire.
La domination romaine en Egypte , y introduisit le système monétaire romain ; la langue grecque y fut conservée pour les légendes. On frappa, en Égypte , la monnaie romaine égyptienne , à l'effigie de l'empereur , comme dans le reste de l'empire, mais avec des dates et des revers tirés des coutumes égyptiennes; et on ajouta, à la série des monnaies générales de l'Égypte , une série de pièces frappées pour chacun de ses nomes ou provinces. Sous Tibère et sous Néron , on commença d'abaisser le titre des monnaies d'argent ; sous Antonin , ce titre s'altéra de plus en plus; sous Marc-Aurèle et sous Commode , l'alliage fut encore plus fort ; on n'employa bientôt plus que le potin , ou argent à très-bas titre ; enun , les monnaies de cuivre prirent insensiblement le dessus à mesure gue la décadence de l'empire s'accroissait; et l'on n'en connaît pas d'un autre métal depuis Aurélien jusqu'à Dioctétien. Ce dernier empereur ajouta à ses autres actes de rigueur envers l'Égypte, la suppression de son atelier monétaire : on y frappa cependant encore quelques monnaies semblables à celles du reste de l'empire; mais la légende était latine , et, en ce point encore, la nationalité de l'Égypte fut abolie à la fin du troisième siècle de l'ère chrétienne. Les Romains n'y firent point frapper de monnaie df'or ; la collection des pièces en argent , en potin ou en bronze , est fort nombreuse; et la variété des dates et des revers les rend trèsutiles pour les recherches historiques.
Depuis les Romains, l'Égypte a connu toute sorte de monnaies , parce qu'elle a connu toute sorte de maîtres. Ses monnaies nationales, en métaux divèrs , remontent au grand Alexandre, et finissent avec Dioctétien : on dit que la belle reine de Palrayre , Zénobie, s'attribua momentanément, en Égypte , le partage de l'autorité impériale monétaire.
Quant au calendrier, on sait, d'après son usage même dans les sociétés modernes, par quelle importance et quelle utilité est caractérisé ce simple tableau de la division légale du temps pour les usages civils. On pensa à un calendrier en Égypte , dès qu on y pensa à quelque civilisation ; mais il ne reste point de traces authentiques de son institution première. Il est vraisemblable qu'elle, manqua d'une base certaine, puisque l'exactitude du calendrier dépend de la certitude avec laquelle on est parvenu, par des procédés très-compliqués, à déterminer la longueur réelle de Tannée solaire, dont le calendrier ne doit représenter qu'une division exacte en parties ou périodes d'une durée également fixe. Il ne nous est parvenu sur TÉgypte qu'une vague notion sur une année civile de 3G0 jours seulement , et sur une addition de cinq jours complémentaires, qui aurait été faite à ce premier nombre dès les plus anciens temps de l'histoire de TÉgypte; de sorte que l'usage d'une année de 365 jours est attribué à ce pays dès la plus haute antiquité.
Cette année était divisée en 12 mois de 30 jours chacun , suivis de 5 jours complémentaires ou épagomènes ; mais cette période de 365 jours était réellement plus courte que la durée de Tannée solaire, à peu près d'un quart de jour. Il eu résultait que cette période rétrogradait sur la révolution solaire à peu près d'un jour tous les 4 ans , d'un mois tous les 120 ans , et d'une année de 365 jours tous les 1460 ans.
Une telle institution aurait donc été erronée dans ses éléments, et il en aurait pu résulter de graves perturbations dans les affaires générales , les pratiques du culte et les usages publics. De plus, elle ferait supposer que les Égyptiens furent peu avancés dans la physique générale, et ne possédèrent pas les pratiques fondamentales de l'étude du ciel, et la plus nécessaire aux intérêts d'une nation civilisée.
Mais l'antiquité classique a de quoi nous rassurer sur ce point. Strabon disait que les prêtres de Thcbes passaient pour être très-versés dans l'as-
tronomie et dans la philosophie. C'est d'eux , ajoutait-il , que vient l'usage de régler le temps, non d'après la révolution de la lune , mais d'après celle du soleil; ils ajoutent aux 12 mois de 30 jours chacun, cinq jours tous les ans; et comme il reste encore, pour compléter la durée de Tannée , une certaine portion de jour , ils en forment une période composée d'un nombre rond de jours et d'années suffisants pour que les parties excédantes étant ajoutées , soient absorbées en un jour entier. Le même écrivain rapporte aussi que Platon et Eudoxe passèrent plusieurs années à Héiiopohs dans le commerce des prêtres de cette ville, ui s'adonnaient particulièrement à étude de la philosophie et de l'astronomie ; que ces deux voyageurs grecs obtinrent de ces prêtres, fort peu communicatifs d'ailleurs , la connaissance de quelques théorèmes; mais que ces prêtres laissèrent ignorer à Platon et à Eudoxe, qu'ils ajoutaient aux 365 jours de Tannée la portion du jour et de la nuit nécessaire pour la compléter, et que c'est par suite de cette réserve que les Grecs ignorèrent cette intercalation , jusqu'à ce que les astronomes plus modernes la connussent au moyen des traductions en langue grecque des livres égyptiens , où Ton puisait encore du temps de Strabon, ainsi que dans les écrits des Chaldéens.
On voit donc par ces témoignages formels , et malgré le silence d'ilipparque, d'Ératosthènes et de Ptolémée, au sujet des secours qu'ils ont trouvés dans les écrits des Égyptiens , que les prêtres astronomes d'Héliopolis et de Thèbes connaissaient la véritable longeur de Tannée solaire de 365 jours et un peu moins d'un quart de jour ; et sur d'autres témoignages non moins irrécusables, que le calendrier, tel qu'il fut institué en Égypte, et tel qu'il y fut en usage pendant une longue série de siècles , ne donnait à Tannée civile que 365 jours juste , sans aucune intercalation.
Toutefois il n'y a pas lieu ici d'accuser TÉgypte d'ignorance; les traditions
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historiques, au contraire, nous portent à croire que les Égyptiens firent réellement connaître a la Grèce le quart de jour qui complète à peu près la révolution annuelle du soleil, quoiqu'ils n'en tinssent pas compte dans leur calendrier civil. On sait qu'il y avait en Egypte des collèges de prêtres spécialement attachés a l'étude des astres , et que Pythagore et les philosophes des générations suivantes étaient allés s'instruire parmi eux. Les écrivains grecs attestent que ces prêtres observaient régulièrement les solstices, dont la connaissance leur indiquait assez exactement le commencement de la crue du Nil. Hérodote n'hésite pas à assurer qu'ifs savaient très-bien que la durée de leur année civile était plus courte que celle de l'année solaire , et cm'aprës un certain nombre de révolutions , ces deux années inégales recommençaient le même jour.
Nous devons donc nous représenter les sages de l'Egypte comme ayant des notions exactes sur la durée de l'année solaire, et néanmoins comme ne l'ayant pas introduite dans l'institution du calendrier civil en usage dans l'empire égyptien ; ce calendrier sciemment irregulier ne comptait que 365 jours complets , et rétrogradait ainsi presque d'un quart de jour chaque année sur la révolution solaire.
Ce fut ce calendrier qui fut seul en usage dans toute l'Egypte , dès les plus anciens temps auxquels ses annales peuvent remonter, et malgré les vicissitudes qui troublèrent à diverses époques l'ordre établi et les coutumes nationales de l'Egypte. L'usage de ce calendrier fut du nombre des institutions publiques que la politiqne d'Alexandre ordonna de respecter; la puissance romaine se contenta de le modifier, mais en même temps elle l'adopta dans tous les actes de son administration qui intéressaient spécialement l'Égypte.
Ce calendrier de 365 jours ne représentait qu'une année vague, et elle était ainsi appelée, parce qu'elle rétrogradait à chaque période sur la marche du soleil. Les mois qui composaient cette
année se nommèrent : 1er, Thoth; 2, Paôphi:3, Athyr; 4, Choïak; 5,Tybi; 6 , Mécnir ; 7, Phaménoth ; 8 , Pnarmouthi; 9, Pachôm; 10, Payni; 11, Epiphi ; 12, Mésori; et ils étaient suivis des cinq jours célestes , ou jours épagomènes, désignés seulement par leur ordre numérique 1er, 2e, 3*, 4m et5#.
Nous avons reproduit sur notre planche 66, n* C, la série des signes au moyen desquels ces noms 1 des mois sont exprimés dans les inscriptions hiéroglyphiques. On doit remarquer d'abord que ces 12 noms se divisent en trois séries dont chacune est caractérisée par un signe particulier, surmonté de la figure du croissant de la lune renversé , et tracé 1 , 2, 3 ou 4 fois. Ces trois séries qui représentent les 12 mois , nous prouvent que l'année égyptienne était partagée en trois saisons seulement, et ces trois signes de série indiquent en effet, le premier, la saison des plantes ou de la végétation; le second, la saison des récoltes ; et le troisième, la saison de Yinondation. Un croissant au-dessus du premier signe dénote le premier mois de la saison de la végétation , ou le mois de thoth ; un croissant suivi du signe du nombre 4, désigne le quatrième mois de la même saison, ou le mois de choïak , et il en est ainsi des trois saisons et des douze mois.
Les jours épagomènes sont aussi indiques par un groupe dans lequel entrent les idées ciel et soleil, et les nombres 1, 2, 3, 4, 5 exprimés par autant de chiffres déterminés , donnent aussi le quantième de chacun de ces jours.
Telle fut la notation graphique des noms des mois et des jours complémentaires du calendrier égyptien , découverte par Champollion le jeune qui la rendit publique en 1828.
Ce n'est pas ici le lieu de remonter à l'origine de cette division de l'année égyptienne en trois parties seulement , de 120 jours chacune ; mais on ne peut omettre de faire remarquer que la périodicité du débordement annuel du Nil, et sa durée , partagent de la même
manière l'année agricole. Au solstice d'été, le fleuve se gonfle , croît successivement, se déborde, s'abaisse ensuite, et se retire; on sème en octobre , et la germination s'opère ainsi 120 jours après le solstice ; c'est la durée de la saison de Y inondation. Après le même espace donné à la saison ue la végétation, la récolte commence en mars, et une autre période de 120 jours ramène l'année au solstice où elle a commencé. La religion avait aussi consacré le calendrier civil ; les noms des mois étaient ceux de douze divinités ; chaque jour et chaque partie de jour étaient également mis sous une
8 rotection spéciale. C'est aussi par l'inuence de ces mêmes idées que l'on explique le long usage d'un calendrier civil aussi imparfait ; et un auteur ancien affirme que l'usage de cette année vague fut religieusement conservé par les Égyptiens , vu que , par l'effet de la rétrogradation annuelle , le commencement de l'année arrivant un jour plus tard tous les quatre ans , ce commencement se trouvait ainsi, dans une série connue d'années, tomber dans toutes les saisons ; toutes les fêtes religieuses attachées aux divers jours de l'année mobile y tombaient aussi successivement, et les sanctifiaient tous. Il paraît , enfin , que le collège des prêtres persista invariablement dans l'usage de cette espèce d'année, puisqu'il obligeait chaque roi, à son avènement, à s engager, par un serment solennel, de maintenir l'année ainsi fixée , et de ne jamais y intercaler ni de jour, ni de mois; en un mot, de la maintenir telle qu'elle avait été réglée par les anciens.
La rétrogradation de l'année civile . ou vague sur l'année solaire, a donné naissance à une période très-connue, des astronomes et des chronologistes , sous le nom de période sothique, cm cynique , ou de 1460 ans ; et ces noms sont tires de ceux de l'étoile de Sirius , nui est la principale de la constellation au chien (cynos), qu'on a nommée aussi sotkU, et oui était, pour les Égyptiens , YétoUe d lsis.
Or, pendant plus de trois mille ans
avant l'ère chrétienne, et quelques siècles après, cette belle étoile s'est levée le même jour fixe, en Éeypte (parallèle moyen), un peu avant le soleil (lever héliaque) , et ce jour a été le 20 juillet de notre calendrier julien ; et , s'il est vrai , d'après certaines traditions , que les Égyptiens considérèrent ce lever héliaque de l'étoile Sirius comme ayant présidé à l'origine du monde , et comme servant de signe dominateur dans l'organisation astrolo-
g'que de l'univers , ils durent naturelment donner à ses phases une singulière attention. Mais, ce qui est plus certain encore, c'est que l'apparition matinale de cette étoile d'Isis , un peu avant le soleil , était religieusement liée , en Égypte , avec le premier jour du mois de tnoth, qui était aussi le premier jour de Tannée; et.Champollion le jeune a recueilli de cette importante liaison , du lever de Sirius et du commencement de l'année , des témoignages que nous rapportons ici textuellement.
« Je l'ai observée, dit-il, dans le tableau astronomique sculpté au plafond de la salle du Rhamesséum (àThèbes), appelée le Promenoir, et qui date de la dix-huitième dynastie. Là , Sirius, ou Sothis, est désigné au-dessus du mois de thoth , sous la forme d'une femme coiffée de longues plumes , et portant le nom d'Isis -Thoth, accompagné, comme déterminatif, d'une étoile sculptée; c'est le nom égyptien de Sirius dans tous les monuments. Au plafond du tombeau de Ménephtha Jr , plus ancien encore que le Rhamesséum, quoiquepareillement de la dix-huitième dynastie, la déesse Thoth porte en même temps le nom d'étoile d Isis, que toute l'antiquité nous atteste avoir ete la désignation de Sirius chez les Egyptiens. Une autre preuve de cette relation se trouve encore dans la présence du même nom de Thoth, accompagne d'une étoile, au-dessus de la vacbe couchée dans une barque avec une grande étoile entre les cornes , qui H voit dans les tableaux astronomiqup d'Ombos, de Dendérah et d'Ksneii Sur le zodiaque rectangulaire de De»
It G YPTE.
dérah, la déesse qui est figurée en pied est appelée Jsis-Thoth;\a vache couchée est désignée par le même nom écrit à côté d'elle , et sur le zodiaque du petit temple au nord d'Esneh , la déesse et la vache avec le nom de Thoth , se trouvent ensemble dans un même bateau. Il n'est pas un monument astronomique égyptien qui ne confirme cette relation de l'étoile Isis avec le premier mois de Tannée. »
Ce lever héliaque de Sirius , Sothis ou Isis-Thoth , était , en effet , un événement en Égypte ; il arrivait d'abord que cet astre cessait , pendant un mois et demi environ, d'être visible sur l'horizon , parce qu'il se levait et se couchait pendant le jour. On commençait ensuite à l'apercevoir à l'orient, un peu avant le lever du soleil , et les jours suivants il se montrait de plus en plus sur l'horizon avant la fin de la nuit. Ces premières apparitions de l'étoile d'Isis avaient lieu quelques jours après le solstice d'été, et elles concouraient exactement avec les premières crues du Nil. Cette étoile, par son lever, concourait donc avec le plus rand phénomène naturel de l'Égypte , inondation; et l'on comprend qu'il dut être observé tous les ans avec une inquiète exactitude. Ces observations firent bientôt connaître que ce lever ayant eu lieu , par exemple, It premier jour de l'année , le premier du mois de thoth , il n'était visible, quatre années plus tard , que le deuxième jour du même mois ; quatre ans plus tard encore , que le 3 , et qu'après 120 années , cette même apparition de Sothis n'arrivait plus que le premier jour du second mois de l'année. On connut ainsi la cause véritable de ce retard apparent, dès qu'on eut remarqué que l'année réglée par Je calendrier civil ne renfermait que 365 jours, tandis que le lever héliaque de l'étoile n'arrivait qu'après 365 jours et |. On apprécia ainsi les causes de cette rétrogradation de l'étoile d'Isis sur le calendrier ; on détermina ainsi deux espèces d'années, l'une de 365 jours et ? , qui fut appelée fixe , et l'autre de 365 jours seulement , nommée vague, puis-
que son premier jour arrivait successivement dans toutes les saisons de l'année ; on apprécia aussi cette rétrogradation , qui était d'un mois tous les 120 ans, et d'une année entière de 365 jours après 1460 années fixes. On trouva ainsi une période qui ramenait le premier jour, de l'année vague au lever héliaque de l'étoile, ou à une année naturelle ; alors le premier jour du premier thoth de l'année fixe correspondait au premier jour de l'année vague ; les deux années avaient un point initia] commun à toutes deux; et comme ce point initial était le lever héliaque de cette étoile Sothis , on appela période sothiaque la série des 1460 années fixes et des 1461 années vagues après lesquelles les deux années recommençaient au même instant; car 1460 années de 365 jours et i renferment exactement le mène nombre de jours que 1461 années de 365 jours ; il y en a 533,265 dans chacune des deux séries'.
Nous venons d'indiquer l'origine et la composition d'une période célèbre dans l'antiquité et dans les ouvrages modernes , période incontestablement connue des prêtres de Thèbes et d'Héliopolis , puisqu'elle n'est autre chose que la connaissance de l'année de 365 jours et i , dans ses rapports avec le calendrier civil de l'Égypte ; et à l'égard de cette année fixe , les témoignages d'Hérodote, de Strabon , et de Diodore de Sicile, déjà cités, ne sauraient être plus formels. Platon s'exprime en termes plus honorables encore pour les prêtres de l'Égypte : ils considéraient les astres comme les instruments du temps , et cherchaient la division et la mesure de toutes ses parties dans l'observation du ciel. 11 paraît aussi qu'ils connaissaient une période lunaire fort courte, composée de 25 années civiles qui formaient 309 lunaisons; ils avaient aussi établi la période de sept jours , et une autre période de trente ans ou des grandes panégyries, plus religieuse peut -être que physique ou astronomique. Les prêtres égyptiens connaissaient donc a la fois l'année vague ou sacrée, et
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Tannée fixe ou agricole, qui dépendait core , celui de l'année 4243 , si les supdu retour périodique des équinoxes et putations égyptiennes paraissent jades solstices. mais l'exiger.
La coïncidence du premier jour de Voilà donc les véritables éléments de
Tannée vague avec le premier jour de la période sothiaque ; leur détermina-
Tannée fixe, coïncidence qui n'arrivait tion était du plus haut intérêt pour les
qu'après 1461 années vagues, fut une lumières indispensables à Thistoire;
époque mémorable dans les annales car Télément de cette période est une
égyptiennes; et si la science a pu dé- année entièrement conforme à notre
terminer le jour fixe, dans Tannée ju- année julienne; de sorte qu'un jour de
lienne proleptique, où cette coïnci- cette périodeest, pour l'histoire, un jour
ilence , ce renouvellement des deux du calendrier julien supposé en usage
années a pu avoir lieu une seule fois, dans ces temps reculés; enfin, c'est à
on a pu en déduire facilement tous les Taide de cette même période que les
renouvellements précédents. C'est ce innombrables dates historiques , expri-
qui est arrivé en effet; on jpouvait, il mées selon le calendrier de Tannée
est vrai , déduire de ce qui a été ex- vague , sont rapportées à leur concor-
posé plus haut (sur la coïncidence, peu- dance avec Tannée julienne, et sont
dant une suite de siècles bien plus ainsi revêtues d'une expression intelli-
longue que la durée d'une période so- gible dans le style moderne et les sup-
thiaque , du lever de Sothis avec le 20 putations générales de Thistoire. juillet julien), que bien certainement On a en effet dressé des tables de
ce même 20 juillet avait été aussi un concordance des deux sortes d'années
jour de coïncidence du 1er thoth vague pendant toute la durée d'une période ,
avec le 1er tboth fixe; mais les tradi- et rédigé des méthodes pour traduire
tions écrites ne rendent pas même immédiatement, en style julien, les
cette déduction nécessaire: Censorin, dates exprimées selon le calendrier
récrivait au troisième siècle de Tère vague des Égyptiens. Le jour initial
tienne , nous a dit de cette pé- de ces tables est un 20 juillet répon-
riode sothiaque tout ce qu'il fallait dant à un 1er thoth vague et à un
pour la connaître exactement. Son ori- 1er tboth fixe ; et comme la rétrogra-
gine , dit-il , se compte à partir de dation annuelle n'était que d'un quart
l'époque où le premier jour du mois de jour, il en résultait que le 1er thoth
de thoth vague coïncide avec le lever vague correspondait, pendant quatre
héliaque de Sirius, lever qui, pour ans, à ce 1" thoth lîxeet au 20 juillet;
I T Egypte, arrive ordinairement le 20 mais, dès la cinquième année, il y
juillet. Censorin ne nous apprend pas avait un jour complet de retard; en
en même temps à quelle époque re- conséquence, cette cinquième année
montent l'observation , la théorie et vague commençait avec le 19 juillet et
la conséquence de cette coïncidence, avec le cinquième jour épagomène fixe,
mais il nous instruit que la dernière et, de rétrogradation en rétrogradation,
a eu lieu le 20 juillet de Tannée 139 de tous les jours de Tannée fixe s'épui-
Tère chrétienne. Ce fut donc là un re- saient par le cours entier de ce cycle,
nouvellement de la période sothiaque ; et le jour du renouvellement de la pé-
ee renouvellement s'opéra le 20 juillet riode arrivait. L'astronomie et This»
139, et il suit que le précédent re- toire ont retiré de ces notions, très-
montait au même jour de Tan 1322 sommaires ici, de grandes lumières et
avant Jésus-Christ. Ce renouvellement de grands services; mais la période
est , en effet , expressément mentionné sothiaque n'a jamais été employée
par l'astronome Théon d'Alexandrie , comme ère chronologique, comme un fait conservé par Thistoire. Le calendrier vague subsista en
On peut encore remonter à un renou- Égypte durant un temps immémorial,
vellement antérieur, et qui sera de et Tannée, dont il était l'image, fut
Tannée 2782; enfin, à un antérieur eu- réellement adoptée pour établi: une
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ère célèbre, fréquemment nommée et romain; de plus, les deux années employée comme ère chronologique, étant composées d'un nombre égal de soit dans l'histoire des sciences, soit jours, la concordance des jours des dans celle des hommes. Ce fut l'ère de deux calendriers romain et égyptien Nabouassar, dont le premier jour fut fut aussi invariablement établie; le l'r le 1er thoth vague qui correspondit au thoth répondait au 29 août, le 2e au 26 février julien de Tannée 747 avant 30, le 3e au 31 , le 4" au 1er septembre, Jésus-Christ. Les anciens astronomes et ainsi de suite, sauf l'exception teml'avaient adoptée, et l'un de ceux des poraire qui résultait du bissextile retemps modernes (Bouilliaud) n'a pas main et du sixième épagomène égyghésité à en faire usage dans ses écrits , tien. Cette grande réforme s'opéra vraisemblablement parce que l'année quand le 1er thoth vague répondait au égyptienne vague, qui règle cette ère, 29 août, et les tables de concordance étant composée d'un nombre fixe de des deux années vague et fixe montrent jours sans fractions, les calculs en de- que le 29 août julien répondait au 1er venaient plus faciles, et aussi, peut- thoth vague dans les années 25, 24, être, parce qu'en se servant du calen- 23 et 22 avant l'ère chrétienne; ce fut drier vague égyptien , comme l'avaient aussi le temps où le génie d'Auguste faït Ptolémée et ses devanciers , il lui asservit l'Égypte à l'autorité des armes était plus facile d'apprécier en jours romaines. Ces faits sont contempol'intervalle qui séparait ses propres rains , et l'Égypte vaincue dut se prêter observations de celles des astronomes à consacrer cette innovation anti-natiojrrecs qu'il étudiait. Sous les rois grecs nale par une seconde non moins obséd'Égypte, quoique d'origine macédo- quieuse. L'époque de ces ordonnances luenne, le calendrier national fut con- romaines devint l'origine d'une ère servé dans son intégrité: ainsi l'avait chronologique, qui fut nommée l'ère ordonné Alexandre. d'Auguste. Dès cette époque l'année Auguste en décida autrement. Après fixe, réglée par les rescrits impériaux , avoir corrigé les irrégularités de son se trouve employée dans une foule calendrier, par les conseils et la science d'actes publics ou privés; elle le fut de Sosigèue d'Alexandrie, Rome l'im- surtout a Alexandrie. Il est vrai que le posa à l'Égypte même, et un ordre du reste de l'Égypte peut offrir quelques fils adoptif de César arrêta tout court rares exemples de l'emploi de l'année la marche paisible de l'année vulgaire vague, que les astronomes , il est vrai , en Egypte , et, de vague qu'elle était, n'abandonnèrent jamais , comme on le cette année devint fixe au moyen d'une voit par les précieux ouvrages de Ptoléannée de trois cent soixante-six jours mée et de Théon; mais l'église chrt tous les quatre ans , provenant de l'ad- tienne d'Égypte adopta l'année fixe , et dition d'un sixième épagomène aux tel est encore aujourd'hui le calendrier cinq épagomènes de l'antique année légal parmi les Coptes; c'est encore civile de l'Égypte. Après l'occupation celui qu'on retrouve dans le texte des d'Alexandrie, Auguste abolit donc l'u- conciles d'Orient; enfin, le précieux sage de l'année vague, et ordonna que manuscrit chronologique, connu sous cette année fixe tut la seule admise le nom d'Uémérologe de Florence, a dans les affaires publiques. A l'époque fidèlement représenté le tableau coinoù cette institution, si nouvelle pour plet de la concordance du jour de ce W-fiypte, fut établie, le 1er thoth de calendrier de l'année fixe égyptienne l'année vague répondait au 29 août du avec le calendrier romain , et avec celui calendrier julien , et , comme toute ré- de plusieurs autres nations de l'Orient , trogradation fut arrêtée par l'introduc- des Syriens, des Tyriens, etc., qui tion du jour bissextile clans le calen- avaient aussi, en ces anciennes coutudrier égyptien , le premier jour de la mes , subi le joug de la volonté romaine, nouvelle année fixe égyptienne se trouva Du reste , ce n'est qu'en Egypte qu'on immuablement attaché à ce 29 août trouve l'exemple de la durée, presque
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infinie, d'un établissement tel que le du calendrier des fêtes religieuses de calendrier national . Il subsiste encore , rÉgypte ; le grand temple d'Esneh nous et les recherches de nos savants con- en oftre un exemple, et on y lit encore temporains, fondées sur des faits as- l'ordre des principales fêtes célébrées tronomiques recueillis par Champol- dans ce magniûque édifice, en l'hon- Hon le jeune dans les tombeaux des neur de ses trois principales divinités, vieux rois de Thèbes , en font remonter qui étaient Chnouphis, Néïth et le l'institution régulière à l'an 3286 avant jeune Haké. Il y est dit que le 23 du l'ère chrétienne; il y a aujourd'hui plus mois d'athvr on célébrait la fête de la de cinq mille ans. déesse Tnéoouaou , le 25 du même mois Les monuments originaux qui ser- celle de la déesse Menhi (formes de vent de preuve à cette opinion remon- Neïth), et le 30 celle d'Isis, tertiaire tent jusqu'au dix-huitième siècle avant de la même Néïth. Le 1er du mois de cette même ère; les phases de Tannée choïak, on tenait une panégyrie (asvague sont notées, écrites sur ces monu- semblée religieuse) en l'honneur du raents. Ces notes , recueillies et publiées jeune dieu Haké , et dans ce même jour
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par le savant Français que je viens de la panégyrie de Chnouphis. Un autre
tion qui nous soient parvenues des panégyries et offrandes dans le temple époques antiques. M. Biot en a deve- de Chnouphis, seigneur d'Esneh. On loppé la théorie et les conséquences étale tous les ornements sacrés; on dans un ouvrage spécial ; il y a reconnu offre du pain , du vin et autres lila simplicité de la notation de l'année queurs, des boeufs et des oies; on prévague égyptienne sur ces monuments, sente des collyres et des parfums au simplicité telle, qu'elle n'a exigé que dieu Chnouphis et à la déesse sa comdes yeux et de l'intelligence pour être pagne; ensuite, le lait à Chnouphis. établie; que sa contexture et la série Quant aux autres dieux du temple, on des idées qu'elle exprime, se rappor- offre une oie à la déesse Menhi, une tant toutes aux phases du Nil, mon- oie à la déesse Néïth, une oie à Os iris, trent qu'elle est propre à PÉgypte, et une oie à Khem et à Thoth, une oie qu'elle n'y a pas été importée de quel- aux dieux Phré, Atmou , Thoré, ainsi que autre pays, où elle aurait été usi- qu'aux autres dieux adorés dans le tentée antérieurement; que cette notation pie ; on présente ensuite des semences, était alors l'expression naïve, mais des fleurs et des épis de blé, au seiexacte pourtant et numérique, de la gneur Chnouphis , souverain d'Esneh, succession et de la durée des phéno- et on l'invoque en ces termes , etc. , etc. mènes que le débordement périodique Le texte de cette prière solennelle est du Nil amenait pour l'agriculture ; que un précieux document «gie l'histoire cette notation , constamment fidèle pen- mythologique de l'Égypte. dant tous les siècles qui l'ont employée, Au palais de MéJinet-Habou , on l'est aujourd'hui encore; et le savant trouve sur la muraille extérieure, au géomètre, dont nous rapportons ici les côté sud, sculpté en grandes lignes propres paroles , en a conclu que , dans verticales , le calendrier sacré en usage cet intervalle de cinq mille ans , le gon- dans cette magnifique habitation royale flement du Nil s'est opéré constamment de Rhamsès-Meïamoun. Avec des fouilà la même époque de l'année solaire , les , notre dernier voyageur français fit et qu'il a amené une masse moyenne mettre à découvert toute la portion de d'eau sensiblement égale, parles mêmes ce calendrier sculpté, qui contient les périodes d'accroissement et de diminu- mois de thoth , paôphi , athyr, choïak tion , puisque le débordement a duré et et tvbi , et vers l'extrémité du palais se dure encore le même temps. voit aussi un article à la date du mois Il nous reste aussi quelques débris de pachôm, le neuvième de l'année. Ce
EGIPTC.
É OYPTE
A. Siônes Numériques.
B. Dates des 30 jours du mois