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qu'il récompenserait ceux qui l'abandonneraient. Ces promesses produisaient leur effet; la désertion était dans l'armée. Antigone disposa sur les bords du canal du Nil des archers et des frondeurs pour en défendre l'approche aux agents de Ptolémée , et il se dirigea , avec les vaisseaux qui étaient arrivés tard , vers le lieu nommé Pseur dostoma (fausse embouchure), où il avait l'intention de placer un poste.
L'ayant trouvé fortifié, l'approche de la nuit le força de se retirer; il recommanda aux navarques de se guider par les feux du vaisseau principal , et il se dirigea vers l'embouchure de la branche phathmétique (la branche du milieu).
Mais Ptolémée, ayant eu le temps d'en être averti , se nâta de conduire des renforts à ses troupes et s'établit avec son armée sur le rivage même.
Démétrius, jugeant le débarquement impossible, fa plage du Nil voisine du point qu'il occupait étant naturellement défendue par des lacs et des marais (les marais de Thennêsi, qui sont devenus le lac Menzaleh), se retira avec toute la flotte. Un vent du nord la surprit, et jeta à la côte d'Êgypte plusieurs vaisseaux qui furent pris par Ptolémée; le reste parvint à rejoindre ceux d'Antigone. Ptolémée avait fortifié toutes les embouchures du fleuve et réuni une grande quantité de bateaux prêts à porter du secours sur tous les points; ces dispositions contrariaient fort Antigone, car la bouche de Péluse étant défendue, les forces de mer lui étaient inutiles, et les forces de terre, empêchées par la largeur du fleuve , restaient inactrves.
Le temps s'écoulait, et les provisions étaient près de manquer. Antigone réunit ses généraux pour décider si l'on devait continuer la guerre ou se retirer en Syrie, y préparer plus convenablement une nouvelle expédition , attendu que pendant ce temps les eaux du fleuve baisseraient. Ce dernier parti fut jugé le meilleur, et l'armée et la flotte retournèrent en Syrie. Ptolémée remercia les dieux de ce nouveau succès , s'empressa d'en informer Lysi-
L'UNIVERS
maque, Séleucus et Cassandre, et rentra dans Alexandrie (Tan 306).
Antigone entreprit alors son expédition contre l'île de Rhodes , et en confia l'exécution à son fils Démétrius , qui réunit à cet effet plus de deux cent voiles et de quarante mille hommes.
Les Rhodiens se préparèrent à résister à cette attaque; en même temps ils demandèrent du secours à Lysimaque, à Cassandre et à Ptolémée. Celui-ci leur envoya cinq cents hommes, parmi lesquels se trouvaient plusieurs Rhodiens déjà à son service. Ce renfort arriva après les premiers succès obtenus par les habitants de 111e contre les attaques réitérées de Démétrius. Il n'avait pas réussi dans ses manœuvres par mer, et il résolut de prendre la ville du côté de terre. Ptolémée eut le soin de l'approvisionner, et lui envoya d'abord trois cent mille mesures de grains. Cassandre et Lysimaque imitèrent l'exemple de Ptolémée , qui , peu de mois après, fournit de nouveaux approvisionnements en grains, et quinze cents hommes commandés par le Macédonien Antigone : en même temps il donnait aux Rhodiens le conseil secret de ne pas laisser échapper l'occasion de faire la paix avec Démétrius. Antigone avait envoyé les mêmes avis à son fils, et le traite fut conclu à cette condition , entre autres , que les Rhodiens seraient les alliés d' Antigone, excepté dans la guerre contre Ptolémée. Démétrius se dirigea ensuite vers la Réotie, après avoir été retenu devant Rhodes pendant une année.
Cette dernière indication de Diodore de Sicile nous porte aux premiers mois de la quatrième année de la cxvme olympiade, à l'automne de l'an 305 avant l'ère vulgaire, dix-neuf ans complets après la mort d'Alexandre.
Les Rhodiens reconnaissants accordèrent de grands honneurs à Ptolémée ( l'an 305) , consultèrent l'oracle d'Ammon pour savoir s'ils ne devaient pas l'adorer comme un dieu , lui dédièrent un bois sacré, un portique, et, s'il faut en croire Pausanias , lui décernèrent le surnom de Soter, Sauveur, que l'histoire lui a conservé.
Alors Ptolémée avait obtenu sur son puissant rival Antigone des succès éclatants; sa formidable expédition contre l'Égypte avait été pour Ptolémée une grande occasion de prouver qu'il pouvait la défendre. Antigone avait reconnu les effets de sa puissance devant Rhodes même qu'elle avait sauvée.
Des trois héritiers du nom et de la couronne d'Alexandre , il n'en existait plus un seul ; trop d'intérêts , trop d'im
I)robes ambitions conspiraient contre eur vie pour qu'ils pussent la conserver. Philippe Aridée, Alexandre, fils de Roxane, avaient été assassinés p?r Cassandre; il avait aussi acheté de Polysperchon la vie d'Hercule, fils g> Harsine; et les autres généraux, nou moins ambitieux que lui, profitai; comme lui du défaut d'héritier légitime de l'empire, se trouvaient associés a tous les succès de Cassandre , sans l'être à ses forfaits.
Les Perses avaient détrôné la raft légitime des rois d'Égypte : Alexandre avait conquis ce trône sur les Perses, et Alexandre n'était plus. Les titres que deux siècles avaient pu faire aui successeurs de Cambyse n'étaient réclamés par personne. Dans lescirconstances où se trouvait l'Égypte, la nation n'entreprit pas de placer la couronne royale sur la tête d'un homme de son choix. Depuis la mort d'Alexandre, l'Égypte n'avait connu que Ptolémée; il avait été son maître et son protecteur; elle payait de son affection et de son dévouement te bienfaits d'une administration régulière et bienveillante : Ptolémée était en Égypte le père du peuple , il en devint Te roi; il en prit le titre, en revêtit les insignes, les consacra parles cérémonies ue la religion , se fit couronner à Alexandrie, et sans -doufc introniser à Memphis, selon l'ancienne coutume des rois du pays; il fit frapper des monnaies à son nom. a son image, et, rattachant à la mort même d'Alexandre l'origine d'an pouvoir dont cette mort avait été la source, il se considéra comme roi depuis cette époque mémorable, et l'année même ou il prit la couronne fut comptée cornu*
E CYFTE • EGIPTO
Reyeo y Reinai Ftolomeos
EGYPTE
ta vingtième de son règne : il l'inscrivit sur ses premières monnaies.
Cela se passait à la fin de Tété ou au commencement de l'automne de Tan 305 avant l'ère vulgaire, entre le mois de mai et le mois de novembre juliens de la même année
Ainsi s'ouvrit encore une ère nouvelle pour l'Egypte : une dynastie d'origine grecque venait s'asseoir sur le trône des Pharaons, revêtir leurs insignes royaux, continuer leur autorité sous l'égide des mêmes lois , des mêmes coutumes, sous la protection des mêmes dieux. Remontons à l'origine du chef heureux de cette nouvelle dynastie, qui fut la XXXIIe, et voyons dans un court résumé les noms , la succession et le caractère des princes de îette race royale qui devait continuer l'œuvre du plus grand des héros de l'antiquité.
Le nom patronymique des rois successeurs immédiats d'Alexandre au trône de l'Egypte, et qui l'occupèrent jusqu'à l'asservissement du royaume par Auguste, fut celui de Ptolemee.
Chacun d'eux eut encore un surnom particulier; ils composèrent ensemble la famille royale des Lagides, dénomination dérivée du mot grec Lagos, qui fut le surnom que porta le père du premier des Ptolémées.
Étant originaire de la Macédoine, le nom et le surnom de cette race royale doivent appartenir à la langue et au dialecte qui furent en usage dans cette contrée. Le nom de Ptolémée avait la signification de guerrier, belliqueux.
La flatterie ne manqua pas d'environner de prodiges et de mensonges l'origine de cette famille. Ptolémée , le premier des rois lagides, fut donc à sa naissance, et comme par une pronhéticrae inauguration , élevé sur un bouclier d'airain; un aigle, prit soin de le garantir de l'ardeur du soleil, de l'inclémence de l'atmosphère, et des animaux nuisibles ; il déchirait ses proies pour le nourrir de sang au lieu de lait. Voilà ce qu'on a raconté de lui lorsque sa lignée fut puissante et redoutée.
9n n'a cependant pas entièrement étouffé la vérité, ce qui du moins lui
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ressemble davantage,- Ct. l'on sait encore qu'une Arsinoé , fille de Méiéagre , fut unie à Ptolémée, surnommé Lagus, et qu'elle accoucha d'un fils qui fut Te chef de la race royale des Lagides.
Ptolémée, iils de ce Lagus, naquit à Eordée, petite ville de la province de Mygdone en Macédoine, dans la cm* olympiade. On ne sait rien sur son éducation ; mais la faveur même dont il jouit d'abord à la cour de Philippe donne quelque fondement à la tradition qui rapporte qu'il n'était pas étranger à ce roi. Il tut exilé ensuite, soupçonné de trop de dévouement à Alexandre, qui était devenu suspect à Philippe après la répudiation de la reine Olympias. Ptolémée, à la nouvelle de la mort de Philippe, se hâta de se rendre auprès d'Alexandre, qui , devenu roi, le plaça au nombre des sept lieutenants qu'il nommait ses gardes, le compta au nombre de ses plus affidés compagnons, l'associa aux vastes entreprises où lui-même devait trouver une mort prématurée, et le favori une couronne qu'il n'espérait pas. C'était ainsi que le fils de Lagus se préparait aux soins de la royauté par les travaux de la guerre : ses rares qualités et d'éclatants exploits avaient rendu sa personne et son nom plus dignes du diadème.
Sa race fut puissante, compta de nombreux descendants et d'illustres alliances. Elle ne prépara pas sa perte par sa propre ambition; ce fut assez de celle de Rome, favorisée par des dissensions intestines qui firent arriver comme médiateur un peuple qui, bientôt , voulut rester comme maître.
Une femme qui porta toutes les passions à l'excès, et fut douée d'un courage viril, ne put pas réparer, par la force de son caractère , les brèches que le temps et la fausse politique de quelgues rois ses prédécesseurs avaient laites à cette puissante monarchie grecque , et cette monarchie périt après avoir subsisté près de trois siècles dans une contrée ou rien cependant n'était grec, ni la langue, ni la religion, ni les mœurs, ni les opinions, ni les préjugés. Sous tous ces rapports, l'ftgypte
L'UNIVERS
resta libre «le la domination macédonienne établie par Ptolémée, fils de f^agus.
Après un très-long règne et âgé de plus de quatre-vingts ans , celui-ci s'occupa de se donner un successeur au trône qu'il avait conquis. L'ordre de succession à la couronne de Macédoine , constaté par les historiens, prouve que les fils du roi en étaient les héritiers de droit selon Tordre de primogéniture, et qu'au défaut de mâles les femmes héritaient de la couronne.
Si Ton examine ce qui s'est passé à cet égard parmi les successeurs du fils de Lagus , on y trouvera la véritable cause des dissensions qui troublèrent cette famille, et mirent fin à l'empire égyptien en la précipitant du rang suprême.
Un tableau sommaire de la succession royale dans cette race mettra cette assertion dans tout son jour.
Le premier des Ptolémées , qui porta le surnom de Soter, Sanveur, eut quatre femmes et onze enfants. Il choisit pour lui succéder le fils qui naquit le premier de la quatrième, nommée Bérénice, et il le fit asseoir sur son trône, qu'il quitta deux années avant de mourir. Eurydice, en effet, fille d'Antipater, avait donné plusieurs enfants à Ptolémée avant qu'il épousât Bérénice. Le fils aîné d'Eurydice protesta contre le choix du fils de Bérénice , revendiqua ses droits et prit les armes pour les faire valoir. Céraunus, c'était son nom , perdit la vie dans un combat. Un second frère de Ptolémée , fils de Soter, né comme lui de Bérénice, mais d'un autre père, fut accusé de conspiration et mis à mort, et le nouveau roi, qui combattit ses deux frères et les vit mourir, porta le surnom de Philadelphe, comme s'il les avait tendrement chéris.
Il eut pour successeur le fils qui lui était né d'Arsinoé, fille de Lysimaque, roi de Thrace , laquelle , étant fille d?une sœur du roi Ptolémée, était tout à la lois sa nièce et sa femme. Aucune dissension ne vint troubler l'élévation au trône de ce fils connu par le surnom d'fcvergète, la seconde femme du roi, qui tut tout à la fois aussi sa sœur, sa
femme et la mère de la première, ne lui ayant point donné d'enfants.
Bérénice, U lie 'de Magas, roi de la Cyrcnaïque et de la Libye, avait été mariée à Ptolémée Évergète, et de ce mariage naquirent plusieurs enfants, le premier-né des deux princes succéda à son père , qu'il aima beaucoup , si son surnom de Philopator est une preuve de son affection. Philopator épousa sa sœur Arsinoé, et fit mourir son frère Magas dont il redoutait l'influence.
Il eut assez tard d'Arsinoé un m fant unique, et mourut bientôt après A peine âgé de cinq ans, ce fils lui succéda au trône, eu butte aux dissensions intestines et aux ambitions étrao gères. Le fils de Philopator leur résista, et régna vingt-quatre ans avec l< surnom d'Epiphane, ou Illustre, «ji'il portait déjà , quoiqu'à peine âge de quatorze ans.
En mourant, il laissa de sa femnii Cleopâtre de Syrie, qui lui survécut deux fils et une fille, tous trois en âge. L'aîné, appelé au trône, reçut lr surnom de Phiiométor, et il le mérita s'il reconnut par les témoignages de s tendresse les services que lui rendit sa mère, qui, en qualité de régente du royaume, l'administra pendant nuit ans avec une sagesse dont l'histoire a voulu conserver le souvenir. Après sa mort, des tuteurs inconsidérés engagèrent Phiiométor dans une guerre contre Antiochus Épiphanc, roi o> Syrie, guerre dont le résultat fut trèsfuneste au roi, qui fut fait prisonnir la onzième année de son règne. Son frère , qui* prit le surnom d'É vergète H connu aussi sous celui de Physcoo • cause de son excessif embonpoint, occupa le trône vacant, appelé par les vœux des Égyptiens. Six années se pas sèrent dans la plus grande confusion Antiochus, qui,- en faisant prisonnier Ptolémée Phiiométor, avait ouvert à son trère Évergète 11 le chemin di trône, entreprit une nouvelle guern pour en chasser son protégé. Phiiométor t'occupa de nouveau , le partagea quelque temps avec Évergète, jusqu'à ce gu^ne décision des envoyés de Rowe fit rentrer Évergète dans la Cyrénaï-
EGYPTE
que, dont ils lui avaient assigné la possession, et Philométor régna seul encore pendant dix-huit ans. Il mourut laissant deux filles déjà mariées, et un (ils en bas âge sous la tutelle de sa mère Cléopâtre, sœur et veuve du roi.
Évergète II , surnommé encore Cakergétès à cause de son improbité, instruit de la mort de Philométor, son frère, se hâta de quitter Cyrène, et devenir, à la téte d'une armée, demander la tutelle du jeune roi Eupator, et la régence du royaume. Il obtint Tune et l'autre, à la condition d'épouser la reine mère, qui était de plus sa sœur. Il célébra son hymen par l'assassinat du jeune prince, et devint, par un crime, possesseur du sceptre et de la couronne. Il eut de Gléopâtre, sa sœur, un fils né à l'époque de son inauguration à MemDhis , et de là appelé filemphite; il le fît tuer et répudia la reine sa femme, pour épouser une autre Cléopâtre, fille de celle-ci et de Philométor, sou frère. Il en eut deux fils et trois filles, Triphaene, mariée à Antiochus Epiphane, roi de Syrie, Cléopâtre née la seconde , et Selène née la troisième. Un autre fils, né d'Irène, sa concubine, eut la Cyrénaïque pour apanage.
Le fils aîné de Cléopâtre la jeune, seconde femme d'Évergète II, déjà marié à Cléopâtre, qui était sa sœur de père et de mère, relégués l'un et l'autre dans l'île de Chypre, y apprit la mort de son père Évergète II. Par son testament , ce roi avait transmis la couronne à la reine, sa veuve, et à celui de ses deux fils qu'elle désignerait. Elle aurait préféré voir sur le trône son second fils, qui lui était plus dévoué; mais l'ordre de succession ne favorisant pas ses vœux , elle appela de l'île de Chypre le fils aîné, que l'usage faisait l'héritier légitime de la couronne, et lui imposa l'obligation de répudier sa femme Cléopâtre pour s'unir à Sélène, la plus jeune de ses sœurs. A ces conditions, Ptolémée, qui prit le surnom de Soter II, fut inauguré, selon l'usage du pays, à Memphis. Son jeune frère Alexandre s'établit aussitôt à Chypre, que Cléo-
pâtre, femme répudiée de Soter II, venait de quitter en épousant An tiochus Philopator. Mais la haine de la reine mère ne cessa de poursuivre Soter II , et son ambition lui faisant tout espérer de la condescendance qu'elle supposait dans son second fils Alexandre, elle parvint à le placer sur le trône , en soulevant la populace contre Soter, qui se sauva sur un vaisseau après dix années de règne, et se retira à Chypre seul, sépare de Sélène, sa femme , dont il avait déjà deux enfants , et que Cléopâtre donna ensuite en mariage au même Antiochus Épiphane de Syrie, déjà veuf de Tryphaîne.
Alexandre couronné trompa les coupables projets de sa mère Cléopâtre.- Il se sépara d'elle d'abord pour aller à Chypre, d'où Soter était parti; mais, rappelé peu après, Alexandre prit; selon les ordres de sa mère, le commandement de la flotte, et la conduisit en Phénicie, pendant qu'elle-même attaquait avec son armée la ville que son fils Soter était venu défendre. Mais ces dissensions, intimement liées à celles qui divisaient la famille royale de Syrie, s'étant calmées par la rentrée de Soter II à Chypre, Cléopâtre fut tout entière à son ardent désir de régner seule : elle tramait la mort de son fils Alexandre au moment où celui-ci la prévint en la faisant périr, dix-huit ans environ après l'expuisjon de Soter.
Mais le peuple, irrité par tant de crimes, tourna naturellement les yeux vers celui qui en avait été la première victime, et rappela Soter II au trône; il venait d'en coasser Alexandre, qui périt bientôt après dans un combat naval, laissant un fils retiré alors à Co, et plus tard, connu, comme son père, par le surnom d'Alexandre.
Après un nouveau règne de sept années et demie, Soter II mourut, ne laissant de ses deux femmes qu'un seul enfant, Bérénice, qui lui succéda, à l'exclusion des deux fils et dW autre fille, Bon légitimes, qui survécurent aussi au
Mais le jeune Alexandre, fils de Ptolémée Alexandre, s'était jeté entre les bras de Mithridate, roi de Pont, et
L'UNIVERS
bientôt après dans crux de Sylla, qui le prit sous sa protection , et a ce titre le conduisit à Rome. Instruit de la mort de Sotcr II, le dictateur voulut placer son pupille sur le trône des Ptolémées, et le fit passer en Egypte entouré d'un cortège royal. Bérénice régnait seule depuis six mois, lorsque, à la satisfaction générale, elle reçut Alexandre II nour époux et pour roi.
Il paya les généreuses résolutions de la reine par un crime; il la fit assassiner dix-neuf jours acres l'avoir épousée, et régna seul aès lors quelques années encore. Les lils de Sélène, sœur et seconde femme de Soter II , et par là tante d'Alexandre II, élevèrent des prétentions au trône de l'Égypte, étant, comme cet Alexandre, neveux de Soter et germains de Bérénice, sa tille, héritière de l'empire. En même temps les Alexandrins, irrités contre Alexandre II, et ne pouvant lui pardonner la mort de Bérénice , leur reine , se soulevèrent contre lui et le chassèrent d» trône. Il se réfugia à Tyr, où il mourut, et, disposant d'une couronne qui ne lui appartenait pas , il la légua, par son testament, au peuple romain.
Les Égyptiens, peu empressés de hâter l'époque d'un asservissement qu'ils ne devaient pas éviter, et que préparait leur recours trop fréquent à de fallacieuses protections, cherchèrent à prévenir les effets du testament d'Alexandre IL Ils appelèrent donc les deux (ils illégitimes de Soter II, placèrent le premier sur le trône de l'Égypte, et donnèrent Chypre au second.
Le nouveau roi d'Egypte prit le surnom de Néos Dionysos, nouveau Denys ou Bacchus, et Rome n'hésita pas à le reconnaître , refusant la couronne que lui léguait le testament de Ptolémée Alexandre II, parce qu'elle aurait dû la conquérir par les armes, et n'acceptant que les trésors réunis à Chypre , qu'il ne fallait <jue faire transporter en Italie. Mais Sélène, comme seconde femme de Ptolémée Soter II, et plus encore comme fille d'Évergète II et petite-fille de Philométor, chassée par Tigrane du trône de Svrie, où l'avait
placée son mariage avec Antioclius Épiphane , voulut faire reconnaître les droits qu'elle avait au trône de Hv gyple, et envoya ses deux lils à Rome pour chercher dans le sénat quelques défenseurs. Les tentatives des deux princes syriens furent sans succès-, Ptolémée Denys les prévint en tout point, et resta paisible possesseur de la couronne, oubliant les devoirs delà royauté pour obtenir d'ignobles triom-
Shes dans l'art de jouer de la flûte, 'où lui vint le surnom à\4ulétès qu'on lui donna. Avec de l'argent, il sut faire que Jules Césaf, devenu consul, ne soutint plus la validité du testament de Ptolémée Alexandre II, dont Jules César, édile , avait demandé l'exécution. Effrayé néanmoins des hostiles dispositions de ses sujets , excitées par ses constantes exactions, Denys quitta l'Égypte, alla s'exposer aux sévères dédains de Caton , envoyé comme ques teur et préteur à Chypre, et courut»
Rome solliciter la pitié publique. Igno rant son départ pour l'Italie et le croyant mort, les Alexandrins donnèrent le gouvernement de PÉgypte à l'atnée des enfants du roi fugitit, Bérénice, qui appela, pour le placer avec elle sur le trône, Antiochus de Syrie, dont on ignorait la mort , et après lui son frère Séleucus, tous deux fils de Sélène, fille de Ptolémée Évergète II. les mêmes qui avaient déjà cherché a récupérer le trône de leurs aïeux maternels. Séleucus arriva en Égypte.
épousa Bérénice, qui , impatiente de la sordide avarice du roi , l'étrangla bientôt après. Elle épousa ensuite Arche laus, compagnon de Gabinius, proconsul en Syrie, qui se donna auprès d'elle pour le fils de Mithridate Eupa tor. Six mois après, Archélaus mourut dans le combat qu'il livra pour défendre sa couronne contre Marc-Antorne, ramenant, sous les ordres de Gabinius.
commandant en Syrie , Ptolémée Denys en Égypte. Ce roi remonta sur le trône après une absence de plus de deux années, pendant lesquelles Bérénice avait régné jusqu'au retour de son père; il la punit de ce succès en la faisant mettre à mort, régna trois ait»
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encore, et mourut, laissant pour lui succéder quatre enfants, Cléopâtre, l'aînée dc.iays, et avec laquelle devaient finir Pempire et la race des Lagides; une autre fille qui porta le nom d'Arsinoé, et deux fils plus jeunes qu'elles. Il désigna pour lui succéder les premiers-nés de ses deux fils et de ses deux filles, qui devaient s'unir ensemble, et, dans le testament qui contenait ses royales volontés , Rome était encore appelée à protéger leur exécution.
Cléopâtre monta sur le trône avec Ptolémée son frère aîné , qu'on croit avoir porté le surnom de Dcnys ; mais leur accord ne fut pas de longue durée. Les secrets conseillers de Ptolémée encore mineur, l'entraînèrent à une rupture, et le conduisirent à Péluse où le grand Pompée réclama sans bonheur sa protection , quoiqu'elle dut lui être assurée par les services qu'il avait autrefois rendus à Ptolémée Denys, père du jeune roi , lorsqu'il implorait a Rome l'assistance du sénat. Jules César, qui poursuivait Pompée, descendit à Alexandrie, et au nom du peuple romain, exécuteur testamentaire nommé par Ptolémée Denvs , il entreprit de régler les différends qui divisaient les enfants de ce souverain , en reconnaissant pour rois d'Égypte Cléopâtre et son frère l'aîné. Mais les chefs de la faction populaire , excitée en faveur du jeune Ptolémée contre sa sœur Cléopâtre , restèrent à la tête des insurgés ; .Arsinoé , sœur de Cléopâtre , vint soutenir par sa présence (es efforts de ces rebelles qui la déclarèrent reine d'Égypte , et bientôt après demandèrent le jeune roi , promettant de se soumettre s'ils l'obtenaient.
Jules César, qui ne pouvait méconnaître tout ce que cette demande avait de favorable à ses secrètes préférences pour Cléopâtre , livra le jeune roi qui périt bientôt , après trois ans et quelques mois de règne » à la suite d'un nouveau combat engagé malgré leurs promesses par les insurgés. Cléopâtre triompha, et César la proclama de nouveau reine d'Égypte, lui associant Ptolémée le jeune, qn elle épousa. Mais
ce prince , âgé tic onze ans , ne fut ni époux ni roi ; Cléopâtre s'en défit bientôt et resta ieulc enfin maîtresse d'un trône qui devait cesser d'exister avant qu'elle cessât de vivre. La jeunesse et la minorité des deux rois qu'elle avait vus mourir, ayant laissé a Cléopâtre seule, pendant tout le temps de leur existence, les soins de l'administration de l'empire, Cléopâtre fut reine en effet depuis la mort de Ptolémée Denys , son père.
Mais il devait arriver que Rome, qui avait si souvent réglé les destinées de PÉgypte, verrait les siennes propres décidées en Égypte même. La guerre civile qu'alluma la mort de Jules César porta souvent sur cette contrée les regards des triumvirs. Cléopâtre ne s'en inquiétait point; elle espérait d'en triompher, confiante moins dans ses armées de terre ou de mer, dans sa politique ou dans ses trésors , que dans la puissance des charmes accomplis dont la nature l'avait libéralement dotée. Elle avait vu à ses pieds le fils aîné du grand Pompée; Jules César auprès d'elle avait oublié pendant plusieurs mois et sa gloire et ses devoirs; enfin le triumvir Antoine qui avait mandé la reine à Tarses, subjugué à son tour, courut bientôt après sur ses traces à Alexandrie, laissant son armée prendre les quartiers d'hiver en Phénicie. Rappelé a Rome par ses différends avec Octave, il les termine en épousant Octavie, la sœur de son rival ; mais , ramené bientôt par les souvenirs de Cléopâtre, il retourne en Orient , et semble ne faire combattre les armées de Rome que pour accroître les possessions de cette reine. Vaincu en Arménie, moins peut-être paroles armes des Parthes que par les regrets que lui causait son éfoignement de Cléopâtre, et cédant à leur entraînement, il s'enfuit en Syrie , va aussitôt oublier en Égypte ses nouvelles résolutions sur l'Arménie, et ne se décide à marcher contre Artabaze , son roi , que lorsque Cléopâtre se résout aussi à l'accompagner. Bientôt elle voit amener à ses pieds ce roi couvert de chaînes qui , pour ttre d'argent , n>
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taieut pas moins humiliantes , et cette femme , livrée à toutes les passions humaines, y mit enfin le comble en osant se revêtir des ornements de la divinité , et prendre le nom de nouvelle Isis. Mais Antoine pava bientôt de sa vie un dévouement qui ne fut estimé que tant qu'il fut profitable : Octave pouvait-il en connaître les effets sans qu'Antoine fût expose aux suites de son jaloux ressentiment ? Au nom de l'intérêt public Octave excita le sénat contre Cléopâtre : la guerre lui fut déclarée , et Antoine sacrifia les intérêts de sa patrie à une femme qui n'hésitait pas de le sacrifier lui-même à sa sûreté. Cléopâtre le seconda mal à Actium ; et , assez téméraire pour croire au succès de ses artifices a l'égard d'Octave vainqueur, elle le flatta par des présents secrètement envoyés , et ne consola point d'un seul regret la mémoire d'Antoine qui se donna la mort , croyant qu'elle Pavait déjà reçue. Elle ne lui survécut que peu de jours : trompée dans ses espérances sur Octave, qui voulait l'attacher à son char de triomphe et non lui obéir, elle ne supporta pas l'idée de l'humiliation, et lui préféra une mort volontaire. Avec elle finit l'empire des Lagides , les fils que laissa Cléopâtre n'ayant succédé m à son nom ni a son rang. Le premier-né fut nommé Césarion , de Jules César dont on le disait le fils ; il avait porté le titre de roi des rois, mais il ne fut jamais roi, et mourut assassiné. Deux autres fils , et une fille nommée Cléopâtre comme sa mère , nés tous les trois du triumvir Antoine , conduits à Rome parmi les dépouilles de r$gyjpte, ornèrent avec elles le triomphe a Octave» Ce royaume fut inscrit au nombre des provinces romaines , et celui qui venait enfin de l'asservir en méprisa assez les derniers rois pour refuser de voir leurs froides reliques , n'accordant cette marque de respect qu'à la mémoire et aux dépouilles d'Alexandre , comme lui vainqueur de l'Égypte , et comme lui réglant, mais non pour toujours, son sort et ses destinées.
Telle fut la lignée de Ptolémée , fils
de Lagus , surnommé Soter , qui fut en Égypte l'héritier des conquêtes d'Alexandre le Grand.
Dès la première année de son avènement , considérant les deux règnes qui le séparaient d'Alexandre comme nominaux, et comme inconnus a l'Egypte . si ce n'est dans les vaines formules du protocole, il rattacha l'origine de son autorité royale à la mort même du héros dont il avait été le lieutenant : et , de fait , l'Égypte n'en avait point connu d'autre.
Ptolémée Soter fit donc frapper des monnaies d'or, d'argent et de bronze à son nom , à son effigie ; et il y fit inscrire la vingtième année de "son règne.
Le calendrier égyptien était du nombre des institutions publiques que te génie d'Alexandre avait protégées. Ce calendrier, dans sa forme antique, ne cessa pas d'être en usage pendant toute la durée de la domination des Ptolémées. Nous avons déjà dit qu'il représentait une année vaeue de 36ô jours (suprà, page 234). Crest d'après ce calendrier que les années des règnes sont comptées; et, pour la durée entière de ces règnes des Lagides , pendant près de 300 ans , il ne se trouve qu'une différence de 74 jours successivement absorbés par le rapprochement des dates selon le calendrier Julien.
Les dates des monnaies des Ptolémées offrent encore cette singularité :
à l'avènement d'un prince , on comptait la première année de son règne ou jour même de cet avènement ; -et la deuxième année dès le renouvellement de l'année, quelque rapproché qu'il fût du iour de l'avènement On voit par là qu'une médaille portant la date de la deuxième année d'un règne , peut avoir été frappée peu de mois ou peu de jours après que le prince dont elle porte réfugie est réellement monté sur le trône. Cette règle singulière fut constamment pratiquée pendant toute la durée des règnes de Ptolémée Soter et de ses successeurs.
Ce Ptolémée , en se plaçant enfin sur le trône d'Egypte, voyait autour de lui des héritiers qui pouvaient en
fcGYPTE.
perpétuer la possession dans sa descendance. Il avait épousé en troisièmes noces Eurydice, fille d'Antipater, et quelques temps après Bérénice , venue on Égy pte en même temps qu'Eurydice.
Il avait , entre autres enfants , un fils d'Eurydice, surnommé Céraunus, et de Bérénice , celui qui lui succéda et qui porta le surnom de Philadelphe :
ce sont les seuls dont les noms se rattachent à l'histoire d'Égypte, le sort .des autres, au nombre de neuf, ne Tintéressant point spécialement.
Ainsi le (ils de Lagus , Ptoléméc Soter, réunissait alors en lui tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise aussi importante que la fondation d'une dynastie souveraine , un nom illustré par de grandes actions militaires , une réputation de sagesse éprouvée par de graves circonstances , vingt ans d'une administration essentiellement bienveillante et protectrice, la confiance des corps de l'État, l'amour du peuple, enfin plusieurs héritiers qui ne laissaient aucune incertitude sur la transmission de la couronne royale.
En attendant, Démétrius parcourait l'Archipel , et attaquait Sicyone gardée par les troupes de Ptoléméc , qui capitulèrent et retournèrent en Égypte.
Cassa ndre ne voyait pas sans effroi les succès de Démétrius ; et il tenta de s'associer Lysimaque, en lui faisant partager les craintes qu'inspiraient la puissance et l'ambition d;Antigone.
Lysimaque ne s'y refusa pas, et, d'un commun accord, ils proposèrent à Ptolémée et à Séleucus de se réunir à eux, dans l'intérêt même de leur couronne que menaçaient également les projets d' Antigone ; car , s'il parvenait au trône de Macédoine, se considérant dès lors comme le successeur d'Alexandre, il voudrait réunir sous sa domination toutes les provinces de l'ancien empire. Séleucus et Ptolémée consentirent à cette alliance , bien convaincus qu'elle serait funeste à Antigone qui jusque-là avait été vainqueur.
A la suite d'événements et de succès divers en Asie et en Europe, Séleucus s'était avancé de la Babvlonie, s'était porté en Cappadocc où il avait pris ses
uartiers d'hiver, et Ptolémée, parli e l'Egypte avec une armée nombreuse .
avait occupé les principales villes de la Syrie et de la Célé-Syric. Sidon rt sistait, et il en faisait le siège lors qu'on lui annonça qu'à la suite d'une grande bataille Séleucus et Lysimaque , vaincus par Antigone, s'étaient retirés à Héraclée , et qu'Antigone s avançait avec une armée considérable vers la Syrie. Trop confiant dans ce rapport qui était sans fondement, Ptolémée fit avec Sidon une trêve de quatre mois , laissa des garnisons dans les villes qu'il avait prises , et rentra précipitamment en Egypte où il passa aussi l'hiver.
C'était celui de l'année 301 avant l'ère vulgaire. L'état où étaient alors les affaires des généraux d'Alexandre se disputant l'héritage de son empire, annonçait, pour le printemps qui suivrait , le dénoument de cette sanglante tragédie: c'étaient cinq gouverneurs militaires qui s'étaient faits rois, et qui , sur cette scène de crimes et de malheurs, entraînaient presque tous les peuples de l'Europe et de l'Asie, non comme spectateurs désintéressés , mais comme acteurs involontairement associés à la fortune du chef qui les avait conquis.
La journée d'Ipsus décida du sort d'Antigone. Ce fut auprès de la ville de ce nom , en Phrygie , qu'il livra aux quatre rois alliés là bataille où il perdit la vie de la main même de Séleucus ; son armée fut détruite , et Démétrius son fils alla , avec une poignée de soldats , chercher à Éphèse , ensuite à Chypre , une retraite et des ressources nouvelles contre cette catastrophe inattendue.
Les provinces et les villes où ils avaient commandé devinrent le prix de la victoire, et les quatre rois songèrent à se les diviser; mais leurs prétentions particulières pouvaientelles laisser espérer qu'ils régleraient aimablement ce partage? Leur intérêt commun les avait réunis contre Antigone, leur commune ambition les divisa ; le sort des armes devait encore en décider. Séleucus s'unit à Démé-
trius qui trouva un secours inespéré dans cette alliance; un traité associa Lysimaque à Ptolémée , et de nouvelles guerres furent le résultat de ces nouveaux succès.
Ptolémée pensa dès lors à reprendre file de Chypre , à s'assurer la possession de la Syrie que ses troupes occupaient en partie depuis près d'une année , enfin à remettre aussi sous son obéissance Cyrène qui , depuis quelque temps, méconnaissait son autorité.
Démétrius, contre son attente, vit ses affaires se relever; Séleucus épousa sa fille Stratoniee; et il retourna à Antioche. Déidamie , l'une des femmes de Démétrius., étant morte, Séleucus lui fit accorder par Ptolémée la main de Ptolémaïs, l'une de ses filles. Démétrius, bientôt après, attaqua Athènes, qui souffrit une cruelle famine , quoique Ptolémée lui eût envoyé cent cinquante galères pour la soutenir. Mais Démétrius en avait déjà réuni trois cents venues du Péioponèse ou de Chypre qu'il tenait encore; la flotte de Ptolémée se retira , et Lacharès ayant abandonné Athènes, Démétrius y entra. Il attaqua ensuite la Laconie , défit Archidamas à Mantinée, et poussa droit à Lacédémone. Ce fut alors qu'il fut informé que Séleucus avait pris plusieurs de ses villes d'Asie, et que Ptolémée occupait l'île de Chypre, à l'exception de la ville de Salamis où étaient ses enfants et leur mère.
Bientôt après , Démétrius apprit que Ptolémée les lui renvoyait comblés de présents et d'honneurs.
Tel était l'état des choses dans ces contrées, la trentième année après la mort d'Alexandre. A cette époque, Ptolémée avait repris possession 4e l'île de Chypre , de Cyrene , et commencé la construction du phare dans l'île qui porta ce nom.
Deux ans après, Ménandre, fils de Diopithès, cessa de vivre : une inscription grecque , trouvée à Rome , dit que cela arriva dans la trente - deuxième année du règne de Ptolémée Soter, et sous l'archontat de Philippe à Athènes.
JHoléméc , tranquille possesseur de rhgyptc, profitait des loisirs de la
paix pour embellir Alexandrie et y faire construire plusieurs temples.
Lorsqu'il voulut les consacrer, un son^ mystérieux d'abord négligé, écouté ensuite à cause des circonstances effrayantes qui l'accompagnaient, le détermina à envoyer consulter Apollon Pythien et à demander au roi de Svuôpe les images du dieu qu'il avait vu en songe; il lui fit offrir en même temps de riches présents. Trois ans se passèrent sans que cette négociation eût un résultat ; elle avait commence dans la trente -cinquième année <k règne de Ptolémée.
Sur ces entrefaites , Démétrius avait réuni une armée de cent dix mille hommes et une flotte de cinq cents vaisseaux; on en construisait encore 3 Chalcis , à Cormthe , à Pella , et leurs dimensions n'étonnaient pas moins que leur nombre. Effrayés par de si grands préparatifs, Lysimaque, Se leucus et Ptolémée jugèrent que ce ne serait pas trop de leur alliance pour résister à Démétrius : ils la contra tèrent et y entraînèrent Pyrrhus- Ils le chargèrent de surveiller la Macédoine:
Ptolémée parcourut la Grèce avec une nombreuse flotte pour s'y faire des alliés; et bientôt Démétrius perdit k trône de Macédoine après l'avoir occupé sept années.
Ce fut après ces événements que I2 négociation de Ptolémée avec le ra de Synope traînant trop en longueur au'gré du dieu qui en était le sujet, k dieu quitta lui-même brusquement m temple , monta sur une galère, mit ai mer, et. après une traversée qui nt dura que trois jours , entra dans le port d'Alexandrie à la grande satisfa?
tion.de Ptolémée. C'était Apis.
L'année suivante, la trente-neuvienK de Ptolémée , fut aussi la dernière à son règne; ce fut dans le courant* cette année que Ptolémée , déjà trèsavancé en âge , s'occupa d'assurer à »
famille la jouissance d'une couronne qu'il avait conquise par sa valeur et méritée par sa sagesse. Il voulut, oV son vivant , placer lui-même son suc cesseur sur le trône qu'il se décidait j quitter. Tout secondait ce noble prtjjfl
Ptolémée était en paix avec ses anciens compagnons d'armes qui avaient échappé à quarante années de guerres et de malheurs : des traités ou des alliances de famille l'attachaient à Lysimaque , à Séleucus , a Pyrrhus même; Démétrius, que ses hauts faits rendaient le plus redoutable, expiait sa gloire prisonnier de Séleucus auquel il s'était volontairement livré; Ptolémée jouissait enfin des fruits de son courage , de sa prudence et de sa modération. Constant, dès le premier I Jour de son gouvernement en Egypte, a ne s'occuper que de cette riche con- , trée, il songea non pas à acquérir, ! mais à posséder. Attaqué dans PÉ- ; gypte , il sut la défendre et la préser- ' ver de toute invasion. l/attachemcnt et la reconnaissance des peuples affermirent sur sa téte la couronne royale, et, comme s'il ne devait rien faire d'inutile à sa gloire, il n'ajouta pas moins à sa renommée en cédant volontairement la couronne à son fils , qu'il n'en avait acquis en la prenant.
Des deux femmes que Ptolémée avait épousées depuis qu'il était le maître de , PÉgypte , il lui restait alors trois fils : ! un d'Eurydice , que la violence de son courage avait fait surnommer Cératinus , et deux de Bérénice , dont le premier fut surnommé Philadelphe , dont le second , Argaeus , mourut quelque temps après , soupçonné de conspiration contre le roi.
Ptolémée consulta ses amis sur le choix d'un héritier , qu'il se proposait de faire avant de mourir. L'usage désignait le fils d'Eurydice , parce qu'il était l'aîné des trois. Démétrius de Phalère le dit au roi qui lui préféra le premier-né des enfants de Bérénice; il le proclama son successeur à la couronne d'Éçypte , et cette exception à la règle généralement suivie dans ces temps , dut contribuer à la détermination que prit Ptolémée de descendre du trône , pour y affermir par sa présence l'héritier de son choix qu'il venait d'y placer.
L'autorité de Ptolémée Soter avait été constamment secondée de l'assentiment public , de l'amour des peuples
PTE. 40î>
et du concours empressé de toutes les classes. Sous son règne, PÉgypte avait reconquis son antique splendeur, et les arts de la Grèce avaient uni leurs riches produits à ceux des arts nationaux. Les preuves de la magnificence de Ptolémée , de sa piété envers les dieux du pays , de son active attention à encourager les arts et les lettres, subsistent encore sur les monuments et dans les témoignages de l'histoire.
Nous ne pouvons les indiquer ici que bien sommairement , tant ces preuves Sont multipliées.
On croit avoir reconnu le nom de Ptolémée Soter et celui de lu refre Bérénice , sa femme , dans quelques parties des édifices religieux de Karnac à Thèbes, et sur le couronnement du temple deBohbaït, l'ancienne Isidis- Oppidum. La légende royale de Ptolémée est renouvelée des Pharaons; ce roi grec y est aussi approuvé d' J mon et de Phré, le gardien de la vie, Ptolémée vivant à toujours et chéri de Phtha. Le nom de la reine Bérénice est sculpté à côté de celui du roi , avec le titre de dominatrice du monde. Il faut , sans doute , accuser le temps et les événements, de la rareté des monuments signés du nom de Ptolémée Soter : ayant ceint le diadème royal vingt ans après la mort d'Alexandre le Grand , et jusque-là n'ayant inscrit sur les monuments que les légendes de l'autorité légitime , possédée par le frère et le fils du conquérant, il n'eut aussi , et pour les mêmes motifs , à placer son propre nom que dans la dédicace des édifices publics qu'il fit construire ou réparer après s'être déclaré roi.
Ijevhare était une haute tour en pierres blanches et à plusieurs étages, élevée dans Pîlê de Pnaros, que Ptolémée réunit à Alexandrie par une chaussée.
Ce phare , qui devait faciliter la navigation dans le voisinage du port d'Alexandrie, est un des plus utiles monuments entrepris par Ptolémée Soter. Chaque étage allait en se rétrécissant , et avait une galerie extérieure prise sur la fabrique de dessous. On dit qu'il eut d'abord mille coudées de haut; il n'en reste plus rien aujourd'hui de visible.
L'UJNIVEES.
Des escaliers habilement construits conduisaient dans de nombreux appartements; des bétes de somme pouvaient y monter, tant les pentes étaient artistement ménagées. Au douzième siècle de notre ère, il restait encore cent cinquante coudées des constructions du phare. Il est figuré sur plusieurs médailles; les poètes célébrèrent cette merveille des arts ; en élevant le phare d'Ostie, l'empereur Claude prit pour modèle celui d'Alexandrie.
Ptolémée ne dédaigna pas les productions de Part égyptien ; il donnait par là une satisfaction à l'opinion nationale ; les restes de l'antique Alexandrie rendent témoignage de cette attention. Un des obélisques encore debout dans les ruines de la ville grecque, avait été d'abord érigé par un Pharaon devant un des temples de la ville d'Héliopolis ; il fut transporté dans la ville nouvelle.
Mais le plus mémorable établissement pour lequel l'humanité doive le plus se montrer reconnaissante envers Ptolémée Soter, c'est l'école savante qui porte encore le nom d1 école dAfexandrte.
Au milieu des exigences de la guerre , Ptolémée avait du temps à donner aux jouissances de la paix. Il savait la puissance des arts et des lettres sur la prospérité des empires : il les appela auprès de lui de toutes les régions où ils florissaient , de la Grèce surtout , la patrie du génie et du bon goût , déjà riche de tant de chefs-d'œuvre de l'intelligence : il réussit à former une intime et durable union entre eux et l'étude des plus riches productions de la nature, dont l'Égypte était si féconde.
Ptolémée y attira les savants de la Grèce, et Alexandrie devint la nouvelle patrie des lettres et le sanctuaire de la science. Le roi ouvrit son Datais aux philosophes , cultiva leur société, et fit amasser pour eux une immense bibliothèque. Les hommes Jes plus distingues de tous les pays affluèrent en Égypte, et Alexandrie conserva pendant six siècles le titre de métropole des sciences et des lettres
On a donné le nom d'école à ce centre de toutes les études , de tous les progrès daus la culture de toutes les sciences. Non-seulement elle ajouta au domaine général de l'intelligence par de nouvelles découvertes, mais encore elle prit soin de conserver les conquêtes déjà faites, en donnant de nouvelles éditions des écrits les plus remarquables : des fragments d'Homère, des livres d'astronomie, des compositions poétiques , écrits sur papyrus , recueillis en Égypte et portés a Paris, rappellent les travaux des critiques grecs de cette école.
Toutes les branches des sciences y furent cultivées : la cosmographie, les mathématiques, l'histoire naturelle, la médecine et la grammaire : la philosophie eut aussi son tour , quoiqu'un peu plus tard; et il suffira à I éternelle gloire de celte école de citer parmi ceux qui l'illustrèrent, Déme trius de Phalère, Zénodote et Aristarque pour la critique grammaticale; Hérophile et Érasistrate pour la médecine ;Timarque, Aristide, Hipparqut et Ptolémée pour l'astronomie; Euclide , Apollonius de Perga , Diophante , pour la géométrie; Eratosthène et Strabon pour la géographie; Cnésidème, Sextus l'empirique, Potamon, Ammonius Sakkas parmi les philosophes; enfin l'influence durable de cette école s'étendit par la suite des temps sur les Juifs, les chrétiens et les Grecs d'Alexandrie tout à la fois : Ari8tobule et Phi Ion font honneur à l'école judaïque; saint Pantène et saint Clément d'Alexandrie à l'école chrétienne. La poésie et l'histoire n'ajou tèrent rien de marquant aux chefs d'œuvre que les Grecs avaient déjà produits.
La destinée de cette admirable institution fut celle de toutes les créations humaines : sa gloire brilla ou s'obscurcit comme celle des rois grecs qui se succédèrent sur le trône d'Égypte.
Sous les trois premiers Ptolémées.
l'éclat de leurs règnes rejaillit sur l'école qu'ils avaient fondée par leur munificence et agrandie par leurs bienfaits. Les trois règnes suivants furent
BOYPTB
EGIPTO
KGYPTE.
moins heureux, l'école déclina et la Grèce , plus calme , offrit aux maîtres et aux disciples un théâtre plus digne de leur science et de leurs efforts.
Bientôt après, les désordres publics inquiétèrent les Muses amies du repos et de la sérénité ; les savants d'Alexandrie s'exjlèrent et allèrent enseigner à Rhodes, en Grèce et en Syrie. Les causes qui ruinèrent le trône des Ptolémées ruinèrent aussi l'existence de l'école d'Alexandrie.
Du reste , Ptoléraée Soter était un prince lettré; il passe pour avoir composé une relation des conquêtes d'Alexandre : il se plaisait à la fréquentation des poètes et des philosophes; il avait destiné une portion de son palais à leur logement : u l'avait comme consacrée aux Muses, en lui donnant le nom de Musaeum qui est venu jusqu'à nous , et il renfermait les collections les plus utiles au progrès de toutes les sciences , et notamment les principaux écrits composés en Grèce , en Asie et en Afrique. Les savants qu'il ne pouvait attirer près de lui , il les recherchait par ses bienfaits, et plusieurs d'entre eux éprouvèrent les effets de sa munificence. II entretenait une correspondance suivie avec le célèbre Tlieophraste. C'est Ptolémée qui réalisa les vues d'Alexandre sur Alexandrie : il fonda la puissance de cette grande cité , et lui donna une importance qui dure encore. Il l'orna aussi de magnifiques édifices , dont il ne subsiste plus que peu de ruines : tant de maîtres se sont depuis succédé dans cette ville ! Ptolémée Soter lui avait attentivement ouvertou entretenu les plus fructueuses voies commerciales avec le monde entier. Les astronomes secondaient, éclairaient les navigateurs : il nous reste encore quelques-unes des observations faites à Alexandrie par Timoçharis , notamment celles de plusieurs étoiles principales et des Pléiades dans les années 295 , 294, et 283 avant l'ère chrétienne; antiques observations trèsutiles aux supputations comparées des observateurs modernes.
Ptolémée Soter avait conûé au philosophe Stratou, disciple de Théo-
pbraste, et à Philétas de Cos, poète imité par Théocrite, l'éducation de son (ils Ptolémée Philadelphe : de telles leçons fructifièrent ; le règne de Philadelphe est un de ceux qui ont jeté le plus d'éclat dans l'histoire ; et , tout en taisant une juste part aux exagérations des poètes, il reste encore assez de sérieux témoignages des soins de ce grand prince pour la prospérité et la gloire de son empire.
Ptolémée Phuadelphe succédait à son père encore vivant. Après avoir quitté le trône, Ptolémée Soter jouissait en quelque sorte des honneurs réservés a sa mémoire; il voyait sa propre apothéose, son image et son nom associés dans les cérémonies publiques à ceux du grand Alexandre :
préludes du culte dont il devint l'objet, et qui lui fit consacrer des autels, des chapelles et des prêtres. Il assista avec Bérénice, sa femme, mère de Philadelphe, à la magnifique cérémonie qui fut comme l'inauguration du règne de leur fils. Cette fête publique , que rien n'égala jamais dans notre Occident, et où l'Égypte avait comme accumulé toutes les richesses de l'Asie, de l'Afrique, est connue du lecteur par la description qui a été mise sous ses yeux.
Cette fête eut lieu au milieu de l'hiver qui suivit l'abdication de Ptolémée Soter, au commencement de l'année 284 avant l'ère vulgaire.
Dès que le choix fait par Ptolémée Soter fut déclaré, Céraunus, son fils, né d'Eurydice, appelé au trône par l'ordre de primogeniture, ne voulut pas rester dans une cour où ses droits venaient d'être si publiquement méconnus : il quitta l'Egypte et se retira auprès de Ly si ma que, roi de T h race, dont le fils, Agathocle, avait épousé sa sœur Lysandra, née comme lui d'Eurydice. Mais Lysimaque, déjà avancé en âge, avait aussi épousé une fille de Ptolémée Soter et de Bérénice, Arsinoé, sœur de PhHadelphe. Celle-ci craignant, disent les historiens, que ses enfants , après la mort de Lysimaque.
ne devinssent les sujets d' Agathocle, trama la perte du jeune prince son