‹ Égypte ancienneChapitre 42 sur 53 · M LUIS · texte numérisé non relu

M LUIS

beau-fils. Elle réussit à devenir criminelle sans que Lysimaque s'occupât de l'empêcher, et Lysandra, sœur de Céraunus, veuve a'Agathocle, effrayée d'un tel attentat, courut chercher un refuge non pas à la cour de Ptolémée Philadelphe, son frère de père , devenu roi d'Égypte, mais auprès de Séleueus, entraînée d'ailleurs par les conseils de Céraunus qui ne la quitta pas, et qui t'accompagna , ainsi que ses enfants, un autre frère de Céraunus, appelé Méléagre, et Alexandre, Ois de Lysimaque, né d'une femme odrysienne.

Arrivés à la cour de Séleucus , ce roi refusa de seconder leurs vues ou leurs prétentions sur l'Egypte; ses traités le liaient avec Ptolémée Soter; mais il se déeida à faire la guerre à Lysimaque.

Celui-ci se hâta de passer en Asie pour prendre lui-même l'offensive; il perdit la vie dans une bataille qu'il avait engagée, et qui se livra auprès de Coroupedion , dans la grande Pnrygie. Cette victoire rendait Séleucus le maître du trône de Macédoine, et il pensait à s'y asseoir. Il ne restait plus que lui des anciens compagnons d'Alexandre : Ptolémée Soter avait cessé de vivre.

Séleucus céda donc ses États d'Asie à son fils Antiochus, et se mit en marche pour la Macédoine à la tête d'une armée composée de troupes grecques et de troupes étrangères. Ptolémée Céraunus l'accompagnait et secondait son entreprise avec un zèle que la bienveillance de Séleucus pource prince fugitif ne devait pas faire soupçonner d'infidélité. Cependant, parvenu à Lysimachia avec son armée, Séleucus fut trahi par Ptolémée Céraunus, qui lui donna la mort, abandonna aux soldats le pillage du trésor royal, s'empara du royaume de Macédoine, et le gouverna comme roi jusqu'au moment de son invasion par les Gaulois , qui le tuèrent dans un combat.

Lysimaque, Séleucus et Ptolémée, périrent presque en même temps, et survécurent peu à Ptolémée Soter.Tous les historiens sont d'accord que ce prince vécut deux ans encore après son

abdication, ce qui porte sa mort un la fin de l'an 283.

C'est à l'époque de l'avènement de son fils que durent être frappées le»

monnaies qui portent les têtes accolées de Soter et de Philadelphe, ave* celle de Bérénice au revers.

Philadelphe était né dans l'île de Cos, lorsque Soter, son père, fit une expédition dans les Cvclades, et l'épo que en a été fixée à Tannée âO&avaet l'ère vulgaire. Théocrite, qui a décrit en poète la naissance de Philaddphf dit que Bérénice fut surprise dans cette fie par le terme de sa grossesse, ce qui nous apprend qu'elle accompagnait Soter dans cette expédition militaire, se croyant peut-être plus en sûreté »

milieu des hasards de la guerre qu'a li cour même d'Alexandrie , si Eury<te y était restée. Ce fut donc après vingt trois années entières , et lorsque Pi»

ladelphe était parvenu à la vingt-quatrième de son âge, qu'il fut appelé au trône d'Égypte par l'abdication volou taire de Soter, au mois de noveotta de l'an 285.

Dès qu'il fut informé que son frerc Céraunus avait quitté la cour de Lysi maque, il envoya demander eo ma riage , à ce roi , sa fille Arsinoé.

Aussitôt après la mort de Ptolénw Soter, Philadelphe, qui u'avait point oublié -que Démétrius de Phalère,cw sulté par son roi sur le choix d'unsw cesseur, n'avait pas hésité d'unir y voix à ce que prescrivait l'usage, fappelait à la couronne Ptolémée ùraunus , exila ce sage conseiller dan> une province, où il tratna ijueJqu temps encore une vie languissant- Dans la même année, la 282e ava.it l'ère vulgaire, Arsinoé, fille de t\»

maque , se rendit en Egypte et devint l'épouse de Philadelphe.

Alors Sostrate de Gnide termina !

construction de la tour du phare pre> d'Alexandrie, qu*il avait commence par l'ordre de Soter. Sa constructw dura douze années entières, et ce ou gnilique édifice fut célébré dans k> hymnes des poètes. On raconte que roi ne voulant pas permettre que trate mît son nom sur l'édifice, l'a'

Egypte.

rhitecte, bien avisé, l'y grava profondément , et couvrit ensuite l'inscription d'un stuc qui le cachait, espérant que , lorsque le temps aurait détruit le stuc , son nom serait connu de la postérité.

Des poètes contemporains honorèrent cependant publiquement Sostrate et son ouvrage.

Deux années plus tard, Céraunus, maître du trône de Lysimaque par Vassassinat de Séleucus, tenta de s'en assurer la possession en captant les fa- , veurs populaires, et dans le dessein : d'obtenir la bienveillance de Philadelphe, son frère, il lui envoya des ambassadeurs chargés de lut faire connaître que , par respect pour la mémoire de leur père, il oubliait l'offense qui . lui avait été faite en le privant de la couronne. Mais il n'eut vraisemblablement pas le temps de connaître les réponses de Philadelphe, car neuf mois après il perdit la vie dans un combat contre les Gaulois, ainsi que nous venons de le dire.

Céraunus, en prenant la couronne de Macédoine, avait simulé un grand attachement pour Arsinoé, veuve de Lysimaque , et pour ses deux fils ; mais il les avait fait égorçer en célébrant son hymen avec Arsinoé, et celle-ci s'était retirée dans l'île de Samothrace. Après la mort de Céraunus , Ptolémée Philadelphe s'empressa d'appeler auprès de lui Arsinoé, sa sœur.

Toutefois, ce prince, Philadelphe {qui aime ses frères) , ne justifia pas ce surnom par un heureux accord avec ceux de ses frères qui vivaient encore alors. Le plus jeune de tous, Argaeus, né comme lui de Bérénice, accusé de conspiration contre le roi, fut mis à mort par son ordre; Méléagre, qui était à Chypre, éprouva le même sort

(>our avoir pousse à l'insurrection les îabitants de cette île. Philadelphe ne traita guère mieux sa femme Arsinoé, fille de Lysimaque, soit qu'elle eût conspiré contre fui , excitée par la jalousie que lui inspirait la présence de l'autre Arsinoé, veuve de Lysimaque son père, et sœur de Philadelphe, soit que, vaincu par les charmes de sa sœur. Philadelphe ne conservât pour

elle aucune aflectiou : il la répudia et l'exila à Coptos , dans la Thébaïde, en ayant déjà trois enfants, deux fils et une fille, et il épousa Arsinoé, sa sœur de père et de mère, ce qui était contraire aux lois des Macédoniens.

C'est à cette même époque du règne de Philadelphe que se place ce que l'on a dit de la traduction grecque des livres des Hébreux, si longtemps attribuée à ce roi. Le grand nombre dte Juifs amenés successivement en Egypte, ou qui y furent attirés par la douceur du gouvernement de Soter, leur mélange avec les Macédoniens , dont il leur devint nécessaire de connaître la langue, qui était aussi celle du gouvernement,durent rendre indispensable la version de ces livres hébreux en langue grecque. Si Ton s'en rapporte à la lettre attribuée à Aris* téas , ce fut Ptolémée Philadelphe qui , d'après l'avis de Démétrius de Phalère et sur les pressantes sollicitations d'Aristéas , ordonna d'en faire une traduction complète. Josèphe, l'historien des Juifs, n'a élevé aucun doute sur l'authenticité de cette lettre; Philon, autre Juif, raconte à ce sujet des choses analogues; mais la chronique samaritaine A Aboul-Phatach attribue aux Samaritains tout ce que la lettre d'Aristéas dit des Juifs , et ajoute que la traduction à laquelle concoururent les Samaritains fut faite dans la dixième année du règne de Philadelphe.

On peut remarquer sur ce sujet que puisque, au rapport de Plutarque, Démétrius de Phalère engagea Ptolémée Soter à recueillir les livres de législation connus chez divers peuples et dans diverses contrées, ceux des Juifs ne purent pas être oubliés.

Il faut remarquer aussi que dès la 3e année de son règne , Philadelphe avait exilé le philosophe Démétrius de sa cour , où il ne pouvait plus se trouver sept années plus tard.

Philadelphe ne donna pas moins d'attention à se faire de bonnes relations au dehors, à contracter de puissantes alliances, et il rechercha celle des Romains : leur réputation militaire, leurs guerres avec divers peuples de la grande Grèce, et surtout celle qu'ils

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venaient de soutenir avec succès contre dans son entreprise contre TÉgvpte,

Pyrrhus, roi d'Épire, que le père de mais Ptolémée la rendit encore* sans

Philadelphe avait replacé peu d'années succès en jetant ses propres troupes

avant sur son trône, contribuèrent à dans les provinces d'Antiochus les

l'y déterminer; il envoya des ambas- moins bien défendues. Cependant Ma-

sàdeurs à Rome; le sénat romain en- gas fit proposer la paix à Philadelphe.

vova aussi à Philadelphe quatre dépu- et voulut la cimenter par une alliant*

tés, et l'alliance fut conclue. de famille. L'union de Bérénice, fille

Elle fut la première relation directe unique dè Magas, avec le fils unique

entre le gouvernement d'Alexandrie et de Philadelphe , fut convenue , et h

celui de Rome : il eût mieux valu pour Cyrénalque se trouva par cette union

l'Egypte qu'elle eût toujours été igno- dé plus en plus attachée à l'Égypte.

rée des Romains, car elle devait re- Magas étant mort, Apamé , sa veuve,

douter les effets de ces alliances. oui n'avait pas consenti à ce projet

Dans l'année suivante, la treizième d'union, tâcha de la rompre en appe du règne de Philadelphe, Timocharis tant de la Macédoine Démét ri us, ire; s'occupait à Alexandrie des deux oh- du roi Antigone; mais ce prince Réservations de Vénus, qui furent faites plut tant et sitôt par son orgueil à la les 12 et 16 octobre de l'an 272. famille de Magas , au peuple et à Tar-

Deux années après sa défaite en Ita- niée , qu'il fut la victime des embûches

lie, Pyrrhus perdit la vie devant qu'on lui tendit , et Bérénice devint h

Argos. rem me du jeune Ptolémée qui régrui

Après la mort de Pyrrhus, Anti- ensuite sous le nom d'Évergete.

gone menaçait la Grèce entière de sa Les soins que Philadelphe d

toute-puissance. Athènes et Lacédé- , au gouvernement ne laissèrent pas

mone se liguèrent contre lui et de m an- année de sa durée sans qu'elle ne vît

dèrent du secours à Ptolémée Phi la- naître quelque institution utile, fon-

delphe, qui envoya une flotte sous le der quelque établissement public , éle

commandement de Patrocle, laquelle, ver un monument aux arts , encoura-

si Ton en croit Pausanias, ne fut pas ger ceux qui les cultivaient. Mais,

fort utile aux Athéniens; néanmoins quoique le souvenir en soit conservé,

ils donnèrent à une de leurs tribus le I époque en est toujours ignorée , et

nom de ce Ptolémée. c'est ici qu'il est permis de renouvekf

Bientôt après , l'un des enfants que le regret qu'excite si vivement le si- Bérénice avait eus avant qu'elle fût la lence des médailles, quoique cependant femme de Soter, Magas, frère de mère leurs dates marquent les années du avec Philadelphe , et depuis plusieurs règne de Philadelphe selon une ère qui années gouverneur de Cyrène , y avait remonte à la première année de Soter pris un tel empire sur les habitants, comptée depuis la mort d'Alexandre, qu'il les poussa à la révolte envers leur ère qui , si elle eût été conservée , aurai Philadelphe, et les conduisit contre rait fourni un guide certain pour le l'Égypte. Philadelphe leur opposa des temps des Lagides. forces suffisantes, parmi lesquelles se Mais son usage ne fut pas imrauatrouvaient quatre mille Gaulois : Ma- ble ; il s'opéra à cet égard un changegas fut bientôt ramené à Cyrène par ment qu'il entre dans notre plan d'inl'insurrection de quelques peuplades diquer d'abord , afin de l'expliquer s'il de la Libye , et Philadelphe dut re- est possible.

noncer à le poursuivre parce qu'il fut Soter, en prenant la couronne d'É-

informé que les troupes étrangères gypte, avait fait marquer sur ses

qu'il avait à sa solde conspiraient monnaies les années de son règne,

contre lui. Il les fit enfermer dans une dont la première remontait à celle de

fie du Nil où elles périrent toutes, la mort d'Alexandre. Philadelphe lui

Magas parvint ensuite à entraîner son succéda de son vivaat même , et il con-

beau-pere A nt iochus . roi de Syrie , tinua de marquer ses monnaies selon

ÉGYPTE

l'ère qui remontait à la première année du règne de son père. Ainsi , on a des médailles de Ptolémée Soter avec le nombre 36 : celles qui portaient les nombres 37, 38 et 39, ne sont pas connues» La première, frappée pour Philadelphe , dut porter le nombre 40 ; elle manque aussi : mais celle oui fut frappée Tannée suivante , la 41e de l'ère de Soter, qui était la 2* du règne de Philadelphe, nous est parvenue. Elle présente d'un côté la téte jeune et diadéniée du deuxième Ptolémée, et au revers son nom avec un aigle debout sur un foudre; dans le champ de la médaille la date de l'an 4 1 . Cette manière de dater ses monnaies fut continuée par Philadelphe jusqu'à Tannée 54 de Tère. et même jusqu'à Tannée 56. Après , viennent les monnaies de Philadelphe avec des dates qui se rapportent a une autre ère, et dont le premier nombre connu est 19. Ce changement dans la manière d'inscrire les années de son règne sur ses monnaies, introduit dès lors par Philadelphe, a été expliqué avec toute raison par la volonté du roi de se faire une ère d'après Tépoque même où il était parvenu à la couronne, de la compter du commencement de son règne , et non plus de celui de Soter. Cette explication n'est pas nouvelle ; elle a été admise par tous ceux qui ont voulu rendre raison de ce changement dans la manière selon laquelle les années de Philadelphe sont comptées sur ses monnaies.

Quelle fut l'occasion d'un tel changement ?

C'est rétablissement de Tère dionysienne , ainsi appelée du nom de son auteur, Denys l'astronome.

Cette ère était purement astronomique et composée d'années solaires fixes , chacune de douze mois , portant les noms des douze signes du zodiaque.

Il est généralement connu que Tépoque radicale de cette ère était l'avènement de Philadelphe à la couronne d'Egypte : et les huit observations astronomiques datées selon Tère de Denys, conservées dans TAImageste, étant, au moyen de leurs dates égyptiennes cor-

respondantes , transportées sur le calendrier Julien , montrent en effet que Tère de Denys commence au solstice d'été qui précéda immédiatement Tavénement de Philadelphe, et il y a entre le solstice et Tavénement (du 24 juin au 2 novembre) un intervalle de 130 jours environ. Si Ton suppose que Denys ayant composé son ère a voulu lui donner une époque radicale historique, la première année du règne d'un prince qui faisait tout pour encourager les recherches savantes , pour les astronomes surtout , se présentait naturellement à son esprit. De plus , on ne peut pas croire que Denys ait établi son ère avant le règne de Philadelphe, puisqu'il eût fallu en prédire le commencement.

Peu d'années après , la 24e du règne de Philadelphe , Antiochus Théos succéda à son père Antiochus Soter. Sa sœur Apamé , veuve de Magas , obtint sur lui plus d'ascendant que sur son père Soter qu'elle avait en vain sollicité de renouveler la guerre contre Philadelphe. Antiochus Théos l'entreprit avec des forces immenses , et le résultat fut pour lui l'obligation de ré-

Ëudier sa femme Laodice, d'épouser Bérénice, fille de Philadelphe,, et d'assurer aux enfants qui en naîtraient la couronne de Syrie.

Mais les soins de la guerre n'empêchaient pas Philadelphe de protéger les arts de la paix. Il augmenta de beaucoup la bibliothèque déjà très-considérable que Soter avait fondée, à Alexandrie , et qui offrait les plus sûrs et les plus vastes moyens d'étude au prand nombre de savants que les Lac ides y avaient attirés par la plus libérale protection. Elle fit d'Alexandrie , pendant plusieurs siècles, le centre commun de toutes les connaissances et le foyer unique des lumières que répandirent pour toujours sur le monde l'étude des sciences , la culture des lettres et celle des arts. Avant cette époque , Philadelphe avait déjà donné un témoignage public de son vif attachement pour Arsinoé sa sœur, qui était aussi sa femme, en permettant qu'il fût frappé des monnaies d'or . d'argent et

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