P TE
Des monuments encore subsistants portent le nom de ce roi courageux , et prouvent en même temps qu'en réduisant l'ordre sacerdotal au service des temples et du culte public , il n'oublia pas ses devoirs envers les., dieux du pays, fin voit encore à Dakkèh, en Nubie, les restes d'un temple dont la partie la plus ancienne a été construite et sculptée par Ergamène. De pareilles notions sur ce prince existent aussi sur le temple de Dèboud : dans les inscriptions de ces monuments éthiopiens , on retrouve le système d'écriture hiéroglyphique égyptienne sans aucune variation ; le nom d'Ergamène est accompagné des titres de toujours vivant, chéri d'Isis, d'approuvé parle soleil : nouvelle confirmation des rapports de l'antiquité classique sur l'uniformité des principales institutions publiques , du culte et de l'écriture, en Égypte et en Éthiopie. Le temple de Dakkèh fut dédié au dieu Thôth par le roi d' Éthiopie.
A Dèboud , autre lieu de la Nubie , un autre roi éthiopien, nommé A tharrammon, éleva un temple à d'autres dieux de l'Égypte , à Amon-Ha , seigneur de Dèboud , à la déesse Athôr, et aussi à Osiris et a Isis : prince d'ailleurs inconnu dans l'histoire , qui fut peut-être un des prédécesseurs d' Ergamène , ou son successeur immédiat et durant peu d'années, puisque Ptolémée Évergète réunit de nouveau l'Éthiopie à l'Égypte, l'ayant conquise par les armes.
Ce Ptolémée Évergète, qui porta le
{)remier ce surnom dont le sens exprime 'idée de la bienfaisance , était le fils unique de Ptolémée Philadelphe et.d' Arsinoé sa première femme , la fille du roi Lysimaque. Quand Philadelphe eut pris sa soeur Arsinoé pour sa seconde femme , celle-ci adopta Ptolémée Évergète , fils de son mari : ee fut donc sans obstacle que le nouveau roi succéda à son père.
Le règne d'Évergète Irr fut trèsglorieux pour l'Égypte, et assura au pays de nouveaux avantages. De grandes expéditions militaires porte»
rent au cœur de l'Asie sa renommée
L'UMVERS.
et les armes égyptiennes : Évergète renouvela les entreprises de Sésostris , et avec .un égal succès. Les événements de son règne furent nombreux et éclatants ; l'antiquité classique nous en a transmis quelques détails : ils sont consignés dans les ouvrages des écrivains du premier rang, ainsi que sur des monuments également utiles à consulter par l'art et par l'histoire.
Évergète fut appelé en Syrie , à la tète d'une armée considérable , par un intérêt de famille qu'un prince puissant ne pouvait point négliger sans quelque honte.
On sait que le roi de Syrie, A nt induis Théos , avait- épousé en secondes noces Bérénice, fille de Ptolémée Philadelphe , et sœur d'Évergète 1er. À près In mort d'Antiochus, sa première femme Laodice voulut se venger de Bérénice qui, restée à Antioche de Syrie, s'y renferma en vain dans Daphné. Ce ne fut point pour elle un asile inviolable; elle y fut assassinée avec le jeune enfant qu'elle avait eu d'Antiochus.
Le roi Ptolémée Évergète était accouru de l'Égypte au secours de sa sœur : il arriva trop tard ; mais il vengea sa mort en portant la guerre dans les États de Séleucus , s'emparant successivement des provinces de l'empire d'Asie situées sur la rive droite de l'Euphrate; et passant ensuite ce fleuve, il parcourut en conquérant la Babylonie, la Susione, la Perse, et poussa même jusqu'à la Bactriane, soumettant les peuples et leurs chefs , leur imposant des tributs , et reprenant en Perse un grand nombre d'images des dieux que Cambyse avait enlevées à l'Ëgypte. Rappelé dans son royaume par des dissensions domestiques, il rapporta de son expédition un immense butin , et ramena son armée en Égypte. Il laissa de bonnes garnisons dans la Syrie, à Séleucie même qui était encore occupée par les troupes égyptiennes lorsque plus tard Antiol'hus le Grand fit la guerre à Ptolémée Philopator. Tripolis de Syrie resta aussi sous ses ordres , comme le prouvent les monnaiesd'Évergètequi furent
frappées dans cette ville selon l'opinion des numismatistes , et qui portent h date Ce la 7* année de son règne : à cette époque , son expédition en Asie était terminée.
Ce fut vraisemblablement à son retour de cette expédition , qu'Évergète passant à Jérusalem y fit des sacrifice* dans le temple des Juifs , si l'on en, croit leur historien. Peu de temps' après il s'était déclaré le chef de la ligue achéenne, à la tête de laquelle était alors Aratusde Sicyone. Aratus avait pris Corinthe et Mé^are que gar daient les troupes du roi de Macédoine (Antiepne Gonatas). Trézène avait eu le même sort que Mégare , et de h Aratus s'était rendu en Attique, et avait obtenu l'aHiance d'Évergète qui fut , en effet , déclaré le chef de la ligne sur terre et sur mer.
Pendant ce temps, Séleucus avait voulu punir les villes de l'Asie qui s'étaient déclarées contre lui , cédant à l'horreur que leur avait inspirée l'assassinat de Bérénice et de son fils. Il avait armé contre elles une flotte nombreuse, qui fut dispersée par la tempête. Les villes d'Asie rentrèrent d'elles-mêmes sous son obéissance , et il alla porter la guerre sur les possessions mêmes de Ptolémée Évergète Vaincu , il chercha un refuge dans Antioche, d'où il appela son frère Antiochus Hiérax à son secours. Pour n'avoir pas deux ennemis à repousser à la fois , Ptolémée conclut avec Séleucus une trêve de dix années. Mats Hiérax, croyant l'oecasion favorablr pour s'emparer du trône de Syrie combattit son frère avec des Gaulois qu'il avait à sa solde; Séleucus fut vaincu , et les Gaulois tournèrent leur> armes contre le vainqueur même, qui les ramena à leur devoir à force d'ar cent , et qui eut aussitôt après à M défendre contre Eumène, roi de Pergame , ambitieux aussi de régner sur l'Asie. Il vainquit Antiochus Hiérai à Sardes , et mourut bientôt après , près qu'en même temps qu'Antigone de Ma cédoine.
Pendant que les deux fils d'Antiochus Théos se disputaient par les armes
ÉGYPTK.
la possession de la couronne de Syrie ; quAntiochus Hiérax, vaincu à son tour par Séleucus,,se livrait de luimême à Ptotéméc Évergète , celui-ci , tranquille sur son trône, s'occupait de l'administration intérieure de ses États , ou plutôt des jouissances que son rang lui rendait plus faciles. Il donna beaucoup de soins à la chasse des éléphants, qu'il élevait ensuite pour la guerre , soins tout à fait paisibles , et qui ne prouvent point la réalité des grandes conquêtes que Ton a supposé avoir été faites par ce roi bien loin au midi de l'Égypte et dans des régions presque inconnues. D'ailleurs cette opinion n'a pour fondement que le texte d'une inscription étrangère à É vergeté , et qui , quoique trouvée dans le même lieu , est aujourd'hui reconnue pour n'avoir jamais fait partie de celle d'Adulis dont nous avons donné le texte (suprà > page 67).
En Grèce, Aratus, chef de la ligue achéenne, avait été défait par Cléomène. £,e vaincu entraîna dans son parti Antigone, régent de la Macéioine, qui se hâta de se rendre dans ie Péloponèse. Après avoir passé l'hiver à Argos , il en sortit au commencement du printemps et marcha sur les frontières de l'Argolide, vers lesquelles Cléomène se dirigeait. Parvenues à Sellasia, les deux armées se rencontrèrent , en vinrent aux mains ; celle de Cléomène fut complètement battue , et le roi lui-même , s'étant retiré d'abord à Sparte qui était derrière lui, s'embarqua dès le lendemain à Gythium , et se rendit en Égypte auprès de Ptolémée Évergète.
Le roi d'Égypte le traita avec beaucoup d'égards ; par là il eut occasion de connaître et d'apprécier les qualités éminentesqui le distinguaient; il lui promit de le replacer sur le trône de Lacédémone ; mais la mort ayant surpris Évergète déjà vieux , sa bienveillance pour Cléomène fut pour ce roi sans aucun résultat. Antigone , en effet, après avoir assisté aux jeux K6méens, rentra en Macédoine, et y mourut: en même temps Àntiochus succéda à Séleucus , son frère , au trône
de Syrie. Trois rois cessèrent de vivre dans la cxxxix* olympiade f Tan 222, avant l'ère chrétienne.
De toutes les actions remarquables du règne de Ptolémée Évergète , aucune ne fut plus agréable aux Égyptiens que l'attention religieuse que ce roi apporta à reprendre en Perse , et à renvoyer triomphalement en Éçypte , les images des divinités égyptiennes que Cambyse avait enlevées ; ce serait même de là , selon quelques auteurs , qu'aurait été tiré le surnom que porta le troisième des Ptolémées : opinion peu fondée » si le surnom officiel était donné aux rois d'Égypte à l'époque même de leur sacre à Memphis.
Évergète réunit de nouveau à l'Égypte une portion de l'Éthiopie jusqu'à iDrim ; et il laissa dans cette contrée conquise des marques de sa pieuse munificence, en y faisant construire ou terminer des édifices religieux. C'est ainsi qu'il fit continuer le temple de Dakkèn , commencé par les rois éthiopiens E reamène et Atharrammon. En Égypte, les ruines du temple situé au nord d'Esnèh offrent eneore plusieurs bas-reliefs dont quelques-uns portent les noms de. Ptolémée Évergète et de la reine Bérénice. Le nom de la reine se lit aussi sur quelques portions des édifices de Philao : les inscriptions proclament « le seigneur du monde , les dieux frères, le fort par Ammon , l'approuvé du soleil , le gardien de la vie , le seigneur des dominateurs , Ptolémée toujours vivant , chéri de Phtha , et la dame du monde , Bérénice , femme et sœur du fils du soleil Ptolémée. » On trouve aussi , dans les monuments de Thèbes , le souvenir écrit de ces deux souverains.
Cette Bérénice est une des reines les plus célèbres parmi celles de l'Égypte : la poésie l'a célébrée et nous a transmis son nom environné de gloire. Ce fut cette Bérénice qui voua sa belle chevelure pour l'heureux retour du roi son époux, qui faisait la guerre en Asie, et pour rentière conquête de cette vaste contrée. Cette chevelure fut déposée dans le temple de Vénus Zéphy* rite ; elle en fut enlevée , et le génie
de la poésie proclama sur 'la foi de l'astronome Conon de Samos , qu'elle avait été ravie au firmament pour y briller parmi les étoiles , où elle forme encore , auprès de la constellation du Lion , celle qu'on nomme plus communément la Gerbe , et aussi de son véritable nom de chevelure de Bérénice. Callimaque, poëte grec de Cyrène , avait chanté cette fiction ; il ne nous reste de son ouvrage que l'imitation latine de Catulle.
On sait aussi , par une inscription gravée sur une plaque d'or, mince, flexible et luisante, trouvée dans les ruines de Canope , que « le roi Ptolé- « mée , fils de Ptolémée et d'Arsinoé , « dieux Adelphcs , et la reine Béré- « nice , sa sœur et sa femme , élevèrent « un temple à Osiris » dans cette même ville de Canope. Nous verrons bientôt que cette même reine Bérénice recevait , dans les temples de l'Egypte , un culte particulier , et que des prêtresses spéciales étaient chargées de ce culte sous le titre d'Athlophores ; titre qui , désignant les insignes de la victoire, a fait rappeler que Bérénice aimait à faire élever des chevaux pour concourir dans les jeux Olympiques de In Grèce.
Les solennités de la Grèce n'étaient plus étrangères à l'Égyptc, à Alexandrie surtout, ville toute grecque par ses établissements littéraires , dont la prospérité avait été portée au nlus haut point sous le règne de Philadelphe, et qu'tèvcrgète s'efforça de maintenir à la même perfection. Ce prince éclairé et libéral fit chercher les livres avec passion , et les fit acheter à tout prix. Callimaque, Lycophron, Apollonius lui restaient des poètes du règne précédent , et avec eux Conon , Aristarque et Aristophane de Byzance , distingués comme savants. Ce dernier avait succédé à Zénodote dans les fonctions de bibliothécaire à Alexandrie ; il eut luimême Ératosthène pour successeur ou pour collègue: Aristille, Conon, Timocharis, cultivaient en même temps et avançaient l'étude et la science des astres : 'Aristarque donna pour cette étude des méthodes dignes du suffrage
des plus habiles. 11 soutenait le mouvement de la terre, opinion qui l'exposa à une accusation d'irréligion.
Apollonius de Perge faisait, en même temps , presque oublier ses prédécesseurs dans la culture des mathématiques : tant de progrès à la fois flat taient le goût et les intentions oV Ptolémée Evergète , qui les honorait fi les encourageait. Il mourut au milieu de tant de prospérités littéraires , aprc> un règne de 25 ans.
Ptolémée Phîlopator (qui aime son père), fils unique de Ptolémée É vergé! . Ier, en montant sur le trône, avait au près de lui sa mère Bérénice, sa sœur Arsinoé etMagas son frère. La voix publiqur accusa Philopator d'avoir empoisonix son père , et la cruauté de son carac tère put servir, plus tard , à confirmer ce soupçon infamant. D'après les conseils de Sosibe, l'un de ses ministres les plus affidés, il fit d'abord mourir Magas, dont ircraignait l'influence sur les troupes mercenaires. Bientôt après.
Bérénice, sa mère, perdit aussi la vie par ses ordres. Cléomène enfin , à qui Ptolémée Évergète avait accordé une honorable hospitalité, ne devait pas échapper à ses atroces volontés. Autant Evergète témoignait d'intérêt au roi de Sparte fugitif et lui avait accord* d'égards, autant il en recevait peu d< Philopator livré à toute la fougue des passions les plus criminelles. Cléomèoe le pressa néanmoins d'accomplir les promesses d'Évergètc, qui devait le replacer sur son trône : il devint suspect et fut mis sous la garde de quelque affidés. Pendant que Philopator assistait aux grandes cérémonies du culte de Sérapis à Canope , Cléomène tenta de s'évader et de soulever les Alexandrins contre leur roi; ce projet ne réussit pas , et Cléomène avec ses partisans ne trouvèrent d'autre refuge que la mort. Elle n'assouvit pas tout à fait la vengeance que Philopator voulut tirer de cette coupable tentative; il fit mettre en croix le cadavre df Cléomène , et égorger à ses pieds la femme, la mère et les enfants de ce roi malheureux. Ceci se passait seiie ans après que Cléomène était parvenu
ÊGYPTE
à la couronne, la seconde année du règne de Ptolémée Philopator, la 219e avant l'ère vulgaire.
Dès Tannée suivante , ce surnom se Hsait sur ses monnaies ; mais on n'en était pas plus convaincu de sa tendisse pour son père, et le peuple lui donnait , avec plus de raison peut-être , le surnom de Tryphon. Ses monnaies portèrent toujours celui de Philopator.
Pendant que cela se passait en tigypte, Antiochus, qui fut surnommé le Grand, s'occupait à reprendre la Syrie sur Ptolémée. Antiochus était parvenu au trône presque en même temps que le roidePEgypte. il passa la première année de son règne à régler les affaires des diverses provinces du rovaume; et * quoique les gouverneurs àe la Médie et de la Perse, Molon et Alexandre , se fussent déclarés indépendants, Antiochus, suivant les conseils d'Hcrmias, se résolut à attaquer Ptolémée, dont la mollesse et les dérèglements promettaient à son entreprise un succès presque certain. Antiochus se rendit à Séleuciesur l'Euphrate , où arriva bientôt, avec Diognètes et la flotte, la fille de Mithridate , qui lui était promise en mariage et qu'il épousa. Il passa Quelque temps dans cette ville, donna (a régence de ses tftats à la reine , et se dirigea ensuite sur Antioche. Il y apprit les succès de Molon, qui avait passé le Tigre et marchait vers Séleucie. Antiochus pensait à abandonner l'entreprise contre la Syrie et à courir sur Molon ; mais llermi'as l'en dissuada et l'engagea de continuer sa marche sur ki même rive de l'Oronte. Le roi se rendit à Apaméc, ensuite à Laodicéc (Cabiosa); et, parvenu à l'entrée delà gorge du Liban , il y trouva Théodotè, générai de Ptolémée, qui lui en fermait le passage en tenant G erra , place qu'Antiochus ne jugea pas devoir tenter de prendre d'assaut. Instruit alors des nouveaux succès de Molon , qui était venu jusqu'en Mésopotamie , il renonça à soii projet contre la Syrie , retourna* sur l'Euphrate , marefia au nord-est jusqu'à Antioche de Mvgdouie , s'arrêta dans cette contrée qua-
rante jours environ, et arriva à Apollonia,où il défit entièrement l'armée de Molon, qui se tua. En même temps qu'il obtenait ces grands succès , Antiochus reçut aussi la nouvelle de la naissance d'un fils dont la reine était accouchée. Restait Artabazane dont les intentions étaient très - suspectes , et le roi voulant s'assurer de lui , conduisit son armée cpntre la province qu'Artabazane gouvernait. Celui-ci traita aux conditions dictées par le roi, qui consentit ensuite à se défaire d'Hermias par un assassinat, rentra aussitôt après à Séleucie sur l'Euphrate, et envoya ses troupesen quartiers d'hiver.
Au commencement du printemps suivant, Antiochus réunit ses forces dans A pâmée, et l'attaque de Séleucie (sur la mer) y fut résolue. Depuis les premières années de Ptolémée Évergète , cette ville maritime était occupée pai une garnison égyptienue. Antiochus s'y rendit, et y entra bientôt après par la trahison de quelques officiers subalternes; un autre traître, Théodotc , général au service de Ptolémée , lui fit aussi la proposition secrète de livrer la Syrie. Antiochus cependant , suivant la même route qu'il avait déjà faite dans sa première campagne, remonta la rive gauche de I Oronte et parvint aux gorges du Liban et de l'Anti-Liban , dont les soldats de ptolémée tentèrent en vain de lui fermer le passage. Les ayant franchies , il alla aussitôt occuper Tyr et Ptolémaïs , ou il s'empara des vaisseaux et des approvisionnements qui s'y trouvaient réunis.
En attendant , Ptolémée , qui avait enfin quitté Mcmphis , s'était rendu à Pélusc avec sou armée, avait fait ouvrir les canaux et inondé les environs de cette place de guerre. Informé de ce moyen de défense, Antiochus renonça au projet d'attaquer Péluse , se contenta de ravager les pays environnants et d'amener sous son obéissance , par la force ou par l'adresse , les villes de la Syrie qu'il lui restait à occuper. Ptolémée ne pouvait pas les secourir ; son imprévoyance, ou plutôt cclledMgathodect deSosibe qui gouvernaient
L'UNIVKRS.
réellement te royaume et le roi, ne leur laissa d'autre ressource que de proposer une trêve à Antioehus ; et celui-ci , obligé de renoncer au siège de Doura, voyant que l'hiver s'approchait, fit faire aussi de son côté des propositions à Ptolémée , consentit à quitter la Sy? rie , à se retirer à Séleucie (sur la mer) , et il s'y rendit en effet, laissant des garnisons dans quelques * unes des places de cette province qu'il avait déjà prises. Les négociations pour une paix définitive ayant été sans résultat, dès le printemps suivant Antioehus réunit de nouveau ses troupes , et Ptolémée renforça celles de Nicolaos, qui commandait pour lui dans les environs de Gaza. Celui-ci s'avança de quelques marches, pendant qu' Antioehus, côtoyant la mer, quittait Séleucie, descendait à Bervtus, prenant ou brûlant les villes qu'if trouvait sur sa route , et venait enfin en présence de l'armée égyptienne. La bataille s'engagea , et Nicolaos vaincu dut chercher un refuge dans Sidon. Antioehus ne songea point à une attaque sérieuse contre cette
ftlace, s'occupa des villes voisines de 'Arabie , qu'il soumit l'une après l'autre, etenftndePtolémaïs, où il établit ses quartiers d'hiver.
Vers le même temps arriva une éclipse de lune mentionnée par l'historien Poiyberce fut celle du 12 septembre 218; et .bientôt après , au commencement - du printemps , la campagne s'ouvrit.
Ptolémée avait profité de Ta trêve conclue avec Antioehus , et de l'éloignement de celui-ci , qui avait passé près d'une année à la conquête de l'Arabie , pour se préparer à soutenir la guerre avec succès. Il partit d'Alexandrie à la tête de soixante et dix, mille hommes soutenus par cinq mille cavaliers et soixante et treize éléphants. Antioehus l'attaquait avec soixante -deux mille fantassins , six mille cavaliers et cent deux éléphants. Ptolémée se rendit d'abord à Péluse , distribua des provisions à son armée , la fit avancer par le mont Casius et les Baratra , et cinq jours après jusqu'à cinquante stades de Raphia au nord-est de Rhinocorura. Antioehus dépassa Raphia, campa
d'abord à dix stades , ensuite à cinq seulement de Ptolémée , perdit la bataille et s'enfuit à Antioche, d'où il envoya demander la paix au roi d'Égy'pte ( l'an 217). Ptolémée la lui accorda pour une année , et chargea Sosibe d'en régler les conditions. {Satisfait de reprendre la Syrie et la Phénicie , Ptolémée passa trois mois dans ces provinces pour en régler l'administration, séjourna à Jérusalem dont il fut empêché de profaner le temple, et rentra bientôt après à Alexandrie avec sa soeur Arsinoé qui ne l'avait pas quitté , même sur le champ de bataille.
Polybe a décrit dans tous leurs détails tous ces événements des premières années d' Antioehus, lesquelles furent aussi les premières de Ptolémée Philopator.
Après que celui-ci fut rentré à Alexan drie , il reçut les envoyés des Rhodieib qui demandaient les secours du roi pour réparer les ravages occasionnés par un grand tremblement de terre ; Philopator leur accorda une forte somme d'argent , des ouvriers de toute»
les professions, des bois, des cordages, et une très -grande quantité de blé (l'an 216).
Peu de temps après arrivèrent des ambassadeurs de Rome , offrant à Ptolémée des secours contre Antioehus.
La fin de la guerre dispensa Philopator de les accepter. C'est pendant son règne que quelques auteurs disent que Marais Attilius et Marcius Acilius furent envoyés par le sénat romain pour renouveler 1 alliance avec le roi d'Égypte : mais Tite-Live, qui rapporte ce tait , donne à la femme du roi d'Égvpte k nom de Cléopâtre; celle de Philopator était sa soeur Arsinoé , et Cléopâtre , fille du roi de Syrie , fut celle de Ptolémée Épiphane , fils et successeur de Philopator. Ce ne fut donc que durant le règne suivant que se fit le renouvellement des traités avec les Romains.
Tranquille dans sa capitale , Philopator s'y livrait à tous ses goûts pour les plus honteuses dissolutions. Ce roi , soumis aux volontés d'Agathocle et de Sosibe, ne savait rien faire par luimême qu'assouvir ses brutales pas-
sious ; il ne s'apercevait pas même du malheureux état et des murmures de ses sujets.
Cependant Arsinoé, jusque-là stérile , mit enfin un fils au monde. Justin dit qu'il naquit cinq ans ou la 5e année avant la mort du roi ; selon d'autres auteurs , le jeune prince n'aurait été âgé que de 4 ans lorsque Phiiopator cessa de régner et de vivre. Mais le canon des rois , placé en téte de l'Almageste, Polybe et l'inscription de Rosette , fournissent à ces doutes une explication qui donnera une date précise à la naissance du fils de Plrilopator, et dont il nous sera permis d'exposer ici les éléments , comme une nouvelle ' preuve de l'importance chronologique des monuments exactement expliqués.
Dans le canon des rois ce fils , qui réfma sous le nom d'Épiphane , est inscrit à compter du 1er thoth de l'an 544 del'èredeNabonassar, annéequi commença le 13 octobre de l'an 205 avant l'ère chrétienne : il faut en conclure nécessai rement que Ptoiémée Philopator mourut avant ce jour, puisque Épiphane, qui lui succéda, régnait déjà alors.
L'inscription de Rosette dit qu'à l'époque ou le décret qu'elle conserve fut porté, l'usage s'était déjà établi dans toute l'Ëgypte d'appeler du nom d'Epiphane (ou jour éponyme) le 30 du mois de mésori , qui était celui de ia naissance du roi Épiphane. La même inscription dit encore que le 18 du mois égyptien méchir était le jour où Épiphane avait reçu la couronne de son père.
Le décret que cette inscription conserve est daté du même jour 18 méchir, et a été rendu à l'occasion du couronnement d'Épiphane à Memphis , la 9e année de son règne.
Polybe, enfin, nous apprend qu'à égard de Ptoiémée Épiphane il fut dérogé à l'usage qui , en Egypte , fixait la majorité des jeunes rois à 14 ans , et qui ne permettait de les couronner qu'a cet âge ; que cette exception pour Ptoiémée Épiphane fut motivée par l'état fâcheux des affai res du royau me ; que
VTEi 423
la prolongation de la tutelle du prince ne faisant que l'aggraver, il fut couronné à Memphis, quoiqu'il n'eût pas encore atteint cet âge de sa majorité.
Pour satisfaire au rapport formel de Polybe, en se servant des dates précises que donne l'inscription de Rosette, la naissance d'Épiphane doit être indiquée au 30 mésori d'une année qui , comptée jusqu'au 18 méchir de celle de son couronnement, laquelle était la 9° de son règne , donne cependant à ce prince moins de 14 ans à cette époque.
Il suffit pour cela , 1° de remonter , depuis la date de l'inscription , de huit années entières à compter du 18 méchir, qui est le premier jour de la 9" année du règne de Ptoiémée ; 2° de cinq années entières à compter de ce dernier jour, et de là jusqu'au 30 mésori le plus prochainement antérieur , qui sera nécessairement celui de sa naissance.
Or, le canon des rois en comptant la 544" année de Nabonassar à Épiphane, enseigne que Philopator était mort dans Tannée précédente 543; l'inscription de Rosette en donne je jour, qui est celui de l'avènement d'Épiphane; Philopator mourut donc le 18 méchir de la 643e année égyptienne de Nabonassar.
En remontant de cinq années , on arrive au 18 méchir 538 , et le 30 mésori le plus prochainement antérieur est celui de la 537' année de la même ère : c'est donc à ce jour même que doit être fixée la naissance de Ptoiémée Épiphane; car cette date remplit toutes les conditions qu'exigent les rapports de Justin, de Polybe, et les dates de l'inscription de Rosette.
On trouve en effet :
Du 3o mésori 53 ~, jour de la naissance d'Épiphane , au 18 méchir 543 , jour de la mort de Philopator 5 ans 5 mois 1 3 jour».
Plus, 8 années entières depuis ce 18 méchir jusqu'à celui qui fat le premier jour d« la 9* a mira du règne d'Épiphane , ct-qui est la date du décret 8 >< »
Total ti ans S mois i3 jour».
Et ce résultat satisfait à ce que Po- Ivbe fait entendre que Ptolémée Epiphane n'avait pas encore 14 ans lorsqu'il fut couronné à Memphis , et à ce que dit Ju6fin, que, lorsque Philopator mourut , il laissa son (ils âgé seulement de 5 ans. On ne saurait mettre plus heureusement en rapport des éléments aussi précis que les termes de Polybe et de Justin , aussi absolus que les dates données par l'inscription de Rosette et appliquées à la recherché des certitudes historiques.
Êpiphane vint donc au monde le 30 mésori de 1 an 537 de l'ère de Nabonassar, et ce jour répond au 9 octobre de l'an 212 avant Père vulgaire.
La naissance de ce fils si désiré n'attacha pas davantage Philopator à sa femme Arsinoé ; s'abandonnant même de plus en plus aux excès que lui inspirait une passion désordonnée pour Agathoclée , il fit mettre à mort Arsinoe, et se Hvra entièrement aux directions que lui donnèrent le frère de cette courtisane, et Sosibe, qui avait toujours sur l'esprit et les volontés du roi l'empire le plus absolu.
Si Ton en croit Appien , on pensa un instant à cimenter la paix entre Antiochus de Syrie et Philopator , par le mariage de Cléopâtre,, fille du roi de Syrie , avec ce roi d'Égypte ; mais ce projet ne s'accomplit pas , et bien peu d'années après 1 assassinat d' Arsinoé, Ptolémée Philopator mourut, peu regretté, le 18e jour du mois de méchir de la 543e année égyptienne de Nabonassar, comme le prouvent les dates précitées de l'inscription de Rosette; et ce jour, selon le calendrier » égyptien , correspond au 29 mars de l'an 205 avant I ère vulgaire , ce qui donne au règne de Philopator dix-sept années presque complètes.
La mort de ce prince fut tenue quelques jours secrète par les compagnons de ses dérèglements , qui en profitèrent pour piller le trésor royal et se diviser le gouvernement du royaume ; mais la nouvelle étant parvenue enfin à la connaissance du peuple d'Alexandrie, il se vengea bientôt des maux qu'il avait soufferts , mais sans s'assurer un meil-
leur avenir ; car , à la faiblesse et aux désordres de la régence, s'unissaient encore les certitudes d'une guerre étrangère : Antiochus , enhardi par l'incurie de Philopator, avait conçu le projet de reprendre la Syrie.
Les guerres presque continuelles que Ptolémée Philopator eut à soutenir durant son règne , les désordres intérieurs du palais , qui tiraient leur première origine de la fougue invincible des mauvaises passions du roi , mirent fin pour l'Éçypte à la succession des règnes glorieux dans la famille des Ptolémées. Les turbulences de la cour s'introduisirent dans la nation , privée de paix à l'extérieur, d'ordre et de bonne administration à l'intérieur. Les sources de la prospérité publique s'affaiblirent, et dès lors se formèrent, pour croître et grandir, ces germes de décadence qui mirent l'Égypte à la discrétion de l'ambition romaine.
Ptolémée Philopator attacha cependant son nom à quelques édifices publies : les plus méchants princes ne sont pas ceux qui s'abstiennent le plus des démonstrations de la piété envers les dieux. Philopator fit construire à Akhmin (l'ancienne Panopolis) un temple dédié à Ammon générateur, assimilé au dieu Pan dans les mythes secondaires. Philopator fit continuer aussi le temple de Dakkèh , en Nubie, commencé par le roi Ergamène, et dédié à Thoth , l'Hermès deux fois grand. Sous le rapport mythologique , ce monument offre un intérêt particulier par ses bas-reliefs où sont représentées les diverses transfigura tions de ce dieu , qui s'y voit en intime liaison avec sa propre forme primordiale, le dieu Har-ÏIat, le grand Hermès trismégiste, ou trois fois trèsgrand , et qui était la personnification ae la sagesse divine, l'esprit même de Dieu. Thoth, le second Thoth, ou l'Hermès deux fois grand , est lui-même la pensée ou la raison.
A Edfou, lieu où s'élève un des plus beaux édifices subsistant encore en Egypte , on voit aussi les preuves de ce une put faire pour les dieux le roi Philopator. La partie la plus ancienne
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des décorations du grand temple d'Edfou , l'intérieur du naos et le côté droit extérieur , sont du règne de ce roi ; le reste du temple est à ses succèsseurs. Philopator ne négligea pas non plus les édifices pharaoniques. Le Rhamesséum de Louqsor conserve les traces de quelques réparations qu'il y fit faire. Il y fit remplacer trois pierres d'une architrave et le chapiteau de la première colonne gauche du péristyle.
Une inscription en caractères hiéroglyphiques rappelle et constate ces travaux en ces termes : « Restauration de l'édifice , faite par le roi Ptolémée toujours vivant, chéri d'Isis et de Phtha , et par la dominatrice du monde, Arsinoé , dieux Philopators aimés par Amon-Ra, roi des dieux. »
Dans le petit temple, d'une conservation parfaite, qui se voit aujourd'hui derrière l'Aménophium de Thèbes, et qui est précédé d'un petit propvlon en grès, les souvenirs de Ptolémée Philopator ne sont point effacés. Le naos de ce temple est divisé en trois salles contiguës , qui forment trois véritables sanctuaires. Celui du milieu , ou le principal , entièrement sculpté , contient des tableaux d'offrandes à tous les dieux adorés dans le temple , aux deux triades, celle de Thèbes, Amon-Ra , Mouth et Chons , et celle d'Hermonthis , ville voisine , Mandou , Ritho son épouse, et leur fils Harphré, et principalement aux déesses Hathôr et Thméï , qui paraissent dans presque toutes les scènes. Ces deux divinités sont seules nommées dans la dédicace dusanctuaire; et cesdédicaces, inscrites sur la frise de droite et sur celle de gauche , ne portent que le nom de Ptolémée Philopator : on y lit, pour ce roi grec , toutes les parties du vieux protocole des Pharaons : « L'Horus , soutien de l'Égypte, celui qui a embelli les temples comme Thôth deux fois grand , le seigneur des Panégyries comme Phtha, le chef semblable au soleil, le germe des dieux fondateurs, l'éprouvé de Phtha , etc. ; le (ils du soleil, Ptolémée toujours vivant, bien aimé d'Isis, l'ami de son père (Philopator), a fait cette construction en
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l'honneur de sa mère Hathôr, la tutrice de l'Occident. »
Presque toutes les sculptures de ce premier sanctuaire remontent au règne de ce même roi qui s'y trouve figuré, accompagné de la reine Arsinoé , adorant les deux déesses : c'est à la déesse Hathôr qu'est plus particulièrement consacré le sanctuaire de droite, eteette puissante divinité y est représentée T sous des formes variées , recevant les hommages de Ptolémée Philopator.
Tels sont les témoignages de sa piété envers ces deux grandes divinités , Hathôr et Thméï, à cause du rôle que celle-ci jouait dans l'Amenthi ou enfer égyptien; la scène du jugement de l'âme devait se trouver dans son temple , comme elle y est en effet dans le sanctuaire de gauche : et c'est cette représentation qui avait, mal à propos, tait considérer ce temple comme un tombeau.
On trouve aussi la mention de Ptolémée Philopator sur un édifice au nord d'Esnèh , et sur une porte d'enceinte de l'édifice à gauche du grand temple de Karnac.
Le nom de la reine Arsinoé se lu aussi sur les monuments de Dakkch en Nubie, et d'Antéopolis en Kgypt<\
Les monuments nous ont encore conservé un autre fait remarquable , relatif à Ptolémée Philopator; ils nous induisent, en effet, à penser que ce prince porta aussi le surnom de Eupator. Ce surnom , dans le contrat de Ptolémaïs, dont le protocole est tout à fait analogue à celui du décret de Rosette, est donné à une reine Arsinoé , que son rang désigne comme la femme de Philopator. Il en résulterait qu'une inscription grecque de Paphos se rapporterait à ce même roi.
La pierre sur laquelle cette inscription est gravée faisait partie de la base d'une statue , ou bien était placée au-dessous d'un bas-relief; le texte complet de l'inscription porte : « La ville de Paphos honore par ce monument le roi Ptolemée, dieu Eupator, et le consacre a Vénus. » On voit, par celte interprétation que j'emprunte au savant ouvrage où M. Lctronnc a consigné tant de
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précieuses notions pour servir à l'histoire de l'Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains , que c*est la ville même de Paphos qui honora Ptolémée , qui le consacra à Vénus ; et c'était un usage , bien connu de l'antiquité, de déposer dans un temple et de dédier à la divinité la statue de celui qu'on voulait honorer.
Ainsi ce roi grec d'Égypte , Ptolémée , fidèle à la fois à la religion de sa patrie originelle et à celle du pays
3u'ii gouvernait , agréait la protection es dieux de la Grèce, pendant qu'il élevait sur les bords du Nil des temples aux dieux de l'Égypte, dont il invoquait aussi la bienveillance. La religion était profondément mêlée aux idées , aux institutions égyptiennes , et à un degré tel qu'il fut peut-être sans exemple et sans imitation dans les autres Etats de l'ancien monde. En Égypte , les gouvernements étrangers que la conquête y transporta turent dans l'obligation ou de pratiquer publiquement le culte national, comme le firent les Lagides , d'après les conseils et l'exemple d'Alexandre, ou de détruire les temples et la caste sacerdotale comme les Perses tentèrent de le faire d'abord , se courbant ensuite sous la loi commune à tous les rois étrangers à PÉgypte, comme le prouvent les monuments déjà cités , ou Darius et Xerxès sacrifient à Ammon et aux autres dieux du pays.
Ptolémée Évipnane , fils unique de Ptolémée Philopator, âgé seulement de cinq ans et demi , fut appelé au trône d'Égypte par l'ordre de succession en usage dans ce royaume. En faisant connaître la mort de Philopator, Agathocle annonça en même temps qu'il avait été nommé par lui tuteur du jeune roi ; à la faveur de cette supposition , et cherchant à se rendre l'armée favorable par le rétablissement de sa solde, il se livra de nouveau à toute la fougue de ses passions : son orgueil , ses exactions allaient croissant chaque jour, et le mécontentement général cherchait sur qui reposer ses vœux et ses espérances.
Pourquoi, dit Polybe, le roi Philopa-
tor ne porta-t-il pas l'attention jusqu'à prévoir ces malheurs ? Heureusement
f>our l'Égypte que l'ambition d'un tomme la délivra en partie du mal qui résultait de l'imprévoyance du roi.
Tlépolème , jaloux de la fortune d' Agathocle, excita, favorisa le soulèvement du peuple ; et , après trois jours des plus grands désordres , le jeune Épipnane, qu'Agathocle avait enfermé avec lui dans l'arsenal du palais , fut livré à la populace d'Alexandrie : elle le plaça sur un tribunal et lui fit prononcer la condamnation à mortd'Agathocle et de ses affidés. Sa soeur et sa mère devinrent aussi les victimes des fureurs populaires.
Tlépolème fut le successeur d'Agathocle dans la tutelle du jeune roi ; il était propre aux choses de la guerre, mais le plus inepte des hommes pour l'administration civile. Sosibe n'avait pas cessé d'être chargé des sceaux de l'État ou de l'anneau du roi : son fils, de retour d'une mission auprès de Philippe, roi de Macédoine, tacha d'exciter l'opinion contre Tlépolème. Mais celui-ci triompha de ses insinuations, et obtint en même temps que Sosibe lui remît l'anneau royal , ce qui plaça tout le gouvernement dans ses mains.
Tlépolème n'était pas né pour de si importants devoirs; et bientôt, dit encore Polybe, non-seulement il se perdit lui-même, mais encore il mit en péril l'existence de la monarchie.
On lui substitua pour tuteur du jeune roi ou régent du royaume , Aristomène , Acarnanien de naissance , l'un des anciens amis d'Agathocle, et qui vécut jusqu'après l'époque où cessa la minorité du roi , Épipnane lui ayant accordé longtemps encore beaucoup de confiance et beaucoup d'attachement, le respectant presqu'à l'égal d'un père. Anstomène régent fit mourir Scopas immédiatement avant le couronnement d'Épiphane.
Ainsi la minorité du jeune roi , qui dura huit années depuis la mort de Philopator jusqu'à l'époque de son couronnement, fut gouvernée par trois régents qui se succédèrent : Agathocle d'abord, ensuite Tlépolème, enfin
ÊGYPTE.
Aristomène qui , plus heureux que ses deux prédécesseurs , ne perdit pas la vie en cessant ses fonctions.
Pendant ce temps, Antiochus, roi de Syrie , fit, contre l'Égypte , de nouvelles entreprises.
Philopator ayant cessé de vivre , dit Justin , Antiochus , enhardi par la minorité du jeune roi d'Ëgypte , entreprit une nouvelle expédition contre ce royaume , et s'empara des villes de la Vhénicie et de celles de la Syrie qui étaient soumises aux Égyptiens.
Il paraît qu'ils n'avaient opposé qu'une inutile résistance aux troupes d' Antiochus jusqu'au moment où Scopas , mécontent de ce que les Ktoliens ne lui avaient pas continué la préture, arriva à Alexandrie , fit agréer ses services et repartit pour aller faire une levée de troupes chez les Étoliens mêmes. Agathocle ramena en Égypte, l'an 202, dans l'année suivante, six mille hommes qu'il avait levés dans l'Étolie.
Presqu'en même temps arriva la députation de Rome, où se trouvait M. Emil ius Lepidus, annonçant la défaite d'Annibal et ayant aussi pour but de s'assurer des dispositions de la cour d'Alexandrie à l'égard des entreprises que Rome méditait contre Philippe de Macédoine ; car on ne remerciait le jeune roi des services qu'il n'avait pas rendus, que pour s'assurer tous ceux que l'on pouvait en attendre.
L'été et l'automne de la même année 202 furent donnés aux dispositions nécessaires à la grande campagne qui était préparée contre Antiochus, et ce fut pendant l'hiver que Scopas se mit en marche. Scopas , en effet , prit aussitôt un grand nombre de villes de la Palestine et de la Célé-Syrie.
Mais Antiochus, pour réparer les pertes qu'il venait d'éprouver sur ce point , se hâta de renoncer à son entreprise contre Attalus, et au printemps suivant il reprit l'offensive envers Scopas , le rencontra bientôt sur les bords du Jourdain, lui livra ba* taille auprès de la ville de Pania , et le battit complètement. Antiochus passa
ce même hiver en Asie, attaqua en suite les possessions d' Attalus , y renonça bientôt sur l'invitation du sénat romain, et d'autant plus volontiers qu'il venait d'apprendre que Scopas avait profité de ce temps pour repren dre la Célé-Syrie.
Scopas se jeta dans Si don avec dix mille hommes , et Antiochus vint l'y .attaquer. Trois généraux et des troupes accoururent vainement d' Égypte pour le secourir : il capitula , à la seule condition de la vie sauve.
Antiochus , poursuivant ses succès , soumit les principales villes de la Syrie ; enfin , Samarie et Jérusalem. Si le témoignage de Josèphe est fidèle , Antiochus, maître de cette dernière ville, y publia un édit qui accordait quelques privilèges à ceux qui y faisaient leur résidence ou qui viendraient l'y fixer avant la fin de l'année. La Syrie fut réoccupée par Antiochus vers l'été de l'année 200 , et dès l'automne de cette même année, Antiochus avait repris toutes les villes de la Célé-Syrie et de la Palestine.
Ce roi , engagé dans d'autres entreprises contre Philippe et Rome, consentit à traiter avec les tuteurs du roi d'Égypte. Il promit sa fille Cléopâtre pour femme au jeune Ptolémée, et pour dot lui assigna les provinces même qui avaient été le sujet de la guerre terminée par ce traité. Saint Jérôme assure que ce mariage fut conclu dans la 7e année du règne d'Épiphane, c'est-à-dire dans l'année 190 avant l'ère chrétienne.
L'état malheureux de l'Egypte, attaquée au dedans par les vices d'une administration dévastatrice, et au dehors par un roi puissant, n'avait cependant pas entièrement détourné de leurs études et de leurs travaux les philosophes que l'école d'Alexandrie y avait rassemblés. Hipparque y continuait ses immortelles recherches sur les lois de l'univers , et inscrivait dans ses tablettes les faits astronomiques sur lesquels il devait établir ses théories. Il observait l'éclipsé de lune qui arriva le 22 septembre de l'an 201 avant l'ère vulgaire ; celle du 19 mars
suivant, qui appartiennent Tune et l'autre à la 5e année du règne d'Épinliane ; eniin celle du 12 septembre de l'an 200, qui arriva au milieu de la 6° année du règne de ce prince » avant le traité de paix conclu avec Antiochus.
Les malheurs de cette guerre et les désordres de la régence Savaient pas peu contribué à troubler l'intérieur du royaume. Épiphane cependant , ou ses tuteurs , avait cherche à combiner les effets de la elémence avec l'appareil militaire ; il avait accordé des amnisties , et placé aussi sur divers points du royaume des forces de terre et de mer qui devaient assurer la tranquillité générale. La ville de Lycopolis était devenue un foyer de rébellion ouverte; le jeune roi alla en faire le siège ; et , comme une crue extraordinaire du Nil pouvait en détruire les ouvrages , il lit fortifier les ouvertures des canaux pour en prévenir les effets; bientôt après il prit la ville de vive force et flt mettre a mort les chefs de la sédition. Cela se passa dans la 8e année de son règne, comme le dit textuellement le décret inscrit sur la pierre de Rosette , dont le texte entier a été déjà rapporté dans cet ouvrage (suprà, page 61).
Polybe ajoute que lorsque Ptolémée assiégea Lycopolis, les principaux habitants , frappés de terreur, se confièrent d'eux-mêmes à sa clémence, et qu'il n'en usa pas moins sévèrement à leur égard. Polybe ajoute ensuite : «Quelque chose de semblable ù ce qui s'était passé dans cette occasion arriva aussi lorsque Polycrate soumit les rebelles. » «Il restait encore des plus considérables, dit-il, Athinis, Pausiris, Chésouphos et Irobaste qui , cédant à la force des choses , vinrent à Sais se mettre d'euxmêmes entre les mains du roi ; mais Ptolémée, abjurant toute clémence, les Gt attacher nus à des chars , et s'en vengea en les faisant ainsi mourir. »
« Le roi , continue encore Polybe , s'étant rendu de Sais à Naucratis avec son armée , et Aristonicus lui amenant pour le secourir des troupes mercenaires de la Grèce, il descendit par eau à Alexandrie pour les y attendre ,
n'ayant rien appris de ce qui est de l'art de la guerre, à cause de l'injuste orgueil de Polycrate , et cependant il était alors âgé de 25 ans. »
Ce Polycrate avait reçu de Philopator, père d'Épiphane ,* le gouvernement de l'île de Chypre ; il avait été assez heureux dans ces temps de discordes pour conserver cette île au jeune roi et pour y amasser une somme considérable d'argentqu'il lui apporta, et il ne vint à Alexandrie qu'à I époque même de la sédition de Seopas, laquelle fut l'occasion du couronnement du jeune roi. Polycrate contribua beaucoup par lui et les siens à faire devancer la majorité d'Épiphane , ce qui fit qu'il acquit un très-grand crédit auprès au roi après son couronnement.
Cette sédition de Scopas éclata au sein même de la cour du roi toujours mineur. Ce chef insoumis tenait de secrètes conférences auxquelles assistaient ses nombreux amis. Aristomène, régent du royaume , l'accusa de conspiration, de désobéissance aux ordres du roi , et le fit mettre à mort. Dicacar que partagea la destinée de Scopas.
et les Étoliens furent licenciés. Le* écrivains de l'antiquité rapportent que le sort des Étoliens étant réglé , cem qui dirigeaient les affaires de l'État s'occupèrent du couronnement du roi, non pas qu'il eût atteint l'âge où il devait prendre la couronne , mais parce que Ton espéra que lorsque le roi gouvernerait par lui-même, Fétat des choses pourrait s'améliorer et l'administration publique avoir une plus sdre direction; en conséquence on lit le> préparatifs nécessaires pour que cette grande cérémonie eût heu avec toute la magnificence convenable. Le coin mencement de la 9e année du règne du jeune roi approchait , et le désir <fc profiter de cet anniversaire dut aussi contribuer à faire hâter l'exécution de ce projet.
Le roi fut couronné en effet le premier jour de la 0e année, lequel repondait au 27 mars de la 197* année avant l'ère chrétienne.
C'est à l'occasion de cette solcnnib tout à la fois civile et religieuse pour
ÉGYPTE
'Egypte, que. nous devons faire renarquer le nouvel usage introduit par e prince , imité quelquefois par ses successeurs , de prendre deux surnoms m lieu < r m h seul, comme l'avaient fait es rois ses ancêtres. On remarque , Ians l'inscription de Rosette, que le mot Épiphane, surnom de ce Ptolémée, y est toujours et immédiatement suivi àe l'adjectif Euehariste. On a pu roirc d'abord que ce dernier mot n'était que l'une aes épithètes honorifiques dont les prêtres de l'Egypte, auteurs de cette inscription , y ont environné le nom de ce roi , que renferme cette longue formule bien souvent répétée , le roi Ptolémée, toujours vivant (immortel), le bien-aimé de Phtha, dieu Épiphane, très - gracieux , et c'est ainsi qu'elle a été traduite par le savant commentateur de cette inscription , qui a donné au mot Euehariste le sens qu'il a généralement ailleurs.
Mais si Ton fait attention que ce mot , dans les six passages du décret où on le trouve , n'est jamais séparé de celui Épiphane, surnom du roi, que le reste de la formule au contraire est plus ou moins complet dans ces mêmes passages, que l'ordre des qualifications n'y est pas régulièrement le même, que les titres toujours vivant, le bienaimé de Phtha, s'y trouvent indifféremment après ou avant le nom Ptolémée* ou le titre de roi , on peut conclure de la constante réunion du mot Euehariste au mot Épiphane, que, dans t'i ntention des auteurs du décret, Je premier a un sens analogue à celui du second , et qu'ils forment ensemble le surnom royal que porta Ptolémée fils de Philopator. Cette opinion est fortifiée par cette autre considération , que le mot dieu précède toujours les s u r noms Épiphane-Euch arts te coin me
K)ur les consacrer, et l'inscription de osette, ainsi que toutes celles qui nous restent des autres Ptolémées, nous font voir que ce mot dieu n'y est employé que pour caractériser le surnom de ces princes, et de la même manière qu'il l'est ici. Enfin toute sorte de doute à ce sujet doit céder à l'autorité de l'inscription grecque tracée sur
la frisé du temple d'Anta?opolis , inscription où Ptolémée Philométor, fils de Ptolémée Épiphane, est désigné comme le fils de Ptolémée et de Cleopâtre y dieux Êpiphanes et Eucharistes. 11 est vrai que cette inscription a été restituée du temps des empereurs Antonin et Verus, qui firent réparer à la même époque l'entrée ou la toiture de ce même temple; mais, en plaçant avant leur nom celui du roi Philométor, les deux empereurs romains ne firent sans doute que respecter ce qui existait avant eux a cet égard. Philométor avait consacré le temple égyptien d'Antœopolis au dieu Antée; cette consécration fut constatée selon l'usage par une inscription ; des dégradations survenues dans cette partie du temple furent réparées par les ordres des empereurs Antonin et Verus ; ils voulurent aussi faire constater ces soins religieux, et ils placèrent leur nom à la suite de celui de Philométor : c'est ce que font assez voir la forme et le lieu de l'inscription d'Antœopolis. Elle justifie donc ce qui vient d'être dit sur les mots Épiphane-Euchariste , considérés comme les surnoms du roi fils de Philopator, de la même manière que l'inscription de Rosette justifie à son tour, sur ce point, l'inscription d'Antacopolis. L'une et l'autre servent à prouver que Ptolémée Épiphane donna le premier l'exemple de prendre deux surnoms , et qu'il porta ceux de Épiphane-Eucliariste. On verra qu'il fut imité par ses successeurs.
Délivré de sa tutelle par son couronnement, Épiphane, selon Diodore de Sicile, gouverna d'abord ses sujets de manière à mériter leur reconnaissance; mais bientôt corrompu par la flatterie et les désordres de la cour , on lui inspira une telle haine contre Aristomène qu'il avait dans les premiers temps nonoré comme un pere, qu'il le condamna à mourir par la ciguë.
Peu après le couronnement d'Epiphane , le temps arriva d'accomplir les conditions du traité fait en son nom avec Antiochus , et d'épouser sa fille Cléopâtre. Antiochus la fit venir à Ra-
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phia , et conduire en Égyptc où elle s'unit à Ptolémée. Il était alors dans la 19e année de son âge, vers le mois de janvier 192. Dès la même époque , Ptolémée reprit possession des provinces syriennes qu'Antiochus lui rendait comme dot de sa fille.
La politique du roi de Syrie demandait que l'Éeypte restât neutre dans ses différends avec Rome ; mais , dès que la guerre eut été déclarée , Ptolémée , sans égard pour ses liens de famille avec. Antiochus, envoya offrir au sénat romain des secours de tous genres contre le roi de Syrie , et cela se passa sous le consulat de M. Acilius Glabrio et P. Cornélius Scipio.
Le consul Acilius avait réuni ses troupes à Brindes pour le 15 du mois de mai suivant; et peu après, dans Tété de la même année, Antiochus fut complètement défait par Acilius aux Thermopyles, sa flotte prise ou détruite en même temps auprès d'Andros par Atilius , amiral romain, qui conduisit à Athènes les vaisseaux pris dans ce combat ; et cela arriva l été de Tan 191 avant l'ère vulgaire.
Après la défaite totale d' Antiochus, qui eut lieu à Magnésie Tannée suivante , Êpiphane , rassuré contre lui , s'occupa de renouveler les traités qui existaient avec les Athéniens. Bientôt après Antiochus cessa de vivre et laissa la couronne à son fils Séieucus Philopator, dans la 16e année du règne d'Épiphane.
Deux années après ou environ , Cléopâtre mit au monde un fils qu'on croit être celui dont parle l'historien Josèphe. A l'occasion de sa naissance, les villes de la Syrie envoyèrent des députés à Alexandrie pour complimenter le roi et lui offrir des présents. Si l'indication que l'on peut tirer du passage de Josèphe est exacte, la naissance du fils du roi se rapporterait à la 18* année de son règne.
A cette époque, et d'après le témoignage de Polybe, consigné dans un fragment précédemment cité, le royaume ne jouissait pas d'une paix profonde; une mauvaise administration et de trop fréquents abus de pou-
VERS
voir avaient lassé la patience de la nation ; plusieurs provinces avaient cesse d'obéir, et l'on en était venu à ce poim indiqué par Diodore , où le roi , devenant chaque jour plus cruel et plus absolu, avait attire sur lui toute la haine de son peuple et couru le risqm de perdre la couronne.
C'est ce qu'explique cet autre fragment de Polybe , déjà connu , qui bous apprend que, pour apaiser les insurrections, le roi tut contraint de mettrr une année aux ordres de Polycrate, de se rendre à Sais , ensuite à JN'aueratis. d'où il revint à Alexandrie pour recevoir les troupes mercenaires qu'amenait de la Grèce l'eunuque Aristonicuï qui , élevé à la cour du roi , lui fut Unjours très-dévoué. Ces insurrection furent apaisées la 25e année de l'âge du roi ., ce qui porte à la 20e de son regm
Êpiphane vécut encore quatre ans. eut un second fils de Cléopâtre , renou vela l'alliance avec les Acbéens,etii faisait des préparatifs secrets contre Séieucus, roi de Syrie, lorsque, sa cruauté et ses exactions ne laissant
t>Ius de sûreté pour personne , il devint a victime de ses propres fureurs et périt par le poison, à peine parvenu à la 29e année de son âge et à la 24e de son règne , à la fin de l'hiver de Tao 181 avant l'ère chrétienne.
C'est saint Jérôme qui nous apprend que ce roi mourut au milieu des préparatifs de guerre qu'il faisait contre Séieucus.
Malgré les effets, si ealamiteux pour l'Egypte , des désordres qui caractérisèrent profondément le règne de Ptolémée Epiphane, un nombre remarquable d'édifices publics furent construit; ou réparés : ils ont conservé jusqu e nos jours le nom et les souvenirs officiels d'Épiphane honorant attentivement les dieux , et affligeant en même temps son pays de tous les malheur>
3 u 'engendrent les mauvaises passions es princes.
A Esnèh, la porte, le fond de la cella et le portique du grand temple, métamorphosé aujourd'hui en magasin de coton, en sont la partie la plus ancienne ; eHe fut construite par l'ordre
ÉGYPTE
de Ptolémée Épiphane. A Edfou également , la partie la plus ancienne et la moins incorrecte en même temps parmi les sculptures de décoration du grand temple , est l'ouvraee du même roi. Le grand temple d'Ombos tut aussi commencé durant le même règne. A Phi tac , les sculptures du grand édifice consacré a Isis furent de même commencées sous Ptolémée Philadelphe, et continuées par Tordre d'Épiphane; elles portent tous les caractères de ce temps de décadence de Part. On voit aussi dans le même lieu, entre les deux pylônes de ce grand temple, et placés à droite et à gauche, d&ux beaux édifices d'un genre particulier. Celui de gauche est un temple périptère, dédié à la déesse Hathôr et à la délivrance d'Isis qui vient d'enfanter Horus; la plus ancienne partie de ce temple est aussi de Ptolémée Épiphane.
Ce fut aussi sous le règne de ce roi que fut faite la dédicace du petit temple élevé derrière l'AménoDhiondeThèbes.
Le pronaos de cet édifice est formé de deux colonnes et de deux piliers ornés de têtes symboliques de la déesse Hathôr, à laquelle ce temple fut consacré. Les tableaux qui couvrent le fût des colonnes représentent des offrandes faites à cette déesse et à sa seconde forme Thméï., ainsi qu'aux dieux Amon-Ra, Mandou, Tnmou (Esculape) , et plusieurs formes tertiaires de la déesse Hathôr, adorée par le roi Ptolémée Épiphane, nommé dans la dédicace du temple.
Cette dédicace consiste dans une grande inscription hiéroglyphique sculptée sur toute la longueur de la frise du pronaos ; cette formule dédicatoire est en deux parties affrontées, selon l'usage égyptien , méthode propre à l'écriture hiéroglyphique et à elle seule, les signes se rangeant indifféremment dans les deux directions opposées. La partie de droite de la dédicace porte ( lre ligne) : « Le roi dieu Épiphane , que Phtha- Thoré a éprouvé , image vivante d'Amon-Ra, le chéri des dieux et des déesses mères , le bien-aimé d'Amon- Ra , etc. , pour être vivifié à toujours. (2e ligne) : La divine sœur de Ptolé-
mée toujours vivant, dieu aimé de Phtha, chéri d'Amon-Ra, l'ami du bien... » (le reste est détruit.)
On lit sur la partie de gauche ( lre ligne) : « Le fils du soleil Ptolémée toujours vivant , dieu aimé de Phtha , chéri des dieux et des déesses mères , bien-aimé d'Hathor, a fait exécuter cet édifice en l'honneur de sa mère la tutrice de l'Occident , pour être vivifié à toujours. (2e ligne) : La royale épouse Cléopâtre, bien-aimée de Thméï, tutrice de l'Occident, a fait exécuter cet édifiée... • (le reste manque.)
Les bas-reliefs encore existants sur les parois de droite et de gauche du pronaos, ainsi que sur la façade du temple formant le fond de ce même pronaos , appartiennent tous au règne d'Épiphane , et tous se rapportent aux déesses Hathôr et Thméï, ainsi qu'aux grandes* divinités de Thèbes et d'Hermonthis. On voit aussi dans ce sanctuaire deux tableaux sculptés où figure l'image de Ptolémée Épiphane. Son nom se retrouve aussi à Karnac, à Dendéra ; à Phi lai il est qualifié de roi semblable au soleil , chéri des dieux , aimé d'Imouth , fils de Phtha , et approuvé par Phtha. Le monument de Fhilae porte aussi une inscription grecque au nom du roi et de la reine , annonçant la consécration du temple à Esculape. Une autre inscription grecque , relative à Ptolémée Épiphane , nous fait connaître d'autres particularités de son histoire ; elle est gravée sur une plinthe de basalte vert, et elle porte ce oui suit : «La-communauté des Lyciens honore par ce monument (un cippe ou une statue) Ptolémée, commandant des gardes du corps,
§rand veneur, fils de Ptolémée, un es premiers amis et grand veneur , à cause de sa vertu et du dévouement qu'il manifeste sans cesse envers le roi Ptolémée, la reine Cléopâtre sa sœur , dieux Épiphanes et Eucharistes , et leurs enfants , et envers la communauté des Lyciens.» On voit par là que la Lycie reçut de grands services de la part du roi d'Égypte , dont elle honore , par un monument public , un des principaux officiers. Cet officier porte le
L'UNIVERS
titre «le grand veneur , et l'on se rappelle , à ce sujet, que Polybc nous apprend que Ptolémee Épiphane fut un chasseur ardent et habile ; il voulut être représenté sur ses monnaies avec l'arme dont il se servait contre les bétes féroces.
Le lecteur a pu remarquer , au sujet des reines femmes des cinq premiers Ptolémées, qu'elles portèrent toutes l'un des trois noms de Bérénice , Arsinoé ou Cléopfltre, outre le nom patronymique de Ptolémée. On sait aussi que , dans les nomenclatures de la géographie ancienne de l'Orient, il se trouve un assez grand nombre de noms de lieux tirés de celui de la famille même ou de ceux de ces reines ; et il est naturel de penser que ces noms ont étédonnésà ces villes, fondées ou agrandies , dans l'intention d'honorer les personnages qui les portaient.
Ainsi le lieu nommé TheônSôterôn Portus, le port des dieux sauveurs, dans la troglodytique , paraît avoir reçu ce nom de Ptolomée Philadelphe pour honorer la mémoire de son père et de sa mère , surnommés les dieux sotères ou sauveurs.
Ptolémaïs , dans la même contrée , fut fondée par Tordre du même roi Philadelphe, et surnommée Épi - Theras, pour la chasse , à cause de la destination de ce lieu qui devait être le centre de la chasse aux éléphants , ordonnée par ce prince.
Il y eut aussi trois autres villes nommées Ptolémaïs, Tune située au sud de Panopolis, sur la rive gauche du Nil , et qui , avant , porta d'abord le nom égyptien de Psôi ; une autre dans la Cyrénaïtjue , dépendance de l'Égypte ; et la troisième en Syrie, célèbre dans l'histoire moderne sous le nom de Saint- Jean d'Acre.
Il y eut aussi quatre villes nommées du nom de Bérénice : celle qui était située sur le détroit par lequel le golfe Arabique communiquait avec la mer Erythrée , et qui fut surnommée Épi- Dera, du nom du promontoire de Déra, dont la ville était voisine. L'autre Bérénice, sur le golfe Arabique, était surnommée Panchrysos, toute
(Tory à cause des riches mines de ce métal qui existaient dans son voisinas*que les Ptolémées Grent exploiter.
La Bérénice de la Thébaîde était un port sur le golfe Arabique, à la même latitude que Syène ; elle fut fondée par Ptolémée Philadelphe , qui lui donna le nom de sa mère; ville iniDortam> où abordaient les marchandises de l'Arabie heureuse et celles de l'iode, transportées de là à Goptos. C'est aussi dans le voisinage de cette ville qu'existaient les riches mines d'émeraudes exploitées par les rois d'Egypte , et qu'a récemment cherchées, par l'ordre du vice-roi Méhémet-Ali, et heureusement retrouvées M. Cailliaud , qui 2 vu sur place les outils et les ustensiles employés dans les antiques exploitations.'La quatrième ville de Bérénice existait dans la Cyrénaïque.
Une province entière de l'Egypte le nome du Fayoum , porta le nom de la reine Arsinoé , et fut nommée nome Arsinoïte; la ville principale porta le nom d'Arsinoé. Une autre ville de ce nom était située au fond du golfe Héroopolite. C'est là que venait aboutir le canal des deux mers que Ptoléméf Philadelphe fit terminer, et il y fonda cette ville en l'honneur de l'une des deux reines qui portèrent ce nom Plus tard, cette ville, restaurée ou agrandie par la dernière Cléopâtre.
porta aussi le nom de Cléopâtris. Uoe autre Arsinoé était en Cyrénaïque sar la mer ; on donna ce nom à l'ancienne Tuchira; enfln l'île de Chypre eut aussi une ville du nom d'Arsinoé : 00 croit même que ce nom fut commun j plusieurs lieux de la même île , qui fut une des dépendances de l'Égypte , et le séjourhabituel, volontaire ou forcé, de plusieurs princes de la race des Lagides.
Nous avons dû rappeler ici ces souvenirs essentiellement historiques , qui se sont, pour la plupart, conservés sur les lieux jusqu'à nos jours, et qui d'ailleurs trouvent des analogies dans les annales des pays voisins de FÉeypte: ces septou huit villes d\4ntioche et les Séleucie, non moins nombreuses , prouvent aussi que la famille des Séleucides
EGYPTE