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glyphique , a été trouvée près de l'inscription grecque ; elle a ainsi mis à la disposition de la critique philologique un second texte hiéroglyphique se rapportant à un texte grec , et analogue en ceci au précieux texte de Rosette , l'un et l'autre contenant des noms propres absolument semblables : c'est ainsi que Champollion le jeune a pu vérifier, par l'inscription de Philac, les déductions qu'il avait tirées de l'inscription de Rosette, et l'alphabet des hiéroglyphes a été découvert. La stèle de Pnilae est en Angleterre ; l'inscription grecque s'y trouve aussi : ce sont deux conquêtes du plus haut intérêt pour ta science , et qui serviront longtemps à conserver le souvenir de quelques faits intéressants du règne de Ptolémée Évergète II.
Quand ce prince mourut , il laissa la couronne a Cléopâtre sa veuve , et à celui de ses deux fils qu'elle choisirait pour régner avec elle. La reine eût préféré le plus jeune des deux , qu'elle croyait plus dévoué à ses volontés; mais l'usage encore l'emporta , et les vœux publics avec lui placèrent le preinier-né sur le trône. Cléopâtre le rappela de l'île de Chypre où il commandait ; elle exigea de lui qu'il répudiât sa sœur Cléopâtre, à laquelle il était uni depuis quelques années, et qu'il épousât sou autre sœur nommée Sçlene. A ces conditions le fils aîné d'Evergète II monta sur le trône et prit le surnom de Sot&r II, vers l'an 1 17 avant Jésus-Christ. Mécontente de ce lils, la reine Cléopâtre excita contre lui la populace d'Alexandrie, le sépara de Sélène dont il avait deux enfants , le força de déposer la couronne , et la mit sur la tête de son second fils qui prit le surnom d'Alexandre. Celui-ci , épouvanté bientôt par les fureurs de sa mère , la quitta subitement et se retira à Chypre. Elle le rappela , en méditant le projet de s'en défaire ; mais son fils (a prévint en la faisant assassiner. Excité enfin par tant d'atrocités, le peuple d'Alexandrie chassa Alexandre du trône, et y rappela Soter II, qui avait assez respecte les liens du sang pour ne pas essayer de se réta-
blir dans ses droits au prix d une guerre contre sa mère et contre son frère.
Tel est le triste tableau des événements qui suivirent la mort de Ptolèmée Évergète II , et caractérisèrent le règne de ses successeurs immédiats durant trente-six ans , divisés en trois règnes successifs : Soter II , Alexandre Ier , et Soter II rappelé.
Soter II , à son avènement , fut contraint par sa mère de répudier sa femme Cléopâtre qui resta seule dans l'île de Chypre.
Alors les deux prétendants au trône de Syrie, Antiochus Grypus et Antiochus Cyzicenus , n'avaient pas encore terminé leurs sanglantes querelles. Le premier avait épousé Tryphène, fille de Ptolémée Évergète II , et sœur de Cléopâtre qui gouvernait à Chypre.
Celle-ci quitta bientôt cette île pour s'unir à Antiochus Cyzicenus , et lui porta pour dot une armée qu'elle avait levée et qu'elle conduisit en Syrie.
Chypre étant alors sans gouverneur par le départ de Cléopâtre , Ptolémée Alexandre s'y rendit: cela arriva la troisième année du règne de Soter II.
Le souvenir de Cléopâtre qui subit une si cruelle mort à Antioche, avait attaché Ptolémée Soter II aux intérêts d' Antiochus Cyzicenus dont Cléopâtre avait été si peu de temps l'épouse ; et dans la guerre intestine que cet Antiochus soutenait contre son frère , Ptolémée, malgré l'opposition de Cléopâtre sa mère , avait envoyé à Cyzicenus un secours de six mille hommes. Mais les sujets de ces rois n'étaient point dispensés d'être solidairement engagés dans ces calamiteuses controverses, et ils s'en trouvaient tout à la fois les défenseurs et les victimes. Les deux filles d'Évergète II s'étaient mutuellement égorgées dans l'intérêt de ces prétentions; Soter II protégeait Antiochus Cyzicenus : c'en fut assez pour que Cléopâtre la mère prêtât son assistance a Antiochus Grypus; elle lit davantage encore, et voulant à tout prix se débarrasser de l'active opposition de Soter II qui partageait le trône , elle lui supposa l'intention de la faire
mourir , souleva contre loi le peuple <r Alexandrie en lui montrant ses eunuques blessés à dessein , et le peuple crédule , se portant l'auxiliaire des fureurs de Cléopâtre contre Ptolémée Soter, obligea ce roi de chercher son salut dans la fuite. Il se retira a Chypre , d*où Ptolémée Alexandre fut rappelé pour s'asseoir sur le trône avec sa mère Cléopâtre , qui réalisa enfin par cet attentat l'un de ses vœux les plus chers. En même temps, et toujours en haine de ce Gis roi , elle sépara encore Cléopâtre Sélène de Soter son mari , quoiqu'elle eût déjà de lui deux enfants mâles, et la donna bientôt après à Antiochus Grvpus, le compétiteur d'Antiochus Cyzicenus que Soter protégeait.
Par cette criminelle intrigue, Soter fut donc chassé du trône, séparé de Sélène sa femme et de ses deux fils, et son premier règne finit alors. Sa durée fut de dix ans entiers.
L'année suivante commença avec l'été de Tan 108e avant l'ère vulgaire. Le second fils de Cléopâtre fut alors placé sur le trône , et prit le surnom il' Alexandre. Les premiers soins de Cléopâîre furent de poursuivre encore son autre fils Soter retiré à Chypre , sans que cette distance pût le délivrer des cruels effets de sa haine; et la guerre qui se ralluma plus active que jamais entre les deux Antiochus de Syrie, fournit à cette passion un nouvel aliment.
Soter avait constamment secondé de ses moyens et de ses vœux Antiochus Cyzicenus ; il quitta Chypre et se rendit en Syrie pour le soutenir contre Grypus ; mais Cléopâtre , aussi active dans sa haine que Soter pouvait l'être dans ses affections , craignit aussi les effets de l'alliance de Soter avec Cyzicenus qui aurait pu le seconder un jour pour remonter sur le trône d'Égypte ; elle voulut assurer de tous ses moyens le triomphe de leur ennemi commun , et l'y intéresser par une alliance. Elle fournit donc à Grypus de puissants secours en hommes et en argent , et lui fit épouser sa fille Sélène , qu'elle avait séparée de Soter II.
Néanmoins , Soter s'était rendu en Syrie appelé par les habitants de Plolemaïs assiégée par Alexandre Jan meus , roi des Juifs. Josèphe rapporte que les habitants de cette ville qui ne voulaient pas se soumettre à ce roi nouveau venu , ne pouvant pas attendre de secours des deux Antiochus de Syrie , occupés à vider leurs propres querelles par les armes, s'adressèrent.-) Ptolémée Lathurusqui , chassé du trône d'Egypte par sa mère Cléopâtre , était alors a Chypre.
Soter se rendit donc en Syrie avec trente mille hommes, vers le printemps de la 103e année avant Père vulgaire
En attendant , les habitants de Ptolémaïs , ne doutant pas que Cléopâtre d'Égypte ne vînt les attaquer parce que Soter venait les défendre , hésitèrent a recevoir les troupes de Ptolémée, refusèrent même son alliance. Mais les habitants de Gaza la recherchèrent aussitôt, et le roi des Juifs fut contraint d'abandonner son entreprise contre cette ville. Il feignit dès lors de désirer l'amitié de Ptolémée , tout en liant de secrètes intelligences avec Cléopâtre. Ptolémée , qui crut un moment à ses trompeuses assurances, les reieta bientôt après , entra dans la Judée, prit deux villes que Josèphe nomme Asochis de Galilée et Sempbo ris , délit complètement sur le Jourdain l'armée de Jannaeus , ravagea la Judée et occupa enfin Ptolémaïs et Gaza.
Il touchait aux frontières de l'Egypte : Cléopâtre s'en alarma , et en voya des corps nombreux de troupe* en Syrie et en Célé-Syrie , tandis que son fils Alexandre faisait une expédition maritime contre Ptolémaïs et la Phénicie. Soter se porta inopinément sur l'Égypte, d'où il fut repoussé et revint à Gaza, où il passa l'hiver. La même année il rentra à Chypre, et presque en même temps Cléopâtre, oui ne le voyait plus sur le chemin de T'Égypte , ramena son armée dans ses États , et y rappela celle de son fils Alexandre.
Peu d'années après, les fils d'Antiochus Grypus disputaient à Antiochus
Cyzicenus , leur oncle , la couronne de Syrie. Ptolémée Soter favorisa le quatrième fils de Grypus, Démétrius Eucserus ; il remmena de Gnide à Damas, et le proclama aussi roi de Syrie.
' Le respect que Ptolémée Soter ne cessa de témoigner à sa mère Cléopâtre, le portait à ne rien entreprendre contre l'Egypte, et il restait paisiblement à Chypre pendant que de nouvelles catastrophes se préparaient sourdement à Alexandrie. Le caractère entreprenant de Cléopâtre ne promettait pas une longue durée à son accord avec son fils Alexandre,, si des guerres étrangères cessaient un jour de l'occuper. Déjà la mésintelligence s'était ma* nifestée entre eux dans le temps que Soter faisait son expédition de Syrie en faveur de la ville de Ptolémaïs; car Alexandre , croyant avoir tout à redouter de l'ambition de sa mère, avait quitté Alexandrie et s'était réfugié à Chypre; mais leur danger commun les avait alors réunis de nouveau contre Soter , et cela dura autant que ce danger parut imminent. Bientôt après, Cléopâtre , qui fut surnommée Cocce , mécontente d'Alexandre, forma le projet de s'en défaire; elle pensait à l'exécutei . ïorsqu'Alexandre lui-même sut la prévenir , et la fit mettre à mort , dix-huit ans après l'association de Ptolémée Alexandre au trône d'Égynte.
Par l'assassinat de la reine sa mere j Alexandre resta seul maître de la couronne d'Égypte. C'est à lui que l'on doit attribuer l'enlèvement du cercueil d'or qui renfermait le corps d'Alexandre le Grand.
Strabon a conservé le souvenir de cette profanation. Il dit à ce sujet, que le corps d'Alexandre , ravi à Perdiccas par Ptolémée, fils de Lagusou Soter, qui le fit transporter et inhumer à Alexandrie , y était encore deson temps, mais non pas dans le même cercueil ; que ce cercueil était alors de verre , et que celui dans lequel .Soter avait fait placer le corps d'Alexandre était d'or ; qu'un Ptolémée fils de (Cléopâtre) Cocce , et surnommé Parisactus , qui venait de Syrie, l'avait enlevé., mais
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que , chassé bientôt après , cette proie lui avait été inutile.
La spoliation du tombeau d'Alexandre dut avoir lieu dans le court espace de temps pendant lequel Ptolémlc régna seul après avoir fait assassiner Cléopâtre sa mère, et dans la 19e et dernière année de son règne.
Car l'attentat d'Alexandre ne resta pas longtemps impuni. Bientôt après , voyant son crime découvert, Alexandre prit la fuite pour se soustraire à la fureur du peuple, et aussitôt les Alexandrins rappelèrent Ptolémée Soter.
Pendant que Soter reprenait le gouvernement des affaires publiques, et que le peuple témoignait la joie que lui causait son retour en lui donnant le surnom de Désiré, Alexandre s'était réfugié dans l'île de Cos. Peu d'années auparavant, et lorsque Soter, relégué à Chypre et faisant son expédition de Syrie , menaça un moment l'Égypte , Cléopâtre avait envoyé dans cette île la plus grande partie de ses trésors , son testament et la famille d'Alexandre , son fils. Celui-ci , après sa fuite d'Alexandrie , s'empara ne cette île et voulut faire servir les richesses qu'il v trouvait à se replacer sur le trône. Il tenta un débarquement à Alexandrie , mais il fut repoussé par Tyrrhus qui était du sang royal; sur mer, il tut battu par Chœréas * et il perdit la vie dans ce combat auquel sa famille ne survécut pas. Il avait eu plusieurs enfants de Cléopâtre, fille de son frère Soter; et un seul , bien jeune encore , qui avait été laissé à Cos, resta de cette catastrophe.
Les Thébains avaient refusé de reconnaître de nouveau Soter II , et ils se révoltèrent contre lui. Mais Soter qui les fit attaquer parvint à les ramener à l'obéissance dans la 3e année de leur rébellion , la 87e avant l'ère vulgaire, et la 31e de son règne total compté de son premjer avènement.
Thèbes fut ravagée , et ses monuments éprouvèrent dç grands dommages.
Mithridate était alors en guerre avec les Romains qui ne négligaient aucun moyen d'entrer enfin en possession de
L'UNIVERS
sout l'empire d'Alexandre. Ils oecu-
S aient une partie de la Cyrénaïque epuis que Ptolémée Appion , fils illégitime d'Évergète II , la leur avait léguée par son testament. Les habitants de cette contrée s'étaient révoltés eontre les Romains : Sylla , qui était dans la Grèce et qui assiégeait alors Athènes prise par Mithridate, chargea Lucullus d'aller ramener les Cyrénéens à Pobéissance.
Plutarque rapporte que Lucullus partit au milieu de l'hiver ; que durant la traversée sa flotte souffrit beaucoup de cette saison; qu'il arriva enfin a Cyrène, en réorganisa l'administra' t ion , et que s>tant de là rendu en fcgypte les pirates inquiétèrent encore sa marche. Parvenu à Alexandrie, il y fut reçu par Ptolémée d'une manière très-distinguée. Le roi fit pour lui ce «mi n'avait jamais été fait à la cour d'Aléxandrie pour aucun envoyé étranger. L'avant quittée après un court séjour, Lucullus fut comblé de présents , parmi lesquels se trouvait une bague ne prix ornée du portrait du roi.
Ce voisinage des armées romaines devenait de plus en plus funeste à l'ftgypte qui n'avait phis à craindre que cet ennemi. La fSyrie , presque tout l'Orient prenaient une nouvelle face, et la Grèce éprouvait déjà les terribles effets des armées romaines.
Elle avait eu avec les rois d'Egypte des relations dont elle consacra plusieurs fois le souvenir par des monuments publics : Athènes en particulier orna l'entrée du théâtre, ou FOdéon, des statues des Ptolémées ; et cette ville, reconnaissante des bienfaits nombreux qu'elle avait reçus de Soter II , lui érigea une statue en bronze, et une autre à sa fille Bérénice ; et l'on est porté à croire que le décret par lequel les Athéniens firent placer la statue de Soter II à l'entrée du théâtre, fut postérieur à sa mort.
Elle arriva après que Soter eut régné de nouveau pendant 7 ans et 6 mois , ce
3ui fait un total de 35 années et demie epuis la mort d'Évergète II , et porte la mort de ce roi à la 82e année avant l'ère vulgaire.
Les monuments du règne de Ptoléjnée Soter II , d'Alexandre Ier et de leur mère Cléopâtre , qui partagea louetemps avec eux l'autorité royale, ne sont pas fort nombreux. Les sculptures du propylon qui subsiste encore dans les ruines d'Apollinopolis-Pana représentent les adorations adressé* au dieu Aroêris par la reine Cléopâtre. qui fut surnommée Cocce 7 et par son fils Soter n ; ils prennent l'un et Faotre le surnom de Philométor. La face supérieure de ce même propylon et l'ouvrage de Ptolémée Alexandre F qui prend le même surnom. Une m cription grecque , tracée sur un de murs du temple d'Isis à Philœ , rap pelle un hommage religieux rendu s cette déesse par Ptolémée Alexandre On lit aussi sur le grand temple <P0bbos et sur le Mammisi du même lin ou petit temple , les noms de Cléopâtr? et de son fils aîné Soter II ; ces même* noms subsistent encore parmi les e> corations du mur d'enceinte du m du temple d'Edfou; Alexandre F' ?
est aussi désigné, ainsi que sa femm Bérénice. Soter II seul est rappé dans les tableaux du temple situé derrière l'Aménophium de Thèbes grand pylône de Médinet-Haboujî porte dont les faces sont couvertes* bas-reliefs religieux , représente de> sacrifices aux sept grandes divinité élémentaires et aux dieux des non* thébain et hermonthite : c'est Soter II qui préside à ces sacrifices, et qui (W ce majestueux édifiée , mais avec te débris d'édifices pharaoniques, mîî* par la fureur des Perses. Une inscription , sculptée sur une partie du mèir* édifice, s'exprimait en ces termes « Cette belle réparation a été faite f le roi seigneur du monde, le germe des dieux grands, cetai f Phtha a éprouvé, image vivante d A mon-Ra , le fils du soleil , le seigntf des diadèmes, Ptolémée toBjours vivant , le dieu aimé dlsis , le dieu sw veur , en l'honneur de son père Ame* Ra , qui lui a concédé les périodes* panégyries sur le trône d'Horus.^ voit, par ce texte contemporain» 1"' Ptolémée Soter II ne répugnait a »
ÊGYPTE.
cun des titres que consacrait l'ancienne religion de l'Égypte : la décadence de l'esprit national les prodiguait sans réserve à des rois de race étrangère.
Le nom de la reine Bérénice , femme de Ptolémée Alexandre Ier, s'est conservé sur les bas -reliefs du temple d'Edfou, auprès de celui du roi son mari ; et il n'est pas rare de reconnaître auprès des cartouches de ces quatre personnages les signes phonétiques hiéroglyphiques, exprimant le mot égyptien Tmaumal) traduction exacte au surnom de Philométors que portèrent les trois successeurs d'Évergète II, savoir : sa veuve Cléopâtre Cocce, et ses deux fils Soter II et Alexandre Ier.
Leurs dissensions et leurs crimes rein-
{)lirent l'Égypte de troubles et de caamités; l'autorité royale s'affaiblissait; l'antique et puissant empire des Pharaons périssait par l'effet des plus misérables désordres suscités par les plus misérables passions.
A la mort de Soter II, toute la famille royale était réduite à une fille de ce roi , héritière légitime de la couronne , et au fils d'Alexandre Ier : ce fils avait été laissé très-jeune dans l'île de Cos , et survivait seul à son père , * à sa mère et à leurs autres enfants morts dans le combat naval qu'Alexan- 1 dre avait soutenu contre l'Égyptien Chaeréas. Il restait aussi deux fils et une autre fille, tous trois enfants illégitimes de Soter II, et qui cependant furent placés par la suite sur le trône d'Egypte.
Bérénice succéda immédiatement à son père , et son règne commença dès l'instant de la mort de Soter II. Par là les destinées de l'empire égyptien ,
» va déjà subissaient l'ambitieuse inuence de Rome , se trouvaient commises à une femme.
Le jeune fils d'Alexandre Tr était encore à Cos lorsque Mithridate s'en empara. Le roi de Pont s'intéressa au jeune prince , le mit sous sa tutelle et ordonna que son éducation fût faite d'une manière convenable à sa naissance. A s'appropria en même temps et envoya dans son royaume une grande partie des richesses que Cléopâtre, veu ved' Évergète II et grand'mère
du jeune prince , avait accumulées daus cette île. Peu de temps après , SyHa ayant reçu du sénat le gouvernement de l'Asie , se trouva cliargé delà guerre contre Mithridate qui la ravageait. Il s'y rendit, et le jeune Alexandre fuyant Mithridate chercha dans le chei romain un nouveau protecteur: Sylla s'empressa de l'accueillir , et il l'avait emmené à Rome après la fin de la uerre. Dès qu'il y apprit que la mort e Soter II laissait la couronne d'Égypte à une femme , il protégea ouvertement le jeune Alexandre et entreprit de le placer sur le trône. Alexandre se rendit en Égypte , et , pour prévenir les dissensions que sa présence et ses projets pouvaient faire naître, il épousa Bérénice et fut ainsi associé à la souveraine puissance; mais bientôt, pressé d'en jouir seul , il assassina Bérénice à laquelle il devait la couronne , dix-neuf jours seulement après être devenu époux et roi.
Le règne d'Alexandre II , dans l'état où se trouvait l'Égypte, ne pouvait être illustré par aucun événement mémorable ; au dedans , les intrigues et les ambitions de la cour épouvantaient les peuples, et les cruautés qui en étaient la suite préparaient pour l'histoire d'horribles souvenirs. Au dehors, l'Égypte , comme cernée par les forces romaines qui occupaient la Syrie, la Grèce, la Libye et Cyrène, voyait se rétrécir de plus en plus le cercle de son ancienne puissance , et, refoulée sur elle-même par ces Romains qui l'honoraient de leur fatale amitié, elle semblait ne pouvoir plus exister que sous leur protection. Au nom de Rome , Sylla lui avait donné un roi qu'elle ne cessa de repousser de tous ses vœux et de poursuivre de toute sa haine. Cette haine s'exhala, plus active encore, lorsque peu de temps après être monté sur le trône le roi perdit le protecteur qui l'y avait placé , et cela arriva vers la fin de la troisième année de son règne. Appien rapporte que Sylla , quoique dictateur, accepta le consulat de Tannée d'après celle où il avait placé Alexandre sur le trône d'Égypte; que dans Tannée suivante , s'étant dépouillé
l/UMYERS.
de ce titre imposant , il se retira à la campagne et qu'il y mourut dans les premiers temps de ses successeurs M. jEmilius Lepidus et Q. Lutatius Cntulus , élus au mois de janvier de l'an 78 avant l'ère vulgaire. Dans Tannée même du second consulat de Sylla , Ptolémée Alexandre avait obtenu à Rome les titres d'ami et d'allié du peuple romain, qui le protégeaient en Egypte.
Mais la mort du dictateur encouragea en quelque sorte la résistance des Alexandrins aux volonlés du roi qu'ils refusaient de reconnaître, même de respecter , quoiqu'il ne négligeât aucun moyen de se" rendre agréable à son peuple : il célébrait avec une grande magnificence toutes les fêtes dès longlemps consacrées par la religion des Égyptiens , et de préférence peut-être à celles du culte macédonien.
Mais ces soins religieux ne faisaient pas oublier aux Égyptiens le meurtre de la reine. Il paraît même que ce crime ne fut pas le seul que l'on put justement reprocher à Alexandre. L'nisloire l'a peint comme cruel, et a expliqué par la férocité de son caractère l'insurrection du peuple et de l'armée, lui le chassa du trône et d'Alexandrie.
Il se réfugia par mer à Tyr, et il pensait à réclamer du sénat de Rome les secours que le titre d'allié lui permettait d'espérer, lorsque, surpris par une grave maladie , et n'ayant point de successeur direct, il mourut après4 an règne de 8 années complètes, et légua par un testament le royaume d'Egypte au peuple romain. Cicéron , dans son discours sur la loi agraire , contre Servilius Rullus, rappelle à ce sujet qu'il est assez public qu'Alexandre fit un testament en faveur du peuple romain , et que le sénat donna a cet acte quelque sorte d'autorité, lorsqu'après la mort de ce roi , il envoya plusieurs personnes à Tyr avec la mission d'y recueillir Fargent qu'Alexandre y avait déposé.
Vers ce même temps arrivaient à Rome deux princes syriens, fils de Cléopâtre Sélènc, tille de Ptolémée Évergète II , et femme de Ptolémée
Soter II , qui 'demandaient le trône d'Égypte ; Ptolémée Denys ou Aulétes y allait aussi pour se faire reconnaître roi par le sénat romain ; enfin , on faisait: au sénat la proposition de se pré valoir du testament d'Alexandre II, le prince qui lui succédait n'étant pas fils légitime de l'un de ses rois , w qui ne |>eut s'entendre que de Ptolémée Denys succédant à Alexandre enfin , le sénat refusait de donner suite à ce testament quant à l'Egypte, alio de s'épargner le reproche qu'on pour rait lui faire de convoiter tous In rovaumes , ceux de Cyrène et de Btthynie venant d'être reunis à l'empire.
Mais les Alexandrins avaient reconnu pour leur roi Ptolémée surnommé Drnvs ou Bacchus , enfant illégitime de Soter II.
Le peuple romain était devenu l?r bitre suprême des dissensions des rw> et c'est devant lui que les fils de Seleix allèrent plaider eux-mêmes leur propre cause ; mais le roi élu par les Alexandrins y fit aussi défendre la sienne
Dans le quatrième discours contre Verrès , Cicéron indique le voyage** princes syriens à Rome comme un lait récent. Ils y passèrent près de don années , et l'un d'eux , en retournant en Syrie , Voulut voir la Sicile ou i trouva le préteur C. Verrès qui lui extorqua , par la ruse et la violence, entn autres meubles précieux, un 0»
labre enrichi de pierreries.
Le sénat n'accueillit pas la ré*»
tion des princes de Syrie; il ne lep»it pas, et Cicéron dit aussi que ce fut i cause des circonstances où se trou»'alors la république : vraisernW* ment la guerre contre Mitnridati.
contre Sertorius , et celle des es** qui troublaient l'Italie.
Ptolémée Denys, appelé au troi* par les Alexandrins, et ne pou"r, ignorer les tentatives des princes * Syrie à Rome , y faisait aussi soHic^ pour être reconnu par le sénat; il ne l'était pas encore à lepoq»
même où Cicéron accusait Verres, m 71 avant l'ère chrétienne.
D'ailleurs, entre la tfemande »
princes svriens et celle de PtoWiw
EGYPTE
Denys , se plaçait encore l'opinion de ceux qui proposaient d'adhérer au testament d'Alexandre II, et de réunir l'Kgypte à l'empire. Moins occupée au dehors et plus tranquille au dedans, Rouie n'aurait pas ajourné d'un demisiècle cette riche acquisition. Ceux qui soutenaient la validité du testament d'Alexandre II, disaient qu'elle avait été reconnue lorsqu'on avait envoyé prendre à Tyr les trésors de ce roi ; que , de plus , son successeur n'était point de la famille royale : tel était lavis formel du sénateur L. Philippus.
Les troubles qui agitèrent le règne u' Alexnndrc ne lui permirent pas d'en écrire les souvenirs sur les monuments publics : le nom de ce roi ne subsiste, du moins évidemment, sur aucun édifice d'origine égyptienne.
Toutefois, quelques critiques ont cru le reconnaître parmi les bas-reliefs du temple d'Edfou. Enfin , les monuments grecs connus gardent un complet silence sur ce prince cruel qui vécut d'ailleurs dans des temps mauvais pour l'Egypte.
A Ptolémée Alexandre succéda Ptolémée, surnommé nouveau Bacclius (ou Denys), (ils de Ptolémée Sotcr et frère de l'infortunée Cléopâtre, fille et héritière de Soter II, que Pausanias, avec plus déraison, appelle Bérénice, d'accord avec les médailles de cette princesse.
Ptolémée, nouveau Bacclius ou Denys, fut aussi surnommé Nothus à cause de sa naissance, étant fils non légitime de Soter II.
A défaut d'autres descendants de leurs. rois, les Alexandrins l'appelèrent au trône d'Éçypte. Ils donnèrent en meme temps a son frère puîné le gouvernement de l'île de Chypre , dont un usage constant de la monarchie avait fait l'apanage des frères ou des fils des rois d'Égypte.
Strabon place ce Ptolémée Dcnys au nombre des plus méchants rois. Il lui reproche, entre autres défauts, sa pas sion pour la fldtc, qui le portait jusqu'à oublier la majesté royale pour soutenir devant sa cour des combats sur cet instrument cl y disputer le prix à des
musiciens de profession : ce tut la l'occasion et le motif du surnom d\/wlétès qui lui fut donné.
Mais Rome qui, on. pourrait dire, avait transporte tous ses intérêts en Orient , ne cessait de s'occuper de l'Egypte, et le testament au second Alexandre en était toujours le nouveau prétexte. Diverses tentatives pour la rendre tributaire furent faites dans le séuat, et l'une des plus actives fut celle du censeur M. Crassus. Heureusement pour Ptolémée, M. Crassus trouva une aussi forte résistance dans la modération de son collègue Lutatius Catulus, et l'asservissement de l'tëgyptc fut ajourné.
Eu même temps dans la mémo année et sous le même consulat, Jules César, étantédile, secondaitde toute son autorité les propositions de M. Crassus contre Ptolémée, en faisant faire auprès du peuple romain les mêmes teutatives que M. Crassus faisait per sonncllcmeni dans la sénat,
Jules César soutenait la validité du testament d'Alexandre II, et il lit demander par les tribuns uu plébiscite qui lui conférât le gouvernement de lÉgypte, se fondant sur ce que les Alexandrins avaient chassé leur roi, qui était l'ami et l'allié du peuple romain. Mais les tentatives de César auprès du peuple, comme celles de M. Crassus auprès du sénat, n'eurent aucun succès, et bientôt après César protégea lui-même de tout son crédit le roi qu'il voulait alors dépouiller.
Ces tentatives du censeur M. Crassus et de Jules César, édile , remontent à l'année 6G avant l'ère vulgaire,, à la 8e et à la 9' du règne de Ptolémée Denys.
Deux années après et sous le conT sulat de Cicéron, Ptolémée courut de nouveau le danger d'être dépouillé dç ses États, la loi agraire proposée par Rullus comprenant implicitement I I gypte parmi les possessions romaines
Sue cette loi devait livrer à l'arbitraire es décemvirs; mais l'éloquence de Cicéron sauva Rome et l'Égypte de cette calamité: c'était la 11" année du. règne de Dcnys.
Dans le même temps , Pompée commandait en Asie, et, après avoir défait complètement Mithridate, il se rendit en Syrie et marcha sur Jérusalem, dont il s'empara. Pompée attaqua ensuite et prit aussi quelques autres villes de la Syrie, et toucha pour ainsi dire aux frontières de PÉgynte, dont le roi fia i envoya plusieurs députés chargés de lui offrir des présenta et des secours, beaucoup a'areent, ét ce qui était nécessaire pour habiller son armée. 1 '
Pompée s'abstint toutefois d'entrer en Égypte; il résista même aux sollicitations du roi , qui réclamait son assistance contre les insurrections aux-
S elles sou royaurne était en proie ; car germes de lia rébellion existaient toujours , et le peuple , qui avait plusieurs fois témoigné son mécontentement au sujèt des taxes extraordinaires que le roi employait à payer ses défenseurs et ses agents à Rome , était resté constant dans sa haine et dans son opposition. On doit remarquer aussi que les discussions hostiles gui avaient lieu dans le sénat à Rome , et qui chaque jour menaçaient de nouveau l'indépendance de l'Égypte, ne contribuaient pas peu sans doute à maintenir cet état si déplorable , et ordinairement s! fécond en malheurs pour les princes et pour les peuples.
Diodore de Sicile visita l'Égypte dans ces mêmes temps, et, quoiqu'il né parle pas des troubles qui l'agitaient alors, ils n'en sont pas moins certains, puisque bientôt après le roi en éprouva les cruels effets.
1 II faisait solliciter depuis longtemps , à prix d'argent, les titres d'ami et allié du peuple romain, èt par tous les moyens qui pouvaient le conduire à les obtenir, espérant les opposer avec fruit à la malveillance de ses sujets.
Le consulat de Jules César lui fut très - favorable. Ses deux envoyés, l)ioscoride et Sérapion , réussirent auprès du consul. Le roi d'Égypte fut enfin honoré pai> le peuple romain de èe titre d'allié qui lurfut conféré par une loi et par un sénatus-consulte.
Dàns Tannée suivante , P. Clodius
Pulcher, après avoir fait exiler Cicéron. fit porter la loi qui réunissait Pile de Chypre à l'empire romain. Celui qui la gouvernait , Ptolémée, frère du roi d'Egypte , tenta sans succès de résister a cette invasion ; obligé de céder a la puissance de Rome , il ne voulut pas survivre à la perte de son apanage, et il se donna la mort. La même loi par laquelle Rome s'emparait de Ile de Chypre en donna l'administration à Caton. Il fut chargé en même temp de ramener les exilés de Byzaoce Mais , peu empressé de remplir Fini portante mission qui lui était malgrr lui déférée , Caton envoya d'abord Ci nidius à Chypre, charge de déterminer Ptolémée à céder l'île sans combat, <k lui persuader qu'il pouvait y consentir sans ignominie, lui promettant de te faire conférer par le peuple le titre df prêtre de la déesse à Papnos. Caton h rendit ensuite à Rhodes , et v attendu l'issue de la négociation de 'Canidius Ptolémée Denys l'y trouva enew lorsque , ayant quitté Alexandrie, ils décida à se rendre à Rome ; car b Alexandrins , fatigués de ses exaction; qu'il employait à payer un crédit illusoire qui n'avait pu prévenir l'envahis sèment de Chypre depuis longtemps l'un des apanages des princes de la famille royale , firent éclater leur mécontentement ; et le roi , ne pouvant lescontenir par la force, voulut se soustraira par la fuite aux effets redoutables ■ cette insurrection. Il partit pour Rome
se plaignit de l'insulte qu'il avait re eue, et demanda que le consul Spin ther fût chargé de le ramener dans ses États. Ptolémée comptait alors la IC année de son règne.
Il sollicita longtemps à Rome cem qu'il considérait comme ses amis, par ticulièrement César et Pômpée. Il répandait: aussi beaucoup d'argent; »ffl empruntait de tous ceux qui voulaient se conOer à ses espérances, entre autres de C. Rabirius Posthumus, dont Cicéron voulut plus tard faire reconnaître la créance.
Pendant que Ptolémée cherchait de* protecteurs, les Alexandrins, ignora"' le parti qu'il avait pris et le croyant
ÉGÏPTE.
mort, reconnurent pour reines sas deuxfilles Cléopâtre ou Tryphène, et Bérénice. Elles régnèrent ensemble une année , et , après la mort de Tryphène , Bérénice régna seule deux années encore. Les Alexandrins appelèrent en même temps de la Syrie un certain Cybiosactès qui prétendait descendre de ses rois , et qui était un des fils d'Antiochus Grypus. Ce prince syrien, fils d'Antiochus Grypus, fut associé comme roi à la reine Bérénice par le peuple d'Alexandrie ; mais il ne jouit pas longtemps de sa fortune , car Bérénice F étrangla bientôt après, à cause de la sordide avarice qui le dominait, épousa plus tard Archélaûs, compagnon de Gabinius en Syrie , qui se donna pour le (ils de Mithridate F.upator, et qui régnait encore en Egypte au retour de Ptolémée Aulétes.
Quoique informée du voyage de son père à Rome , Bérénice ne songea pas a lui rendre volontairement la couronne ; elle envoya au sénat une députatiou qui fut composée de cent
Sersonnes , dirigée par Dion , chargée 'accuser le roi devant le peuple ou le séuat , et de défendre les Alexandrins contre ses insinuations , s'il y en avait qui leur fussent contraires. Mais le nombre des envoyés n'assura pas mieux le succès de cette ambassade :
la plus grande partie de ces députés fut assassinée dans la route ou à Rome même par les soins de Ptolémée; le reste fut gagné à force d'argent , ou frappé de terreur. Dion n'osa pas comparaître devant le sénat, qui voulait obtenir de lui des renseignements exacts sur ces assassinats dont M. Favooius demandait instamment la punition:
enfin Dion lui-même périt bientôtaprès victime des mêmes intrigues. Tel fut à Rome l'état des choses tant que Ptolémée y demeura.
La rivalité qui existait alors entre les principaux personnages de la république , était peu favorable à un prompt accomplissement des vœux de Ptolémée. La protection publique de Pompée lui conciliait des suffrages , mais lui créait aussi des oppositions dans le
sénat. Ou déaida de consulter les livre* des Sibylles, et l'on y lot cette Réponse non équivoque : « Si un roi d'K- « gypte , dans le malheur, vient un jour • vous demander des secours, ne lui « refusez pas votre alliance , mais ne « lui accordez point de soldats. » Les partisans de Ptolémée rendirent publique la réponse de l'oracle; le tribun C. Caton força les prêtres de la communiquer au peuple avant que le sénat l'eût permis; elle fut l'objet de diverses interprétations, et Ptolémée erut satisfaire à ce qu'elle ordonnait en demandant qu'il fût ramené par Pompée .
suivi seulement de deux licteurs. Mais le sénat qui craignait d'accroître , par cette importante mission , l' influence de Pompée, s'occupa plutôt de l'en détourner, et le chargea de l'introduction des blés à Rome. Pompée partit aussitôt pour l'Afrique , et Ptolémée, désespère par cette subite résolution , se rendit à Éphèse , pour y attendre les décisions du sénat. Pendant ce temps, Cicéron avait été rappelé de son exil après une absence de seize mois.
Dès les premiers jours de Tannée suivante, P. Cornélius Lentulus Spinther, en sortant du consulat , ayant été nommé proconsul en Ciiicie où était encore Gabinius , ,le sénat s'occupa de nouveau du roi d'Égypte.
En quittant Rome, Ptolémée Denys y avait laissé Ammoniusqui cherchait publiquement des suffrages qu'il pdt acheter. Mais ceux qui favorisaient faiblement les vceux du roi d'Égypte, ceux surtout qui lui étaient opposés , hésitaient à prendre un parti , affectant un grand respect pour les conseils de l'oracle. Au contraire, Cicéron et ses amis soutenaient avec chaleur que le roi devait être rétabli sur son trône ; et, bien convaincus qu'il n'était possible d'y réussir que par l'assistance de l'armée , ils cherchaient les moyens de concilier les défenses des dieux avec cette nécessité. On lit encore dans Cicéron le subtil accommodement qu'il proposait pour que l'armée de Cornélius Spintner, proconsul en Ciiicie, put être employée au rétablissement
de Ptolémée sans pour cela offenser l'oracle , comme si , dans les choses divines , ainsi que trop souvent peutêtre dans les intérêts humains, la bonté de la forme pouvait sauver l'immoralité du fond : aussi , et par suite du même système d'interprétations, lorsque Gabinius , qui replaça Ptolémée sur le trône de vive, force et après avoir livré bataille aux Égyptiens , fut accusé de sacrilège devant le peuple romain , Pompée , César et leurs aflidés voulurent-ils faire décider que la .Sibylle avait entendu parler pour d'autres temps et d'un autre roi que de Ptolemée Denys.
Cicéron mettait un intérêt particulier à ce que la mission de réintégrer Ptolémée Denys fût confiée à Cornélius Spinther. Il prononça pour ce -roi un discours qui ne nous est point parvenu , et qui dut contribuer au succès de la cause qu'il défendait. Le sénat enfin prit une de ces résolutions si communes dans les discussions où des partis opposés, mais également puissants, s'attaquent et se défendent avec une pareille activité : il consentit que Ptolémée fut replacé sur son trône; et , après avoir exprimé cette seule volonté, il s'en remit au proconsul de Cilicie pour son exécution , sans lui en prescrire aucunement le mode. Ainsi le sénat, qui ne disait pas d'y employer l'armée, ne devenait pas sacrilège si Lentulus Spinther s'en servait : il s'abstint même de rendre un sénatusconsulte , et se contenta de faire connaître son avis à Lentulus par une simple lettre. Cicéron écrivit aussi au proconsul ; il lui conseille de conduire d'abord le roi à Ptolémaïs ou dans quelque autre lieu voisin , de se rendre ensuite avec sa Hotte et l'armée à Alexandrie , et, après y avoir ramené l'ordre et placé une garnison , d'y rappeler le roi : « Ce sera donc vous , ajoute-t-il, oui rétablirez le roi , ainsi que le sénat la d'abord voulu; et comme il arrivera sans troupes , les religieux observateurs des ordres de la Sibylle seront satisfaits Votre voisinage de l'Egypte vous permet d'ailleurs bien mieux qu'à nous de juger de ce qu il
convient de faire. Notre avis serait cependant que s'il vous paraît que vous pouvez facilement occuper ce royaume, il ne faut pas hésiter: s'il?
a le moindre doute , il ne faut pas l'entreprendre. »
Quelque incertaine que fut à cet égard la volonté du sénat , quelque po sitive qu'eût été sa décision pour qu'il n'y fût point employé de troupes, Pompée, alors consul , n'hésita pas de prendre sur lui d'en décider autre ment. Il engagea le roi à partir et a se rendre auprès de Gabinius, commandant en Syrie : en même temps il écrivit à celui-ci de ramener le roi sur le trône à la tête de son armée, et* ne s'arrêter ni aux ordres du sénat ni aux défenses de la Sibylle. Ptoleuw fit distribuer beaucoup d'argent ata soldats , en promit encore davantage paya la coopération de Gabinius, et l'expédition fut entreprise. Gabinius confia la Syrie à l'inexpérience de soc fils jeune encore , et partit avec son armée. Il arriva devant Péluse dont les Juifs lui facilitèrent l'occupation et , secondé par le courage d'Antoine qui commandait la cavalerie , par a modération même, car Antoine s'opposa aux vengeances de Ptoléinee rentré à Péluse , Gabinius fut simultané ment le maître de l'Égypte par terre et par mer, ayant, pendant que a Hotte côtoyait le Nil et en maîtrisait les embouchures , mis en fuite l'arnire égyptienne qui s'opposait à sa marche Archélaûs, le mari de Bérénice s avait été placée sur le trône depuis le départ de Ptolémée , fut tué dans ce combat ; et le roi signala sa réintégra tion en faisant mourir sa fille qui avait usurpé la couronne , et les plus riche* des partisans qui l'avaient secondée afin de payer les siens aux dépens <k leur fortune. Ceci se passait l'an avant l'ère vulgaire , et la 19* du rèçw de Ptolémée Denys , qui fut ainsi ékw gné du trône pendant plus de deux ans entiers.
L'histoire n'a conserve le sourai" d'aueun événement remarquable qu' appartienne au reste du règne de Ptolémée Denys : trop lent pour rien e"
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t reprendre au dehors , son caractère Rome hâtèrent à l'envi l'époque de son
sombre et l'expérience que l'on avait asservissement,
faite de son gouvernement , ne per- Ptolémée Denys , qui avait vu sa fin
mettaient d'espérer de lui aucune ac- s'approcher, imita l'exemple de quel-
tion digne de louange ; il se vengea de ques - uns de ses prédécesseurs , et fit
ceux qui avaient abandonné son parti , un testament par lequel il régla pour
sans récompenser ceux qui lui étaient ses enfants l'ordre de la succession au
restés fidèles; il ne reconnut même trône. Il en laissait quatre de vivants ,
pas les services qu'il avait reçus , et deux filles , Ciéopâtre et Arsinoé , et
porta l'oubli de la justice jusqu'à re- deux fils, tous deux plus jeunes qu'elles,
fuser à G. Rabin us le payement des L'aîné de ceux-ci et Ciéopâtre la plus
sommes considérables qu il lui avait âgée des deux filles, furent institués
empruntées pendant son exil. Gabi- héritiers de la couronne , et les deux
nius, qui l'avait replacé sur le trône, autres à leur défout. L'exécution de
n'était pas plus heureux : traduit deux ces volontés royales était recomman-
fois devant les tribunaux suprêmes dée à la foi et à l'amitié du peuple ro-
pour avoir outrepassé les ordres du main. On les respecta d'abord ; mats
sénat, il fut acquitté d'abord et puis des dissensions domestiques les firent
condamné à l'exil : on ne se souvenait bientôt oublier, et les vingt-deux an-
dc Ptolémée que par le malheur de nées pendant lesquelles l'empire égyp-
J'avoir connu. tien subsista encore , furent partagées
Il mou ru. t trois années après son ré- en plusieurs règnes successifs, tablissement sur le trône, et la 21* de Le fils atné du roi mort et sa fille son règne compté depuis la fin du atnée Ciéopâtre montèrent paisiblerègne 6?A1 exandre II. Son nom ne sub- ment sur le trône. L'usage voulait que siste sur aucun monument du style la minorité du jeune roi fût confiée égyptien; maisdes inscriptions grecques aux soins d'un tuteur, et l'eunuque le rappellent , et nous font connaître Pothinus fut choisi. Mais Ciéopâtre, qu'avec le surnom de nouveau Denys , qui avait sur son frère l'avantage d'être ce roi porta aussi ceux de Philopator majeure , devait exercer dans l'admis et de Philadelphe. nistration de l'État une influence que Ceci est prouvé par l'inscription son caractère , au défaut d'autre prégrecque que j'ai publiée en 1819, et texte, rendait inévitable. Elle prit le qui s exprime ainsi : « Au nom du roi titre de reine aussitôt après la mort Ptolémée, dieu, nouveau Bacchus, de son père ; et , comme sur ce trône Philopator et Philadelphe, et de ses où elle résista pendant vingt-deux anenfants , l'hommage religieux à notre nées à tant de catastrophes , elle ne vit maîtresse Isis et aux dieux adorés que passagèrement s'asseoir avec elle dans le même temple , a fait Théodote , le premier-né de ses frères et ensuite le fils d'Agésiphon , achéen de la ville de second ; comme elle sauva ce trône de Patrae. » Cette inscription se lit, écrite l'ambition de César, qu'elle le fit resà l'encre rouge , sur le socle en granit pecter par Antoine , et du inoins ne de l'un des deux obélisques de Philsc, survécut pas à sa perte sous Auguste, et sur le propylon du temple d'Isis du c'est à elle seule que l'histoire donne même lieu ; le même roi et le même les vingt-deux dernières années des hommage à la déesse sont rappelés Lagides, ne nommant en quelque dans deux autres épigraphes tracées sorte les deux rois ses frères que pour sur le même temple. Il y a loin de ces nous apprendre que, même étant rois , mesquins actes d'adoration aux grandes ils moururent sans régner, et magnifiques constructions qui rap- Déjà l'Égypte était tellement ra pellent encore tant de glorieux règnes mainc, que l'histoire des événements en Égypte : celui de Ptolémée Denys qui se passèrent pendant ce dernier fut l'avant-deroier de l'Égypte indé- période de son existence politique, l'inpendante ; ses enfants et l'ambition de téressc on pourrait dire moins que
L'UNIVERS
Rome même. César et Pompée avaient rompu ouvertement, et disputaient, avec les troupes de la république, à qui des deux le sort des combats laisserait le droit de l'asservir. Cléopâtre et le jeune Ptolémée ne se trouvèrent pas, dès leur avènement, sous le joug de la puissance romaine. Pendant les deux premières années , ils en furent assez libres pour laisser éclater entre eux ces dissensious intestines qui, depuis quelques générations, signalaient en Egypte chaque nouveau règne.
Ptolémée parvint a sa majorité, et ceux qui jusque-là n'avaient été que ses tuteurs voulant être ses maîtres , ils ne négligèrent aucun moyen de diviser le frère et la sœur. Il parait même que le caractère altier de Cléopâtre, ambitieuse de porter seule la couronne, seconda puissamment leurs secrètes menées. Le peuple d'Alexandrie fut encore appelé comme auxiliaire, et , croyant s être associé aux voeux du roi , il ne le fut qu'aux intrigues de ses tuteurs. Cléopâtre fut chassée du trône et contrainte de fuir en Syrie ; elle n'y resta pas oisive, et, impatiente de ressaisir un pouvoir qu'elle ne voulait pas même partager, elle rassembla des troupes , se créa des partisans et lit des dispositions pour attaquer avec succès le roi son frère.
Il s'était rendu à Péluse avec son armée pour observer Cléopâtre et s'op
du mont Casius , au jour même où il avait joui des honneurs du triomphe pour sa victoire sur Mithridate et sur les Pirates.
A peu de jours de là , César poursui vant Pompée qui n'existait déjà plus, arriva en Égypte ; et , quoiqu'il n'eût à ses ordres que 3,200 hommes, il n'hésita pas à entrer dans Alexandrie.
Il évoqua aussitôt à son tribunal , en sa qualité de consul romain et au nom du peuple exécuteur testamentaire des volontés de Ptolémée Denys , les dif férends qui divisaient les deux enfant* successeurs de ce roi. L'eunuque Pothinus qui ne voulait pas voir Cléopâtn
Sartager le trône d'Egypte , déguisant 'ailleurs sa propre ambition sous les apparences d un extrême dévouement à son roi , exagérait à dessein ce qu'il trouvait d'inconvenant et d'offensant pour la majesté royale dans les prétentions de Jules César; en même temps il faisait avancer Ach il las à la téte de l'armée égyptienne contre Alexandrie.
César cependant communiquait par ses envoyés avec le jeune roi qui se livra à lui , et la guerre que ses anciens tuteurs soutenaient encore pre nait dès Jors un caractère de sédition qui laissa César plus libre de la cou primer. Il y parvint difficilement , quoi qu'il eût appelé de l'Asie , et des le voisines , ue nouveaux corps de troupe et quelques galères. En lui résistant
poser a ses tentatives. Le grand Pom- la population de la basse Egypte croyait
pée fuyait alors des champs de Pbarsale où la fortune avait si cruellement trahi ses espérances. Il croyait trouver auprès de Ptolémée les secours auxquels lui donnait tant dedroits l'active protection qu'il avaitaccordée au pèredu jeune roi, ramené par lui sur son, trône.
Pompée arriva sur les côtes d' Égypte, et se fit annoncer au roi qui reçut trèsbien ses envoyés. 11 les chargea de coh- (1 u ire auprès de lui des personnes qui n'hésitèrent pas à tremper leurs mains dans le sang de ce grand homme : elles l 'égorgèrent dans Ta barque même qui devait le conduire sur une terre hospitalière. Pompée n'eut pas la consolation de la toucher, et il mourut sous ies coups de ces traîtres à la hauteur
défendre les droits de son roi outrage par la présence de l'armée romaine; et bientôt voulant unir la ruse à Tappareil de la force, les Égyptiens promirent de se soumettre si César laissait au jeune Ptolémée la liberté de se réunir a eux. César ne s'y opposa pas et Ptolémée ne le quitta , malgré ses promesses, que pour exciter davantage le parti des tuteurs à la résistance Sur ces entrefaites, Mithridate de Pergarae arriva de la Syrie où il avait levt un grand nombre de soldats , attaqw et prit Péluse , et , pendant que le ro! se hâtait de s'opposer à sa marche sur Alexandrie, César partait de cette ville pour la faciliter. Une grande action se trouva engagée entre les deux partis
EGYPTE
ennemis ; les armées égyptiennes furent mises en fuite, et le jeune roi lui-même périt dans le Nil.
Ces événements retinrent César en Égypte pendant neuf mois ; ils étaient accomplis au mois de mars de Tan 48 avant l'ère vulgaire. Alors mourut, après un règne de moins de quatre années , le jeune Ptolémée qui porta comme son père le surnom de Denys.
Après sa mort, son frère fut mis sur le trône par l'ordre de César. On raconte en efret que Jules César, maître d'Alexandrie et de l'Égypte , au lieu de s'en emparer au nom du peuple romain, s empressa d'exécuter le testament du roi , père de Cléopâtre, qu'il appela Ptotémée le jeune , 1 unit à cette reine et les plaça sur le trône pour régner ensemble. Bientôt après il quitta PÉgypte , n'emmenant avec lui qu'une seule légion , et y laissant le reste de son armée en garnison.
Quoique son frère et son mari, disent les auteurs anciens , dût partager le pouvoir royal, Cléopâtre, néanmoins , forte de la protection de Jules César, gouvernait par elle seule. Peu de temps après son second mariage, elle mit au monde un fils qui fut nommé Césarion, comme pour perpétuer le scandale de son origine. Il est vrai que les honneurs que César rendait à Cleopâtre , même a Rome , devaient naturellement exciter de plus en plus son orgueil et la rendre nère de ses torts. César, en effet, t'associait en quelque sorte au culte de la divinité ; et , lorsqu'au jour de ses quatre triomphes , Cléopâtre étant alors à Rome avec le jeune Ptolémée son mari , César consacra un temple à Vénus génératrice , il fit placer une statue de Cléopâtre à côté de celle de la déesse ( l'an 47).
Dans la même année de son règne , Cléopâtre faisait frapper des monnaies qui portaient son image , son nom et le chiffre 6 qui en marquait l'époque; mais rien n'y rappelle le roi qui, partageait le trône avec elle: peut-être n'était-il pas encore majeur ni couronné; du moins l'histoire nous le laisse ignorer. Elle nous apprend que ee jeune prince mourut victime de l'in-
vincible ambition de Cléopâtre qui s'en débarrassa par de criminelles menées, dans la 8e année de son règne.
Maîtresse alors du trône , sans partage et sans opposition, Cléopâtre voyait ainsi s'accomplir ses vœux les plus ardents. Ce succès lui coûta des fautes et peut-être des crimes; mais seule enfin , et comme si son caractère avait dû suffire aux grands événements gui se préparaient, elle ne fut pas effrayée de son isolement. Ce fut comme femme et non comme reine qu'elle espéra résister à la puissance de Rome, et l'on peut dire que la monarchie égyptienne n'aurait pas péri , si cette monarchie avait pu être sauvée par un grand roi. Géopâtre avait un fils qu'elle aimait et pour lui et pour son père.
Il porta , jeune encore , le titre de roi des rois; cependant il ne régna jamais et mourut sans honneurs.
L'Égypte n'était plus qu'un camp romain : les légions y étaient comme en pleine campagne , et servaient successivement aux entreprises dont les dissensions civiles portaient le théâtre en Syrie ou dans d'autres contrées voisines de l'Égypte. Octave , Antoine et Lépide se réunirent pour convenir du mémorable triumvirat que Publius Titius leur fit conférer par une loi. Ils se partagèrent le gouvernement de toutes les provinces , à l'exception de celles que Bru tus et Cassius occupaient encore, et qu'ils défendaient par la force des armes contre les triumvirs même qui les firent attaquer. Dolabella , attaché au parti d'Antoine, chargea Albienus de prendre en Egypte les légions que Jules César y avait laissées, et de se rendre de là en Syrie ; mais Cassius l'y surprit et le força de se reunir à lui. Dolabella s'avançait vers l'Ionie, poussant vers l'Orient. Cassius voulut , mais sans succès , s'opposer à sa marche ; il fut battu sur les côtes de Syrie , et , pour réparer ses pertes, il exigea de nouveaux secours des îles , des pays voisins, et même de Cléopâtre. Cette reine favorisait Dolabella comme ancien ami de Jules César; elle avait une flotte nombreuse prête à partir pour le seconder : elle s'ex-
L'UNIVERS
cusa donc de son refus auprès de Cas- »ius sur les calamités qui ravageaient l'Égypte, alors en proie à la peste et à la famine. Cassius agréa ces motifs, et , plus heureux dans un second combat qu'il ne l'avait été dans le premier, il battit Dolabella sur mer, prit ses légions et la ville de Laodicée où il s'était établi. Cassius se disposait même à marcher sur l'Égypte , lorsqu'il fut instruit que Octave et Antoine , avec une flotte considérable, s'avançaient contre lui. Il dut préférer de se rendre en Macédoine pour combiner avec Brutus l'emploi de leurs communs efforts, rendus nécessaires par leurs périls communs. En attendant , Cléopâtre envoyait sa flotte pour seconder Antoine et Octave; Cassius qui l'apprit à Rhodes plaçait Murcus en station à la hauteur du promontoire de Ténare; mais cette précaution fut inutile , une tempête ayant dispersé et presque entièrement détruit la flotte de Cléopâtre. Après diverses expéditions partielles , les troupes des deux partis se réunirent dans les plaines de Philippes , où se livra la bataille qui assura la victoire au triumvirat et décida du sort de la république. Cela arriva pendant le consulat de L. Munatius Plancus et - M. iEmilius Lepidus II, l'an 42 avant l'ère vulgaire, dans la IIe année du règne de Cléopâtre.
En même temps, les triumvirs, reconnaissants des secours que Cléopâtre avait donnés à Dolabella contre Cassius , consentirent que son jeune fils , Ptolémée Césarion , |K>rtût le titre de roi d'Egypte.
Après la victoire de Philippes cl la mort de Brutus , Octave retourna en Italie ; Antoine se rendit en Asie , resta quelque temps à Éphèse , passa de là en Phrygie , en Cappadoec , et s'arrêta dans la Cilicie.
Cléopâtre s'y rendit pour répondre aux accusations dont elle était le sujet. Elle rappela au triumvir ce qu'elle avait fait pour Dolabella, ce qu'elle avait refusé aux ordres de Cassius qui le combattait; elle parla aussi de la flotte qu'elle avait envoyée à Octave malgré te station de Murais : mais Antoine
donna moins d'attention à la defeiw de la reine qu'aux cliarroes dont elle était douée ; et , cédant à leur puis sance , il ne put résister à aucune éc ses volontés. Elle partit triomphante; et aussitôt Antoine , après avoir envoyé un corps de cavalerie sur Pal myre,. distribua le reste de l'armée dans les quartiers , Laissa le commandaient de l'Asie à. Plancus,. celui de la Syrie à Saxa, et se rendit lui-même enr.gypte pour y passer l'hiver (Tan 41).
Pendant qu'Antoine oubliait auprà de Cléopâtre et Rome et 1'ttalie, H vie sa femme crut voir dans le renouvellement des dissensions civiles m moyen assuré de le ramener auprès d'elle.
Antoine avait reçu en Egypte les envoyés des colonies , et il les avait retenus auprès de lui soit à cause de l'hiw soit afin que ses desseins fusseut pto ignorés. Dès les premiers jours dw printemps il quitta l'Égypte,. se rendit a Tyr, ensuite à Athènes où il reno* tra Fulvie qu'il n'hésita pas à blâmer, ainsi que son frère Lucius , et Maniu> surtout; il laissa Fulvie malade à Si cyone, et, après sa mort survenue peu de mois après, il épousa Octavie sœur d'Octave , et ce mariage terrain; leurs dissensions. Après ces eveo?
ments , Antoine distribua ses légtoe en Illyrie, en Épire, en Afrique, <■ passa l'hiver à Athènes avec Octsw sa nouvelle épouse. Ce fut celui d* Tan 40 avant I ère vulgaire.
L'histoire n'a conservé le souvenu d'aucun événement relatif à l'f&'pi' pendant cette première absence d'.ln toine, si ce n est l'arrivée auprès d: Cléopâtre de Hérode , fils d'Antipatf.
qui se rendit à Rome et fut recoM roi des Juifs par les soins et sous ' protection d'Antoine.
La paix entre Octave , Sext. Ponif*7 et Antoine, n'avait duré que peu A temps : dès la fin de l'hiver Antoio' se rendit à Tarentc pour seconder (V lave qui ne s'y trouva pas, et qu'ayant continue seul la guerre malheureusement , fut obligé de soft citer de nouveau le concours d'Anloii*
ÉGYPTE
Celui-ci ne le refusa pas et employa même Octavie à ramener vers lui Octave qui lui témoignait peu de bienveillance.
Le triumvirat fut renouvelé pour cinq autres années , et les guerres ne discontinuèrent pas. L'Égypte ne ces* sait pas d'être le centre de ses opéralions militaires; et, comme l'influence toujours croissante de Cléopâtre dirigea tous les desseins du triumvir An* toine , c'est leur accomplissement qui fournit les faits et les époques des dernières années de la monarchie égyptienne ; mais ces dernières pages de l'histoire politique d'un grand empire ne sont plus que la fin des aventures d'une femme passionnée.
Antoine fit la guerre en Arménie sans obtenir de succès bien marqués :
l'hiver l'y surprit , et, se proposant de continuer la campagne à l'entrée du printemps, il plaça ses troupes dans des cantonnements, leur distribut l'argent que Cléopâtre lui envoya , et se rendit aussitôt après en Egypte ( l'hiver de l'an 38>. Antoine lit ensuite la paix avec le roi des Mèdes ; et , considérant cette alliance comme très-favorable à ses projets sur l'Arménie, il tenta d'abord d'en attirer le roi en Égypte par des propositions amicales. Elles furent suspectes , conséquemment sans succès, et Antoine rentra en campagne , annonçant une seconde guerre contre les Parthes. Il avait déjà quitté TÉgypte lorsqu'il y fut ramené par la nouvelle de la prochaine arrivée d'Octavie qui venait de Rome se réunir à lui II réussit à la faire demeurer à Athènes , et passa le reste de l'année en Égypte , occupé à réunir les moyens les plus faciles et les plus certains pour s'assurer la conquête de l'Arménie.
Dès le printemps de l'année suivante, Antoine quitta TÉgypte et se rendit à Nicopolis. Sous de spécieux prétextes, il y attira le roi Artabaze, le chargea de chaînes qui furent faites d'argent par respect pour la majesté royale, s empara du reste de l'Arménie par la persuasion ou par les armes ; et , laissant ses légions dans ce royaume,
il retourna en Égypte avec un butin immense, emmenant prisonniers le roi d'Arménie, sa femme et ses enfants qu'il Gt marcher devant lui , avec d'autres captifs , lors de son entrée triomphante à Alexandrie. Antoine les fit aussi comparaître devant Cléopâtre assise sur un tribunal en présence du peuple ; il proclama ensuite cette femme reine des rois , et son fils Césarion roi des rois, soutenant qu'il était le (ils légitime de Jules César, moins peutêtre pour relever sa naissance que pour désobliger Octave qui n'était que son (ils adoptif. En même temps il confirma Cléopâtre et Césarion dans la possession de TÉgypte et de Chypre, donnant aux enfants qu'il avait eus de la reine le reste de ses conquêtes, c'est-à-dire tout le pays jusqu'à TEuphrate à son fils Ptolemee , à sa tille. Cléopâtre la Cyrénaïque , et à l'autre Ptolemée, leur frère, T Arménie et les contrées au delà de TEuphrate jusqu'à TIndus, lorsqu'elles seraient conquises.
Cette année, la 16e de son règne, fut, pour Cléopâtre, la plus mémorable de sa vie. Antoine avait soumis l'Arménie et plusieurs autres contrées de l'Orient ; il était en paix avec Octave et avec Rome ; son union avec Cléopâtre devenait de jour en jour plus intime ; des fêtes brillantes et la pompe d'un triomphe militaire, à l'exemple de ceux qui étaient en usage à Rome , donnaient à Alexandrie un éclat jusou'alors inconnu ; toutes les passions étaient exaltées par la victoire; et Cléopâtre , que ne satisfaisaient plus les hommages qu'elle recevait comme reine , voulut être honorée comme une divinité. Elle prit en public le nom avec les attributs d'Isis , et sur la monnaie qu'on fit à cette occasion , le titre de nouvelle déesse; Antoine même y laissa inscrire son nom à côté de celui de cette princesse, faisant douter par là s'il était roi d'Égypte ou triumvir de la république romaine.
Antoine alors semblait n'avoir plus rien à conquérir en Orient, ou du moins ne plus s'en occuper. Entièrement subjugué par Cléopâtre, il ne
L'UNIVERS
pouvait se résoudre à là quitter; et, s'il fût contraint d'entreprendre de nouvelles campagnes , il obtenait d'être accompagné par la reine , de sorte que l'appareil et le luxe qui y présidaient en faisaient plutôt des voyages d'agrément que des expéditions militaires.
Livré a toutes les jouissances des cours dans une contrée où l'Afrique et l'Asie étalaient alors toutes leurs séductions , Antoine ne se souvenait plus de Rome qui , pour lui , était toute dans Alexandrie. Mais sa femme Octavie, délaissée et vivant , depuis son second retour d'Athènes , dans une profonde retraite , ne cessait toutefois d'accueillir avec distinction et de seconder de son crédit auprès d'Octave ceux qui , de l'Egypte, venaient à Rome pour les affaires publiques ou pour leurs intérêts privés ; elte résista même à de secrètes insinuations d'Octave, repoussant avec une vertueuse fermeté l'idée de consentir que , pour les intérêts d'une femme , les Romains tournassent encore leurs armes contre des Romains.
Octave cherchait des prétextes pour accuser Antoine ; son ambition souffrait de l'existence de cet heureux compétiteur. Antoine le savait, il se défendait par ses lettres ou par ses amis.
Un certain temps se passa dans ces réciproques explications , souvent portées devant le sénat même , mais sans espoir d'accommodement, car Octave et Antoine prévoyant également une guerre prochaine s'y préparaient en secret.
Pour la faire avec plus de succès , Antoine quitta l'Égynte, se rendit dans l'Asie Mineure, et ae là en Grèce. Il s'arrêta d'abord à Éphèse et vint ensuite à Samos qu'il indiqua pour rendez-vous de guerre à tous ses alliés.
Il y appela aussi des musiciens et des histrions , y passa quelque temps dans tes plaisirs , et arriva enfin à Athènes où il prit part, avec Cléopâtre qui ne l'avait pas quitté, à tous les jeux olympiques célébrés cette même année , la 33e avant l'ère vulgaire.
Antoine , comblé d'honneurs par les Athéniens , donnait aux préparatifs de
la guerre tout le temps que les jeux et les fêtes lui laissaient de libre. Enfin, déguisant moins ses vues hostiles à l'égard d'Octave et de tout ce qui lui appartenait, il envoya quelqu'un à Rome chargé de faire sortir de sa maison sa femme et ses enfants.
Antoine fit demander aussi que le sénat voulût, confirmer tout ce qu'il avait fait en Egypte; il espérait y réussir au moyen de ses intimes relations avec Cn. Domitius Ahenobarbus et C. Sossius qui lui étaient très-défoué, et qui parvinrent au consulat dès le mois de janvier suivant (l'an 32).
Dès le commencement de ce mois.
Sossius engagea publiquement cette mémorable discussion en demandant on édit contre Octave ; mais Octatese défendit devant le sénat , accusa hautement Sossius et Antoine , et assigna un jour pour soutenir devant eux «s accusations. Effrayés par ce premier résultat , les consuls avec plusieurs sénateurs sortirent secrètement de Rom et se rendirent auprès d'Antoine. Octave continua de l'accuser devant k sénat et devant le peuple; il parvint même à le rendre odieux en lai supposant le projet de transférer le siège k l'empire romain en Egypte , et à le faire priver du consulat pour lequel il était désigné pour la troisième fois- Enfin , sans faire proclamer Àntoifc l'ennemi du nom romain , Octave réussit à faire déclarer la guerre à Oéopâtre, bien certain par là d'obfetf Antoine à la quitter ou à combattre pour elle contre Rome qui ne décidait rien contre lut.
On fit toutes les cérémonies rw gieuses usitées dans ces circonstances; Octave lui-même remplit les fonction; de flamine fée i al ; on leva beaucoup d'argent et beaucoup d'hommes. Tous les alliés , toutes les provinces, l'Italie la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, la Sar daigne, la Sicile, durent fourniriez contingent au parti d'Octave, tandis que celui d'Antoine était défendu par F Asie, la Thrace, la Macédoine, »
Grèce entière, Cyrène et l'Egypte,»
îles voisines , les princes et les rou qui , en Orient , étaient aussi les allie?
ÉGYPTE
des Romains : il en chercha pour lui , avec île l'argent , jusque dans l'Italie.
Ces immenses préparâtes occupaient entièrement les deux chefs et ceux qui s'étaient associés à leur fortune. An* toine , qui avait emmené les flottes et les légions de l'Orient, qui disposait des trésors et des soldats de Cléopâtre , était prêt à commencer la guerre, tandis qu'Octave en était réduit à craindre (fen venir aux mains dans Tété de cette même année. La lenteur d'Antoine servit efficacement Octave, et ce ne fut que vers la Ûn de l'automne qu'Antoine se décida à tenter nne incursion dans l'Italie. Arrivé à Corcyre, on lui dit que des vaisseaux d'Octave avaient paru à la hauteur des monts Cérauniens : ce n'était qu'une flottille d'observation, mais Antoine la prit pour les forées navales d'Auguste réunies , il se rendit dans le Péloponèse, et passa l'hiver à Patrae.
Au printemps suivant, les dispositions militaires devinrent plus actives.
Octave réunit sa flotte à Tarente et à Brindes. Il fit proposer à Antoine de venir combattre en Italie , et Antoine , à son tour, lui indiqua les champs de Pharsale , même un combat singulier.
En attendant, il courait la mer Ionienne et réunissait toutes ses forces à Actium. Octave s'y rendit ; la bataille s'engagea , et , lorsque le sort en était encore incertain , on vit tout à coup Cléopâtre se retirer du combat, emmener ses soixante vaisseaux et se porter , par un vent favorable , vers le Péloponèse. Antoine , cédant à sa passion plutôt qu'aux forces d'Octave, ne put voir partir Cléopâtre sans la suivre, et il abandonna à son rival une victoire que ses amis , sa flotte et son armée disputaient encore après qu'il les eut aussi ignominieusement quittés.
Tel fut le résultat de la bataille d' Actium, livrée le 2 septembre de l'an 31 avant l'ère vulgaire , la 22* année du règne de Cléopâtre.
Antoine et la reine se retirèrent d'abord dans le Péloponèse. Divisés par la catastrophe .qu'ils venaient de subir, Cléopâtre se rendit seule en Egypte, déguisant sa défaite par des
chants de victoire. Antoine fit donner à PinariusScarpus, commandant l'armée d'Afrique, des ordres que ce chef refusa d'exécuter, et ce contre-temps l'engagea de se rendre en Égvpte ou, de concert avec Cléopâtre, il fit de uouveatix préparatifs de guerre sur terre et sur mer, sollicitant encore une fois le concours de leurs alliés.
Octave , après la victoire d'Actium , vit l'armée d'Antoine passer sous ses drapeaux; il put ainsi, n'ayant plus de résistance à craindre, s'emparer de la Macédoine et s'occuper de régler les affaires de la Grèce. Après avoir assisté à Athènes à la célébration des mystères, il passa dans l'Asie, observant les démarches ultérieures d'Antoine. Mais bientôt rappelé par des troubles survenus en Italie, Octave s'y rendit au milieu de l'hiver.
La présence d'Octave rétablit l'ordre à Home : trente jours après son arrivée en Italie il en repartit, et fut de retour en Asie avant même qu'Antoine et Cléopâtre eussent été informés de son départ.
Les préparatifs se continuaient de part et d'autre avec une égale ardeur.
Cléopâtre et Antoine firent proposer la paix a Octave, et tentèrent de corrompre son armée avec de l'argent. En même temps Cléopâtre envoyait secrètement son sceptre et sa couronne à Octave; elle sollicitait sa bienveillance, et Octave la lui promettait à la condition de se défaire d'Antoine. Il renvoyait à celui-ci ses premiers députés sans réponse; il recevait avec le même dédain une seconde et une troisième ambassade, rerasant de répondre à Antoine et renouvelant ses secrètes promesses à Cléopâtre, sous les mêmes conditions. Il envoya même à la reine l'affranchi Thyrsus, pour la décider à ce qu'il souhaitait , et lui persuader même qu'il était tout épris de sa beauté.
Les événements se hâtaient : Antoine marcha sur Panetonium pour y prendre de gré ou de force l'armée que Cornélius Gallus y commandait. A croyait trouver des amwj : mais il fut reçu et traité en ennemi , et il éprouva
L'UNIVERS
plusieurs échecs sur terre comme sur mer. En attendant, Octave s'emparait de Péluse, soit faute d'avoir été suffisamment défendue, soit que Cléopûtre, confiante dans les assertions de ïhvrsus, facilitât les succès d'Octave.
En vain, accourant de Paraetonium, Antoine voulut couvrir Alexandrie ; Octave prit cette ville le 1er du mois d'août, et Antoine vaincu chercha inutilement de nouveaux moyens ou un refuge dans la flotte qui l'abandonna ; Cléopâtre même, toute occupée de sa conservation, s'enferma dans un tombeau avec ses trésors, et fît répandre à dessein la nouvelle de sa mort. Antoine, qui ne voulut pas lui survivre, se blessa lui-même assez dangereusement pour en mourir, mais non pas sans avoir eu le temps et le regret de connaître l'affreuse supercherie de Cléopâtre.
La reine, quoique seule avec son courage et sa renommée, croyait fermement qu'Octave lui laisserait la vie et la couronne; elle demandait des garanties pour l'une et pour l'autre , es-
fiérant soumettre par ses charmes ceui qu'elle n'avait pu vaincre gar ses soldats.
Mais Octave voulait attacher Cléopâtre à son char de victoire, et bientôt elle reconnut la vanité de ses espérances. Captive là où elle avait été souveraine, clic ne voulut pas continuer de vivre après avoir cessé de régner, et se donna la mort, vers le 15 du mois d'août de l'an 30 avant l'ère vulgaire, après un règne de 22 années entières.
. Ce jour fut le dernier de la race royale des Lagides et des successeurs d'Alexandre le Grand en Égypte.
Ils y régnèrent depuis le 30 mai de l'an 223 , jusqu'au 15 août de l'an 30 avant l'ère vulgaire.
Cet intervalle contient 294 années juliennes et 78 jours, ou 294 «muées égyptiennes et 152 jours.
Il se divise en seize rois ou reines qui occupèrent successivement le trône d Égypte, et fournirent vingt et un règnes différents.
Les lils de Cléopâtre et d'Antoine
ne leur succédèrent pas. Athvllus et Césarion furent mis à mort; les autres furent confiés par Octave à Juba , n de Mauritanie : l'histoire n'a plus ■ pelé leurs noms.
L'Égypte devint une province romaine dont Cornélius Gallus fut le premier préfet.
L'époque de son asservissement fut pour l'Égypte même celle d'une ère nouvelle , comme si cet asservissement eût été un bienfait.
Elle avait vu la dernière race de sa Pharaons attaquée et détruite par ue conquérant étranger. Accoutumée de puis à l'obéissance, TÉgypte écrivit sur ses monuments et dans ses annales pnbliques le nom d'Auguste et celui de ses successeurs , à la suite des noms de Gamin se, de Darius, d'Alexandre et des Ptolémées. Elle a vérifié m même jusqu'à nos jours, une antique tradition qui ne lui laissait plus l es pérance de voir sur son trône des prit ces d'origine égyptienne, traditioo conservée dans ces paroles d'Ézéchiel:
Et dux de terrâ jEgypti non erit
La splendeur, la durée et les èm ments du règne de Cléopâtre permettent de supposer que cette grande reine w négligea rien de cequi pouvait accroître son illustration : les monuments qci couvrent encore le sol de l'Egypte « portent de nombreux et d'éclatant; témoignages ; et la tendresse de Cléopâtre pour le fils de Jules César , qu'elle appelait nouveau César, s'y maniiesu presque partout. Le petit temple d'Her montbis fut construit en commémora tion de la naissance de cet enfant romain ; elle y est symbolisée en eelk du dieu Harphré né de la déesse Ritbo et du dieu Mandou. La reine Cléopâtu porte , dans les inscriptions de ce tonpie, ce titre fastueux : La modératrice souveraine du monde, Cléopâtre,déess Philopatore; = l'Aroëris, puissante souveraine des biens, la présidente des Panégyries, la souveraine du monde; = la modératrice , la fille a înée du Sev (Saturne) , etc. Le jeune roi y est aussi nommé et qualifie Ptolémee (>• sar, vivant toujours, aimé de FM"
et d'Isis ; = Ptolémée, surnommé César , etc. ; le seigneur du monde Ptolémée, le Ois du soleil, seigneur des diadèmes, César, dieu Philopator; et le travail de décoration de ce temple est demeuré imparfait. Auguste et ses successeurs, qui ont termine tant d'édifices commencés par les Lagides, ne pouvaient pas être très - empressés d'achever celui qui rappelait la naissance d'un enfant-roi aont ils ne respectaient pas les droits. Aujourd'hui , ce monument si royal dans son ensemble et dans son objet , est occupé par un cachef qui s'y est fait une maison , une cour et un pigeonnier, en masquant et coupant le temple de misérables murs de limon blanchis à la chaux.
La partie la plus ancienne du temple de Dendérah , a son extrémité , appartient au règne de Cléopâtre et de Ptolémée Césarion : ils y sont figurés de proportion colossale , et les noms de Cléopâtre et de Ptolémée César ou Ptolémée surnommé nouveau César, qui se lisent dans les inscriptions qui accompagnent ces tableaux historiques, ne laissent aucun doute à ce sujet.
Ce sont là les dernières reliques de la grandeur égyptienne ; elle se manifesta au monde civilisé il y a aujourd'hui plus de six mille ans : les noms de Souphis, de Mycérinus, nouvellement découverts dans les pyramides même que l'antiquité tout entière savait très-bien être les tombeaux de ces deux rois , nous en donnent la conviction : l'histoire de l'intelligence humaine, légitimement orgueilleuse de son antiquité , enregistrera attentivement dans ses fastes de tels documents. Subjuguée par les Romains, l'Éne fournit plus aux annales ines que son contingent des malheurs et des dures vicissitudes qui composent l'histoire générale des peuples du monde romain : des guerres intestines , des invasions étrangères , le mélange confus de toutes les idées et de tous les principes , l'oubli des préceptes de l'ancienne sagesse , le vrai et le faux , le passé , le présent et l'avenir jetés pêle-mêle dans un creuset brûlant d'où sortirent les éléments
30e Livraison. (Égypte.)
d'une société nouvelle , d'une civilisation qui reflt ses anciennes conquêtes et leur en ajouta de nouvelles.
Nous avons déjà exposé les vues que la politique d'Auguste réalisa pour l'administration de l'Ëgypte ( suprà , pages 49 et 50) , et sur quelles règles elle fut assise. Il en nomma pour premier préfet Cornélius Gallus, chevalier romain de médiocre naissance, mais de mœurs douces et paisibles. Auguste le choisit lui seul , parce que Î'Égypte était à lui, sa première conquête, et elle resta province impériale lorsque l'empereur voulut bien partager l'empire avec le sénat et le peuple. Il créa pour Î'Égypte une forme particulière d'administration ; aussi le préfet avait-il le titre de préfet augustal , réunissant tous les pouvoirs , et recevant de son maître toutes les directions pour les exercer. Aucun conseil pris dans le pays ne fut appelé à y concourir, ce préfet y tenant la place des rois , et ce royaume appartenant à l'empereur. Cet état de l'administration romaine en Égypte éprouva peu de changements jusqu'au siècle de Constantin.
Le préfet de Î'Égypte, Cornélius Gallus, s'appliqua d'abord à réparer les malheurs nés des dernières dissensions et des dernières guerres : les canaux du Nil attirèrent surtout son attention. Plusieurs villes se soulevèrent contre le nouveau régime; Gallus les ramena à l'obéissance ; Thèbes même , qu'il pilla , disent les historiens anciens, qu'il épuisa, et d'où il détourna une grande quantité de choses précieuses.
11 paraît que, enivré de son autorité et de ses succès, le préfet se laissa traiter comme un Pharaon , qu'il permit qu'on lui élevât des statues, et que ses exploits fussent gravés sur les monuments publics. Mais de tels succès ne furent pas de longue durée : Cornélius Gallus accueillit en Égypte un grammairien disgracié par l'empereur; il fut révoqué, envoyé en exil, et il s'y donna la mort.
Pétronius lui succéda ; les Alexandrins se révoltèrent , et furent bientôt après soumis de nouveau. Auguste fit faire une expédition en Arabie, com-
inan-bV par .Elius Callus à la té"te d'uue année romaine , renforcée de cinq cents soldats fournis par le roi Hérode qui les avait choisis parmi ses gardes. L'année romaine triompha des Arabes, mais elle fut vaincue par le climat ; après une année de fatigues , de privations et de maladies , elle rentra , misérablement réduite, en Egypte, sans avoir atteint le but marqué par l'empereur, la possession des riches contrées où naissaient les aromates, où étaient entreposées les plus précieuses productions de l'Inde.
Les Éthiopiens avaient profité de l'absence des troupes habituellement stationnées dans la haute Égypte , pour y faire une invasion. Leur mne Candace s'empara de Syène, d'Éléphantine , de Philan; ravagea la Thébaïde, et emporta un riche Dutin. Le préfet Pétronius songea aussitôt à punir tant d'audace , pénétra dans l'Éthiopie, jusqu'à Napata , capitale des États de la reine, et lui accorda la paix à la condition de payer un tribut annuel , et d'envoyer une ambassade à Auguste pour en obtenir la ratification du traité. Les nouvelles de ces événements parvenues à Rome avaient alarmé I empereur. Il partit aussitôt pour l'Égypte ; mais il apprit à Samos les succès de Pétronius , y attendit les envoyés éthiopiens, et leur accorda la ratification du traité avec l'exemption du tribut stipule par Pétronius. Dès son retour en Égypte, ce préfet continua de donner ses soins à ce qu'exigeait la prospérité du pays; les travaux sur les canaux du Nil furent conduits avec une telle intelligence que la crue du fleuve jusqu'à douze coudées suffisait pour assurer la plus grande fertilité; avant Pétronius, quatorze coudées étaient nécessaires.
Pétronius , après huit années d'administration, eut /Elius Gallus pour successeur comme préfet. Le nouvel administrateur visita la haute Égvpte ayant avec lui le géographe St ration ; et il était encore en fonctions n la mort d'Auguste.
La conquête de l'Égypte par les Romains causa à l'école d'Alexandrie des
VhiLS.
pertes qui ne lui furent pas moins sensibles que l'incendie de sa riche bibliothèque; la plupart de ses prinripam professeurs allèrent chercher à Rooi* la faveur des Césars. Toutefois, on nouveau musée s'était formé ; les an pereurs en désignaient les présida* et les membres ; mais la faveur péli-
3 ue ne s'attachait plus à leurs trataui epuis que la faveur royale les protr geait moins directement: l'Égypte avant tout , était le grenier de r»
pire; Alexandrie le foyer d'un pani commerce; et le musée ne passait f* pour l'asile des sophistes de la Grès Cette école continua cependant dep duire des hommes utiles, dont bon vrages sont encore étudiés, om\a&\ une place distinguée dans rhistoireta sciences et de la littérature ; eteomn^ ils se rattachent aux travaux des p miers docteurs chrétiens , ils serrai ainsi de lien entre les productions le plus anciennes et celles des temps modernes. Du reste, il en arrivadansc^ temps de la domination romaines Égypte ce qui arrive à toutes ta époques : l'étude des connaissant humaines prospéra en Égvpte en roson de la protection qu'elle reenU l'autorité impériale.
Auguste imita la politique d'A le» dre le Grand en ce qui concerne la nligion et le culte nationaux de TEgf* On continua d'élever, de réparer le temples des dieux de chaque non», en Nubie comme en Égypte ; et le nom d'Auguste, qualifié d'empereur Cm se lit sur les édifices de Taimis, K labschè , Déboud , Dandour , Phibf i Dendérah. Dans ce dernier temple,»
célèbre par ses deux zodiaques, ap les constructions faites durant 1ère?»
de Cléopâtre et de son fils Ptokn* Césarion , on reconnaît que les b* reliefs supérieurs sont du temps d> guste, ainsi que les murailles latérale du naos , à l'exception de quelques ff tites portions qui sont de l'époque* Néron ; le pronaos est tout entier m vert de légendes impériales de Tibèrr de Caius, de Claude et de Néron i»
sculptures de tout l'intérieur du n*> et des édifices construits sur la terrai
by GooqIc
ÊGYPTE
ne paraissent pas remonter au delà du temps de Trajan et d'Antonin. Le propylon sud-ouest est d'Antonin ; le grand propylon est couvert des images des empereurs Domitien et Trajan.
Enfin , le typhonium de Dendérah fut décoré sous Trajan , Hadrien et Antonin le Pieux. On voit, par ces détails , tous les soins donnés aux édifices de Dendérah par les empereurs romains ; le grand temple était dédié à la déesse Hathô»r , la Vénos des Romains : il y avait là une double dédicace dont s'ar* rangeait facilement l'orthodoxie romaine. Les carrières de Thorrah portent des dates d'exploitation de la 4* année du règne d'Auguste. Son nom se lit aussi sur le temple d'Isis, au sud de l'hippodrome de Thèbes; l'image d'Auguste se voit aussi sur la plupart de ces édifices , et l'empereur romain y est figuré avec le même costume , accomplissant les mêmes cérémonies envers les dieux de l'Égypte que les Pharaons eux-mêmes. Notre planche 91 représente Tibère faisant ses offrandes à trois divinités égyptiennes assises ; les deux cartouches tracés auprès de sa coiffure se lisent autocratôr Tiberios Caesar. Ces indications monumentales peuvent être considérées comme étant communes à tous les souverains romains; le lecteur nous dispensera donc de les reproduire. La civilisation occidentale, armée de Pépée romaine, s'introduisit ainsi dans les croyances de l'antique Orient , sous le wstume des Pharaons et les couleurs d'Osiris et d'Ammon.
A Dendérah, c'est sous le règne d'Auguste que le propylon du grand temple fut édifié : une inscription grecque (car, durant la domination romaine, la langue grecque resta aussi la langue des actes publics) qui existe encore, et que j* ai publiée il y a trente-trois ans, nous apprend que, pour la conservation de l'empereur César , fils du divin César, dieu libérateur, Auguste, les habitants de la métropole du nome (de Tcntyris) élevèrent ce propylon à Isis, déesse très- grande , et aux dieux adorés dans le même temple , l'an 31 du règne de César, au mois de thôth.
Le nom de Tibère, successeur d'Auguste, se lit souvent répété à Philae, à Esnèh, et à Karnac de Thèbes. Les^ern-
Iiereurs romains avaient aussi adopte es deux cartouches des Pharaons; mais, au lieu d'un prénom religieux, on écrivait pour les empereurs leur titre même, le root grec autocratôr; ils ajoutaient à leur nom propre les titres consacrés : toujours vivant, chéri dTsis et de Phtha; et il est à remarquer qu'en général, à mesure que l'on s'éloigna des temps anciens, des antiques institutions, les noms des divinités du premier ordré'de vinrent moins communs sur les monuments comme dans la pensée des hommes; et ceci se passa au profit des divinités du dernier ordre, de celles qui, produit des dernières incarnations et revêtues des plus vulgaires attributions, étaient en quelque sorte plus populaires : ce qui pourrait rendre raison de l'extraordinaire durée des noms d'Isis , d'Osiris et de Typhon, qui ont en quelque sorte survécu à toutes les générations du panthéon égyptien.
Tibère" fit continuer la construction du temple de Déboud en Nubie, la sculpture du portique couvert et d'une salle du grand temple de Thèbes. On sait qu'il écrivit à iEmélius Aulus, préfet d'Égypte , qui lui avait envoyé au delà des taxes mises sur l'Éçypte par les règlements d'Auguste , qu'il voulait bien tondre ses brebis, mais non les égorger. Du reste, ce préfet eut plusieurs successeurs du vivant même de Tibère. Parmi eux figura quelque temps le père de Séjan : ce fut alors que Germanicus visita l'Égypte (supra, page 346), bannissant , dit Tacite , bannissant de la grandeur suprême l'orgueil qui la fait haïr, pour n'en conserver que la dignité qui la rend imposante.
Des troubles sérieux se déclarèrent à Alexandrie durant le règne de Caligula; Avillius Flaccus fut en bute alla naine des juifs; Philon, un de leurs écrivains, a tracé la narration, à sa manière, de ces démêlés; Flaccus périt misérablement après avoir été révoqué de sa préfecture. Le nom de ce préfet se lit encore sur le pronaos de Den*
m i/un
dérah , dans une inscription grecque oui rappelle que sous Puhlius Avillius Flaceusles habitants de la métropole et du nome élevèrent ce pronaos à Vénus, déesse très-grande, la. . . année de César Tibère. A la mort de Caligula , les juifs , heureux de ce nouveau règne, attaquèrent les Grecs dans Alexandrie.
L'empereur Claude les apaisa en leur rendant le droit d'élire un ethnarque.
Les sciences reçurent aussi de grands services du iiouveau chef de Pempire :
il fonda un nouveau musée, et l'école d'Alexandrie se trouva encore une fois dans une situation favorable à ses progrès; mais le zèle des savants ne ré* pondit point à la munificence du prince. Les noms de Caius Caligula et île Claude se lisent encore sur les édifices publics de l'Égypte : celui du premier a Philae, à Dendérah en Egypte, à Talmis en Nubie; celui de Claude dans les mêmes Heux en Égypte , et aussi à Esnèh, Edfou. Sa légende impériale , composée de deux cartouches , se: lit Tibère Claude, César-Auguste Germanicus, empereur. Cette légende affecte même parfois le style pharaonique, et le premier cartouche se lit:
L'éprouvé des dieux modérateurs, l'empereur Tibère Claude, seigneur de la région haute et basse du monde, le fils du soleil, seigneur des chefs.
Ces mêmes titres , si propres à inspirer le respect aux peuples, furent aussi portés par Néron , qui se disait de plus l'aime de Phtha et d'Isis, le dominateur bienfaisant des régions supérieure et inférieure, le seigneur des mondes, l'éprouvé des dieux modérateurs, le fils du soleil, seigneur des seigneurs, l'empereur Néron. Enfin une inscription, copiée autrefois dans te voisinage du sphynx des pyramides , et inhumée depuis, donne à Néron, au nom de l'Égypte, le titre de nouvel agathodémon (le bon génie). Cette inscription est un décret rendu au nom des habitants de la ville de Busiris, qui proclament dans un monument public que Néron est l'agathodémon de la terre, qu'il a répandu de grands biens sur l'Égypte; que, pour prendre soin de son bonheur, il a envoyé Balbillus
VERS
pour préfet , lequel la combla de grâce* et de bienfaits , particulièrement d'une juste inondation du Nil, d'où les dons du fleuve doivent s'accroître de plus eu plus chaque année. On éleva donc une stèle en I honneur de Balbillus, de qui, au surplus, Sénèque fait un grand éloge. Il est vrai que Sénèque dit aussi ue Néron était un amant passionné e la vérité comme de toutes les autres vertus , et que ce fut en conséquence de ces nobles sentiments qu'il fit faire un voyage aux sources du Nil («fpra, page 8). Néron, du reste, s'occupa assez particulièrement de l'Egypte pendant son *ègne. Il forma le projet de la visiter, annonça par des officiers»
prochaine arrivée, et l'Égypte lui prépara une réception digne de son rang; elle fit construire pour l'empereur des bains magnifiques; mais il mourut 3 la veille de son départ, non pas sans avoir fait mettre à mort Tuscus , fils de sa nourrice et préfet d'Égyite, qui s'était oublié jusqu'à se servir des bains édifiés pour fa bonne venue et l'usage de l'empereur.
Les règnes de Galba, d'Otbon etdeVi tellius, n'eurent aucune influence par ticulière sur l'état de l'Égypte : aucun événement marquant ne se rattadiea leur époque. Le nom d'Otbon existe encore sur neuf bas-reliefs de la déco ration intérieure du grand propylood* ruines au sud de l'hippodrome de Tbe bes; et l'existence de ce nom, qui fut celui d'un empereur qui régna si pende temps, ne doit point trop surprendre, puisque l'Égypte fut la première qui reconnut l'autorité d'Othon, et frappa des monnaies à son nom (l'an 69 de l'ère chrétienne). Les noms de Galba et de Vitellius ne subsistent pas en Égypte; mais celui de Vespasien se lit fréquemment sur ses édifices.
A l'avénement de Vitellius, un juif égyptien, neveu de l'écrivain Philon et nommé Tibère Alexandre, était préfet d'Égypte depuis trois années; il s'était associé aux secrets projets de Mucws et de Vespasien; aussi est-ce dan* Alexandrie que Vespasien fut d'abord proclamé empereur par les soins de ce même Tibère Alexandre, qui le fit re-