‹ Egypte ancienneChapitre 7 sur 40 · VIII. ANIMAUX PARTICULIERS A L'EGYPTE · texte numérisé non relu

VIII. ANIMAUX PARTICULIERS A L'EGYPTE

En faisant connaître ici quelques-uns des animaux qui sont particuliers à l'Egypte , nous ne les qualifierons pas tous de monstres, quoique un auteur ancien

ait dit que l'Afrique en nourrissait beaucoup , et qu'elle était leur véritable patrie. Plus d'un moderne partagerait peut-être cette opinion, s'il n'était averti qu'on ne doit point considérer comme tels les animaux des climats lointains , par cela seul que ces animaux ne ressemblent pas aux types qui lui sont familiers , à ceux qu'il a l'habitude de voir autour de lui. Sa réserve doit même aller jusqu'à se garder de croire qu'il ne peut exister que dans ces types, des formes assorties, des proportions harmonieuses, des mouvements réguliers et gracieux, et des fonctions faciles et naturelles. La connaissance des animaux particuliers à l'Egypte prouvera à plusieurs égards l'exactitude de notre remarqtie.

Les espèces des poissons du Nil sont assez variées : les uns s'éloignent peu de son embouchure; ce sont des habitués de la mer, qui font de longues excursions dans les fleuves où ils cherchent une certaine profondeur et un fond qui remplit certaines conditions. Les autres sont répandus dans tout le cours du Nil, et ils en sont les véritables habitants ; ils sont descendus en Egypte avec lui des régions plusméridionales. Le plus singulier de ces poissons est le bichlr, qui tient à la fois du serpent par sa forme allongée et la nature de ses téguments ; de cétacées, en ce qu'il est pourvu d'é vents ou d'ouvertures dans le crâne par où l'eau s'échappe ; enfin des quadrupèdes, par des extrémités analogues à leurs membres. Sa queue est courte, son abdomen est de grande dimension, et ses nageoires dorsales très-nombreuses. Il a environ deux pieds de longueur, et, vivant dans les lieux les plus profonds du fleuve, les pêcheurs le prennent très-rarement; il est carnassier; sa chair est blanche et savoureuse; la solidité de ses écailles ne permettant pas de l'entamer avec le couteau, on le fait d'abord cuire au four et on le retire ensuite de sa peau comme un manchon dfi son étui. 'L^fahaka est un autre poisson non moins singulier; quoique al-

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longé, ayant la faculté de se remplir (.'an-, il se gonfle en respirant à la surface de l'eau; son ventre devient très-volumineux, et, le poids du dos venant à l'emporter, l'animal culbute et demeure renversé sur le dos, ayant l'apparence d'un globe liérissé d'épines; celles-ci servent à sa défense, comme au hérisson de terre. Le/alial.a vient en Egypte avec les eaux de l'inondation; le débordement le jette dans les terres, où le Nil l'abandonne en se retirant; toute la population des campagnes attend ce moment avec impatience; elle ramasse les fahaka avec empressement et y trouve une nourriture abondante ; les oiseaux les recherchent aussi; enfin les enfants y trouvent le sujet d'un divertissement très-désiré; ils les observent et les promènent sur les eaux , les lançant comme des billes de billard; après la mort de l'animal , ils gonflent et vident sa peau à volonté; desséchés sous leur forme sphéroïde , les fahaka ont la faculté de conserver l'air dont ils sont remplis et peuvent long-temps servir de ballon après leur mort. On dit que ce poisson a de la voix. Les habitants de l'Egypte connaissent aussi le silure tremblant^ qui est un poisson électriqiie; les Arabes le nomment raadou raasch^ le tonnerre ^ n'ignorant pas les propriétés électriques qui rendent ce poisson si remarquable. Ils croient que la couche de graisse qu'on trouve sous sa peau , et qui est son appareil électrique, est un remède infaillible contre beaucoup de maladies; on la brûle sur des brasiers et on expose le malade au contact du gaz produit p.TT la combustion.

Le système général Ats oiseaux de l'Kgypte comprend des ordres et des familles très-variés, tels que, parmi les oiseaux de proie , les vautours , les éperviers, les chouettes; parmi les grimpeurs , les couas et les coucals ; parmi les passereaux , l'hirondelle , la mouette , le merle , la fauvette , le roitelet, l'alouette, le moineau, le bouvreuil; parmi les passerigalles , les piijeons et les colombes ; parmi les échassiers , le pluvier, le vanneau,

le héron, l'ibis blanc et l'ibis noir, le rhyncée du cap de Bonne-Espérance , les chevaliers ; enfin parmi les palmipèdes, les hirondelles de mer, le cormoran et les canards.

Le IN il a de grandes tortues d'eau douce , comme tous les autres grands fleuves des pays chauds ; on a trouvé , en effet, des trionyx, ou grande tortue du Nil , dans les rivières de la Géorgie, de la Caroline, du Sénégal, de la Perse et de l'Inde , et toutes ces tortues se ressemblent par des caractères essentiels. Les trionyx ont leur mâchoire garnie de véritables lèvres mobiles; elles tournent sur elles-mêmes en nageant, de sorte que lorsqu'elles sont à fleur d'eau , on voit alternativement leur dos et leur ventre. C'est ce que font aussi les cétacées qui allaitent leurs petits, et qui leur procurent ainsi le moyen de venir puiser à la surface de l'eau l'air nécessaire à leur respiration. Les trionyx du Nil ont jusqu'à 3 pieds de longueur.

Parmi les reptiles du Nil on distingue aussi le tupinambis, qui vit sur les bords du fleuve et y va chercher sa nourriture au fond des eaux. Ce lézard, de 3 à 4 pieds de longueur , jouit d'une très-bonne réputation parmi la population égyptienne ; on ne l'appelle que la sauvegarde , le sauveur, le monitor : on prétend, en effet, que lorsque des hommes se trouvent, à leur iiiiu, menacés par le crocodile, le tupinambis s'empresse de les avertir, par ses sifflements, delà présence du redoutable amphibie. Ces sifflements sont en effet des cris d'alarme, par lesquels le tupinambis exprime son propre effroi à la vue du crocodile, qui est pour lui un ennemi très-dangereux. Le monitor n'a point les pattes palmées comme les autres reptiles nageants; sa queue est comprimée latéralement et surmontée d'une crête longitudinale très-prononcée. Il y aaussiuntupinam bis du désert; il ressemble à celui du Nil; seulement sa queue n'a point de crête et elle est presque exactement ronde ; Hérodote désigne celui-ci sous le nom de crocodile terrestre, et les bateleurs du Kaire l'emploient assez ordinaire-

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ment dans leurs parades, j^abliques, après toutefois avoir arraché les dents à cet animal très-carnassier. En captivité, il refuse toute nourriture . et c'est par la violence qu'on parvient à lui en faire avaler.

Les espèces des couleuvres sont assez nombreuses en Egypte ; on a donné la description des cinq principales; la plus jolie de toutes est la couleuvre à capuchon, remarquable par la disposition très-gracieuse de ses couleurs , la brièveté de sa queue et celle de son corps entier, qui ne dépasse guère un pied.

Une grande tache noirâtre, qui couvre le dessus de sa tête , depuis le bout du museau jusqu'à l'occiput , et qui figure un capuchon , a fait donner à cette couleuvre le nom qu'elle porte. Le scy thaïe des Pyramides , qui ressemble beaucoup à la vipère , a comme elle des crochets venimeux; il parvient rarement à une longueur de deux pieds ; il est très-redouté au Kaire et dans les environs des Pyramides; c'est contre lui surtout qu'on invoque la science et le pouvoir surnaturel des psylles , dont nous parlerons tout à l'heure. 'Lavipère céraste^ ou cornue, n'est pas moms redoutable ; au-dessus de chacun de ses deux yeux naît une petite éminence ou petite corne , de 2 a 3 lignes de hauteur, s'inclinant un peu en arrière; c'est de là que le céraste a "tiré son nom. La vipère hajé est égaleînent très-connue des habitants de l'Egypte ; elle n'a pas moins de cinq pieds de longueur, et trois pouces de tour.

Cette vipère a la faculté d'élargir en manière de disque la partie la plus antérieure de son corps, en le redressant et paraissant marcher sur le reste. Dès qu'on l'approche, elle dresse sa tête pour veillCT à sa défense; sa morsure est très-dangereuse ; la plus petite Îuantité de venin , placée par inCision ans la cuisse d'un pigeon, détermine chez lui des vomissements abondants, de violentes convulsions, et il meurt au bout d'un quart d'heure. Cette vipère est très-répandue en Egypte, dans les fossés, et plus souvent dans les «bainps; les cultivateurs connaissent le danger d'une pareille rencontre,

mais ils savent aussi qu'il n'y en a pas en n'en approchant pas à une certaine distance; la vipère se contente de les suivre du regard , après avoir dressé sa tête. Les bateleurs du Kaire parviennent cependant à apprivoiser ce redoutable reptile ; après lui avoir arraché les crochets venimeux, ils le dressent à un grand nombre de tours qui charment la population de l'Egypte et charmeraient aussi sans doute'celle de l'Occident. La vipère hajé se change en bâton , contrefait le mort , etc. Pour en faire un bâton , le bateleur crache dans la gueule du serpent , le contraint à la fermer, lui appuie la main sur la tête , et aussitôt le serpent devient roide et immobile ; il semble tombé en catalepsie, et ne se réveille que lorsque les bateleurs saisissent sa queue et la roulent fortement dans leurs mains.

Ceci rappelle tout ce que l'antiquité nous a dit àes psylles, ou individus qui ont le don de charmer les serpents et de guérir leurs morsures.

Plusieurs auteurs ont attesté la vérité de leur science sur ce point; il paraît que les psylles d'Egypte étaient les plus célèbres ; ils y formaient une corporation qui s'est perpétuée jusq u'à nos jours. Les psylles actuels affirment que tout homme qui ne descendrait pas d'un psylle de pure race psylle, tenterait en vam d'exercer leur profession (car c'en est une, parce qu'ils sont habituellement appelés pour pur= ger les habitations des serpents qui s'y introduisent très -fréquemment ). On chasse les couleuvres comme on chasse les souris de nos demeures , sans en être effrayé , quand on les rencontre dans les chambres , ou sur les lits et autres meubles. On appelle un psylle pour se défaire des serpents , dangereux. Les psylles figurent, en Egypte , dans les fêtes et promenades religieuses, et en sont un des plus curieux ornements : ils portent l'émotion du peuple au plus haut degré d'énergie.

Dans les principales rues du Kaire, les psylles y paraissent presque nus , affectant des manières d'insensés , et portant des besaces assez vastes , afln d'y rassembler un plus grand nombre

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de serpents- Ils se font un mérite d'avoir de ces animaux enlacés autour d'eux , enveloppant leur cou , leurs bras et toutes les autres parties de leur corps. Pour exciter davantage l'intérêt des spectateurs, ils Sfe font piquer et déchirer la poitrine eft le ventre par les serpents , et réagissent avec une sorte de fureur sur eux, affectant de les manger tout crus. Dans les jours ordinaires , les plus pauvres d'entre les psylles se dévouent au métier de bateleur dans les carrefours et lieux très-fréquentés : ils emploient les serpents de toutes les façons, variant tous leurs tours, au moyen desquels ils espèrent exciter une extrême surprise , et jusqu'à de vifs sentiments de terreur. Le serpent qu'ils préfèrent est la couleuvre hajé.

Les gens riches qui craignent les serpents s'adressent aux psylles pour en préserver leurs maisons :" mais c'est le plus petit nombre qui agit ainsi par prévoyance, les psylles étant peu nombreux, et très-exigeants quant à leur salaire. Le spirituel Denon raconte qu'étant un jour chez le général en chef Bonaparte, au Kaire, on y introduisit des psylles , et on leur lit plusieurs questions relativement au mystère de leur secte et à la relation qu'elle a avec les serpents , auxquels ils paraissaient commander ; ils montraient plui d'audace que d'intelligence dans leurSP réponses. On en vint à l'expérience :

Pouvez-vous connaître , leur dit le général, s'il y a des serpents dans ce palais.^ et, s'il y en a, pouvez-vous les obliger de sortir de leur retraite .^ Ils répondirent par une affirmation sur les deux questions : on les mit à l'épreuve , ils se répandirent dans les appartements ; un moment après , ils déclarèrent qu'il y avait un serpent.

Ils recommencèrent leur recherche, pour découvrir où il était: ils prirent quelques convulsions en passant devant une jarre placée à l'angle d'une des chambres du palais, et indiquèrent que l'animal était là; effectivement on le trouva : ce fut un vrai tour d'adresse, et les spectateurs convinrent que ces psylles étiiient fort avisés. Il paraît

qu'ils placent leur confiance dans un appel qui imite le cri d'amour du serpent. L'habileté consiste à en bien contrefaire la voix, par un sifflement tantôt sonore comme le mâle, tantôt plus étouffé comme celui de la femelle, etce n'est effectivement qu'à cette condition que le serpent peut entrer en émoi, et se déterminer à quitter sa retraite.

Avec de jolis serpents, il y a aussi en Egypte de jolis lézards. Ces animaux sont en général de forme élégante , parés de couleurs très-vives , et d'une extrême agilité; ils ont quelque intelligence et sont d'un naturel doux et timide. Mais, s'ils se défendent, ils montrent à la fois du courage et de l'adresse. Une fois accouplés , les deux individus restent ensemble pendant toute la saison ; le mâle se bat avec acharnement pour conserver sa femelle.

Le plus connu , à juste titre, de tous les lézards d'Egypte , est le crocodile. Sa férocité, sa structure monstrueuse, sa taille de 30 à 40 pieds, l'ont toujours fait remarquer ; les anciens observèrent ses habitudes , et la relation qu'en a écrite le père de l'histoire, Hérodote , est encore vraie en ses points principaux. « .Te vais parler, ditil , des mœurs du crocodile. Pendant les quatre mois d'hiver, ces animaux ne prennent aucune nourriture. Le crocodile , quoique quadrupède , vit également à terre et dans l'eau ; mais il pond toujours ses œufs sur le sable, où ils éclosent. Il passe la majeure partie du jour à sec, et la nuit tout entière dans le fleuve, dont l'eau- a une température plus chaude que n'est alors celle de l'air et de la rosée. De tous les animaux que nous connaissons , le crocodile est celui sans doute dont l'accroissement est le plus extraordinaire. Ses œufs ne sont pas beaucoup plus grands que ceux d'une oie, et il en sort par conséquent un animal proportionné ; cependant cet animal en grandissant atteint jusqu'à 17 coudées de longueur, et quelque fois davantage. 11 a les yeux d'un cochon, les dents saillantes en dehors ,

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et très-grandes dans la proportion de son corps. Il est le seul de tous les animaux qui n'ait point de langue , le seul aussi dont la mâchoire inférieure ne soit pas mobile, et qui fasse au contraire retomber la mâchoire supérieure sur l'inférieure. Il a des ongles extrêmement forts, et une peau écailleuse qui est impénétrable sur le dos. Il voit mal dans l'eau , mais, en plein air, sa vue est très-perçante. Comme il se nourrit particulièrement dans le Nil , il a toujours l'intérieur de la gueule tapissé d'insectes qui lui sucent le sang. Tourtes les espèces d'animaux terrestres ou d'oiseaux le fuient; le trochilus , seul , vit en paix avec lui , parce que ce petit oiseau lui rend un grand service : toutes les fois que le crocodile sort de l'eau pour aller sur la terre, et qu'il s'étend, la gueule entr'ouverte (ce qu'il a coutume de faire en se tournant vers le vent du midi), le trochilus s'y glisse et avale tous les insectes qui s'y trouvent : le crocodile, reconnaissant, ne lui fait aucun mal.

« Il y a plusieurs manières de chasser ces animaux; voici celle qui paraît la plus remarquable. Après avoir attaché a un hameçon le dos d'un porc , et l'avoir jeté "au milieu du fleuve, les chasseurs se placent sur la rive , et frappent un petit cochon qu'ils ont apporté avec eux. Le crocodile , entendant les cris de l'animal , se dirige vers le lieu d'où vient la voix , et , rencontrant dans son chemin l'appât qui a été tendu, l'avale avec l'hameçon.

Alors les chasseurs le tirent à eux , et lorsque le crocodile arrive sur la terre, un d'entre eux, avant tout, s'avance et enduit les yeux de l'animal d'argile délayée qu'il a préparée ; avec cette précaution , on vient facilement à bout du reste ; autrement , il en coûterait beaucoup de peine. »

Voilà ce qui se disait en Egypte sur le crocodile, du temps d'Hérodote. Les observateurs modernes ont rectifié, en certains points, une telle narration.

Ainsi , dans le cas où , au commencement des choses, le crocodile passait quatre mois sans prendre de nourri-

ture, comme on l'a raconté aussi des crocodiles de l'Amérique, il mange aujourd'hui durant toute l'année. Il y avait autrefois des crocodiles dans la Basse comme dans la Haute-Egypte.

Au co*ntraire, on remonte, de nos jours, centlieuesdu Nil, depuis son embouchure, sans en apercevoir : il paraît que c'est l'élévation de la température qui retient le crocodile dans la Haute- Egypte. Il est habituellement cruel , farouche, inquiet, audacieux, prudent et rusé. Il guette les femmes qui viennent puiser de l'eau au Nil , et les enlève s'il le peut. Un Albanais dormant dans sa tente , près du Nil , fut saisi par une jambe et entraîné dans le Nil. Ceci se passa près d'Esnéh en 1820.

Le crocodile vit dans l'air, mais il préfère l'eau, pour laquelle il est plus particulièrement organisé. C'est la chaleur solaire qui fait éclore ses œufs; M. Cailliaud, dans son voyage en Nubie, recueillit des œufs de crocodile, les déposa dans sa barque , qui , un matin, fut envahie par autantde petits crocodiles ; ils étaient éclos bien naturellement. Lestupinambis, dont nous avons déjà parlé, et l'ichneumon , détruisent uii grand nombre d'œufs de crocodile.

Lorsqu'ils se rendent, dans le jour, en troupes, sur les rives du Nil , l'un d'eux fait le guet, en appliquant l'oreille sur le sol , afin d'en tendre le moindre bruit. A l'égard de sa langue, la vérité est qu'il en a une, mais peu épaisse, et engagée dans des téguments. Il est vrai aussi que la mâchoire inférieure n'est presque pas mobile, et c'est la mâchoire supérieure qui joue sur elle ; mais la mâchoire supérieure ne forme qu'un steul tout avec sa tête entière.

C'est de cette manière que les anciens ont, en effet, représenté le mouvement de la mâchoire supérieure du crocodile, notamment sur les médailles romaines de la colonie de Nîmes.

La dureté de la peau du crocodile est aussi une vérité incontestable; les balles de calibre , tirées à une distance moyenne, glissent sur ses écailles, et le réveillent à peine, s'il est endormi. C'est un petit pluvier qui nettoie sa gueule des innombrables insectes (jui

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l'assiègent, et dont le défaut de langue mobile ne lui permettrait pas de se débarrasser. Enfin, on a apporté en France plusieurs momies de crocodiles très - artistement embaumés. Quand le mâle approche lafemelle,illa tourne sur le dos , et s'il oublie , ou s'il est empêché de la retourner , quand il la quitte , elle ne peut changer sa position par ses seuls etïbrts, et devient ainsi la proie des chasseurs. On porte à cinq le nombre des espèces de crocodiles qui vivent dans le K\\.

Parmi les autres animaux dont il nous est-venu d'Égv'pte un grand nombre de momies, on doit surtout remarquer l'ibis, dont les Égyptiens connurent deux espèces , le blanc et le noir, qui vivent d'insectes, de vers aquatiques, et même de poissons. Les anciens ont attribué la sépulture que les Égyptiens accordaient a l'ibis, a leur reœnnaissance fondée sur ce que l'ibis détruisait les serpents. II est connu aujourd'hui que l'ibis ne fait point la guerre à ces reptiles. Les ibis ne nichent point en Egypte, et ils y arrivent des que le Nil commence à croître; ils disparaissent avec l'inondation.

L'ibis était consacré au grand dieu Thôth , l'inventeur des sciences et des lettres, et il est figuré très-fréquemment sur les monuments antiques. On attribue aussi à cet oiseau l'invention des clystères ; on raconte que lorsqu'il est malade , il s'injecte de l'eau dans l'anus, au moyen de son bec et de son cou , qui soiit fort longs. Les ibis se voient en Isubie, où les voyageurs les ont plusieurs fois observés; on les trouve également dans toute l'Afrique.

Les chauce-souris sont très-abondantes en Egypte, il yen a huit genres distincts ; elles habitent l'intérieur des temples abandonnés, les tombeaux et les autres édifices ruinés. Les unes poursuivent leur proie dans les airs, les autres la saisissent sur les arbres. Celle qu'on appelle la roussette n'a presque pas de queue, et on a observé que sa face ressemblait à celledu chien ; on trouve les roussettes en grand nombre, surt'ut dans les chambres de la 'irande pyramide. On sait que les rous-

settes sont susceptibles d'éducation; qu'elles s'attachent aux personnes qui en prennent soin; on les accoutume aussi à être caressées par tout le monde; elles lèchent comme les chiens , et en ont toute la familiarité. D'autres fois, elles témoignent une affection particulière pour leurs maîtres, en mordant ou en égratignant les personnes qu'elles ne connaissent pas. On est, toutefois, peu disposé à élever des roussettes, à cause de leur odeur et de celle de leurs urines.

Uichneumon est aussi un animal assez timide pour être susceptible d'éducation ; on en achète de jeunes , qui font la chasse aux rats et aux souris dans les maisons. Il devient doux et caressant en domesticité ; il distingue la voix de son maître , et le suit presque aussi fidèlement qu'un chien. 1{ mange dans le lieu le plus retiré et le plus "obscur, et il ne faut alors l'approcher qu'avec beaucoup de précautions. Il lape' en buvant, et lève une jambe de derrière en pissant: il a à la fois des habitudes du chien et des grands carnassiers. Il vit de rats, de serpents , d'oiseaux et d'œufs. Lorsque l'inondation le pousse vers les villages , il y détruit les poules et les pigeons ; mais le renard lui fait la guerre, et surtout le lézard nommé tupinambis, très-friand aussi des œufs de crocodile, mais plus adroit et plus agile que l'ichneumon. Les anciens ont dit que, pour attaquer un serpent, l'ichneumon se roule dans la vase, qu'il la fait sécher au soleil , pour s'en faire une espèce de cuirasse, qu'il préserve son museau en repliant sa queue autour, et qu'ainsi armé, il se jette sur les plus grands serpents.

Quant aux grands quadrupèdes , on trouve aussi ''en Egypte fa célèbre /lyè/ie d'Orient ; elle y vit dans les lieux les plus reculés, et sur h lisière du désert ; les terrains déchirés lui servent aussi d'asile. EHe inspire peu de terreur, et n'attaque que les troupeaux ou les aniinaux isolés. Le scna^ai est le loup d'Egypte ; il est également très-rusé, très-h'nrdi, et vit des proif^ qu'il se 'procure par tous les moyen.'.

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connus. On peut dire qu'en général , les animaux d'Egypte ont moins de férocité qu'en d'autres climats ; le crocodile même y est plus timide.

L'hippopotame habite les régions plus méridionales du Nil; il ravage les récoltes , mais n'attaque pas l'homme. On le repousse dans le Nil avec des feux allumés et beaucoup de bruit.

Si , à cette nomenclature des animaux les plus remarquables parmi ceux qui se trouvent en Egypte , on voulait ajouter la liste de ceux qui furent connus par les anciens Égyptiens , et qui sont figurés par la peniiure ou par la sculpture dans leurs monuments, il faudrait nommer les principaux animaux de l'Afrique et de l'Asie , des oiseaux , surtout des quadrupèdes. On a trouvé un tombeau très-antique entièrement peint de figures d'oiseaux ditférents , au nombre de plus de cent , et tout autant de quadrupèdes , en partie étrangers à l'Egypte , entre autres , une espèce de congoro , l'éléphant, et un ours brun mené par des bateleurs , en compagnie d'un singe. On voit aussi sur les monuments sculptés, des singes de l'intérieur de l'Afrique, des perroquets au plus riche plumage , des éléphants, et même la girafe, figurés parmi les tributs payés par les peuples vaincus. Il paraît également certain que les anciens rois d'Egypte emmenaient avec eux à la guerre un lion apprivoisé , qui les secondait et les gardait dans le combat. On a parlé aussi en d'autres temps de quelques lions apprivoisés; Méhémet-Ali , vice-roi actuel d'Egypte , en a un dans son palais , et assis habituellement auprès de lui.

Parmi les végétaux observés eu Egypte , les uns y sont indigènes , d'autres y arrivent par les vents ou par le Nil. Entre les arbres particuliers à la Haute-Egypte , il faut compter le palmier, le doum et le sayaL. \! acacia nilotica est un des arbres qui appartiennent à la Haute et à la Basse- Egypte ; d'autres ne viennent que par la culture , et tels sont le sycomore et le tamarinier, originaires de l'intérieur

de l'Afrique, le cordia myxa , l'acacia lebbeek et le cassia fistula, originaires de l'Inde. Dans la Basse-Egypte , facilement inondée , croissent les roseaux, deux espèces de nymphœa ou lotus, et enfin le /««/jjrKJ, autrefois très-commun , aujourd'hui très-rare dans cette contrée. Il y a quelques végétaux dans le désert. On sème dans les terres arrosées le trèfle et plusieurs autres plantes de la classe des légumineuses ; on cultive le riz , le froment , les fèves, l'orge, le blé, la laitue, les lupins, la gesse , les pois chiches , les lentilles et le blé de Turquie; le pavot, le tabae et le chanvre y sont abondants ; on n'y connaît ni le seigle ni l'avoine. La canne à sucre , le coton et l'indigo y viennent très-bien. Il n'y a en Egypte

3ue du blé barbu , et on en a retrouvé ans des tombeaux , où il était déposé dès la plus haute antiquité.

De toutes les plantes d'Egypte , le papyrus , ou byblos , fut une des plus utiles dans les temps de la prospérité de cet empire. Il servait de papier dans l'Orient , dans l'empire romain , et la France même jusqu'au XI' siècle. Le papyrus , très-rare aujourd'hui , croissait dans les lacs et dans les marais; il s'élevait à dix pieds de haut environ ; sa tige porte au sommet une chevelure qui n'est d'aucun usage. Pour faire du papyrus à écrire avec cette tige, on retranchait les deux extrémités, on coupait la tige en deux parties égales dans sa longueur, et on séparait successivement , avec une pointe , les tuniques , au nombre de vingt environ, qui forment cette tige , dont le diamètre est de deux ou trois pouces. La blancheur des tuniques croissait à mesure qu'on approchait du centre. On les étendait séparément; chacune d'elles formant une feuille , et après diverses préparations, on collait deux feuilles l'une sur l'autre, mais placées de manière que leurs fibres se croisassent ; la feuille prenait par-là une suffisante consistance. On battait, pressait et polissait chaque feuille, et avec plusieurs, collées à la suite l'une de l'autre, on faisait des pièces de papier de toutes longueurs. On enduisait ensuite ce

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papier d'huile de cèdre , comme trèspropre à le préserver de la corruption. On possède , écrites sur papyrus d'Égvpte , des chartes de rois de France , (i empereurs et de papes ; des livres en grec ou en latin , qui remontent aux premiers temps de la monarchie française ; mais l'antiquité de ces monuments écrits ne peut entrer en considération à côté des papyrus égyptiens découverts en Egypte , dans des jarres d'argile , hermétiquement scellées , et déposées dans les tombeaux. Ces papyrus sont de toute nature ; il y a des rituels ou livres de prières pour les morts , des registres de comptabilité , de simples lettres , des dossiers de procès , et surtout des contrats passés entre particuliers pour achats et ventes , et autres conventions civiles- (Quelques-uns de ces contrats en caractères égyptiens remontent même aux temps antérieurs à Moïse , et n'ont pas à présent moins de 3500 ans d'anti- (juité; ils sont bien conservés, grâces à la salubrité des lieux oh ils ont été déposés , et vraisemblablement aussi à la bonne préparation de cette espèce de papier, dont aucun de nos papiers modernes n'égalera jamais la solidité et la durée. Les anciens se servirent de plusieurs sortes de papjTus ; le plus lin et le plus beau était le papyrus royal, et papyrus aiigustits sous les Romains; venait ensuite le papyrus hiératique , servant aux écritures et aux livres qui intéressaient la religion ; on l'appela plus tard livius, pour flatter Livie, la femme d'Auguste. Ces dénominations varièrentdans la suite, quand on fabriqua du papyrus à Rome et en d'autres villes de l'ancien monde, là où la nature du sol favorisait la végétation de cette plante aquatique. L'Egypte en cultiva cependant plus que toute autre contrée. Saint Jérôme dit que, de son temps , l'usage du papyrus était général ; aussi on avait grevé cette production et cette industrie d'impôts tellement considérables, que Cassiodore félicita ,par une épître bien connue , le genre humain tout entier sur la diminution opérée par Théodoric , dans le tarif de l'impôt existant sur

une production aussi utile. L'invention des papiers de coton et de chiffes a fait négliger la culture du papyrus ; on ne le trouve presque plus en Egypte. Du reste , on peut voir au musée égyptien du Louvre et à la Bibliothèque royale de beaux manuscrits sur papyrus à'Égypte et de toutes les époques.

Pour compléter ce qui vient d'être ditdans ce paragraphe relativement aux productions naturelles de l'Egypte , il est nécessaire de rappeler avec quel soin les anciens Égyptiens les étudièrent , et le fréquent usage qu'ils en firent dans leurs institutions publiques. Les animaux et les végétaux les plus connus en Egypte furent en effet consacrés à des divinités diverses , et employés comme symboles religieux ou ornements sacrés dans les temples et les cérémonies du culte. Le nombre des êtres divins était considérable dans la croyance égyptienne ; ils représentaient individuellement les diverses qualités du grand dieu qui les renferme toutes ; on consacra donc à chacun de ces êtres divins l'animal à qui les Égyptiens attribuaient de posséder essentiellement ces mêmes qualités; chaque animal était donc un symbole religieux , et il est employé comme tel dans les représentations nombreuses qui nous restent du culte égyptien.

C'est pour cela qu'il nous est parvenu un si grand nombre de figures, en toutes manières , représentant les mêmes animaux, tels que le bélier, le schakal, le chat, le singe, le crocodile, l'épervier, l'ibis, le taureau, le scarabée, le bœuf, le vautour, diverses espèces de serpents , quelques insectes et quelques arbres, arbustes et plantes. Pour faire comprendre les motifs du choix de chacun de ces symboles , nous citerons quelques exemples des idées qui guidèrent ces prêtres et philosophes de l'Egypte. Ils consacrèrent le cynocéphale (espèce de singe) à la lune , parce que le cynocéphale, nourri dans les temples , était privé de la vue pendant les conjonctions du soleil avec la lune; l'épervier était le symbole du dieu soleil , parce que cet

L'UNIVERS

oiseau avait la faculté de fixer ses yeux sur cet astre ; le scarabée était aussi consacré au soleil, parce que le scarabée a 30 doigts comme le mois solaire a 30 jours ; le vautour était aussi l'emblème de la déesse-mère, parce qu'il n'y avait que des femelles parmi cette espèce d'oiseau ; l'ibis était consacré à la lune, parce que cet oiseau s'occupe de ses œufs pendant la durée de la croissance et de la décroissance de la lune. L'ibis représentait le grand Hermès ou Thôth , particulièrement adoré en Egypte , parce que cet oiseau marche avec mesure et gravité , que son pas était un étalon métrique , et qu'il avait inventé la science des nombres. On disait aussi qu'une espèce de cynocéphale connaissait la valeur des lettres ; il était en conséquence le symbole du dieu Thôth, l'inventeur des sciences ; on figure, en effet, cet animal tenant dans ses pattes une tablette d'écrivain. L» bélier fut le symbole de la prééminence , d'Ammon-Ra, le grand dieu de l'Egypte , parce que sa principale force est dans sa belle tête et qu'il est toujours placé en avant du troupeau pour le conduire. Le chat, le crocodile, des serpents étaient aussi des emblèmes d'autres dieux de l'Egypte. Chacun de ces animaux était nourri avec beaucoup de soin, et selon ses goûts, dans le temple consacré au dieu dont il était l'emblème , et soigneusement mis en momie après sa mort. S. Clément d'A- Jexandrie rapporte que les temples égyptiens étaient de magnifiques édifices, resplendissants d'or, d'argent et des pierres précieuses de l'Inde et de l'Ethiopie : « Les sanctuaires , ajoutet-il,sont ombragés par des voiles tissus d'or ; mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un employé du temple s'avance d'un air grave en chantant un hymne en langue égyptienne, et soulève un peu le voile , comme pour vous montrer le dieu ; que voyez-vous alors ?

un chat, un crocodile, un serpent indigène, ou quelque autre animaldangereux ! Le dieu des Égyptiens paraît ! . . . C'est une bête sauvage , se vautrant

sur un tapis de pourpre ! » Tous les sanctuaires de l'Egypte renfermaient en effet un animal vivant; ce n'était pas l'animal qu'on adorait, mais la divinité dont il était le symbole vivant et consacré. Les exclamations de saint Clément sont donc sans objet.

Les Égyptiens pensèrent qu'il était plus digne de leurs dieux, de les adorer dans des symboles animés de leur souffle créateur, que dans de vains simulacres de matières inertes ; ils croyaient d'ailleurs que l'intelligence des animaux les liait de parenté avec les dieux et les hommes.

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