LE CONCEPT DU DOUBLE ET LA STATUAIRE
servis que par le Pharaon ou par quelqu'un des siens, partout où le concours d'un aide inférieur n était pas indispensable, on n'aperçoit autour d'eux sur les murs que des rois et des reines, des princes et des princesses ; encore ces nobles personnages n'ont-ils pas à s'acquitter des tâches vulgaires auxquelles la parenté du mort était astreinte. Il semble qu'on n'ait aucune peine a se donner pour tout avoir dans la sphère où ils se meuvent, mais que les objets y surgissent prêts a l'usage, le bœuf paré pour le sacrifice, l'oiseau troussé pour l'holocauste, l'eau, le vin, le lait, l'huile versés pour les libations, l'encens allumé pour les fumigations sacramentelles. Rien ne ressemble moins que ces fonctions monotones de la vie divine aux épisodes varies de vie humaine qui abondent dans les hypogées, et pourtant le dieu qu'un accident aurait affamé soudain n'aurait eu qu'à laisser ses yeux errer autour de lui pour que l'imagerie l'approvisionnât de réalités délectables : au temple, comme au tombeau, la décoration des parties a son utilité pleine, et, si les éléments qui la composent différent matériellement beaucoup de l'un à l'autre, l'intention est une qui les coordonne et un le concept duquel ils sont déduits.
Un souci aussi pressant de l'utile n'était pas sans peser lourdement sur l'indépendance de l'art et de l'artiste. Celui-ci, obligé de songer avant tout au bien des êtres pour lesquels il travaillait, n'était pas libre de s'abandonner à son inspiration m de s'écarter des règles où la religion l'emprisonnait. Du moment que la statue était le corps d'un double.
FiG. 27. — Statue
DU PHARAON MyCÉRINUS