LE DÉCOR SE RAMENE A UN TYPE UNIQUE
royale, qui n'avait pas un peuple pour l'adorer, mais de qui la famille et la clientèle étaient nécessairement restreintes, n'aurait su comment utiliser de si vastes espaces : une simple chapelle lui suffisait, et trois ou quatre petites pièces, rarement plus, souvent moins, lui rendaient office de magasins, de salons, de chambres d'hôtes, sans que ses chances d'immortalité en fussent amoindries. Arrivée à ce point, la diversité entre le temple et le tombeau est telle que toutes les traces d'une origine commune semblent s'être effacées : quel rapport y a-t-il à première vue entre un monument tel que celui de Khonsou (fig. 18) ou d'Edfou et les hypogées thebains de l'époque saite ? il faut, pour l'apercevoir distinctement, se livrer à une longue suite de déductions et d'analyses.
La difficulté n'est pas moindre lorsque l'on essaie d'en ramener le décor à un type unique ; mais, la encore, les divergences les plus outrées s'expliquent par la nature des personnes. Dieux ou momies, elles étaient incapables de subsister par leur énergie propre, et elles auraient péri d'inanition sans l'intervention quotidienne des vivants. Ceux-ci leur avait donc institué des apanages, ou, si l'on préfère le terme de la jurisprudence musulmane, des douk.af, qui les conservaient en bon point, pourvu qu'on leur en appliquât les revenus. Il était rare toutefois qu'ils en tirassent profit pendant longtemps. Leurs descendants les leur reprenaient après un petit nombre d'années, ou bien la famille s'éteignait, et son héritage échéait à des étrangers qui en répudiaient les charges : le fondateur, dépouillé de son dû, subissait les tortures lentes de la faim, avant de succomber enfin à cette seconde mort qui anéantissait, sans retour, ce que la première avait respecté en lui de vitalité. Les sta-
FiG. 24.
Une des murailles du temple d'Isis, a Phil^.
(Cliché Béato.)
tuettes éparses dans les chambres et les scènes répandues sur les parois du tombeau conjuraient son danger, et, plus on les avait multipliées, plus il était sûr de ne manquer de rien, quand même tous ses biens véritables lui auraient été ravis. Des théories interminables d'hommes et de femmes simulaient ses maisons, ses étangs, ses bois, ses prairies, et elles lui apportaient leurs fermages (fîg. 1 9), tandis que les serfs et les ouvriers de sa domesticité, affairés chacun à leur métier, lui en fabriquaient les produits éternellement. Désirait-il un peu de pain ? Le labour s'accomplissait la sous ses yeux, en simulacre ; le blé mùr tombait a plein poing sous la faucille (fîg. 20) ; le grain était dépiqué, vanné, mesuré, versé dans les greniers (fig. 21), puis les boulangers le broyaient, cuisaient la miche et la lui présentaient. Voulait-il manger de la viande ? Sur d'autres tableaux, le taureau saillait la vache, le veau naissait, grandissait, devenait bœuf, tombait aux mains des bouchers, qui coupaient le cou, recueillaient le sang, ecorchaient, dépeçaient, choisissaient les meilleurs morceaux pour lui (fîg. 22). Les dieux avaient moins que les hommes à craindre la ruine complète qui aboutit au néant : leur apanage constitue, si quelque impie se rencontrait qui se l'appropriât par la suite des temps, un bienfaiteur ne tardait pas à survenir qui réparait le dommage. On n'estimait pas cependant qu'il fût inutile de leur assigner, comme aux morts, un domaine fictif qui suppléât le réel au besoin, et l'on gravait les figures des nomes avec leurs redevances (fîg. 23), voire celles des peuples barbares soumis à l'Egypte. Et comme ils ne pouvaient être i6
FiG. 25. — Statu li