LA VACHE DE DEI R-EL-BAH ARI
FiG. 327.
La flotte égyptienne, a Déir-el-Baharî.
(Cliché Béato.)
un poncif antérieur ; c'est une vache individuelle, choisie pour sa beauté dans le troupeau sacré. On reconnaît en elle, malgré son harnachement et son Pharaon, la bonne bête nourricière, douce, forte, puissante, naturelle. Le maître qui s'inspira d'elle a dessiné avec amour les saillies de la croupe et des flancs, et l'on sent presque le frémissement de la peau sous les caresses de la lumière. Même il a employé sur la tête des artifices techniques qui paraissent ici pour la première fois à ma connaissance : il a traité les naseaux et les joues à la denteline fine ou à la râpe, et les sillons de l'outil, rayant légèrement l'épiderme, expriment très curieusement le frisson perpétuel dont la face est agitée. C'est la vie infusée dans la pierre : les narines palpitent sous le souffle qui les gonfle, et les yeux sont à demi perdus dans une rêverie de bonté indolente et distraite.
La figure du Pharaon ne sort pas ^ o o r
,,,,.. . . , . FiG. 328. — La reine Ahmasi,
de I ordinaire ; je suis néanmoins ^ dé!r-el-BaharÎ.
porté à croire que le groupe, (CUché Béato.)
FiG. 320. — La reine Tîyi,
A ChéîkhAbd-el-Gournah.
(Cliché Weigall.)
apprécié dans son ensemble, est ce que l'école thébame a produit de meilleur sous les Ahmessides.
La statue mutilée d'Aménôthès II!
habillé à lassynenne est une excentricité (fig. 318). Le groupe gigantesque d'Aménôthès III et de Tiyi, au musée du Caire (fig. 319), est une merveille de facture matérielle, mais rien de plus, et il n'a d'autre mérite que l'immensité des proportions. Les colosses en grès rouge que le même Pharaon assit à l'entrée de son temple funéraire sur la rive gauche de Thebes, les deux Memnons, mesurent seize mètres de haut (fig. 320). Ils sont d'un style correct, et le détail y était poussé très loin : mutiles, ils valent surtout par la masse, et l'on s'étonne de leur
isolement au milieu de la plaine plus qu'on n'admire leur beauté. L'œuvre des ateliers privés nous est peut-être moins connue que
celle des royaux, mais elle ne lui était pas inférieure, loin de là. Le grand prêtre Aménôthès, fils de Hapoui, est très bien venu maigre les retouches d'âge ptolémaïque qui altèrent l'expression de son visage (fig. 321), et son homonyme nous fournit un bon exemple de ce qu'était le type du scribe accroupi traité a la façon nouvelle (fig. 322). Prenez à Karnak ce trio en granit noir (fig. 323), le mari et la femme assis sur le même siège, l'enfant debout entre les deux. Ce sont des notables de Thèbes, lourds de formes et insignifiants de physionomie. Sannafi est très content
Fig. 33o. — Tête d'une statuette
DE la reine Tîyi.
(Musée du Caire.}
(Cliché E. Brugsch.)