LES CAHIERS DE PONCIFS DECORATIFS
aussi inflexible. L'artiste pouvait, jusqu'à un certain point, y associer les motifs a son gré, les entremêler, les disjoindre, les alterner, les rompre, y introduire des incidents burlesques, sans que personne songeât à le contrarier ; mais cette faculté lui servait seulement dans les cas assez rares où le développement des murailles lui permettait de prêter à la décoration l'ampleur qu'elle comportait. Dixneuf fois sur vingt, le manque d'espace le contraignait à ne conserver que les thèmes dont la présence contribuait le mieux au bonheur du mort, et à en condenser la matière aussi fort que possible : d élimination en élimination, on en arriva à dresser comme un panorama abrégé de la vie égyptienne, dont les motifs, brouillés ou décomposés lentement par la suite des siècles, laissent pour chaque époque une impression de monotonie à peine moindre que celle qu'on éprouve dans les temples. On ne s'est pas demandé encore de façon précise quel est le lieu où ce système prit naissance et s'organisa. Il est probable que
les matériaux en furent assem-
blés spontanément un peu partout à la fois, mais qu'ils furent révisés, tries et coordonnés à Héliopolis, dans les régions où les religions populaires se constituèrent en un corps de théologie que la nation entière accepta. C'est bien en effet la doctrine héliopolit^ine qui a réglé le décor des temples, avec son Ennéade, sa prédominance des divinités solaires, son rituel de prières et d'offrandes. Et, si l'on passe en revue l'illustration des tombeaux, on conviendra que l'abondance des scènes c- 2 t m, ^ j ^, FiG. 3i. — Le CHIEN NiBOu.
de pêche ou de chasse au ma- (Musée du Caire.) (CUché E. Brugsch.)
FiG. 3o. — Statue
A CORPS EN UAINE.
(Musée du Caire.) (Cliché ;■;. Hru^'scli.)
FiG. 32. — La da:\ie Noutir.
(Cliché E. Brugseh.)
rais qu'on y rencontre s'accorde mieux avec la condition ancienne des parties hautej du Delta et des cantons marécageux qui avoisinaient le I ayoum qu'avec celle du Said.
Ce i;erait donc dans la plaine héliopolitaine et dans la Memphite que les schèmes des tombeaux auraient été institués, et leur origine septentrionale expliquerait pourquoi on ne les a pas rencontrés jusqu'à présent dans les cimetières thinites d'Abydos : ils n'auraient pas encore eu le temps sinon d'y pénétrer, du moins de s'y imposer aux dynasties régnantes et à leurs sujets. Les sépultures les plus ornées n'admettaient la d'autres éléments d'art plastique que les stèles et peutêtre les statues du mort ou de ses serviteurs. 11 n'y a plus de celles-ci, mais les stèles ne nous manquent pas, les royales ni les privées. Les privées, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, consistent a l'ordinaire en une simple plaque de calcaire à peine dégrossie, ronde du haut, ou rectangulaire, ou de coupe irréguliere, sur laquelle on a gravé rapidement une figure d'homme ou de béte avec sa légende. C'est le chien Nibou aux oreilles droites et au museau pointu (fig. 31); c'est le nain Hapouî debout en sa silhouette disgracieuse (fig. 33) ; c'est la dame Noutir assise à croupetons (fig. 32) ; c'est le soldat Abouni accroupi comme elle, mais qui tient un arc à la main (fig. 34). Leur double lumineux s'appuyait sur ces rudiments de basreliefs aussi sûrement qu'il aurait fait sur des statues, et, comme ils ne coûtaient pas Fig. 33. — Le nain aussi cher a fabriquer, c'était gros béné-
,w ^ "^5°"'' • , fice pour sa famille; grâce à eux, il suivait
(Musée du Caire.) i p • i •
(Cliché E. Brugsch) dans 1 autre Vie les souverains sur le mastaba
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