‹ ÉgypteChapitre 13 sur 185 · LES' STÈLES DE L'AGE THINITE · texte numérisé non relu

LES' STÈLES DE L'AGE THINITE

desquels ils étalent placés, et les y servant, il partageait en récompense leur destinée bienheureuse. Tout cela a été exécuté par des manœuvres, sans recherche d'art, et néanmoms la technique y est déjà si affinée qu'elle nous oblige presque a supposer pour la clientèle aristocratique l'existence d'une école plus habile encore.

L'examen des stèles royales justifie cette hypothèse. Elles sont de forme régulière, arrondies au sommet en plein cintre ou en cintre surbaissé, à l'imitation, je crois, des chambres ou des couloirs voûtés qu'on remarque dans les hypogées du Said.

Comme on les dressait au sommet des tombes, en même temps qu'elles simulaient la porte d'accès du caveau funéraire, elles étaient une enseigne qui annonçait à la postérité 1 identité des Pharaons enterrés derrière elles. Aussi leur voit-on à toutes une même représentation, le faucon d'Horus, perché sur ce qui est le plan conventionnel de la demeure d'éternité, un rectangle dont le champ inférieur feint la façade ou la porte d'une maison et dont le supérieur contient le nom de l'habitant. Celle de Qa-âou (fig. 35) nous laisse entrevoir le sculpteur aux prises avec un schiste gris noir des plus dur et n'en triomphant qu'à moitié : les contours du faucon sont découpés avec une netteté étonnante et ses caractères spécifiques, la rondeur de la tête et son emmanchement au corps, la courbe du bec, la vigueur de l'aile, la puissance des serres, sont exprimés aussi fidèlement que par un naturaliste, mais la facture est encore un peu lourde. 11 n'en est plus de même sur la Stèle ^^"^ ^^5 ^ Stèle

du roi Serpent (fig. 36) : l'artiste y a vaincu .,,°'^ j '^.°^' ■

.. Mi« • lyiusce du Caire.)

la matière, et il la rendue si souple (CHché e. Brugsch.)

qu'on est tenté de penser qu'on a sous les yeux non pas l'original archaïque, mais une réplique du temps de Setoui I . Si le morceau est vraiment de la i' Dynastie, comme il est possible, on a le droit d'affirmer sur son seul témoignage qu'au moins en ce qui touche les animaux les maîtres thinites avaient atteint un degré de perfection que leurs successeurs égalèrent parfois, mais qu'ils dépassèrent rarement.

On n'en saurait dire autant des rares bas-reliefs officiels du Sinai, ni de ces plaquettes de schiste historié dont la destination est incertaine encore, et que 1 on considère tantôt comme des variantes de luxe des palettes à fard de l'âge archaïque, tantôt comme des supports de statuettes ou d'emblèmes divins, tantôt comme l'imitation stylisée des bucranes qu'on érigeait sur les tombes des grands personnages. Les bas-reliefs du Sinai nous prouvent que les attitudes triomphales du Pharaon étaient déjà réglées telles que nous les connaissons plus tard, mais ils ont trop souffert des intempéries pour qu'on se hasarde à en apprécier le style ou la valeur artistique (flg. 37). Une quinzaine de plaquettes, entières ou mutilées,

sont réparties entre les musées, au Caire, à Pans, à Oxford, à Londres.

L'une des mieux conservées, celle du Pharaon Nâr Bouzaou, affiche au sommet, sur ses deux faces, le nom royal enfermé dans sa cage rectangulaire et flanqué de deux têtes humaines d'Hathor, avec des oreilles et des cornes de vache recourbées fortement. La face principale s'y divise en trois registres (fig. 38). Dans le premier, à gauche, le Pharaon, coiffé de la couronne rouge, vêtu du jupon court d où pend la queue de renard, le fléau et la masse d'armes aux mains, les pieds nus, suivi de son écuyer porte-vase et porte-sandales, précédé de son scribe et des quatre petits personnages ruxquels les étendards l-iG. 36. — Stèle du roi Jgg quatre régions du monde sont

Serpent. r - i J

,,,.,, , connes, marche vers deux rangées

(Musée du Louvre.) ' . . °

(Cliché Hachette.) de cadavres ennemis qui occupent la

LES PALETTES THINITES

FiG. 3

Bas-relief de SANAKHîr

ALI SiNAI.

(Cliché Fetrie.)

droite : ils sont étalés à plat sur le sol, cinq et cinq, les poignets liés par une corde lâche, la tête posée proprement entre les jambes selon l'usage oriental. Le compartiment du milieu est réservé à deux guépards affrontés, dont les cous étirés outre mesure se recourbent et s'enlacent autour du godet central, puis se terminent par des mufles opposes et grimaçants : leurs deux gardiens à jupon court, à perruque ronde, à barbe pointue, pèsent sur leurs laisses pour les empêcher de se mordre. Audessous, dans le bas, un taureau vigoureux, image des Pharaons, démolit à coups de cornes une forteresse en briques et piétine un barbare nu qui essaie vainement de lui échapper. Le revers (fig. 39) n'a que deux registres pour les trois de la face principale. Au centre, Bouzaou, mitré cette fois du haut bonnet blanc et escorté seulement de son écuyer, assomme de sa masse un chef a demi renversé devant lui et que surmonte un groupe étrange, l'hiéroglyphe d'un marais de papyrus d'oia sort une tête d'homme, et sur trois des tiges un faucon posé d'une patte ; de l'autre, qui se termine en un bras et en une main d'homme, il tient une corde passée au nez de la tête, et le tout signifie que le dieu Horus livre au roi six mille prisonniers du Nord. Deux personnages nus, courant a toutes jambes, représentent le reste des tribus défaites et leur fuite. On voit sur les autres plaquettes des épisodes de guerre ou de chasse, des listes de villes forcées à la sape, des bandes d'animaux domestiques, boeufs, baudets, moutons, chèvres, oiseaux, se promenant, sur des registres superposés, au voisinage d'un bois touffu (fig. 40). Toutes elles offrent, avec des différences attnbuables aux individus qui les ont fabriquées, une intelligence réelle de la composition et du dessin, ainsi qu'une grande familiarité avec l'outil, mais aussi une raideur et une gaucherie dont on ne trouve aucune trace sur la stèle du roi Serpent : elles appartiennent a l'art industriel plutôt qu'à l'art sans épithète. Elles inté-

FiG. 38. — Plaquette

DE BOUZAOU (recto).

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

ressent pourtant, parce qu'on y discerne les caractères principaux de la grande sculpture aux âges postérieurs, la déformation systématique de la figure humaine, le buste et les yeux de face sur les jambes et sur la tète de profil, le rendu sec et anguleux de l'épaule et du bras, l'allure compassée et parfois comme engourdie de beaucoup des personnages, mais aussi leur gravité et la pureté de leurs lignes, la justesse et la fougue de certains de leurs mouvements, la fermeté du modelé et sa simplicité savante, le parti pris d'abaisser le relief et d'en préciser les plans par des touches légères. C'est de 1 égyptien vrai, sans mélange étranger.

Il semble donc que l'art de l'Egypte, éclos et grandi pendant les siècles qui précédèrent Menés, acheva de se constituer sous ses descendants : à l'avènement des dynasties memphites, il possédait déjà dans leur plénitude ses idées directrices, ses conventions, ses poncifs, sa technique, tous les traits qui lui font une physionomie originale.

Peut-être le progrès de la découverte nous encouragera-i-il a rechercher un jour sous quelles influences il a crû, et quelles furent les vicissitudes de son enfance et de sa jeunesse : le petit nombre des monuments nous défend de rien tenter pour le moment. L'étude des époques postérieures nous autorise pourtant à penser que, dés le début, il ne fut pas uniforme sur le territoire entier ; chacune des cités souveraines eut ses écoles où l'architecture, la sculpture et la peinture se développèrent

FiG. 3g. — Plaquette

DE BouZAOU (VERSO).

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

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