DE MIROIR EN IVOIRE
(Musée du Caire.) (Cliché E. Briigsch.)
mieux encore que celles de la XI T Dynastie. Les pièces en cuivre ou en bronze ne manquent pas, et notre musée en possède de fort belles, ainsi les deux bols dorés ramassés par Newberry dans la poussière du tombeau de Rakhmirîya, et dont la panse contient un petit bœuf dressé en saillie sur une barrette au-dessus de la paroi du fond, ou le plat que Daressy rapporta de l'hypogée de Hatiyai (fig. 393), avec son ombilic en argent ou en or aujourd'hui perdu, et à l'entour ses fourrés de lotus où des troupeaux paissent, sans s'apercevoir que l'un de leurs taureaux vient d'être terrassé par un lion. Le Louvre a les débris de la vaisselle de Thoutîyi, le légat de Thoutmôsis 111, une coupe d'or intacte et le fragment d'une coupe d'argent, mais le trésor découvert il y a quelques années à Zagazig, parmi les ruines de l'ancienne Bubastis, date de Ramsès 1 1 et de ses successeurs. Un vaisseau à boire en or, simulant un lotus mi-épanoui monté sur sa tige, porte le cartouche de sa petite-fille Taouasrit. Je ne le proposerai pas en modèle à nos contemporains, mais, à côté de lui, une vingtaine de tasses en argent, à base plate et à parois basses, sont d'une ornementation très étudiée. Au fond de l'une d'elles (fig. 395), on voit un lac poissonneux, sur lequel un petit canot de papyrus flotte au hasard avec un berger et un veau comme équipage ; un peu plus loin, deux jeunes femmes nagent côte à côte. Sur la berge, quatre palmiers de convention poussent à distances «égales : des sphinx ailés à tête de femme rôdent dans les intervalles, et des animaux courent affolés, un bœuf sauvage en fuite FiG. Sgg. — ÉTUI devant un léopard, des lièvres et des
/w '*^ -'^'f "^"^ ■ ■ gazelles traqués par des renards, par des
(Musée du Caire.) ^, . il i r
(Cliché E. Briigsch.) chiens et par des loups. Les figures du
registre médial sont d'une saillie si faible qu'on les jurerait gravées :
celles du bord ont été repoussées plus fortement, puis reprises et terminées au burin. Deux pots en or (fig. 396) accompagnaient les plats, l'un a ventre lisse et à cou ceint de feuillages et de figures au trait, l'autre à panse bosselée régulièrement en épi de maïs, avec une bague de suspension fixée au bord du goulot par un veau couché du travail le plus précieux. Le chefd'œuvre de la collection est pourtant un cruchon dont le
Fig. 400. — Choix des bijoux
d'Ahhatpou.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Hruffsch.)
FiG. 401.
Le poignard
d'Ahmôsis.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Bruffsch.)
corps est couvert, aux trois quarts de sa hauteur, par des raies longitudinales d'oves, chevauchant l'une sur l'autre comme les écailles d'une pomme de pin. Ce qui le met hors de pair, c'est l'originalité de l'anse (fig. 397). Une chevrette, affriandee par l'odeur du vin qu'il renferme, a escaladé la panse, et là, dressée hardiment sur les pattes de derrière, les jarrets tendus, l'échiné raide, les genoux appuyés contre deux calices de fleur en or qui jaillissent horizontalement de la paroi d'argent, le museau frémissant, elle regarde par-dessus le bord ; un anneau inséré dans les naseaux servait à accrocher la pièce. La technique est excellente, mais ici la conception bat la technique : rien n'est supérieur à l'élan de la petite béte, ni plus spirituel que l'expression de convoitise gourmande qui est répandue sur sa personne.
Armes ou bijoux, jamais la parure n'a été traitée avec autant d'amour et, en somme, avec autant de succès qu'à ce moment. Bagues, anneaux de pied, bracelets, chaînes, miroirs, tout est d'un goût parfait et d'un fini merveilleux. C'est un manche de miroir,