LES BIJOUX DE RAMSES II
Ramses XII (fig. 405), dont le poids allongeait les oreilles, des bracelets surchargés de pierres, tels ceux que Ramsès II donna à sa petite-fille (fig. 406) Taouasrit et dont le Musée du Caire a hérité récemment. Ils sont solides, robustes, et jamais artisan ne sut mieux son métier que celui qui les devisa, mais les grosses plaques de lapis-lazuli qui y forment le corps des canards, les filets d'or, les lignes de granules tirées à profusion sur la surface, ont quelque chose de vulgaire. On ressent la même impression lorsqu'on examine au Louvre l'écrin du prince Khàmouasit. sa broche en épervier à tête de bélier (fig. 407), son pectoral (fig. 408) où le vautour et l'uraeus s'encadrent dans une façade de naos, et l'on se prend à penser que, peut-être, le goût si sobre et si raffiné à la fois des vieux orfèvres s'était perverti à l'étude des modèles que la guerre ou le commerce importaient d'Asie: il sera difficile de l'affirmer, tant que les fouilles ne nous auront pas rendu pour la Mésopotamie et pour l'Assyrie l'équivalent des trésors entassés aux bords du Nil. Beaucoup d'Asiatiques et d'Européens s'établirent à Thébes et dans les grandes cités, pendant les siècles que dura l'hégémonie égyptienne ; ils modifièrent un peu les habitudes de la nation, ils lui insinuèrent des besoins nouveaux, et il semble bien que la passion pour la bijouterie cossue s'introduisit avec eux. Çà et là pourtant le tempérament natif perce, et l'on recueille des pièces d'une simplicité exquise : le grand-prêtre Panotmou portait comme bracelet un simple jonc d'or, décoré d'un réseau d'émail multicolore, et c'est l'un de nos meilleurs morceaux au Musée du Caire.
Dans ces domaines étroits de l'industrie comme dans les domaines y\g. 407. - Broche de Khamouasît.
plus larges de l'archltec- (Musée du Louvre.) iCliché Hachette.) 3l5 __-
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FiG. 408. — Pectoral de Ramsès II.
(Musée du Louvre.) (Cliché Hiichetle.)
ture, le second âge thébain sut donc, quoiqu'il continuât pour la plupart les formes anciennes, en développer de nouvelles ; il témoigna d'une puissance de création et de production qui égale, si elle ne la surpasse pas, celle de l'âge memphite. L'idéal que l'on s'y proposait est moins serein et moins pur, mais il approche plus de la réalité.
L'élan qui avait jeté Pharaon et ses armées au delà de l'isthme avait entraîné le peuple entier, et ceux mêmes qui n'étaient point partis â la conquête, théologiens, littérateurs, commerçants, artistes, sentant les limites du monde se desserrer autour d'eux, avaient élargi le cercle de leur savoir et de leurs inspirations, chacun dans son métier. Voyant grand, ils essayaient de faire grand partout où l'occasion s'en présentait, non plus seulement, comme leurs ancêtres aux Pyramides, par l'amoncellement démesure des matériaux, mais par l'immensité raisonnée des conceptions ; les architectes en étaient arrivés ainsi aux colonnades gigantesques de Louxor et de Karnak, les sculpteurs aux colosses de la plaine thébaine et d'ibsamboul. Ce point atteint qu'ils ne pouvaient pas dépasser, ils ne s'y maintinrent pas longtemps : comme l'effort même les avait épuisés, leur vigueur artistique déclina après Ramses 111 aussi rapidement que leur puissance militaire. Leur œuvre n'est peut-être pas la plus uniformément belle que 1 Egypte ait produite, et d'autres lui préféreront celle des temps memphites : je crois pourtant qu'elle est la plus vivante, la plus variée, la plus complète, celle qui caractérise le mieux le peuple avec ses défauts comme avec ses qualités. C'est à coup sûr celle qui honore le plus l'Egypte et qui lui vaut aujourd'hui une des places les plus hautes dans l'histoire artistique du monde.
BIBLIOGRAPHIE. — Second âge thébain. — Ici les monuments sont si nombreux et ils ont été étudiés si souvent qu'il a fallu faire un choix. On peut recommander pour l'ensemble : Mariette. Voyage dans la Haule-Egyple. t. 1. p. 55-81.90-98. et pi. 18-34.37-38. t. II, p. 1-82, 107-109, et pi. 39-65, 74. et E. de Rougé, Album photographique de la Mission. n°^ 47-88, 123-133, 138-141, 151-155 avec les portions du texte qui correspondent â ces numéros.