LE TEMPLE DOUBLE D'OMBOS
contraignirent les architectes à y introduire.
Comme Dendérah, par exemple, était le palais d'Hathor, les colonnes du pronaos avaient le chapiteau hathorien à quatre faces, et le plafond y reposait sur une forêt de sistres immenses (fig. 42 1 ) .
A Kom-Ombo, où l'on adorait non plus un dieu ou une déesse unique, mais deux dieux jumeaux, Horus et Set sous les Pharaons thebains, puis, lorsque Set eut été proscrit pour le meurtre d Osiris, Horus et Sovkou, un habitacle unique n'aurait pas suffi à héberger deux êtres aussi disparates que le crocodile et le faucon : on divisa l'édifice en deux nefs parallèles, soudées l'une a l'autre sur l'axe le plus long. On ne saurait dire avec justice que ce sont deux temples accolés : s'ils ont deux chambres distinctes pour les barques, elles ne forment qu'un bloc entouré d'un couloir sur le parcours duquel les salles de l'ennéade commune s'échelonnent, celles qui sont au Sud pour Sovkou, celles qui sont au Nord pour Horus. De même les autres éléments constitutifs ne sont pas doublés, mais ils se partagent chacun en deux secteurs qui appartiennent au faucon ou au crocodile, selon qu'ils sont situés au Nord ou au Sud du diamètre tiré d'Est en Ouest. Il n'y a pas non plus deux pylônes, mais entre les tours du pylône ordinaire deux portes jumelles s'ouvrent, dont les baies correspondent à celles par lesquelles on entrait dans les chambres des deux barques. 11 y a ainsi un pronaos, une salle hypostyle, trois salles, si ]e puis dire, bilcbées, et sur leurs flancs, les cabinets et les escaliers habituels. Deux murs en pierre avec deux couloirs de ronde couraient à l'entour ; l'extérieur s'appuyait au pylône comme celui d'Edfou, mais l'intérieur prolongeait les faces Nord
Fig. 489. — Le massif Est du second pylône,
A Phil.-e.
(Cliché Béato.)
FiG. 440. — Le pronaos
ET LHYPOSTYLE DU TEMPLE D'IsIS,
A Phil^e.
(Cliché Héalo.)
elle ne nuisait pas â leur effet point de pylône, mais simplement une muraille du genre de celle qui fermait à Louxor la cour d'Aménôthés III.
Sauf ce point, sur lequel il n'y a aucune certitude, les savants et les milliers de touristes qui visitent Kom-Ombo annuellement n'y rencontrent rien qui blesse leur œil (fig. 422) :
le maître qui le conçut et qui
et Sud du pronaos, et il était garni en Est d'un rang de cellules où logeaient probablement les prêtres de service, trois au Nord-Est pour Horus, trois au Sud-Est pour Sovkou, et au centre, sur la ligne de suture, un escalier menait aux étages supérieurs maintenant démolis. Le plan, pointé sur le papier, nous montre un monument trop large pour sa longueur et pour sa hauteur, et dont les disproportions devaient accuser encore le défaut de lourdeur qu'on reproche aux architectes égyptiens. On se demande, en effet, avec inquiétude, ce qu'il en était de cette double baie béante entre les masses du pylône, et comment peut-être, après tout, n'y avait-il
Fig. 441. — L'angle Sud-Ouest du mammisi
ET LA grande PORTE DU TEMPLE d'IsIS, A PhIL^.
(Cliché Fiorelli.)
exécuta, sous
Pt
olemees, a con-
Fi(i. 442.
~ Le temple de Débôt avant la restauration.
(Cliché E. Brugsch.)
r- LES TEMPLES DE PETITE VILLE AUX BASSES EPOQUES — 1
cilié avec beaucoup de tact les traditions générales de l'école et les exigences de sa religion.
Les temples de module moindre, ceux que j'ai nommés les temples de petite ville, ne prêtaient pas au changement autant que
les autres. Bien qu'ils soient demeurés fidèles à la formule ramesside, ni celui de Sanhour, ni celui d'el-Kalaà près Coptos, ni celui d'Assouàn, ni celui de Dakhléh dans la Grande Oasis, ni celui de Kasr-Kéroun (fig. 423), ni même celui de Médinét- Habou (fig. 424), tous datant de l'époque romaine, n'offrent une apparence assez engageante pour avoir attiré l'attention des archéologues. D'autres ne sont que des éléments accessoires d un grand édifice, telle la délicate chapelle d'Hathor à Philas, avec sa cour mignonne et sa pièce unique. Le meilleur spécimen en est ce charmant temple d'Hathor et d'Aménôthès, à Déîr-el-Médineh, de qui les artistes de la Commission française tombèrent amoureux, et que l'on a trop dédaigné depuis eux. Il est posté en vedette vers
l'entrée de la gorge sauvage qui mène du basfond de Gournèt-Mourraî à la Vallée des Reines, et les moines coptes qui l'occupèrent pendant longtemps ont rebâti, a peu près sur les fondations primitives, le rempart de briques dont les Ptolémées l'avaient muni. Il dessine un rectangle dont la façade s'oriente au Sud-Est, et il est nu à l'extérieur sans autre orne-
Le temple de Taffah avant LA restauration.
(Cliché E. Brugsch.)
FiG. 444. — Plan do temple DE Kalabchéh.
(D'après liarsaiiti.)
„ ment que le tore et la gorge qui arrê-
j^^^^"!! tent la crête des murs (fig. 425). A
\^^^^^ \ l'intérieur, on traverse un vestibule
soutenu de deux colonnes à chapiteau
fleuri, puis un pronaos que le mur
,.---, d'écran ordinaire sépare du vestibule
V^U'* "^ ,1 Q I (fig. 426) : les trois sanctuaires confinent V" A ^ Il ^^^^ ^ ^°*^ ^" pronaos, et un escalier amTrriiw^'*''' blotti contre le mur de l'Ouest conduisait aux terrasses. Proportions des parties, couleur, éclairage, tout y est d'une délicatesse rare, et la sculpture ellemême est bonne pour l'époque : les sept masques d'Hathor qui s'alignent au-dessus de la porte, sur la paroi de front du pronaos, forment une frise d'un agrément inattendu. Les deux autres chapelles qui subsistent dans la plaine de la rive gauche, au Sud de Médinét-Habou, n'exercent pas, tant s en faut, le même attrait sur les voyageurs. La moins éloignée des deux, celle que les indigènes dénomment le Kasr-el-Agouzet qui fut dédiée à un saint local par les Ptolemees, était précédée d un portique, mais elle ne comprend qu'un large vestibule et trois pièces obscures en enfilade l'une derrière l'autre. L'autre, le Kasr-el-Chalaouit, fut édifiée pour l'Isis d'Hermonthis, sous Othon, Vespasien et Domitien, puis achevée par Hadrien et par Antonin le Pieux ; elle contient un sanctuaire isole au centre, deux chambrettes au Nord-Ouest, trois au Sud-Ouest, et, dans la dernière de celles-ci, l'escalier étroit des terrasses. Il ne faut pas confondre avec ces temples de petite ville les mammisi, les maisons de réclusion où les déesses se réfugiaient chaque année, pour passef dans la solitude rituelle les semaines impures de l'accouchement et des relevailles.
On sait, par les scènes figurées à Louxor et à Déir-el-Baharî, que les reines ou les divinités fig. 445. - Le temple de Dakkéh.
mères étaient placées (D'après un dessin de Burton.)