LA STATUE D'AME ETHIOPIENNE
FiG. 4g5.
(Colosse d'époque
UOjMAINE.
(Miiscc du Caire.) iClichc E. Hniff^cli.)
créatrice que la tradition ancienne entretenait
encore s'était réfugiée en Ethiopie. Elle ne se
manifeste point sur le colosse couronne de l'île
d'Argo (fig. 491), ni sur les rares statues royales
qui nous sont venues d'Argo, de Napata et de
Méroé : le groupe du Caire (fig. 492), où une
reine Candace est debout à côté d'un Amon, a
de la fierté et de l'énergie, malgré l'imperfection
de l'exécution ; mais on n'y discerne aucune particularité qui ne soit purement égyptienne. Et
pourtant les fouilles récentes ont révélé chez ce
peuple qui rétrogradait vers la barbarie une façon
nouvelle de traduire le concept de l'àme (fig. 493).
Prenant pour point de départ l'oiseau à tête
humaine qui, de tout temps, avait servi à l'exprimer, ils substituèrent un corps humain au
corps de faucon, d'abord sans altérer les proportions, puis bientôt, allongeant aux dimensions
normales ce corps minuscule, ils produisirent ce
que j'ai appelé la stalue d'âme par opposition a
la statue de double, une figure d'homme ou de femme aux épaules de qui la dépouille du faucon pend comme un manteau. Il ne semble pas que ce type ait pénétré sur le territoire égyptien proprement dit. D'ailleurs, bientôt après son apparition, les écoles de sculpture purement indigènes ou se fermèrent ou n'éduquèrent plus, tout au long de la vallée, que des manœuvres incapables de mettre sur pied une œuvre p:issable : lorsque, vers le début du III' siècle, ceriaines villes du Fayoum ou du Delta voulurent ériger des monuments en l'honneur des Césars, Commode ou Caracalla, elles en furent réduites à emprunter une statue antique et à lui retailler la face (fig. 494), ou, si elles commandèrent une pièce originale, 1 artiste ne leur livra que la caricature d'un colosse d'ancien style (fig. 495). L'art hybride d'Alexandrie se tenait mieux, comme le
Fig. 496. — Statue