LA TECHNIQUE DU BAS-RELIEF PTOLEM A/QUE
petit temple de Phtah (fig. 508), et le décor de la grande porte bâtie par Ptolémée Physcon pour la salle hypostyle est franchement détestable ; dans les endroits surtout où le sculpteur a prétendu fabriquer des bas-reliefs au nom des Thoutmosis (fig. 509) ou des Ramsès (fig. 511), la facture est si veule que le faux saute aux yeux des plus ignorants. La faute en est un peu a la matière sur laquelle il est gravé. Tandis que les architectes de l'âge ramesside et de l'âge saite employaient un grès compact et dur, capable de retenir ferme les jeux du ciseau, ceux des temps ptolémaïques se contentaient, par économie sans doute, d'un grès tendre à gros grain, qui ne se prêtait pas aux lignes nettes m aux reliefs délicatement nuancés. Les sculpteurs se virent donc obligés d'abord de supprimer, dans les contours et dans les saillies de leurs figures, les minuties auxquelles la pierre se serait refusée, et comme, même en les
atténuant au dernier degré, ils n'arrivaient pas à éviter complètement l'éclat ni l'écrasement, ils substituèrent au relief dans le creux, qui était presque de règle aux siècles antérieurs, le relief normal sur le champ de la paroi, qu'ils appliquèrent même aux inscriptions. Il leur devint ainsi plus facile de compléter le décor sans endommager par trop les figures et les hiéroglyphes; mais, d'autre part, ils n'en obtinrent l'intégrité qu'au détriment de la souplesse :
leurs œuvres, réduites aux
Fig. 5o3. — Ptolémée Ëvergète
chargeant.
(Musée du Caire ) (Cliché E. Brugsch.)
modelés les plus simplifiés de peur d'accident pendant l'exécution, ont l'air d'avoir perdu leur épiderme et de ne plus exposer a la vue que l'écorche sommaire des personnages. A Philae, la décadence, pour être plus lente, n'en est pas moms réelle, et elle tient aux mêmes causes qui agirent a Karnak : on la suit pas a pas, du pavillon et de la porte de Nectanébo 11 au sanctuaire d'Evergéte II, aux portiques d'Auguste et de Tibère, à la porte de Trajan et d'Hadrien. Dans ceux des temples qui ont été décorés sur un plan d'ensemble, sans trop d'écart entre la date du commencement et celle de la fin des travaux, à Edfou par exemple, le contraste n'est pas choquant de salle en salle, et l'unité de l'ornementation en dissimule jusqu'à certain point les faiblesses. Il n'y a pas besoin pourtant d'y regarder de près pour s'apercevoir que le sculpteur n'était plus qu'un manœuvre, qui transportait mécaniquement sur la muraille des poncifs auxquels il n'était plus capable d'ajouter un accent personnel (fig. 510) :
sa grande préoccupation était de copier sans fautes les détails des costumes et les accessoires liturgiques (fig.
512). Aussi bien, la grande école thébaine, de qui toutes les écoles provinciales du Said s'étaient inspirées depuis des siècles, se mourait-elle, si même elle n'était point déjà morte au moment où l'on ciselait Edfou et Dendérah, et les ateliers locaux ne savaient plus que reproduire par machine les motifs que l'architecte leur commandait, témoin ces tableaux sur lesquels 1 empereur Domitien vient en adoration devant les dieux de Thèbes (fig. 513) : ou l'architecture, art chiffré, retint sa vitalité pendant des siècles, quelques années avaient suffi pour que la sculpture dégénérât et fût sur le point d'expirer. Les stèles du Fayoum (fig. 514) et les bas-reliefs de Macrin et de Diadumenien à Kom-Ombo (fig. 515), les derniers qui portent une date précise, n'ont ni vie, ni style, m rien : c'est de la pacotille hiératique,
Fig. 504. — Modèles
de têtes a différents états.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.)
FiG. 5o5. — Figure de reine
ou DE DÉESSE EN DEUX ÉTATS.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch )
i LES BAS-RELIEFS DES TEMPLES PTOLÉMAIQUES
fabriquée anxieusement par un ouvrier ignorant. Et l'Ethiopie n'est pas mieux partagée que l'Egypte propre. Les têtes de certains de ses rois semblent des caricatures (fig. 516-517), tant l'exécution en est maladroite.
Même en Nubie, ou l'on pouvait croire que la domination des Ptolémées puis des Césars avait conservé plus vivantes les traditions thébaines, le mauvais goût méroitique prédomine. Les sculptures de Kalabchéh et de Dakkéh (fig. 518), qui pourtant sont d'Auguste pour la
plupart, sont pires que celles d'Ombo, leurs cadettes de deux cents
ans et plus. 11 faut signaler à Maharrakah l'antique Hiéra-Sycaminos,
à côté de bas-reliefs détestables de pure manière égyptienne, une
tentative extrême pour allier le style alexandrin au pharaonique, des Isis et des
Horus drapés à la grecque et siégeant ou
se mouvant à la façon des dieux romains
(fig. 519). L'intention était louable, mais
jamais œuvre plus barbare ne déshonora
ciseau égyptien.
Le bas-relief funéraire d'âge saite passe
aux yeux des archéologues pour marquer
la renaissance du vieil art memphite, et
l'on attribue volontiers la pureté et la douceur qui le caractérisent à l'imitation directe
de l'Ancien Empire. On ne saurait nier
que les Egyptiens de cet âge aient pénétré
souvent dans les hypogées antérieurs, mais
si, après les avoir pillés et démolis pour en
utiliser à nouveau les matériaux, ils en ont
tiré des textes et des formules magiques,
ils n'eurent pas besoin d'y emprunter des
Fig. 6o6. — Figure de roi ébauchée.
(Musée du Caire.) (Cliché E. lirugsch.)
FiG. 507. — Figure de roi