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ESSAI DE PEINTURE PITTORESQUE

FiG. 520. — Bas-relief de Psa.mmétiknoufisashmou. (Musée du Caire.} (Cliché E. Brttgsch.)

cnptions sont répandus en adoucit les vivacités. Sous la scène principale, au milieu d'un paysage presque unique jusqu'à présent, le coin de cimetière où la morte dormait a été croqué avec assez de bonheur. Une montagne sablonneuse, jaune et rayée de rouge, descend de la gauche vers la droite. Trois façades de tombe s'adossent a ses flancs, et, devant elles, une femme agenouillée se bat le front de ses mains, en deuil de la prétresse ; un nabéca et deux dattiers chargés de fruits se dressent a droite, et entre les deux dattiers, la table d'offrandes sur laquelle l'âme se posera bientôt pour prendre son repas. La composition n'est pas mal balancée,' et la pleureuse isolée au centre attire sur elle tout l'intérêt. Si on la compare aux stèles de la même catégorie, on y reconnaîtra le dessein de renouveler l'expression de l'idée religieuse qu'elles exprimaient, et de l'approcher à la réalité plus qu'on n'avait fait jusqu'alors. Dans la conception première, le registre le plus bas' retrace des scènes qui se passent sur terre, l'office célébré par les survivants en l'honneur du parent qu'ils pleurent, tandis qu'au registre supérieur

celui-ci arrive dans l'autre monde et reçoit des dieux la portion qui lui revient - du sacrifice. L'artiste qu'on employa pour la dame Zadamonéfônoukhou, pénétré de l'inconséquence qu'il y

FiG. 521. — Bas-relief de Zanoufi. ^^^^^ ^ mettre en

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brttgsch.) présence directe,

FiG. 322. — Bas-relief de Psammétiknoufisashmou. ^\/liséc' d'Alexandrie.) (Cliché E. Urugsch )

comme dans l'existence courante, des personnages dont les uns séjournaient encore sur la terre et dont les autres l'avaient quittée, estimant d'ailleurs que la différence n'était pas assez tranchée entre la cérémonie terrestre et l'apothéose dans le séjour des dieux, prit sur lui d'accentuer le contraste aux yeux aussi fortement qu'a l'esprit. Conservant inaltéré le tableau supérieur, il remplaça le téte-à-tête factice du bas par un épisode de vie réelle, de ceux qui se répétaient chaque jour dans les cimetières. La morte y est invisible, mais une des femmes de la famille est venue lui apporter l'hommage des siens et pleurer sur elle : l'idée antique persistait sous une forme rajeunie, et qui s adaptait mieux aux tendances de l'art présent.

Comme toutes les tentatives contre la tradition, celle-ci ne réussit pas. Trois stèles de même époque et de même origine témoignent que le morceau du Caire ne fut pas le caprice d un isole : encore le paysage tst-il moins complexe et le registre du bas contient-il seulement un croquis conventionnel soit de la montagne (fig. 527), soit du jardin où l'àme s'abritait pendant le chaud du jour, un groupe de dattiers et de sycomores brosses hâtivement. 11 en fut de même pour les cercueils et pour les cartonnages. Les ateliers thébains ne se privèrent pas d'inventer pour eux sinon des formes nouvelles, du moins des agréments nouveaux. Dans certains cas, le couvercle reproduisait, en plus du masque, les contours et les reliefs du corps entier et les détails de l'habillement, la perruque, le jupon plissé ou droit,

LES CERCUEILS SCULPTES A THEBES

la robe de gaze, les sandales, si bien qu'il semblait une statue en bois du vivant couchée en apparat sur le cadavre. Vers la fin de la XX" Dynastie et sous les dynasties postérieures, il est parfois aussi soigné que s'il s'agissait d'une statue réelle : c'est un travail comparable a celui du calcaire, mais plus sincère et plus affranchi de l'école. Sans doute le sujet ne tolérait pas de fantaisie dans la pose : il fallait que le modèle couchât carrément sur le dos, la tête bien en équilibre, le buste étendu, les jambes et les pieds joints ; seuls les bras, tantôt sont allongés de chaque côté du tronc, tantôt se

croisent sur la poitrine.

Le tout pourtant est de proportions si justes, les couleurs qui rehaussent chaque partie sont associées SI heureusement, qu'on ressent l'impression de la vie. Les cartonnages, surtout ceux qui ont appartenu à des femmes, atteignent presque la perfection vers la XXll' Dynastie. C'est ainsi que la princesse Tantkalashin, le règne d'Osorkon II, est enveloppée dans une

FiG. 523. .A.XTÉE ET IsiS.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch )

qui mourut sous le sorte de toile d un rose pâle, qui dessine les chairs sans les accuser trop indiscrètement. Ses bras sont libres, et l'un d'eux se replie sur la poitrine au-dessous des sems : une demi-douzaine d'amulettes, signe de vie, boucle de ceinture, autel à quatre tablettes, lui pendent du poignet et

FiG. 524. — Une chambre dans l hypogée DE Kom-ech-Chougafa.

FiG. 525. — Une paroi décorée au tombeau DE Kom-ech-Chougafa.

la protègent. La face, encadrée dans les bouffants de la perruque, est d'un oval un peu plat, avec des yeux petits mais rieurs, un nez court, une bouche épaisse, un air de douceur et de gaité. Même aux cercueils de fabrication banale, le masque de bois sculpte est souvent de facture excellente, jusque dans les premiers temps de 1 époque persane : à ce moment, la décadence de Thèbes est consommée, et ses entrepreneurs de funérailles ne fabriquent plus que des articles de commerce, barbares de relief comme de couleur. Les ateliers de la Basse- Egypte se maintinrent mieux, et ils participèrent au renouveau de l'art saite. Sous les premiers Ptolémées, lorsqu'ils se furent soustraits a l'obligation de copier en bois les masses difformes des cercueils en schiste vert ou en granit, ils exécutèrent quelques pièces comparables aux meilleures oeuvres thébaines, le cercueil du Psammétique découvert à Ouardàn (fig. 528) et celui de la dame Téteharsiesi, qui appartient au Musée de Berlin (fig. 529). L'influence grecque y est souveraine dans l'agencement de la coiffure, mais la technique est égyptienne : le sculpteur sortait de l'une de ces écoles mixtes dont j'ai signalé l'existence a Memphis et dans Alexandrie, vers la fin de l'âge ptolémaïque.

La palette égyptienne s'était enrichie : elle comportait au moins deux variétés de rose, cinq à six nuances de vert, de bleu et de jaune, des violets, des lilas, des mauves, surtout dans les régions où les Grecs avaient colonisé, autour d'Alexandrie, au Fayoum, a Ptolémais de Thébaide, et les peintres cédèrent promptement à la tentation de faire des portraits ou de retracer sur les murs des décorations analogues à celles qu ils voyaient dans les villas helléniques. Il faut s'écarter jusqu'aux Oasis pour retrouver dans les temples ou dans les hypogées quelques débris de ces décorations murales ; encore sont-ils d'un dessin incorrect et d'une touche peu habile (fig. 530).

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