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LES PORTRAITS FUNERAIRES DU FAYOUM

V\Q. 526. — Panneau peint de Pakhairi.

(Musée du Cuire.) (Cliché I:. Bruffscli.)

Les portraits, au contraire, nous sont parvenus en assez grand nombre, grâce à un caprice de la mode. Vers le milieu du 1 " siècle avant notre ère, au Fayoum et dans la Haute-Egypte, les familles riches, rebutées par la lourdeur et par la grossièreté des cercueils en bois, imaginèrent de substituer aux masques sculptés des équivalents où leurs goûts artistiques fussent plus respectés et les ressemblances mieux garanties. Elles eurent recours à deux procédés distincts. Le premier celui dont nous avons actuellement les modèles les plus

anciens, consista à remplacer la face en ronde bosse par un panneau peint à la cire avec quelques retouches de détrempe, ou même a la détrempe seule ; on l'encastra dans le cartonnage, au-dessus de la tète momifiée, et le mort sembla regarder à travers une lucarne ce qui se passait dans le monde des vivants, ainsi que ses ancêtres l'avaient fait jadis par les yeux peints sur Tun des côtés longs de leur sarcophage. La plus grande partie des cercueils à portraits ont été retirés des cimetières de Diméh ou de Hawarah, et ils datent du 1" siècle avant ou après Jésus-Christ ; plusieurs, qui sont au musée du Louvre, proviennent de Thebes, et ils représentent des membres du clan noble des Sôters, qui florissait sous les Antonins. Quelques-uns d'entre eux sont d'un dessin et d'une couleur qu'on pourrait presque attribuer a un bon maître du XV= siècle Italien, mais, s'ils ont 'été peints par des Egyptiens de race, ils n'ont rien de commun avec l'art pharaonique : ils relèvent de l'art alexandrin. Le second procédé est moins complètement

FiG. 527. — Stèle peinte.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsclx )

FiG. 528. — Cercueil

d'Ouardan.

(Musée du Caire.)

(Cliché E. Brugsch.)

étranger (fig. 531) : il suppose, au lieu du masque en bois, un buste en plâtre, au creux duquel la tête voilée de la momie vient s'emboîter, et dont les bords inférieurs se perdent sous les bandelettes de la poitrine. Le parti général y est grec, mais certains détails demeurent égyptiens : ainsi l'usage de rapporter les yeux et d'en imiter l'effet par des incrustations de talc ou de verroteries.

Cette mode régna vers le il' siècle après notre ère, chez les hautes classes de l'Heptanomide, depuis le Fayoum jusqu'aux confins de la Thebaide. Elle n'empêcha pas, au Fayoum même, l'usage de masques en carton modelés a l'image du mort mais traités a la grecque, avec 1 indication du haut des vêtements, des faces avivées de fard, des bijoux, des coiffures frisées, des couronnes de fleurs : on dirait, à voir les meilleures d'entre elles dans nos vitrines, qu'elles sont des bustes de cire colorée (fig. 532). A Akhmim et dans la banlieue,

l'usage de coucher les morts sur leur cercueil en habit de ville reprit le dessus vers le temps des Sévères, mais, au lieu de leur conserver le pagne et la perruque archaïque, on les habilla de leur costume moderne, des tuniques, des péplums, des manteaux de chez la bonne faiseuse, une bonne faiseuse qui était probablement en retard de bien des mois sur le dernier genre d Alexandrie ou de Rome (fig. 533). La caisse est en limon du Nil plaqué sur une armature de carton ou de toile stuquée : on lui donnait une forme approchée à celle du personnage auquel on le destinait, et l'on peignait sur le modelé, à la gomme ou au blanc d'œuf, la face, la tête couronnée de fleurs, les mains, les

Fig. 529. — Cercueil de tétéharsiési.

(Musée de Berlin.)

FiG. 53o.

Peinture d'un hypogée dans l'oasis Bahariéh.

(Cliché Morit^ Hey.)

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