LA STATUAIRE ET LA PEINTURE POUR MOMIES
bijoux, les étoffes multicolores.
Ce fut le dernier effort vers l'originalité des artistes qui travaillaient dans les nécropoles. La statuaire et la peinture pour momies cessèrent vers le milieu du lir siècle, en même temps que la statuaire et la peinture ordinaires, et pour les mêmes raisons : les guerres civiles dont
l'Egypte ressentit le contre-coup, puis l'invasion du christianisme
détruisirent tous les arts qui dépendaient pour leur existence du
maintien des religions antiques. Ce
fut le cas également de la sculpture en
métal et de la céramique. La technique
de la fonte se perfectionnant de plus
en plus, les maitres saites s'enhardirent
à des pièces toujours plus grandes,
jusqu'au moment où ils réussirent à
en couler d'un seul bloc qui dépassaient les proportions humaines. Aucun
de ces colosses en métal ne nous est
parvenu entier, mais nous possédons
des fragments qui nous autorisent a
en restituer l'aspect, ainsi cette main
serrant l'hydrie que Daninos recueillit
dans les ruines de Memphis, et qui
est conservée au Musée du Caire :
elle se termine au poignet en un tenon
rectangulaire qui la raccordait a son
bras, et l'efîîgie de roi agenouillé à
FiG. 53i. — Masque de momie
EN PLATRi;.
(Musée du (^aire.) (Cliché E. Brugsch.)
FiG. 532. — Masque
DE MOMIE EN CARTON PEINl.
(Musée du Caire.) tCUché E. Brugsch )
laquelle elle appartenait Jcvait mesurer près de deux mètres de haut. C'est là une exception. La statue de Petoukhanou, dont la collection Stroganofî possédait le torse, était à peine de grandeur naturelle, elles pièces les plus importantes que nous ayons de 1 âge bubatiste ou du saite ne dépassent guère soixante ou quatre-vingts centimètres de hauteur. Plusieurs d'entre elles valent mieux que les meilleurs morceaux de la sculpture contemporaine en calcaire ou en granit, le petit sphinx d'Apriès au Louvre (fig. 534) et le Taharkou agenouillé du Caire (fig. 535). La Karomama du Louvre (fig. 537), acquise par Champollion d'un marchand qui lui-même l'avait
achetée à Louxor, est thébaine par la facture. La reine est debout, vêtue d'une longue robe collante a manches flottantes, et coiffée d'une perruque de cérémonie dont les mèches lui font auvent audessus du front : les yeux sont rapportés, et les divisions de la perruque ainsi que les plis du vêtement étaient incrustés d'or. Le corps se dessine excellemment sous l'étoffe, mais que dire de la tête ? Karomama ne pouvait pas se vanter d'être belle, avec son long nez d'oiseau, ses narines pincées, sa bouche sèche, son menton osseux. Comme elle avait haute mine, l'artiste qui n'avait pas le droit de la rendre séduisante s'est attaché à faire ressortir la fierté et la force de son visage : sa Karomama est 1 incarnation de ce que devait être la compagne de Pharaon, la reine de l'Egypte. C'est une bourgeoise au contraire, la Takoushît du Musée d'Athènes (fig. 536), une brave dame de Bubaste, et sa statuette, qui sort probablement d'un atelier local, contraste par ses rondeurs un
Fig. 533.
Cercueil
d'Akhmîm.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Bi ugsch )