‹ ÉgypteChapitre 164 sur 185 · LA STATUAIRE BUBASTITE DE BRONZE · texte numérisé non relu

LA STATUAIRE BUBASTITE DE BRONZE

FiG. 534. — Petit sphinx d'Apriès

EN BRONZE

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette)

peu molles avec la maigreur ferme de la Karomama. La commère est partie du pied gauche, et elle chemme sans se presser, le bras droit pendant, le gauche replié sur la poitrine : le fourreau qui la moule accuse, en paraissant vouloir les voiler, des hanches fortes, un ventre plein, des seins ronds et pesants. La face est large et grasse sous la perruque à petites mèches étagées qui l'encadre, et ses yeux étroits, son nez court, sa bouche charnue, ses joues arrondies sont d'une fellahine sans race. Le bronze, mêlé d'argent et d'or, s'éclaire de reflets doux qui semblent animer les formes; la robe est couverte comme d'une broderie de scènes religieuses et de légendes qui, gravées en creux â la pointe, ont été rehaussées d'un fil d'argent.

L'activité des fonderies thébaines se ralentit-elle à partir de l'époque saite, ou le manque de bronzes thébains n'est-il dû qu'à la perversité du hasard ? A l'exception d'un énorme Osiris recueilli à Karnak dans la /au/ssa, les plus grands bronzes de nos collections et les plus beaux sortent tous de Memphis ou du Delta. Bubaste est la patrie des quatre statuettes que le Louvre acheta à la vente Posno. Le premier, un certain Masou qui a son nom tatoué sur la poitrine (fig. 538) à l'endroit du cœur, s'avance vers le spectateur d'un mouvement fier et sûr : les traits, un peu défigurés par la perte des yeux qui étaient en émail serti d'argent, respirent l'énergie et l'orgueil. Le second est d'allure un peu plus molle, mais le troisième (fig. 539), un Horus debout qui soulevait un vase à deux

Fig. 535. — Statuette

EN BRONZE DE TaHARKOU.

(Musée du Caire. I (Cliché E. Biug-sch.)

FiG. 536. — La dame Takoushît.

(Musée d'Athènes.) (Cliché E. Brugsch.)

FiG. 637. — La reine

Karomama.

(Cliché Hachette.)

(Musée du Louvre.)

mains et qui en versait l'eau sur un roi jadis placé devant lui, est plus âpre, plus sec, et peut-être fut-il fondu dans le même atelier que l'Horus agenouillé du Caire : la composition du métal semble être identique chez les deux, la facture ne diffère point, et la façon dont le masque d'oiseau se lie au buste de l'homme est d'une justesse rare. Il faut avouer d ailleurs que ces monstres divins, chez qui la nature humaine s'allie à l'animale, ont inspiré les bronziers mieux encore que les statuaires. Les Bastît et les Sakhit découvertes à Sais par Barsanti (fîg. 540) non seulement n'ont rien à envier aux Sakhit en granit noir d'Aménôthes III, mais elles les battent pour la dignité de la pose et pour la vie contenue dont elles sont imprégnées. Leur mufle de chatte ou de lionne repose plus à l'aise sur leurs épaules de femme, et il n'y semble pas un défi aux lois qui régissent la séparation des espèces. Les lions de Thmouis et de Tell es-Sab ne remontent pas plus haut que les premiers Ptolémées. Ceux de Horbéit ont été fondus sous Apnès (fig. 541). Ils faisaient partie d'un mécanisme qui fermait les portes d un temple, et ils avaient une poutre en bois engagée prosaïquement dans l'arrière-tram ; mais 1 artiste avait su tirer un bon parti décoratif des conditions que leur usage lui imposait : il les avait supposés couchés dans une cage oblongue dont les parois latérales étaient ajourées et laissaient voir leur corps rasé sur le sol, tandis que leur tête et leurs pattes de devant apparaissaient libres par la trappe ouverte. Il avait simplifié les lignes, mais comme les Egyptiens s'entendaient à le faire, sans rien retrancher ni rien affaiblir de celles qui caractérisent l'animal ; la face a le calme et la majesté sobre. De même que le lion, le chat a été traité avec bonheur, et l'on peut dire sans exagérer que,

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