‹ ÉgypteChapitre 165 sur 185 · LES -BRONZES DE SAINTETE · texte numérisé non relu

LES -BRONZES DE SAINTETE

FiG. 538. — Statuette

EN BRONZE DE MaSOU.

(Musée du Louvre.) (Cliché Hachette.)

parmi les milliers de chattes complètes ou de têtes de chattes, issues vers 1 878 de la favissa de Bubaste, très peu étaient mauvaises ou simplement médiocres (fig. 542) : nul peuple n'a mieux saisi la souplesse onduleuse de la béte, ni la douceur traîtresse de ses poses, ni les froncements tantôt rêveurs, tantôt mutins de son museau. Les autres animaux, béliers, taureaux Apis ou Mnévis (fig. 543), crocodiles, cynocéphales, et les innombrables figurines d'Amon (fig. 544). d'Osins, d'isis, d'Horus, de Néith, d'Anubis a gueule de chien (fig. 545), de Sakhit à mufle de lionne (fig. 546), de Thot à tête d'ibis ou de singe, ne soutiennent pas la comparaison avec les chattes et les lions : si plusieurs se recommandent par la perfection de la fonte ou par la recherche de la ciselure, la plupart sont la multiplication banale de types établis sans art pour l'édification des fidèles. Ils sont, à nos beaux bronzes du Caire et du Louvre, ce que les saints dorés et peints du quartier Samt-Sulpice sont à l'œuvre des grands sculpteurs chrétiens de l'Italie et de la France.

Et ici un problème se pose dont nous ne pouvons encore que soupçonner la solution. Parmi tant de bronzes sortis d'un même endroit où ils semblent avoir été déposés vers le même temps, il s'en trouve de style si différent que, si l'on n'avait pas la certitude de leur origine, on serait tenté de les attribuer à des localités et à des époques fort diverses. C'est dans la série des chattes surtout que les divergences se manifestent. Les unes sont d une exécution forte et réaliste qui rappelle la manière des bons sculpteurs thébams : leur silhouette présente des contours durs et heurtés qui ne sont pas l'effet d une maladresse de l'artiste, mais qui résultent d'un parti pris d'exprimer

Fig. 539. — HoRis

EN BRONZE

(Musée dti Louvre.) (Cliché Hachette.)

l'énergie et la vigueur plutôt que la grâce et l'aisance des mouvements. Chez d'autres, au contraire, c'est la recherche de l'élégance qui l'emporte, et les lignes qui les enveloppent sont adoucies jusqu à la mollesse : on y sent le faire de l'école memphite poussé à l'extrême de la banalité. On se demande, quand on voit ces contrastes, si le fait, pour tant d'œuvres aussi dissemblables, d'avoir été enterrées ensemble dans la favissa du temple de Bastit suffit a démontrer sans réplique qu'elles furent fabriquées à Bubaste. Les pèlerins qui les avaient consacrées à la déesse ne les auraient-ils pas apportées chacun de sa ville natale ? Leurs disparates ne seraient plus alors pour nous étonner : celles où nous croyons distinguer )a marque de 1 art thebain ou memphite proviendraient véritablement de Thebes et d ; Memphis. Toutefois, même en admettant qu'il en fût ainsi, aurions-nous résolu entièrement les difficultés. Examines attentivement, les groupes n'offrent pas un aspect homogène ; mais, tandis que certaines des pièces qui les composent trahissent réellement les caractères de l'âge saite, beaucoup d'autres paraissent à la facture devoir lui être antérieures de plusieurs

siècles : et pourtant, les circonstances de la trouvaille et la nature

du bronze ne nous permettent guère de douter qu'elles aient été toutes coulées dans l'espace d'assez peu d'années. Une observation que j'ai recueillie dans les ruines d'un atelier de céramique découvert l'hiver dernier sous l'une des buttes d'Achmounéin nous expli- FiG. 541. - Lion dApriès en bronze. ^^era peut-être cette ano-

(Musée du Caire.) (Cliché E. Bni^sch.) malie. La plus grosse part

FiG. 540. — Une SakhÎt

EN BRONZE

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

F'iG. 5-12. — Chat en bronze.

(MasÉj du Caire.) (Cliché E. Briifrsch)

LES AMULETTES EN PATES ET El"' EMAIL

de moules de lampe et des rebuts de cuisson qu'il contenait encore appartenait à l'époque chrétienne, ainsi qu'en témoignent les croix et les inscriptions, mais d'autres sont décorés de figures ou de légendes païennes et ne pouvaient être postérieurs au \V ou au lir siècle de notre ère : le potier avait dans son fond de boutique de vieux modèles qui lui venaient de ses prédécesseurs lointains, et qui, adaptés légèrement au:; besoins de la religion nouvelle, se vendaient encore à l'occasion. 11 est probable que les fondeurs, conservant eux aussi des creux hors de mode, continuaient

à en tirer çà et là des épreuves pour leur clientèle. Tel Thebain dévot

à Bastit pouvait ainsi se munir, avant son départ pour Bubaste, d'ex-

votos, chattes, ou statuettes à tête de chattes, ou figures de divinités

autres, qui, neuves de métal et récentes de la

fournaise, n'en étaient pas moins par les moules

employés l'ouvrage de générations plus anciennes. Le cas est le même pour les innombrables

divinités en pâtes diverses ou en terre cuite, qui

foisonnent dans les tombeaux et dans les villes

de l'âge saite ou de l'époque gréco-romaine.

Les derniers siècles du paganisme furent avant

tout des siècles d'imagerie pieuse à l'usage des

vivants ou des morts, au moins dans le Delta

et dans la partie septentrionale de l'Egypte

moyenne, car le Said ne tomba jamais dans cet

excès, et l'usage des amulettes n'y fut pas beaucoup plus répandu qu'aux beaux jours du second

empire thébain. 11 était inévitable que les fabricants et les marchands s'épargnassent la peine

d inventer des types nouveaux et de sacrifier

leurs vieux modèles, tant que ceux-ci étaient en

état de suffire à la demande ou de contenter

FiG. bi\i.

Statuette d'Apis.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

FiG. 544. — IIarpocrate, Ù,->iius, Amon, statuettes

Ei\ BRONZE.

iMusée du Caire.) (Cliclié E. Iti-Kirfcli )

les chalands. Et certes, des objets prépares au mille ou à la centaine pour la vente journalière ne pouvaient qu être d un art médiocre et manquer d'onginalite. 11 y en a beaucoup dont on ne saurait rien dire, si ce n'est qu'ils expriment avec exactitude la pose hiératique, le geste, le costume, la coiffure, les attributs extérieurs du dieu qu'ils représentaient : c'était ce que les dévots leur demandaient, et il n'en allait pas autrement des répondants. Pourvu que leur forme rappelât même vaguement celle de la momie et qu'on eût tracé sur eux le nom de leur maitre avec le début de la prière consacrée, ils valaient pour le rite, et cela suffisait : on en débitait, à l'époque romaine, qui ne sont plus

que des morceaux de terre ou de pâte allongée, avec une vague

indication de tête et de pieds, quelque chose

de plus barbare que les plus barbares des

idoles polynésiennes. Çà et la, pourtant, on

en rencontre qui tranchent sur la laideur

générale et qui l'emportent presque sur

ceux de la grande époque. Ils proviennent

en gênerai des puits de Sakkarah, et ils

appartiennent aux temps de la domination

persane ou aux premiers règnes de la dynastie macédonienne. Les meilleurs, ceux

d'un certain amiral Pétenisis, avaient une

taille variable entre dix et vingt-cinq centimètres. Modelés dans une pâte très pure

et cuits avec une habileté surprenante, ils

étaient habillés d'une couverte mate d'un

bleu clair et vif, dont l'homogénéité et la

fraîcheur dépassent tout ce qu'on peut ima- '' "'• ^45- — Statuette

. • • • 11 d'AnUBIS en BRONZE.

giner : je n ai rien vu qui en approche chez ^^^^^^.^^ ^^ ^,^ .,.^^

nos faïenciers. La tête cît un portrait (cuchc h. Brugsch.)

igo

FiG. 546.

Sakhîten bronze.

(Musée du Caire.)

iCUchÉE.lirugsch.)

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