COMMENT FUT OBTENUE LA FACTURE DES AMULETTES
mélancolique et doux ; je ne lui connais d'égale en son genre que la petite tête en porcelaine bleue du Caire, peut-être Apnès ou Néchao II (fig. 547). D'autres, sans être aussi belles que celles-là, témoignent d'un effort louable vers la nouveauté, ainsi le petit groupe en frite émaillée de vert, qui, s'inspirant peut-être d'un motif contemporain d'Aménôthes IV, nous montre la reine Amounertaious sur les genoux d'Amon et lui passant les bras au cou (fig. 548), ainsi encore les vases a kohol, qui ont pour panse une tête d'Apriès casquée à la grecque (fig. 549), ou la statuette votive en pâte verte de Nouliabrès, debout sur un haut piédestal et tenant à deux mains devant lui le naos d'Osins-momie. Une vingtaine des Néith, des Rà, des Horus, des Naftémou, des Phtah en porcelaine qui sont au Caire ont été exécutés par des ouvriers élevés à la bonne école. Tandis que leurs voisins de vitrine étalent à nos yeux les formes arrondies et flasques qui plaisaient aux sculpteurs ptolémaïques, on remarque chez eux la facture nerveuse et parfois un peu sèche des âges antérieurs. Sans doute il était difficile d'accuser très fort la musculature sur des pièces dont la hauteur atteint à peine dix ou douze centimètres, et souvent est beaucoup moindre. Les artistes prirent donc le parti d'enfermer les membres dans une série de plans taillés franchement et à arêtes vives, puis ils grossirent les proportions des détails anatomiques qu'ils conservaient aux genoux, aux pieds, aux bras, à la face, mais avec une notion SI intelligente de l'effet qu'il faut y revenir â deux fois ou avoir été averti â l'avance pour saisir l'exagération : s'ils avaient respecté les dimensions exactes, certains éléments
du corps humain se seraient atténués F'"- 547- - tète royale
au point de devenir presque invi- en émail bleu.
... .,. . , . . . , , (Musée du Caire.)
sibles, et 1 impression de vérité gêné- (Ciiché e. urugsch.) 291 ■
raie en aurait souffert. Plusieurs de ces figurines sont traitées si savamment qu'au lieu de paraître ce qu'elles sont, des miniatures d'hommes ou d'animaux, on éprouve en les étudiant la sensation de colosses aperçus au loin, par le gros bout de la lorgnette.
Les Egyptiens de l'âge pharaonique n'avaient appliqué la terre seule, sans glaçure m couleur, qu'à la fabrication des vaisselles grossières ou des amulettes, communs réservés aux pauvres, répondants, perles, figures de dieux et principalement du dieu Bisou ; c'est par exception qu'on trouve parfois, vers la fin de la seconde époque thébaine, des tètes de canope en argile aussi recherchées d'exécution que s'il se fût agi de la pierre ou de la terre émaillée.
A partir de l'avènement des Ptolèmées, et probablement sous l'influence de la Grèce, le goût évolua. On sait quels chefs-d'œuvre les coroplastes d'Alexandrie nous ont légués : plusieurs des statuettes tirées des nécropoles du Mex égalent celles de Tanagra. Les indigènes imitèrent leurs camarades étran-
FiG. 548. — Amon et la reine Amounertaious.
(Musée du Caire.) (Cliché Legrain.)
gers, et peu à peu l'emploi de la statuette en terre crue ou cuite, mais toujours peinte de couleurs vives, prévalut d'un bout de la vallée à l'autre. 11 se généralisa surtout dans les localités où il y avait des colonies d'Hellènes, dans le Delta, à Memphis, au Fayoum, à Hermopolis, à Akhmîm, à Syène, niais il pénétra aussi dans les endroits qui étaient demeurés entièrement égyptiens. Ses manifestations sont infinies, depuis les plaques décoratives des temples ou des édifices publics jusqu'aux ustensiles de ménage, lampes, lanternes, lares domestiques, groupes qui jouent des scènes de vie privée.
FiG. 549- — Vase en forme