‹ ÉgypteChapitre 21 sur 185 · LE MASTABA ET L'HYPOGEE DU SAID · texte numérisé non relu

LE MASTABA ET L'HYPOGEE DU SAID

en bois, le mort avait un sarcophage de pierre, on installait la fabrique entière sur lui, comme sur une fondation plus solide : le couvercle était en même temps le plancher de la chambre, et Ion y entassait pêle-mêle l'offrande et les statues avant de consigner la momie à son repos éternel.

Le mastaba memphite, arrivé au terme de son évolution, admettait donc deux éléments décorés, la chapelle et le caveau, qui étaient réunis par un puits ou par un couloir sans ornementation. L'usage en était presque universel chez les classes riches, de la percée du Fayoum au ventre du Delta, mais il ne s'était pas propagé aux régions où la cour ne résidait pas d'habitude. Ce qui prévalut dans la Haute-Egypte, aux lieux où l'existence de vastes espaces sablonneux au pied des chaînes bordiêres engagea les grands seigneurs à sy construire des mastabas, c'est un type dérivé à la fois du thinite et du memphite, mais moins éloigné du premier que du second. 11 y est, comme à El-Kab ou à Dendérah (fig. 68) , à moitié enfoui en terre, et on y descend par un plan incliné ou par un escalier : le mort y est enseveli à petite profondeur, dans une cavité qui tient plus de la fosse que de la chambre. Aussi bien préférait-on l'hypogée creusé au flanc de la montagne, dans un filon de calcaire ou de grès solide et fin, qui courait horizontalement à bonne hauteur au-dessus de la plaine. L'endroit choisi, les membres de la famille et de la domesticité y allaient reposer de génération en génération, les puissants l'un à côté de l'autre, en ligne au même étage, la plèbe au hasard sur la côte, en avant d'eux et pour ainsi

Fig. 64. — Stèle de Nikhafîtka.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

FiG. 65. — Obélisques

DE Phtahhatpou et de MaÎti.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

dire sous eux, comme afin de garder les distances hiérarchiques jusque dans la mort. Le plan comportait par force les trois parties du mastaba, caveau, puits ou couloir en pente, chapelle ; mais la matière dans laquelle il fallait les tailler obligea l'architecte à en rectifier le détail, au moins pour ce qui était de la chapelle. Comme la dépense eût été trop forte s'il avait dû pousser a travers la roche vive une de ces enfilades de pièces qu'on voit a Memphis chez Marourouka, il se contenta presque toujours d'une salle unique pour les réceptions et pour le culte : quand on en exigeait

davantage, rarement le nombre en dépassait deux ou trois. Chez

Zaouiti, a Kasr-es-sayad, on voit des voûtes surbaissées ; ailleurs et

le plus souvent, le plafond était droit, comme celui des mastabas

en pierre. Où l'orientation s y

prêtait, on opposait la stèle à I

l'entrée, dans une niche ménagée vers le milieu de la paroi

du fond; sinon on la sculptait

sur le mur Ouest, ou bien on

l'y adossait, et la niche servait

de serdab aux statues du

double, soil qu elles fussent

libres, soit qu'elles eussent été

elles-mêmes épargnées dans la

masse. L'hypogée ainsi conçu

est un coin de carrière régularisé, à Kom-el-Ahmar, à

Koçéir-el-Amarna, a Meîr,

auprès d'Akhmim, à Déir-

el-Melak, à Kasr-es-sayad.

Quelquefois cependant une

FiG. 66. — Plan du tombeau de Ti.

(D'après Mariette.)

CHAPELLES DES PRINCES D' ELEPH ANTl N E

intention d'art s'y révèle. Celui d'Afaî, à Gaou-el-Kébîr, a des plafonds dont les reliefs imitent les troncs de palmier qui soutenaient le toit des maisons. Les chapelles des princes d'Eléphantine sont de vraies salles de temples : celle de Makhou (fig. 69), avec ses trois lignes de six colonnes, sa niche et sa stèle auxquelles on accède par un petit escalier, sa table d'offrandes en pierre, à trois pieds, debout entre deux des colonnes de la travée centrale ; celle de Sabni avec ses quatorze piliers carrés, rangés sur deux de profondeur, et avec son huis étroit, coupé vers le tiers de la hauteur par un linteau triangulaire qui délimite une porte moindre dans la porte monumentale. C'est rude, mal proportionné, barbare de dessin et d'exécution auprès de ce qu'on voit à Memphis ; mais l'excellence du site montre chez ceux qui l'ont élu un sens affiné de la nature, et elle racheté jusqu'à un certain point ce qu'il leur manquait du côté de l'art. De l'esplanade qui borde l'étage seigneurial, la vue court librement aux confins de l'horizon : le double, échappé à la nuit de son caveau, embrassait d'un coup d'œil l'étendue entière du domaine sur lequel il avait régné, le fleuve et ses flots pressés, les îles inconstantes, les campagnes assiégées par le sable du désert, les villages parmi les palmiers, et dans le fond, les montagnes où la chasse l'avait naguère entraîné si souvent.

Les sépultures des Pharaons memphites sont

placées, elles aussi, de r- ^o i- . « i^ ■

.. '-"^•^ i*uoiJi, <jv, Fig. 68. — Iombeau d Adou, a Denderaii.

manière à commander (D'après Pctrie.)

Fig. 67. — Mastaba

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